I. TROtrVAUXE DE Saïda
Les renseignements relatifs à cette trouvaille m'ont été transmis par mon excellent ami, M. Péretié, chancelier du consulat général de France à Beyrouth, dont le zèle écladré a déjà sauvé de la destruction une foule de monuments antiques trouvés sur les côtes de Syrie. Je ne puis mieux faire que de reproduire textuellement l'intéressante notice qu'il a bien voulu rédiger sur ma demande.
(( Trois dépôts de monnaies d'or ont été découverts à Saîda, à des époques dififérentés et dans le même lieu, c'est*àrdire dans un jardin appelé Diuddar^ situé à environ vingt minutes au sud de la ville, et à trois ou quatre mètres do terrain où fut trouvé le sarcophage d'Esmounazar.
« La première trouvsdlle eut lieu en 1829; on suppose qu'elle fut considérable; mais comme à cette époque Tautonte locale se montnut beaucoup plus sévère qu'aujourd'hui dans ses poursuites contre ceux qu'elle soupçonnait d'avoir fait de pareilles trouvailles, la presque totalité de ces monnaies fut clandestinement vendue à des orfé\Tcs du pays et très-probablement fondue. Peu de pièces du moins forent mises au grand jour, et l'on a toujours ignoré le nombre qui en fut découvert.
« Vingt-trois ans après, c'est-à-dire en 1852, une seconde trouvaille fut faite dans le même lieu, et peut-être à un mètre seulement de l'endroit où l'on avait déterré les premières monnaies. Elle se composait de trois vases en plomb, renfermant chacun environ douze cents pièces. L'autorité locale, informée de la chose, fit aussitôt jeter en prison tous ceux qui étaient soupçonnés d'y avoir pris
part, et exerça même de crueUes violences à leur égard pour obtenir des aveux complets sur l'importance de la trouvûUe; elle ne put toutefois arracher de leurs mains qu'environ dix-huit cents pièces, qui furent expédiées à Gonstaotinople ^ Cependant les auteurs de la décoo* verte avaient dans le principe montré leur trésor à plusieurs individus de Saîda, et d'après les renseignements que je tiens de ces derniers, la totalité de la trouvaille s'élevait à plus dé trois mille pièces, parmi lesquelles on s'accorde à dire qu'il pouvait y avoir près de trois mille statères d'Alexandre, quelques doubles statères du même roi, et deux à trois cents statères de Philippe IL Un statère de Philippi, et deux de Gius furent, à ma connaissance, kg seules pièces étrangères à ces deux rois que cette trouvaille fit connaître. Gn des statères de Gius fut acquis par H. Huber, consul général d'Autriche à Alexandrie, les deux autres pièces tombèrent entre mes mains.
« Enfin en 1865, un nouveau dépôt des mêmes monnaies fut mis au jour dans le même lieu, et paiement à un mètre tout au plus de l'endroit où avaient été faites les deux premières trouvailles. Les jHèces, comme dans la précédente découverte, étaient renfermées dans trois vases en plomb de même grandeur que les premiers, mais déforme différente et pouvant contenir chacun douxe cents monnaûes environ. Deux de ces vases ne renfermaient absolument que des statères d'Alexandre; le troisième seul contenait quelques monnaies étrangères à ce roi. Le pacha commença les poursuites ordinaires contre ceux qui avaient fait cette découverte, mais en y mettant cette fois une
1 Voyez, un sujet des pièe«8 envoyées à CoBstantînople, la note de Mfiller, Avmiftn. d'Akxatidrt,^, 300.
certabe modération ; il parvint ainsi à retirer des mains des propriétaires quatre cent trente pièœs, — c'est do moins le chiffre oflBlciel qui m'a été donné, — qui furent envoyées à Gonstantinople. Le reste de la trouvaille fut ▼endu à des gens de Saïda et les seules monnaies qu'elle contenait en dehors des Alexandre sont les suivantes :
7 statères de Cius;
3 — de Rhodes;
2 — du roi Pnytagoras;
1 — de Panticapée.
a Les statères d'Alexandre comprenaient des pièces frappées en Macédoine, en Asie Mineure, en Syrie et dans les lies. Ceux qui sortent des ateliers monétaires de Sidon, de Tyr et d'Acé étaient en plus grand nombre que ceux des autres villes. La plupart de ces monnaies, à en juger par leur admirable conservation, n'ont pas dû entrer dans la circulation ; il faut en excepter pourtant les doubles statères, dont un très-petit nombre était d'une belle conservation. Parmi les statères frappés en Syrie, ceux d'Aradus se distinguent par une grande supériorité de fabrique: en revandie ceux de Sidon, de Tyr et d'Acé sont généralement d'une dureté, d'une rudesse d'exécution qui ne fait guère l'éloge des graveurs de ces villes.
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'à la suite de cette dernière trouvaille, tout le terrain du Diuddar a été remué de fond en comble par ses propriétaires, et que cette fois ils en ont été pour leur peine. »
L'intéressant récit qu'on vient de Ihre fait connaître tous les détails de la découverte du trésor de Saïda; il nous reste à en décrire les pièces les plus importantes et à dé« terminer la date de son enfouissement.
1* Siaiires t Alexandre.
Je dois à l'obligeance de H. de Weckbedeer, ecmsul général d'Autriche à Beyrouth, une liste exacte de toutes ks variétés qu'il a remarquées parmi les pièces d'Alexandre qui lui ont passé sous les yeux, au nombre de mille environ. Voici cette liste ; les n*" sont ceux de l'ouvrage de HQller.
a. Statères et doubles statëres décrits par Mûller :
N" 1, 2. B, 96, 104, 105, 134, 145, 182, 192, 198, 205, 293, 310, 877, 394, 500, 502, 529, 547, 58», 58A, 590, 682, 639, 689 6, 640, 664, 759, 904, 1170, 1296, 1297, 1366,1409, 1411, 1426, 1452, 1453 etSuppL, 11 a.'
b. Statëres dont HûUer a trouvé les symboles sur des pièces d'argent :
Double statère du n* 760.
Statères des n«' 223, 301, 586, 667, 670, 806 et 996.
c. Variétés nouvelles.
Plusieurs variétés sans importance de Sidon avec la palme, 2 ou £1 et une lettre phénicienne ou un mono* gramme (Cf. MflUer, n* 1409).
Figure ithyphallique debout.
Main fermée.
Anneau.
Grain d'orge.
Jambe de cheval.
Grâce aux pièces frappées à Acé on peut déterminer l'époque où le trésor de Salda fut confié à la terre ; car elles portent, on le sait, des dates inscrites en chiffres phéniciens. Les statëres marqués des années 23 et 24 (Mûller,
1A$2, ihbi) étaient très-nombreux dans la U'ouvaille, au dire de M. de Weckbecker, et parfaitement conservés; d'un autre côté» cet antiquaire fait remarquer qu'il n'en a I>as trouvé avec une date postérieure, ni une seule pièce de Philippe Aridée, de Ptoiémée ou de Séleucus, tandis que dans la portion du trésor découverte en 1852, il y avait bon nombre de statères de Philippe II, et dans la dernière deux pièces du roi Pnytagoras. De ce rapprochement, M. de Weckbecker conclut avec raison que Tenfouissement a eu lieu peu de temps après Tannée SA de l'ère d'Âcé, qui correspond, d'après les calculs de MûUer, à l'année 311 ou SIO avant J.-C. En effet, le commencement de l'ère dont on trouve les années sur les monnaies d'Alexandre frappées à Acé et à Aradus, était placé par tous les auteurs à l'époque où le roi de Macédoine se rendit maître de l'Asie ; mais on pouvait hésiter entre l'année 33A, date de la baUûlle du Granique, et l'année 333, où fut remportée la victoire d'Issus ; le savant danois a montré par des rap-^ prochements ingénieux que c'est probablement la première de ces deux dates qu'il faut préférer (MûUer, p. 81, 82). L'absence complète de statères de Philippe Aridée dans le dépôt de Salda est un fait curieux qu'il importe de signaler. Ce prince fut assassiné en 317, c'est-à-dire sept ans au moins avant l'enfouissement du trésor, et on s'explique difficilement comment il n'y avait pas un seul exemplaire de ses monnaies parmi tant de milliers de statères de son frère. Huiler a prouvé que les monnaies de Philippe ont été frappées presque toutes en Macédoine et en Grèce, c'est-à-dire dans les pays gouvernés directement en son nom par sa femme Eurydice et par le régent Antipater; néanmoins le savant numismatiste attribue à l'atelier de Sidon, quelques pièces qui ne portent pas la palme, sym-
bole habituel de la ville, nuûs seulement quelques leltreft qui peuvent s'expliquer de bien des manières* La composition du trésor de Saïda montre qu'on ne peut admettre un monnayage de Philippe Aridée en Syrie, et à Sidon moins que partout ailleurs; elle confirme également un fût reconnu depuis longtemps, c'est que les successeurs d'Alexandre ne battirent guère de monnaie à leurs propres noms qu'après 306, année où ils ceignirent le diadème et prirent le titre die roi.
2« Statéres de dus.
Avant la trouvaille de Saida, ces statëres étaient inconnus des numismatistes ^ les dix exemplaires qu'on en connaît ïnaintenant proviennent tous des trouvailles de 1862 et de 1863. Voici la description des différentes variétés; le poids est celui des statères d'Alexandre, et le travdl accuse la plus belle époque de l'art hellénique.