‹ Mélanges de numismatiqueChapitre 42 sur 80 · Même tète · texte numérisé non relu

Même tète

^ ArNflNIAHI. Au-dessus de la proue, il y a une massue, et devant, un aigle debout.

(Collection de Luynes; trouvaille de 1852. Il y en avait quatre exemplaires dans le dépôt découvert en 1863. — P*. ÏV, n* 2.)

h. Même tète.

^ PPOZENOS. Même type, avec la massue et Taigle.

(Collection de Luynes; probablement de la trouvaille de

1862. —PI. IV, n- 3.) 5. Même tète.

H ArA2[l]KAH2. Même type, avec la massue et l'aigle. (De ma collection; trouvaille de 1863. — PI. IV, n'' h.) Sur le dixième exemplaire, provenant de la trouvaille de

1863, le revers est endommagé et on ne peut y distinguer le nom du magistrat.

L'attribution de ces beaux statères à Cius, en Bithynie, n'est pas douteuse ; car il existe de nombreuses monnaies d'argent, présentant précisément les mêmes types, avec la légende Kl ou KIA placée sous la tête d'Apollon. La drachme frappée par le magistrat Proxénos existe au Cabinet de France, et les lettres de la légende ont exactement la même forme que celles qui figurent sur le statère (Mionnet, JItrAym>,n* àkO).

Cius, aujourd'hui Ghemlik, était située au fond de la Propontide, et devait avoir une certaine importance commerciale, comme débouché des villes de la Phrygie et de la Bithynie; mais elle ne joua aucun rôle politique, et n'est guère mentionnée par les auteurs. Elle fut prise en A99 par le général persan Hyméas, fut ensuite tributaire des Athéniens, puis retomba sous la domination persane; en 319, Aridée, satrape de l'Hellespont, fuyant devant Antigène, s'y réfugia avec ses troupes*, enfin, vers l'an 201, la ville fut prise et rasée par Philippe V de Macédoine , qui en abandonna les ruines à son allié Prusias , roi de Bithynie ; ce dernier la releva et lui donna le nom de Prusias, mais sous l'empire romain les habitants revinrent à l'ancien nom de Cius. Le tribut de deux mille drachmes

seulement, que Cius payait aux Athéniens au v* siècle, indique ou bien que la ville était sans importance, ou Uen que la proximité. de Dascylium, ré^dence des satrapes persans, contraignait les Athéniens à se contenter d'une redevance minime (Bœckh, Slaatshaushallung der Aihener^ II, p. 698). Si la numismatique ancienne ne fournissait pas nombre d'exemples analogues, on pourrsdt s'étonner à bon droit de voir une cité, en apparence aussi insignifiante, frapper d'aussi belles monnaies.

3* Sîatéres de Rhodes.

La trouvaille de 4863 a mis au jour trois statèresde Rhodes: ils sont tous pai*eils, et se trouvent maintenant dans ma collection et dans celles de M. Dupré et de M. de Prokesch. En voici la description :

Tète nue d'Apollon ou du Soleil de face, et un peu tournée à droite, les cheveux partagés sur le milieu du front et un peu en désordre.

b] PoMoN. Fleur du balaustium^ dans le champ, la lettre E^ traces de carré creux; travail admirable. Statëre attique. — PL lY, n* 5. .

Les pièces d'or de Rhodes ne sont pas très-rares, mais toutes celles qu'on connaissait jusqu'à présent sont d'une époque bien postérieure à Alexandre; elles appartiennent au second et au premier siècle avant notre ère, c'est-à-dire à la période du plus grand développement de la puissance rhodienne; elles se distinguent par une fabrique molle et négligée, la tète du Soleil est radiée, ce qui n'est jamiûs le cas sur les plus anciennes pièces de Rhodes, et le type du revers est gravé dans un carré creux plat; enfin elles portent toujours la légende PO et un nom de magistrat Le

statère que nous publions aujourd'hui appartient au contraire à la plus belle époque de Tart grec, et la tête du Soleil rappelle les magnifiques tétradrachmes de Clazomènes, signés du graveur Théodote ; les traces de carré creux qu'on aperçoit encore montrent qu'il a été frappé dans la première moitié du quatrième siècle. Je possède un tétradrachrae de la même émission, entièrement semblable au statère, si ce n'est que la fabrique en est beaucoup moins belle.

4* Statère de Panticapée.

Tête de Pan, à gauche, cornue et barbue, avec de longs cheveux relevés sur le front et tombant jusque sur le dos.

i^ PAN. Griffon debout à gauche, touchant de la patte droite un fer de lance qu'il tient dans sa gueule ; au-dessous un épi. Poids, 9«',10.

(De ma collection. — Pi. V, n*» 1.)

Cette pièce a un peu plus circulé que la plupart des monnaies du trésor de Saïda; elle diffère des statères de Panticapée déjà publiés, en ce que la- tête de Pan est nue, au lieu d'être ceinte de lierre ; ici, comme à Rhodes, la tète de la divinité n'est ornée que sur les monnaies postérieures au siècle d'Alexandre. Au quatrième siècle» Panticapée était le centre d'un commerce considérable; c'est par son port que les produits des vastes pays, qui forment maintenant l'empire russe, trouvaient un débouché et allaient se répandre sur les rives de la Méditerranée. Les statères de Panticapée sont toujours d'un poids supérieur au statère attique.

— u — 5* Statéres de Pnytagoras.

BA. Tête de Myrrha ou d'Adonis, ceinte d*un bandeau mince sur le front, et d'un diadème garni de petits ornements demi-circulaires ; les cheveux sont arrangés en petites boucles sur le front, et tombent en longues tresses sur la joue et sur la nuque. Les oreilles sont ornées de pendants et le cou d'un collier; on voit le haut de la tunique.

^ TN. Tète d'Aphrodite, ceinte d'un bandeau étroit et d'un diadème de tours, avec boucles d'oreille et collier; les cheveux sont enroulés sur le front, et tombent naturellement sur le cou ; on voit le haut de la tunique. Trèsbeau travail.

Statère du poids des dariques d'or, pesant 8c',30 à 8»',86.

(Du cabinet de M. Dupré et de ma collection. — PL IV, n* 6.)

Cette belle médaille n'est pas nouvelle; Borrell Fa publiée dans ses médailles des rois de Chypre (p. 55) , d'après un exemplaire qui se trouve maintenant à la Banque d'Angleterre, et la collection de Luynes en renferme un autre. Mon exemplsdre a un peu circulé, celui de M. Dupré est à fleur de coin.

Pnytagoras régna à Salamine depuis l'an 351 environ; il prit une part active au siège de Tyr en 332, et reçut en récompense d'Alexandre un accroissement de territoire. Il n'est plus question de lui depuis cette époque, et quelque temps après Nicocréon occupait le trône de Salamine.

6* Siadre de PhilippL

Tète d'Hercule jeune, couverte de la peau de lion.

^ ^lAIPPHN. Trépied ; dans le champ, une grappe de raisin.

Statère attique. Collection de Luynes, de la trouvaille de 1852. — PL IV, n^ 7.

Cette pièce, assez rare autrefois, l'est beaucoup moins maintenant, grâce à une trouvaille faite en Grèce il y a quelques années et publiée par M. Lampros dans le recueil d* Athènes la Pandora, 1856. — Cf. Bull. arch. de VAthenatum françaUn 1855, p. 15.

?• Statère de Pergame.

Le statère suivant, qui fait partie de la collection de Luynes, a été envoyé de Beyrouth en 185&, et provient sans doute aussi de la trouvaille de 1852; mais on n'a aucun renseignement précis à ce sujet. C'est un statère du système attique, comme les autres, et il est de la même époque; en voici la description :

Tète imberbe d'Hercule, couverte de la peau de lion.

^ Palladium ou figure archaïque de Pallas, debout et de face, le bras droit levé et prêt à frapper de la lance, le bras gauche couvert par l'égide» d'où pend une bandelette ; dans le champ, à ses pieds, un casque à aigrette. — PL IV, n"* 8.

Bien que la pièce soit anépigraphe, son attribution à Pergame ne saurait être douteuse ; car il existe dans toutes les collections de petites pièces d'argent, portant exactement les mêmes types et la légende IlEPrAMH. Au commencement du quatrième siècle, Pergame formait avec

Gambrium, Myrinâ et Grynium une petite principauté, à moitié indépendante, que les rois de Perse avaient donnée à rÉrétrien Gongylus, et qui était gouvernée alors par ses fils Gorgion et Gongylus (Xen. Anab, Yll, 8, 8). L'histoire ne dit pas jusqu'à quelle époque Pergame resta soumise aux descendants de Gongylus; il faut descendre jusqu'au commencement du troisième siècle pour trouver une seconde mention de la ville; c'était alors ime forteresse où Lysimaque déposait ses trésors sous la garde de l'eunuque Philétère, qui en 283 se déclara indépendant et devint le fondateur de la célèbre dynastie des rois de Pergame. Le statère que nous publions a dû être frappé, à en juger par la fabrique et le style, peu de temps avant la conquête d'Alexandre, et montre que Pergame était à cette époque, ou bien une ville d'une certaine importance, ou bien le centre d'une principauté de quelque étendue.

S"" SleUire d'attribution ifieeriaine.

1. Tête jeune, imberbe et cornue, coiffée d'une peaa d'éléphant, et tournée à droite.

Si Proue de galère.

(Statère du poids attique. — PL V, n» 2).

Cette monnaie a été acquise, vers 1860, par M. Péretié d'un officier turc qui avait été longtemps en garnison à Saïda ; et il y a tout lieu de croire qu'elle provient de la trouvaille de 1852 ; elle fait partie maintenant de la collection du Cabinet des médailles.

Il est à regretter que cette belle pièce soit anépigraphe, car si elle avait porté quelque indication certaine de l'atelier d'où elle est sortie, elle aurait pu résoudre définitivement une question de numismatique, encore fort contro-

versée, et dont nous allons dire quelques mots; je veux parler des monnaies d'argent et de bronze qui portent le nom d'Alexandre et une tète semblable à celle de notre statère; en voici la description :

2. Tête d'Alexandre le Grand, avec la corne de bélier, et coiffée de la peau d'éléphant.

^ AAESANàPOY. Jupiter aétophore assis à gauche; sous le siège, les lettres OP ; dans le champ, un foudre.

Tétradrachme attique. L'exemplaire de cette rare médaille que j'ai fait graver (pi. V, n* 3) est celui du Musée Britannique, pièce d'une remarquable beauté ; celui du Cabinet de France en diffère par le symbole accessoire et le monogramme (voyez Ch. Lenormant, Iconogr. des rois grecs, pi. XVII, 1, dans le Trésor de numism. et de glyptique) ; pour les autres variétés de cette monnaie, voyez MûUer, Numism, S Alexandre^ p. 29.

S. Même tête et même coiffure.

1$ AAESANAPOT. Victoire debout tenant une couronne et l'armature d'un trophée; dans le champ, une ancre. R. 3.

(Cabinet de France. Mtiller, Numism. d'Alexandre^ p. 32.)

A. Même tête, cornue, ceinte d'un diadème, et coiffée de la peau d'éléphant.

1^ AAESANAPOr. Pallas Promachos marchant à droite; dans le champ, un aigle sur un foudre, et un monogramme.

Tétradrachme pesant de 168',ftO à 15«^,90, poids intermédiaire entre ceux des tétradrachmes attique et ptolémaïque. Cette pièce n'est pas rare et se trouve dans toutes les collections, ainsi que la drachme au même type. Voyez pi. V, n» â-

Cetie dernière pièce a été attribuée à Alexandre II, roi

d'Épire, par presque tous les numismatistes, notamment par Eckbel et Charles Lenormant {Iconogr, dei rois grers^ p. A5). Borrell les donnait àPtoléméelX Alexandre, roi d'Egypte {Numism. Chran. VII, p. ISS). La première, au contraire, qui n*est connue que depuis l'ouvrage de Gadalvëne {Recueil de Médailles^ -p. 269), a été attribuée par cet auteur ainsi que par Lenormant à Alexandre le Grand. Cousinéry le premier {Voyage en Macédoine , tom. I, p. 2A6 et pi. IV) émit l'opinion que toutes ces monnaies avaient été frappées en Egypte après la mort d'Alexandre. Plus tard, M. Pinder, le savant conservateur du musée de Berlin, fit faire un nouveau pas à la question ; d'accord avec Gousinéry sur l'époque de leur émission, il croit que ces mon» naies furent frappées en Egypte par Ptolémée, mais au nom du jeune Alexandre iGgus, fils posthume d'Alexandre le Grand et de Roxane, qui exerça une souveraineté nominale pendant quelques années après la mort de Philippe Aridée (Beitràge zur âlleren Mûnzkunde, 185i , p. 22A). L'attribution proposée par M. Pinder nous paraissant la seule vraie, nous allons reproduire ici les arguments sur lesquels il s'appuie, et en ajouter quelques autres qui lui avaient échappé.

Et d'abord, si cette pièce a été frappée par Alexandre d'Épire, comment se fait-il qu'il ait omis d'y prendre le titœ royal? Toutes les monnaies de son père, qui r^a de 295 à 272, portent la légende BaatXécoc niSp^, et Ton ne voit aucune raison pour que le fils sût cessé de se conformer à l'usage adopté par son père, et suivi par tous les princes de son temps. L'on sait que c'est en S06, après la victoire navale de Salamis, remportée sur les généraux de Ptolémée Soter, qu'Antigone ceignit le diadème royal et prit le titre de roi, réservé jusque-là aux rois de Macédoine. Cet

exemple fut suivi non-seulement par les autres généraux successeurs d'Alexandre, comme Ptolémée, Séleucus et Lysimaque, mais aussi par Agathocle, tyran de Syracuse. Depuis cette époque tous les souverains, grands et petits, qui ont régné sur les différentes parties du monde hellénique, ont inscrit sur leur monnaie le titre de roi; il y a bien peu d'exceptions à cette règle, et elles s'expliquent facilement par des circonstances particulières. Ainsi, si les rois de Pergame ne prennent pas le titre de roi sur leurs monnaies, bien qu'il leur soit constamment donné dans les inscriptions, c'est parce qu'ils y ont toujours maintenu le nom de Pbilétère, le fondateur de leur dynastie, se bornant à y ajouter une initiale ou un monogramme qui rappelât leurs propres noms ; de même aussi sur les monnaies de Ptolémée I et d'Antiochus I, le titre de oiotiSp rem* place quelquefois le titre royal, parce qu'il avait été décerné à ces princes dans des circonstances mémorables par des peuples reconnaissants; enfin si les rois de Syracuse ont souvent omis le titre royal sur leurs monnaies, cela tient sans doute au désir de ménager les sentiments démocratiques d'une population turbulente et toujours disposée à contester leur autorité. On peut donc poser en principe qu'une monnaie, portant le nom d'un roi sans addition du titre royal, est antérieure au troisième siècle avant l'ère chrétienne. Les monnaies de Pyrrhus sont conformes à cette règle; pourquoi celles de son fils s'en écarteraient* elles?

En second lieu, tous les collectionneurs qui ont vécu dans le Levant sont d'accord pour reconnaître que les médailles dont nous parlons se trouvent toujours en Egypte. BoiTell, dont la longue expérience fait autorité en parâlle matière, affirme que, dans l'espace de vingt-cinq ans en-

viroD, cinquante exemplûres de ce type avaient, à sa connaissance, été trouvés en Egypte, tandis que jamais il n'en avait reçu un seul de Grèce ; aussi proposait-il, bien qu'avec hésitation, d'attribuer ces pièces à Ptolémée IX, surnommé Alexandre {Numism. Chron.,, VU, p. 133). Plusieurs amateurs et marchands, que j'ai consultés, m'ont assuré que leur expérience était conforme à celle de Borrell. Enfin , M* Gurt, rédacteur du catalogue de la collection Huber, formée en Egypte et vendue à Londres en 1862, m'écrit que, d'après une note m»iuscrite de M. Huber, les numé^ ros 042 à 9&8, ainsi que le numéro 906 de ce catalogue, furent trouvés ensemble dans la Basse-Egypte, avec des tétradrachmes au nom de Ptolémée Soter et d'Alexandre le Grand. Ce dépôt contenait donc, outre les pièces communes de Ptolémée Soter et d'Alexandre : 1"* deux exem* plaires du rare tétradrachme, à la tète d'Alexandre coiffée de la peau d'éléphant, et, au revers, de Jupiter assis; 2^ cinq exemplaires du tétradrachme, au revers de Pallas; S* un tétradrachme inédit d'Arsinoé, femme de Ptolémée Philadelphe. Cette dernière pièce est d'une parfaite cùOr servation, et donne la date approximative de l'enfouissement du dépôt ; il edt regrettable toutefois que M. Huber n'ait pas conservé l'indication exacte des pièces de Ptolémée Soter, qui faisaient partie de la trouvaille, indication qui eût été précieuse pour la classification, encore fort incertaine, de ces pièces. Dans tous les cas, la compoâtion de ce dépôt montre quelles étaient les monnaies d'argent en cir* culation en Egypte, sous le règne de Ptolémée Philadelphe, et elle écarte complètement l'attribution à Ptolémée Alexandre des tétradrachmes au type de Pallas ; du reste, ces pièces sont bien supérieures par le poids, le métal ^ la fabrique, aux tétradrachmes des derniers rois d'Egypte,

et cette circonstance, que Borrell ne s'était pas âissimuléêf ne permettrait pas de les assigner au règne de Ptolémée Alexandre.

Les considérations que nous venons de développer suffisent pour montrer que les médailles au type de Pallas ne peuvent être attribuées ni à Alexandre d'Êplre, ni à Ptolémée Alexandre* Cousinéry (I , p. 2A7) pensait qu'elles avaient été frappées par Ptolémée Soter dans une occasion solen* nelle, lorsque le corps d'Alexandre fut transporté en Egypte; et il les regarde comme des monnaies de consé^ cration ou de commémoration. Mais cette explication, dont l'idée est empruntée à la numismatique des empereurs romains, n'est guère admissible à l'époque qui nous occupe; ridée de frapper une monnaie ou une médaille commémorative à l'occasion de tel ou tel événement n'existsÀt pas chez les Grecs. Sans doute, les types monétaires se rapportent souvent aux événements contemporains, mais seulement en ce sens qu'ils constatent un accroissement de puissance, une alliance politique, un titre nouveau, ou l'importance plus grande accordée au culte de telle ou telle divinité ; mais on trouverait difficilement un exemple d'une monnaie grecque frappée pour perpétuer le souvenir de quelque événement passager et sans importance, comme il s'en trouve tant dans la numismatique romaine.

Nous arrivons maintenant à l'attribution proposée par M. Pinder ; mais, avant de la discuter, nous allons passer brièvement en revue les événements qui eurent lieu entre la mort d'Alexandre en 823, et l'an 306, époque à laquelle les généraux qui s'étaient partagé son empire prirent le titre de roi. A la mort d'Alexandre, son frère Philippe Aridée fut déclaré roi de Macédoine; mais, peu de mois après, Roxane mit au monde un fils qui reçut le nom

d'Alexandre et fut associé à l'empire. En 322, Philippe épousa Eurydice, et alla ensuite s'établir en Macédoine ; Olympias, Roxane et son jeune fils durent se réfugier en Épire, et Philippe, ou plutôt Eurydice, régna pendant quelque temps sur la Macédoine. Mais bientôt, grâce au secours d' ^acides, roi d'Épire, Ôlympias rentra en Macédoine, vainquit Philippe et le fit périr avec Eurydice. Ceci avsdt lieu en 817 ; mais, dès l'année suivante, Gassandre se rendait maître de la Macédoine, mettait à mort Olympias, et enferma dans une étroite prison Roxane et son fils; ils y restèrent jusqu'en 311, époque à laquelle Gassandre dût reconnaître les droits du jeune Alexandre à la couronne de Macédoine. Les partisans du jeune prince deman* daient qu'il fût mis en liberté et qu'il montât sur le trône; mais Gassandre, pour se débarrasser d'un aussi dangereux rival, le fit assassiner dans sa prison avec sa mère.

On peut donc partager la période de 323 à 306 en trois époques distinctes. La première s'étend de la mort d'Alexandre à celle de Philippe Aridée, en 317; pendant ces quelques années, Philippe et Alexandre iEgus étaient reconnus comme rois de Macédoine, et héritiers de l'empire d'Alexandre; Philippe régna réellement en Macédoine, tandis que son jeune collègue était relégué en Ëpire. La seconde époque comprend les années 317 à 311, pendant lesquelles Alexandre iEgus était le seul représentant du sang d'Alexandre et le seul héritier légitime de son empire. La troisième époque embrasse les années comprises entre le meurtre d'Alexandre Egus et la victoire de Salamis, qui décida Antigène à prendre le titre de roi et à donner un exemple qui fut bientôt suivi par tous ses rivaux.

A ces trois époques historiques correspondent trois catégories de médailles. A la première appartiennent les nom-

breuses monnaies en ûr et en argent portant le nom de Philippe, avec ou sans le titre royal, et les types ordinsdrea d'Alexandre le Grand. D'après M. MQller, qui a consacré à ces pièces une étude approfondie, elles ont été frappées en Macédoine et en Grèce, dans le sud-est de TAsie-Mineure» en Syrie et en Egypte {Numismatique d'Alexandre^ p. 391); toutefois, en ce qui regarde la Syrie, j'ai déjà fait remarquer que le monnayage au nom de Philippe, dans les villes de cette province, est trëa-douteux. Pendant cette même période, on frappa aussi des monnaies aux mêmes types, avec le nom d'Alexandre ; ce fut certainement le cas en Syrie , à Acé par exemple , où les dates inscrites sur les monnaies ne laissent aucun doute. On peut se demander toutefois si, en inscrivant le nom d'Alexandre sur ces monnaies, on voulut seulement continuer le monnayage du grand conquérant, ou bien reconnaître, dès le principe, les droits du jeune Alexandre iEgnsÀ l'héritage de son père. L'histoire de cette époque orageuse ne nous est pas connue assez en détail pour que l'on puisse résoudre cette question ; mais il est bon de se rappeler, lorsqu'on étudie la numismatique de cette époque, que, pendant les douze premières années qui suivirent la mort d'Alexandre, son jeune fils étût, aux yeux des populations, le seul souverain légitime d'une partie du monde ancien, bien qu'il jouât un bien faible rôle dans les événements contemporains.

S'il est probable que ses droits étaient reconnus en Syrie et peut-être ailleurs, il est certain qu'ils l'étaient en ÈgYptB. Ce fait est attesté par les monuments de ce pays, élevés par Ptolémée Soter, et où l'on voit Philippe Aridée et Alexandre jEgus représentés avec leurs noms et les insignes de la royauté (Rosellini, Monum. storici, t. II, p. 20S, 510, t. IV, p. 259; cité par Pinder). De plus, les listes

chronologiques des dynasties, composées par le géographe Ptolémée, et connues sous le nom de canon royal» enregistrent les deux règnes, et comme cet ouvrage fut écrit à ^exandrie, il est déoisif pour l'usage suivi en Egypte. Or le canon attribue à Philippe Aridée les sept premières années qui suivent la mort d'Alexandre le Grand, puis les douze suivantes & Alexandre Jlgus, de sorte qu'il recule Favéne^ ment de Ptolémée au trtae d'Egypte jusqu'à l'année SOA. Selon Eusèbe, qui suit l'historien Porpbyrius, Ptolânée arrive en Egypte un an après la mort d'Alexandre, gouverne ce pays d'abord comme satrape pendant dix-sept ans, et ensuite vingt-trois ans comme roi (Euseb., Chron.^ éd. Aocher, I, p. 413). Ainsi, selon Ptolémée et Porpbyrius, Ptolémée Soter ne prit le titre de roi qu'en 30& ou 30A , c'est-à-dire seulement un an ou deux ans après Antigène, Il résulte de ces différents témoignages que la suzeraineté de la race d'Alexandre fut reconnue et acceptée en Egypte plus longtemps peut-être que partout ûUeurs ; et ceci est d'accord avec la pditique de Ptolémée Soter, prince plus prudent et d'une ambition plus réfléchie que la plu* part de ses collègues, attaché d'ailleurs à Alexandre par les liens d'une véritable affection, et ayant tenu à honneur d'attirer à Alexandrie et d'y ensevelir magnifiquement les restes mortels de son roi. Je n'hésite donc pas à attribuer, avec M, Pinder, à Alexandre iEgus les trois médailles décrites plus haut, et à les croire frappées en Egypte. Les deux premières forment la transition. entre les types propres à Alexandre le Grand et à Philippe Aridée, et celui qui distingue Alexandre ifigus; toutes les trois appartiennent à la seconde catégorie numismatique que nous avons indiquée.

M- Uiiller a fait remarquer {NumUm. d'Alexandre^ p. 29)

que l'aigle sur le foudre est rembléme particulier de Pto« lémée Soter, de même que la pr otomtf de lion est la marque de Lysimaque et Taucre celle de Séleucus. Or sur les tétradrachmes, au revers de Pallas, on trouve toujours comme symbole accessoire Taigle sur le foudre, de môme que sur de nombreux tétradracbmes au type ordinaire d'Alexandre, on trouve la protomé de lion et l'ancre. Toutes ces pièces ont donc été frappées par ces généraux avant qu'ils missent leurs propres noms sur les mon-* naies et probablement après la mort de Philippe Aridée; elles appartiennent par conséquent à la seconde catégorie que nous avons établie.

Quant à la troisième catégorie, elle comprend les monnaies frappées par Ptolémée et ses contemporains avec leurs propres noms, mais sans le titre de roi; nous n'avons pas à nous en occuper ici. Toutefois, avant de quitter cette portion de notre sujet, nous rappellerons qu'il existe une monnaie de bronze, frappée par Ptolémée Soter, qui établit clairement la transition entre le type d'Alexandre .£gus et celui des Ptolémées ; c'est la suivante, qui se trouve dans toutes les grandes collections :

. 5 Tète d'Alexandre le Grand, ceinte d'un diadème et coiffée de la peau d'éléphant.

^ nXOAEMAIOr BA2IA£n2. Aigle éployé, posé sur un fondre. M 6.

Il nous reste enfin à rapprocher des monnaies que nous avons déjà décrites une d^nière pièce qui s'y rattache étrmtement, et par les types et par l'époque où elle a été frappée : c'est le beau statère du roi Agathocle, conservé au GaMnet impérial de Vienne.

6 Tète jeune, coiffée de la peau d'éléphant.

il AFAeOKAEOS. Pallas, aâlée comme la Victoire, lan-

— sécant un javelot de la main droite, et, de la gauche, se couvrant de son bouclier; à ses pieds, une chouette. (Cb. Lenormant, leonogr* des roU grecs^ pi. XXIII, 8.)

Gomme, sur cette pièce, Âgathocle ne prend pas le titre de roi, ainsi qu'il le fit plus tard à l'imitation d' Antigène, elle a dû être frappée avant 300, et les numismatistes s'accordent à la rattacher à la campagne que fit ce prince en Afrique vers l'an 310. En effet, à cette époque, les tétradrachmes d'Alexandre ^gus étaient en pleine circulatiou en Egypte et en Gyrénaîque, et il est naturel que le conquérant syracusain sût voulu émettre une monnaie qui ressemblât suflSsamment à celles qui circulaient dans le pays, pour être facilement acceptée des populations.

La tète qui est représentée sur cette belle monnûe n'est ni cornue ni diadémée; aussi les numismatistes la considèrent-ils comme une personnification de l'Afrique. Bien qu'il soit douteux qu'à une époque aussi ancienne on ait gravé sur la monnaie des tètes symboliques représentant une province, toujours est^il que sous les derniers Ptolémées et sous la domination romaine^ la même tète est souvent employée pour personnifier tantôt l'Afrique, tantôt la ville d'Alexandrie (voyez Mûller, Nwnimn. de V Afrique^ I, p. 101; m, p. AA). Quoi qu'il en soit, l'imitation des monnaies d'Alexandre iEgus est évidente, et c'est là le point que nous voulons mettre en lumière. Quant à la tète des tétradrachmes décrits plus haut, elle est certainement celle d'Alexandre le Grand, divinisé en sa qualité de fils d'Ammon ; elle présente une ressemblance frappante avec celle que Lysimaque adopte pour type de sa monnaie d'argent, et qui, de l'aveu de tous les numismatistes, est celle d'Alexandre le Grand. L'opinion de M. Pinder, qui voudrait y voir le portrait d'Alexandre £gus, n'est guère

admissible, ce prince ayaot été mis à mort lorsqu'il n'était encore qu'un enfant, tandis que, sur la médaille, la tète est celle d'un homme, jeune il est vrai, mais nullement celle d'un enfant.

Mais il est temps de revenir au statëre, qui a été le point de départ de cette longue digression. Ces développements étaient nécessaires pour montrer qu'il a été frappé à la même époque que les pièces d'Alexandre JEgus et d'Aga-- Ibocle, et ce résultat est parfaitement d'accord avec la date de l'enfouissement du trésor de Saïda, qui eut lieu vers Tan 310. L'absence de légende sur la pièce est un fait singulier et insolite à cette époque, et nous empêche de déterminer l'atelier d'où elle est sortie ; tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'elle a été frappée, à l'imitation des pièces d'Alexandre iEgus, dans quelque ville maritime de l'Afrique ou de la Syrie méridionale.

Tels sont les enseignements numismatiques qu'on peut tirer de la composition du trésor de Saîda. En les présentant à nos lecteurs, nous avons surtout eu pour but de fiûre sentir à tous ceux qui recueillent les monnaies antiques, combien il est important pour l'avancement de la science d'enregistrer avec soin la composition des dépôts monétaires qui pourront tomber entre leurs mains.

IL Trouvaille de l'Ile de Marmara.

La seconde trouvûlle que j'ai à signaler à l'attention des nuroismatistes est loin d'avoir la même importance que celle de Saîda; cependant elle n'est pas sans intérêt pour la science. Les renseignements que je publie sont dus à M. Frank Galvert, propriétaire aux Dardanelles, et archéo* logue aussi instruit que zélé.

Vers le commencement de Tannée 1863, quelques paysans de rUe de Marmara, qui bêchaient dans une vigne, trou-? vèrent un petit vase de bronze contenant environ soixantedix tétradracbmes. M. Caivert, averti de la découverte, réussit à recueillir vingt-six de ces pièces ; le reste fui susi par les autorités locales ou envoyé à Gon^antinople. Je n*ai reçu aucun renseignement sur ce qu'elles sont devenues. Le bt échu à M. Calvert se compose des tétradracbmes suivants :

Lysimaque 11 pièces.

Nicomëde II 8 id,

Cyzique 5 W.

Athènes 1 id.

Cistopbore de Pergame. . . 1 id.

Il n'y a rien à dire des pièces de Lysimaque, sinon qu'elles circulaient encore longtemps après la mort de ce prince ; mais celles de Nicomëde sont importantes, parce qu'elles sont datées et permettent de fixer au moins approxi* mativement l'époque où ce petit trésor a été enfoui. Les dates relevées par M. Calvert sont 166, 157, 166, 171, 17S et 181-, le tétradrachme portant la dernière de ces dates, et qui se trouve maintenant dans ma collection, n'a pas beaucoup circulé et doit avoir été frappé peu d'années avant d'être caché dans la terre. L'année 181 de l'ère de Bitbynie correspond à l'an 116 avant J.-C, de sorte qu'en plaçant à Tannée 100 l'enfouissement du trésor, on ne s'écartera pas beaucoup de la vérité.

Les tétradracbmes de Cyzique forment la portion la plus intéressante de la trouvaille; ils présentent un type, sinon entièrement nouveau, du moins excessivement rare; car je n'en avais jamais vu qu'un seul exemplaire qui, de la

collection Devousbire, est passé dans les cartons du Musée Britannique. En voici la description :

Tète laurée d'Apollon à droite.

i^. KTXI&HNi2N. Une torche allumée et deux monogrammes, le tout dans une couronne de chêne.

(De ma collection. — PI. V, n" 5.)

Les autres exemplaires ne diffèrent de celui-ci que par les monogrammes ; ils ont tous été plus ou moins en cir-* culation. Voilà donc les pièces qu'on frappait à Cyzique au deuxième siècle ; elles remplissent la lacune qui existait dans la série numismatique de cette ville, entre les tétradrachmes à la tète de Proserpine, au revers d'Apollon assis sur l'omphalos, et les monnaies de bronze frappées sous Auguste et ses successeurs.

Le tétradrachme d'Athènes est une variété de la série décrite par M. Beulé {monnaies d'Athènes^ p. 102) . Il porte les noms des magistrats ANàPëA[2], XAPlNArTH2« AMÏN0MA[X02], la leUre d'amphore Y et une marque d'atelier douteuse. L'époque à laquelle cette pièce a dû être enfouie exclut l'interprétation que M. Beulé propose pour le type accessoire qui y figure, interprétation qu'il ne présente du reste que comme une simple conjecture.

Le cistophore présente les types ordinaires ; au revers, on voit à gauche le monogramme de Pergame ; à droite, le bâton d'Esculape, et en haut les lettres A2. 11 est remarquable qu'il y ait eu si peu de cistophores dans le trésor, et ce fait tend à confirmer la conjecture de Pinder sur l'époque de leur première émission. Ce savant a montré que l'ère à laquelle se rapportent les dates inscrites sur les cistophores d*Éphèse est celle de la province d'Asie, commençant en 133 avant J.-C; d'un autre côté, il n'y a rien dans la fabrique ou le style des cistophores en général qui

engage à en placer rémission avant cette date* et on n'hésiterait pas à l'accepter comme point de départ de la nouvelle monnaie provinciale, si les textes ne soulevaient une objection très sérieuse. En effet, Tite-Live raconte que les différents généraux romains qui remportèrent des victoires sur Antiochus le Grand (190-188 av. J.-C.) firent porter dans leur procession triomphale plusieurs centaines de milliers de cistophores. Pinder soupçonne, peut-être avec raison, que Tite-Live a appliqué à la monnaie d*nne époque antérieure une dénomination qui ne convenait qu*à la mon* naie encore en usage de son temps ; toujours est-il que Cicéron est le premier auteur contemporain qui parle de cistophores, et Tabsence presque complète de ces pièces dans le trésor de Marmara confirme, dans une faible mesure, je l'avoue, la conjecture du savant numismatiste de Berlin (Voy. Pinder , Beitràgen zur âUeren Mûnxkunie^ p. 26, et Uimoirei de C Académie de Berlin, 1856, p. 56S).

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