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SUR LES MONNAIES DE BYZANCE

Tous les numismatistes connaissent ces médailles arcliaïqaes qui, après avoir été attribuées tantôt à Pylos de la Messénie, tantôt à la ville imaginaire de Pythopolis en Bithynie, ont enfin été restituées à Byzance, leur véritable patrie. Elles représentent un bœuf debout; au dessous est gravé un petit dauphin et au-dessus on lit les lettres ^ ; au revers on voit une aire en creux, divisée en quatre parties égales, à la surface granulée, et disposées en ailes de moulin. Ces pièces sont communes, les drachmes surtout. On connaît également les nombreuses monnaies de Cbalcédon, frappées au même type, mais sur lesquelles le dauphin est remplacé par un épi, et les lettres ^y par la légende KAAX.

La conformité des types et l'identité absolue de la fabrique suffiraient pour montrer que les deux séries de monnaies appartiennent à des villes voisines ; et effectivement Byzance

et Chalcédon étaient situées à une lieue Tune de Fautre, «au débouché du Bosphore, l'une sur la rive européenne, l'autre sur la rive asiatique. M. Pinder, qui le premier a fait valoir ces considérations, en ajoutait une plus décisive encore, c'est que, selon lui , le nom de Byzas s'écrivait aussi par un II {Annôl. de TInstit. archéoL^ 183&, p. SIO). dette assertion a été acceptée par les savants, et l'on s'est habitué à considérer ta lettre f* comme une forme iu n particulière aux habitants de Byzance, bien qu'il fût fort singulier de trouver une forme archaïque de cette lettre déjà si éloignée du type phénicien primitif. Une découverte récente nous fournira la solution de cette petite énigme.

Et d'abord, le passage du grammairien Chœroboscus, cité par M Pinder, est loin d*avoirla portée que le savant numismatiste lui attribue. Nous le reproduisons textuellement:

Ta &lc a< i^ovttt itpo tôu a Sv tt tûv ^tk&^ IdomMMoiK icXCvovtst, oIoy ÀptCac ^pKai, ÉXi^K lSX1|a,'A4^ac A*|/a. Ta ^ HtprntfitfuUd&K y.X{vovT«(, 4iv{xx e6pâ^ to u i:po toû (« oCov BuC«< BûCsvtoc, TùQk

r(S;«vto<, D6c«c DùCavtoc. (iLes noms en eic^ dont la teroÛDaBSon est précédée d'une consonne double, se dJécliiient sans augmenter le nombre des syHabes, comme ÂptCatc Apn;«, ÈX(Sa< âi((s, à<|/a; i^, i^ais lorsqve la consonne double C est précédée d'un o, ils gagnent une sy llabe dans la déclinaison, comme Bt>Cac ii6Cttv?oc riSCM Tu&kvrk, nûCac nd^vtoc.» (Bekker, iln^cdola ^aeca^ IIK p. il86). On le voit, rien dans le texte du graomiaiiien n'autorise à affirmer que Pytas était une autre forme de Byzas.

Le signe "P ou f*n'est pas un n, mais une forme du R usitée dansFanûten alpihabct dorien, forme qu'on retrouve avec différentes modifications aur des vases archaïques de fabrique corinthienne où Tepsilon a la forme ft. Dans un

article publié récemment, mon savant ami et confrère, M. le baron de Witte, a rassemblé tous les exemples connus de cet alphabet particulier à la race dorique {Archàolaç. Ztilung^ 186A p. 155). Aprësavoir déait un vase de sa collection, où le mot BiXtoç est écrit 7r Af^oM(pl< CLXXXIV), M. de Witte ajoute : «Cette écriture, en usage à une époque très-reculée chez les Doriena, est connue par un certain nombre de vases peints et par des inscriptions trouvées à

Corcyre (1) Le B a la forme Hj que Ton retrouve sur

d'autres monuments sous les formes iT uv fL (^)* ^^ ^ vase du départ d'Hector découvert à Caeré et aujourd'bu au musée Napoléon III au Louvre, les noms d'Bécube et de Cébrionii offrent la seconde forme, etc. »

Maintenant, si l'on se souvient que Byzance etCbalcédoii étaient toutes les deux des colonies fondées au vii* siècle* par la ville dorienne de Mégares, on ne s'étonnera pas de retrouver sur les rives du Bosphore l'alphabet en usage à risthme de Corinthe. Gomme il arrive souvent, les formes archaïques se conservèrent plus longtemps dans la colonie que dans la métropole; la monnaie dessinée en tête de cette note en est la preuve ; c'est une drachme d'Alexandre contremarquée par les Byzantins, probablement après avoir

> Voir entre antres AnnaUi de rimMut arch,, 1855, pi. XX. — i4fifMt<e», 1862, pi. A et B, et Burtoat le vue connu sont le nom de vase Dodwell , Otto Jahn, Bêschnibuag der VatenMammlwig in der Pimkothtk s« Jliàficftsn^ n" 211 . — CorpttJ inêcripi. gr,, n» 20.— ilrc*. Zeitung, 1846, pi. XL VIII. — Viscber. Rheiniêches Muêeum, v. F. IX, p. 383 et soiv. ^ L. Koss, Arch, AvfiàtMê, zuDeii^ SammlMig, pi. XIX et XX.

' Des exemples de ces diverses formes ont été fournis par les monuments. Voir Otto Jahq, loe. eif., p. CXLTII. — Th. Mommsen, Vntiritaliêchi Dialêctf , p. 37. — Radul Rochette, Littrê à M. ScAorn . seconde édition. Paris, 1845. p. 6. — > Voir surtout les noms de fnai$%, Kc^ptovoç, A9o6a;. Ann, d$ rtfiit. areh., 1865, pi. XX. - Arch. Zeitung, 1863, pi. CLXXV.

longtemps circulé, c'est-à-dire vers la première moitié du m' siècle. Du reste, les Byzantins eux-mêmes finirent par oublier la signification véritable du signe />, et semblent avoir admis qu'à une époque reculée on disait Pyzas au lieu de Byzas. En effet, sur leurs dernières monnaies autonomes la légende ^ Y* qu'ils ne comprenaient plus, mais qu'ils ne voulaient pas abandonner complètement, fait place au monogramme [y , formé des lettres II et T, et ce n'est que vers l'époque romaine qu'ils adoptèrent la légende BïZANTinN.

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