LES ÈRES EMPLOYEES EN SYRIE
Mémoire la le 10 février 1865 devant rAcadémie dm in$cripti^B• et belles lettres.
L'habitude de se servir d'une ère royale ou provipciale, au lieu d'une ère municipale, pour marquer le^ années courantes, semble avoir été particulière à l'Asie, du mdns dans les siècles qui précèdent l'ère chrétienne; mèmesoos l'empire romain, on n'en trouve en Occident que peu d'exemples, excepté en Afrique, tandis qu'en A^e-Mi* neure, et bien plus encore en Syrie, cet u$age était géoè* ralement adopté, ainsi que le prouvent les légendes des monnaies et les inscriptions gravées sur les monuments publics et particuliers.
A Rome, les années de la fondation de la ville ne sont guère indiquées que sur quelques monuments spéciaux, comme les fastes ; sur tous les autres, jusqu'à la chute de l'empire, les années sont marquées par les consulats. En Grèce, les Olympiades ne sont employées pour la chronologie que par les auteurs : on n'en trouve l'indication que sur un petit nombre de monuments, tous d'une époque assez basse. Chaque ville avait sa façon particulière de compter, les unes par la succession des magistrats civils, les autres par celle des prêtres de leur principale divinité, et cette habitude est une source continuelle d'embarras pour l'établissement de la chronologie ancienne.
En Orient, les liabiludes étaient différeoles» et cela tient aux profondes différences qui séparent les constitutions politiques des deux races. Tandis qu en Grèce et en Italie, la cité était le seul centre auquel chaque citoyen rappor** tait tous les incidents de sa vie avec un patriotisme ar* dent, mais souvent égoïste et inintelligent, les populations de TÂsie, généralement plus fanatiques que patriotes, et soumises de tout temps à des gouvernements monarchiques, reconnaissaient plutôt le lieu moins étroit de la communauté de race, ou de rattachement héréditaire à une dynastie nationale. Aussi bien est-ce en Asie, et notamment en Syrie, que l'usage des ères royales et provinciales fut le plus répandu.
tes rois de Syrie furent les premiers à inscrire sur leurs monnaies les années d'une ère qui avait son point de dé-« part à l'origine de la dynastie ; ils furent bientôt imités pi^r les rois du Pont et de la Bitbynie en Asie-Mineure, plus tard par ceux de la Characène sur le g(^e Persique; mais leurs contemporains les rois de Macédoine n'adoptèrent jamais un usage qui répugnait aux idées belléni* quea. L'emploi d'une ère sur la monnaie publique est la meilleure manière de la vulgariser ; aussi Tusage de celle des Séleucides devint-il général en Syrie \ et bien que restreint sous l'empire romain à une portion de cette pro-< vince, il persista chez les auteurs syriens pendant tout le moyen &ge, et cette antique manière de compter les an-^ nées est encore employée de nos jours par les chrétiens nestoriens et jaeobites.
Après la chute des Séleucides, d'autres ères furent sucicessivement adoptées dans différentes parties de la Syrie : d'abord celle dite de Pompée, en usage dans quelques villes qui avaient reçu de ce général l'autonomie wuni^
cipale ; ensuite Tère césarienne, particulière au district d'Antioche, et ayant la même origine que celle de Pompée; enfin celle de Bostra ou d'Arabie. Celles dont nous allons nous occuper dans ce travail sont Tëre de Bostra, celle des Séleucides et celle d*Antioche, qui toutes les trois furent employées dans des districts assez étendus jusqu'à la conquête musulmane.