I. Ère de Bostba
Le point de départ de Tère de Bostra est indiqué dans le Chronicon Paschale; on y lit à l'année 105 après Jésus- Christ : IlEtpaiïoi xat BotftpQvoi ivTfiuBsY toùç kautûv ^^vou< dpt6|iiotîoi
(éd. de Bonn, p. A72). L'année 105 est celle où l'Arabie fut conquise par Cornélius Palma, légat de Syrie pour l'empereur Tmjan, et réduite en province romaine. Jusqu'à présent on manquait des documents nécessaires pour déterminer avec précision le commencement de cette ère ; mais grâce aux nombreuses inscriptions que j'ai copiées tant à Bostra, que dans une foule de localités de l'Auranite et de la Trachonite, il nous sera facile d'arriver à une entière certitude à cet égard.
Et d'abord il ne peut être douteux que l'ère employée dans presque toutes les inscriptions de ces provinces ne soit la même qui est mentionnée dans le Chronicon Paschale. La seule médaille de Bostra qui porte une date a été frappée sous Septime-Sévère avec l'indication de l'année iOA, qui tombe effectivement sous le r^e de ce prince, et une inscription gravée dans cette ville sous l'empereur Justinien est datée de l'année iià qui correspond à l'an 539 de l'ère chrétienne, treizième de son règne. De plus, dans une autre inscription de Bostra on
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trouve Tannée ISA, vf^ insp/iU;, d*où il résulte que l'ère ii*était pas particulière à la ville, mais commune à toute la province. En effet, Tannée de la province, ty;; licap^^x;, ou Tii< iicapx£ot>, est mentionnée dans des inscriptions de Salchat, de Bousàn, d'El-Hayat, de Harran, de Busr-el- Hariri, localités toutes situées dans TAuranite et dans la Trachonite. Cependant dans quelques cas Torigine de Tère est rapportée plus directement à la ville de Bostra ; dans une inscription de Harran, on trouve l'expression ëxou^ Bootpivcôv, et à Amra, ïxoi^ç xatà Boorpa^ comme Bostra était à cette époque la capitale de la province et la résidence du légat, cette expression s'explique d'elle-même. J'ajouterai enfin qu'une médaille de Rabbathmoba, à Teffigie de Caracalla et portant la date 105, montre que Tère de Bostra était usitée dans cette ville, qui appartenait également à la province d'Arabie.
Pour déterminer exactement le commencement de Tère, nous aurons recours à deux inscriptions que j'ai copiées à Harran, et dont M. Wetzstein a déjà tiré parti dans le même but. Elles se trouvent encore à leur place originaire, encastrées dans la façade d'un édifice antique, qui était un icavooxsiov ou bôtcllerie publique où les étrangers recevaient une hospitalité gratuite, et dont la partie inférieure, ou rez-de-chaussée, a été construite par certaines personnes nommées dans l'inscription, tandis que la partie supérieure, ou premier étage, a été achevée par d'autres. La première inscription est placée au-dessus de la porte d'entrée, et la seconde au dessus d'une fenêtre du premier étage; toutes les deux sont datées de la même année 202, appelée année de Bostra dans la première, et année de la province dans la seconde : dans toutes les deux on a ajouté Tindiction« qui est la dixième pour la première, et la onzième pour
la seconde. Voici donc une même année qui correspond à deux indictioos successives.
En prenant pour base Tan 105, indiqué par le Chronicon PaschaU^ on voit que l'année 392 de l'ère de Bostra correspond à peu près à l'année SÔ7 de Tère chrétienne; or la dixième indiction commence au 1^' septembre S96, et la onzième au i"* septembre de Taimée soifaiile; d'oii il résulte que le commencement de l'année 292 de Bostra tombe entre le 2 septembre 396 et le SI août S97. Mab un passage du commentaire de Simplicius sur la physique d^Aristote ( v. p. 206] nous apprend que les Arabes et leà habitants de Damas commençaient l'année à l'équinoxe du printemps^ et par conséquent l'on peut fixer avec toute certitude itti 22 mars le commencement de Tannée de Bostra. Ainsi l'ère de Bostra commence au 22 mars de l'an 106, et en ajoutant 105 à une année de l'ère de Bos* trft, on trouvera l'année correspondante dé l'ère chrétienne, au 22 mars de laquelle elle a commencé.
Ce résultat, auquel était déjà arrivé M. Wet2Stein, est confirmé par un grand nombre d'inscriptions que j'ai co^ piées pendant mon voyage, et qui lui étaient inconnues ; et les difficultés que soulevaient quelques-uns des textes qu'il cite ont disparu, grâce à des copies plus fidèlesi. Ainsi une inscription de Sahwet'^el-Khudr, gravée sous le règne de Marc^Aurèle, porte la date 66, qui correspond à l'an 171 de notre ère, onzième du règne de ce prince. Une inscription d'Imtin, gravée sous Constantin et Constant, est datée de l'année 288 de Bostra, SAS de notre ère, qui a^mrtient effectivement au règne de ces princes. J'ai remarqoé que sur treize inscriptions de mon recueil qui portent à la foi5 la date de l'ère et le chiffre de l' indiction, dix sont datées de r indiction qui correspond à la première moitié de l'an*
née provinciale, tandis que trois seulement furent gravées pendant l'indiction qui correspond à la seconde moitié de l'année. Cette anomalie s'explique par ce fait que les édi* fices auxquels appartiennent ces inscriptions ont dû généralement être bâtis pendant la belle saison, qui comprenait toute la première moitié de l'année de Bostra.
Dans la grande majorité des inscriptions datées, on trouve seulement la mention de l'année, sans l'indication spéciale de l'indiction ou de l'ère à laquelle elle se rapporte-, mais il est évident que, sauf preuve du contraire, c'est toujours à l'ère provinciale qu'il faut les rapporter. L'usage de l'ère de Bostra se propagea lentement d'abord, comme il arrive toujours lorsqu'on veut changer les ha-^ bitudes d'un peuple : je n'en ai trouvé que trois exemples pour le premier siècle de l'ère, l'année 8A k Kreyé, 60 à Mélab-es-Sarrar et 66 à Sahweh ; ces trois localités sont situées dans la portion méridionale de TAuranite, à proximité de Bostra et du désert de Syrie*
Le second siècle de l'ère est représenté par huit inscrip^ lions, dont deux à Bostra, une à Kreyé, une k Hébrftn, une à Salkbat, une à Awwas, une à Ormân, une à Sahweh ; toutes ces localités sont également situées sur la lisière méridionale de FAuranite et dans le rayon où se rencon^ trent les ioeeriptions nabatéennes.
Les dates du ni' siècle de l'ère se rencontrent dians toute retendue de l'Auranite et de la Tracbonite ; celles du IV* et du V* sont moins flréquentes, enfin celles du vi* ne se rencontrent que dans deux localités sur la lisière du désert, Salkhat et Mélah-es-Sarrar. Les trois dates que j'ai relevées pour le vi« siècle de l'ère provinciale correspondent aux années 633, 64A et 665 de l'ère chrétienne et se trouvent sur des monuments chrétiens; la première est
antérieure de quatre ans à rétablissement définitif de la domination musulmane en Syrie (637) et à la soumissioo du dernier prince Ghassnide ; les deux autres sont postérieures de quelques années à cet événement, mais ce n*est pas une raison pour les rapporter à une autre ère, Tère chrétienne, par exemple, comme le voudrait Wetzstein; car il n*y a aucune trace de remploi de l'ère chrétienne en Syrie à cette époque, et d'ailleurs on ne change pas en un jour les habitudes d'un peuple. Pendant le premier demi-siècle de la conquête musulmane, il devait rester encore bon nombre de chrétiens dans ces districts écartés et arides, si peu faits pour attirer la cupidité de conquérants, qui avaient devant eux tant de riches provinces à envahir; et il est très-naturel de supposer qu'ils aient conservé encore pendant quelques années leurs usages et leur ère traditionnelle.
Outre l'ère générale de la province, on trouve encore dans quelques localités une ère particulière. Ainsi les dates des inscriptions de Ghakka ne s'accordent ni avec l'ère de Bostra, ni avec celle des Séleucides, usitée dans les environs de Damas ; elle est d'ailleurs désignée expressément dans les inscriptions comme Itoc tr^c 7e6kuù<:. Ghakka est l'ancienne SsxxsCs de Ptolémée, ville principale de la Batanée, et elle devint une colonie romaine probablement sous le règne de Septime-Sévère ou d'Alexandre-Sévère; ces faits, qui résultent de difiërentes inscriptions inédites, et sur lesquels je reviendrai dans un autre mémoire, nous mettent sur la voie pour fixer le commencement de l'ère locale : il faut sans doute la rapporter à rétablissement de la colonie romaine. Dans tous les cas, cette ère a peu d'importance, et on n'en trouve pas trace ailleurs que sur les monuments de Ghakka.
A peu de distance de Chakka, se trouvent les belles ruines de Chéhebé, les plus importantes du Hauran après celles de Bostra. Là aussi on s'est servi d'une ère locale : une inscription en honneur des empereurs Philippe père et fils, datée de la première année de la ville, en est la preuve. Ici il ne peut y avoir de doute; les ruines de Chéhebé sont celles de l'ancienne Philippopolis d'Arabie, la patrie de l'empereur Philippe, et Tère locale commence à l'époque où ce prince rebâtit entièrement sa ville natale, l'orna d'édifices considérables, et lui accorda avec le nom de Philippopolis le titre de colonie romaine. Tous ces faits, nouveaux pour la science, résultent des inscriptions et des monuments que j'ai relevés à Chéhebé, et seront développés dans un mémoire spécial, que j'aurai, plus tard, l'honneur de soumettre à l'Académie \