DE L’ABBAYE DE SAINT-BÉNIGNE
Conservées à, Asliburntiam-- Place êc à. Dijon
En 1867, la Bibliothèque nationale a acquis de M. Claudia, libraire, un" expédition authentique du procès-verbal qui fut dressé le 12 janvier 1663 par Philibert de La Mare, conseiller au parlement de Bourgogne, pour constater l’éiat de deux pièces sur papyrus conservées dans Uabbaye de Saint-Bénigne de Dijon, pour en expliquer le contenu et en prévenir la destruction (1).
Ce procès-verbal est ainsi conçu :
Philibert de La Mare, l’aisné, conseiller du roy en sa cour de parlement de Bourgogne, commissaire [en] cette part, ayant avec nous pour greffier Nicolas Camus, clerc au greffe de la dicte cour, sçavoir faisons que, ce jourd’huy, deuziesme de janvier mil six cent soixante trois, après midy, en nostre hostel, ont comparu les révérends pères dom Joseph Seguin,
(1) Cette pièce, écrite sur parchemin, forme les f. 5-10 du volume 17068 du fonds latin. Elle était autrefois conservée dans le cabinet de Fevrel de Fontette, comme l’indique la cote Portef. XLIII, n. 56, qui est inscrite en tête. Elle est ainsi mentionnée dans la Bibliothèque historique de la France (éd Fontette, III, 486, n. 37038) : « Copies et « rcconnoissances de deux bulles de Jean V et Sergius I, qui sont au « Trésor de l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon ; procès-verbal origi- « nal en parchemin, 10 pages. »
LES BULLES SUR PAPYRUS
prieur, et dom Jean Saget, procureur de Tabbaye de Sainct- Benigne de cette ville, de la congrégation de Sainct-Maur, lesquelz nous ont remonsiré que, sur la requesle par eux présentée à la cour le quatriesme du présent mois, par laquelle ilz auroient exposé que, parniy un grand nombre de tiltres et monumens anciens qui sont dans le thrésor de la dicte abbaye, ilz ont remarqué deux constitutions ou bulles de papes, l’une du pape Jean cinquiesme, et l’aultre du pape Serge premier, lesquelles estantz d’une singulière antiquité sont escrites d’une lettre fuyante et d’une ancre que le temps a effacé en partie ; et comme il estoit à craindre que, les dictes bulles estantz escrites sur une matière fragile, ce qui en reste ne vienne à estre altéré par le temps, supplioient la cour d’ordonner que, par devant commissaire qu’elle députeroit, il leur fût permis de faire vidimer les dictes deux bulles, auparavant qu’un plus long temps pût ester la cognoissance de ce qui en reste à ceux qui s’en voudront servir; sur laquelle requeste il auroit esté ordonné qu’il seroit procédé par devant nous à l’extraict et vidimus des dictes bulles; en conséquence de quoy, ilz nous requeroient y vouloir procéder. Sur quoy appointants et veu la dicte requeste, ensemble l’arrest en marge d’icelle contenant nostre commission, nous avons donné et octroyé acte aux dicts dom Joseph Seguin, prieur, et dom Jean Saget, procureur de la dicte abbaye de Sainct-Benigne, de la représentation qu’ilz nous ont faict des originaux des dictes deux bulles, sellées en plomb, et rompues en quelques endroicts pour raison de la fragilité de la matière sur laquelle elles sont escrites, lesquelles deux bulles, qui nous ont paru escrites d’un ancien caractère approchant le caractèr e saxon, nous avons làict transcrire cy après mot à mot et suivant que nous avons pu les lire, ayantz laissé vuides les endroits de l’escriture que l’injure du temps a altéré, en la forme qui suit :
« Johannes, episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio
Vulfecranno, abbati Divionensis monasterii, ejusque succes- « soribus, salutem et apostolicam benedictionem. Officii « nostri auctoritate monemur viros honestos
DE l’abbaye de saint-bénigne
« titionibus .xaudire eisque congruum suffragium impertiri.
« Quapropter in Domino fili Yulfecranne
« abbas, postulaliones tuas dignas judicantes impleri, cymite- « rium vestrum, in quo venerandus- martyr Benignus corpore a requiescit, vobis c. teri.que clericis ... ionensis castri
« perpe unum const..uimus habendum, et ne idem cy-
« miterium(l) [alibi transfer ] sub excom-
« municatione prohibemns. Et si post bec factum fuerit, nos
« illud auctoritate b.ati Pétri
« .ymiterium inte temeretur sed pro gloriosi
(( m. . . ris reverentia quilocum ipsum et patriam adjacentem a sui sanguinis aspersione sacravit inviolabili gaudeat li.ertate « et semper sub istius sacrosancte apostolice sedis protectione c( servetur. Si.. a sane persona illud violare aut q.ocunque
« modo te erare presumpserit anathematis sen-
« tenlia per
« papæ anno primo mense nono, . . sacratissima beati Pétri « apostoli sede, indictione VI.
« Johannes (2) sancte catholice ecclesie episcopus. »
Place de la bulle (3).
« Se pontifex Romanus Her
« benedictionem. Quam primum
« nob endendum ne liqua .
(( occasione . . io. .nsium namque . . .o . . . horum martiri
« Benign amulantium
« réclamât. . . ad nos pervenit clericos jam dicti
« re conari. Hoe . . .uia predecessoris mei
« Jobannis Benedicti utique suce. ... ris co.tradicit
a te beati Pétri pr.hib sub
» percussione anathematis. Nam sicut prede-
« cesser vester adortatii prefati martiris monasteiii ipsius
(1) Ici le rédacteur du procès-verbal de 1603 a sauté une ligne, dont plusieurs mots se lisent encore sur le fragment possédé par lord Ashburnham, dont il sera question un peu plus loin.
(2) Avant Johannes, le mot Ego est bien lisible sur le fac-similé de Mabillon.
(3) Un dessin de cette bulle se trouve dans Mabillon, De Re dipL, p. 437, et dans le Nouveau Traité de diplomatique, l. V, p. 141.
40 LES BULLES SUR PAPYRUS
« conslructor utrisque unum quo sanctus jacet corpora-
« liter cymiterium ita nostre auctoritatis littere
« verunt corrobora squis etiam a tor
« umque burgum dividit auf. . . ab eodem
a . . . ustro aliquid excepto abbate præsumpserit
« simili sententia se damp Berie valete. Data VIII
a kalendas ap . . . per manus Johannis bibliotheca. . . sancte
« sedis apostolice anno pontifie domini Sergii universalis
« pape sacratissima sede beati Pétri .... indic-
« tione IL »
Place de la huile (1).
Après quoy, les dicts dom Joseph Seguin, prieur, et dom Jean Saget, procureur de la dicte abbaye, nous ont remonstré que comme il est important pour le bien, honneur et advantage de la dicte abbaye que le texte des dictes deux bulles soit entièrement restably, et ce qui manque aux originaux d’icelles suppléé par des anciennes copies, ilz ont trouvé dans le thrésor de leurs tiltres un ancien cartulaire de la dicte abbaye, à la teste duquel ilz ont remarqué une ancienne copie des dictes deux bulles, par le moyen de laquelle on peut restablir ce qui manque aux originaux, requeroient qu’il nous plût ordonner que la dicte ancienne copie des dictes deux bulles sera transcrite et insérée dans nostre présent procèsverbal ; à quoy enclinantz, nous leur avons donné et octroyé acte de la représentation qu’ilz nous ont faict d’un livre in folio, en parchemin, dont Tescrilure nous a paru estre de deux à trois centz ans, ou environ, et lequel contient plusieurs tiltres de la dicte abbaye par copie, à la teste desquelz tiltres et au devant du texte d’iceux nous avons trouvé une ancienne copie des dictes deux bulles, dont Pescriture ne nous a pas paru du tout si ancienne que celle du corps du dict livre, lesquelles copies de bulles nous avons faict transcrire et insérer dans nostre présent procès-verbal, pour restablir aucunement par icelles les lacunes qui sont dans les originaux des dictes bulles,
(1) Mabillon {De Be diplom., p. 437) et les auteurs du Nouveau Traité de diplomatique (t. V, p. 141) ont donné un dessin de cette bulle.
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comme il s’ensuit, pour le tout valoir et servir ce qu’il appartiendra.
« Johannes, episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio « Vulfecranno, abbati Divionensis monasterii ejusque succes- (( soribus, salutem et apostolicam benedictionem. Officii nostri (c auctoritate monemur viros honestos in suis petitionibus « exaudire eisque congruum suffragium imperiiri.Quapropter, « carissime in Domino fili Vulfecranne abbas, postulatioiies « tuas dignas judicantes impleri, ciraiterium vestrum, in quo (.( venerandus martyr Benignus corpore requiescit, vobis alque « clericis Divionensis castri perpetuo unum conslituimus « habendum, et ne idem ciraiterium alibi transferatur, aut (( aliud præter ipsum constituatur, sub excommunicàtione « prohibemus, et si post hæc factum fuerit, nos illud aucto- <c ritate beati Pétri et noslra dampnamus. Sàne adicimus ne ab (( episcopo Lingonensi seu alio quoque idem ciraiterium (( interdicatur aut temereîur, sed pro gloriosi martyris reve- « rentia, qui locum ipsum et patriam adjacentem sui san- « guinis aspersiooe sacravit, inviolabili gaudeat libertate, et (( semper sub istius sacrosanctæ et apostolicæ sedis protectione (( servetur. Si qua sane persona illud vioîare aut quocunque c( modo temerare præsumpserit, nos eam anathematis sen- « tentia percutimus. Data per manus Joannis bibliotecarii, c( pontificatus domini Joannis papæ anno primo, mense nono, « in sacratissima beati Pétri apostoii sede, indictione VL
cc Ego Johannes sanctæ catholicæ ecclesiæ episcopus « subscripsi. »
(( Sergius (i),gratia Dei pontifex Romanus, Heroni, Lingo- « nensipræsuli, salutem et apostolicam benedictionem. Quam « primum nobis attendendum, charissime, ne hostis maligous « gregem Christi perturbe! aliqua occasione. Divionensium (( namque monachorum, marlyri Benigno sub regimine Vul-
(1) Une copie de cette bolie a été insérée, au xi^ siècle, dans la Chronique de Saint-Bénigne de Dijon ; voy. .d’Achery, SpicÜegium, in-fol., Il, 369, et Chronique deCabb. de éd. Bougaud
{Analeeta Divionemia. Dijon; 1875. Iîi-8), p. 63.
LES BULLES SUR PAPYRUS
« fechranni abbatis devote famulantium, reclamatio ad nos « pervenit clericos jam dicti caslri ad se eorum cœmiterium (( transferre conari. Hoc quia prædecessoris mei Joannis, (( Benedicti utique successoris, contradicitur decretis, aucto- « ritate Pétri apostoli et nostra prohibetur sub percussione
anathematis. Nam, sicut Gregorius, olim prsedecessor <( rester, adhortatu præfati martyris monasteriiipsius construc- (( lor, utrisque unum sancivit quo sanctus jacet corporaliter fc cimiteriuni, ita nostræ auctoritalis litleræ censuerunt corro- « borandum. Quisquis etiam a torrenle qui utrumque burgum « dividit aufferre ab eodem burgo vel clauslro aliquid, excepto f( abbate vel monachis, præsumpserit, simili sententia se « dam^pnandum noverit. Bene valete. Data VIH kalendas (( aprilis, per manus Joannis, bibliothecarii sanctæ sedis « apostolicæ, anno pontiticatus domini Sergii, universalis a papæ, decimo, in sacratissima sede beati Pétri apostoli, « indiclione secunda. »
Et d’autant que, parl’arrest cy dessus mentionné, donné sur la requeste des dicts dom Joseph Seguin, prieur, et dom Jean Saget, procureur de la dicte abbaye, il leur a esté accordé de faire recognoistre par gens expers et à ce cognoissans si les originaux des dictes deux bulles sont escrils sur de l’escorce d’arbre, ou bien sur du papier faict de la plante appellée Papyrus Ægytia, nous avons, pour la dicte recognoissance, nommé de nostre office maistres Jacque Auguste de Chevannes et Louis Mailloy, advocats en parlement, lesquels ayants esté assignez par Roydot, huissier à la cour, et comparants par devant nous, le serment d’eux pris de bien fidèlement et exactement recognoistre la matière sur laquelle sont escrits les originaux des dictes deux bulles, et après les avoir bien et deuement examiné, nous ont dict qu’après avoir veu les originaux de deux bulles des papes Jean V et Serge tirées du thrésor des tiltres de l’abbaye de Sainct-Benigne de Dijon, rompues en quelques endroicts, ilz ont recognu icelles estre escrites sur une matière faicte d’une plante appellée Papijrus Ægyplia, qui est de l'espèce appellée par Pline Charta SaiticUj ce qu’ilz ont jugé par sa matière, qui ressemble beau-
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coup à l’escorce des arbres, qui est une observation que faict le dict Pline au livre XIII, chapitre XII, pour marquer la différence de ce papier avec les aultres, en ces termes : Sai~ tica^ ab oppidoy ex vüioribus ramenlis, propiorque etiamnum cortici, comme encores par la largeur que Pline donne à ce papier de Sait, sçavoir de huict doigts, qui se rencontre pareille dans celui qui contient les dictes bulles, et de plus Pline raportant dans les qualités propres à ce papier que nec malleo suffidt, il les confirme dans ce sentiment que les dictes bulles sont escrites sur du papier d’Ægypte, dont le jonc croist aux environs de la ville de Sait, puisqu’il leur a apparu par les divers endroicts qui se trouvent rompus aux dictes bulles que ce papier ne pourroit souffrir le marteau sans se casser, estant d’une matière spongieuse et poreuse, laquelle estant desseichée se romproit, comme l’escorce, par l’effort qu’elle recevroit ; la forme aussi faisant juger que c'est du papier d’Ægypte, en ce que celuy des dictes bulles est composé des premières phylires plus grossières, qui servent comme de bazes et qui sont estendues du haut en bas, 4squelles d’aultres phylires plus déliées traversent, et ces dernières reçoivent l’escriture, ce qui est conforme à la tissure que Pline en a rapporté au mesine livre et chapitre que dessus : T exuntur omnes tabiilœmadentes N ili aqua ; turbidus liquor vim glutinis prœbet, cum primo supina tabula scheda adlinitur longitudine papyri, quœ potuit esse, resegmmibus utrimque amputatis, transversa postea orales peragitur. Qui est ce qu’ilz ont recognu touchant la matière sur laquelle sont escrites les dictes bulles. En tesmoing de quoy, nous avons dressé leprpsent procès-verbal, signé iceluy etfaict signer aux dicts dom Joseph Seguin, prieur, dom Jean Saget, procureur, aux dicts sieurs de Chevalines et Mailley, et au dict Camus les an et jour avant dicts.