‹ Mélanges de paléographie et de bibliographieChapitre 15 sur 76 · DELAMARE. FR. JOSEPH SEGUIN. F. JEAN EV. SAGET · texte numérisé non relu

DELAMARE. FR. JOSEPH SEGUIN. F. JEAN EV. SAGET

DE CHEVANES. MAILLEY. CAMUS.

La première des bulles visées dans le procès-verbal de 1663 est assurément de Jean V : elle est en effet rappelée dans la seconde comme émanant du pape Jean, sue-

LES BULLES SUR PAPYRUS

cesseur de Benoît, termes qui ne sauraient convenir qu’à Jean V, successeur de Benoît II. Or Jean V n’a occupé le saint-siège que pendant une année, du 23 juillet 685, jour de son sacre, au 2 août 686, jour de sa mort (1). Ainsi une lettre datée du mo^s de novembre, de la première année du pontificat de Jean V, ne peut être que du mois de novembre 685, encore bien que Tannée 685 réponde à Tindiction XIIÏ, et que la date de la lettre mentionne, non pas Tindiction Xllt, mais Tindiction VI.

La seconde bulle porte en tête le nom de Serge. Serge P*' a été pape de 687 à 701 ; Serge II, de 844 à 847. Entre ces deux pontifes, nous ne pouvons pas hésiter un seul instant : évidemment il s’agit de Serge P", puisque la bulle a été expédiée à la requête de l’abbé Vulfecrannus, qui était déjà en fonctions la huitième année de Clotaire III, c’est-à-dire en 663 (2). Les savants qui ont examiné le papyrus original au xvii® siècle ont constalé qiTil portait très lisiblement la date du 8 des calendes d'avril et de Vindiction ce qui correspond au 25 mars 690 ; mais les anciennes transcriptions ajoutent un autre élément: la dixième année du pontificat de Serge, ce qui nous ferait descendre jusqu’au 25 mars 698, et ce qui ne concorde plus avec Tindiction IL

Examinons maintenant les opinions qui ont été. émises sur les deux bulles de Jean V et de Serge PL

Mabillon n’avait pas vu lui-même les originaux de ces deux bulles. On lui avait envoyé de Dijon le fac-similé des premières et des dernières lignes, qu’il a insérées dans le De re diplomatica{d), comme les plus anciens exemples de bulles originales qui fussent à sa disposition. Dans le

(1) Jaffô, Reqesta pontiftcum Bomanorum, p. 170.

(2) Gallia christ., ].\Y, coi. 610. Conf. Bréquigny,Z)ip/oma^a, p. 246, et Pardessus, Diplomala, L. Il, p.l32.

(3) P. 437, pl. XL\’I.

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texte explicatif (1) il se borne à faire observer : 1° qu’on avait bien tort de placer au xi® siècle le premier emploi de la formule salutem et apostolicam henedlcUonem^ puisqu’elle se trouve déjà en 685 et en 698 dans les bulles de Jean V et de Serge P'’ pour Saint-Bénigne ; 2° que dans la bulle de Jean V le scribe a peut-être mal noté l’indiction, puisque la première année du pontificat de ce pape correspond à l’indiction XIII et non pas à l’indiction VI ; 3° que dans la bulle de Serge P*" la seule date lisible sur l’original est celle de l’ind.iction : indictlone //, de sorte qu’à la leçon anno pontificatus decimo, adoptée par d’Achery, d’après la Chronique de Saint-Bénigne, il faudrait peutêtre substituer la leçon anno pontificatus secundo^ et rapporter la pièce, non pas à l’année 698, mais à l’année 689. On voit que Mabillon ne suspectait en aucune façon les deux bulles de Saint-Bénigne, bien que l’authenticité de la seconde eût été formellement attaquée depuis plus de dix ans par le P. Charles Le Cointe (2).

Scipion Maffei (3)et les auteurs du Nouveau Traité de diplomatique (4) sont aussi confiants que Mabillon dans l’authenticité des deux anciennes bulles de Saint-Bénigne. Ces derniers reconnaissent bien que dans la première bulle Findiction se trouve détigurée par la faute de l’écrivain, et qu’il est singulier que le pape Serge prenne le titre de Sergius, gratia Dei pontifex Romanus. Mais, après avoir analysé ces deux pièces, ils n’hésitent pas à conclure que : 1° dès le vip siècle l’expédition des bulles était confiée aux bibliothécaires ; T que la date du pontificat des papes était dès lors en usage; 3° que l’emploi de la formule

(2) « Sergii Hueras quas auctor Sanbenignianus suis chronicis inse- « ruilsupposilias arbilramur ob vitiosum lilulum viliosainque lem- « poris nolam. » Annales ecclesiastici Francorum, t. IV, p. 336.

(3) Istoria diplomatica , p. 56.

(4) T. V, pp. 148, 149^

LES BULLES SUR PAPYRUS

salutem et apostolicam henedictionem remonte au moins au vil® siècle

Bréquigny a accepté sans réserve l’opinion des bénédictins sur la bulle de Jean V (1). Il est moins affirmatif pour celle de Serge I®^ «L’autorité de plusieurs critiques, dont « le nom impose, nous a déterminé, dit-il (2), à ne pas « la mettre au nombre des pièces supposées ; mais nous « avons averti qu’il y avait de fortes raisons de la regarder « comme suspecte. »

Gaëtano Marini est allé plus loin que Bréquigny : il exprime des doutes sur l’une et sur l’autre bulle. Après avoir dit qu’il faut les attribuer à Jean V et à Serge I®% il ajoute (3) : « Non siam perb certi, quanto bisognerebbe esserlo, clie « queste due bolle siano veramente de’due detti papi, per « opporleal Mabillone (4) e al Papebrocbio, che fissano « al secolo nono l’annotazion dell’anno del ponlificato in « tali monumenti ; e dico poi con franchezza che il carattere « conviene piîi a’ secoli X e XI che al IX, e molto meno « al VII. »

M. de Wailly (5), s’en tenant au sentiment des bénédictins, cite les deux bulles de Jean V et de Serge I®^ pour montrer quels étaient les usages de la chancellerie des papes à la fin du vu® siècle. Il a cru pouvoir expliquer les erreurs de date en supposant que les deux papyrus ont été restaurés, au xii® siècle, par un écrivain maladroit qui a dénaturé plusieurs chiffres en repassant la plume sur des traits plus ou moins effacés.

(1) Dipiomata, p. clxxxvi.

(2) P. CLXXxvii. Conf. p. cxxiet 353.

(3) I papiri diplomatici, p. 214.

(4) Marini fait allusion au passage dans lequel Mabillon (1. II, c. XXV, p. 181), après avoir dit que les bulles furent d’abord datées par les consulats, les indictions et les années des empereurs, ajoute : t Très priores modi ad sæculum nonum obtinuerunt, quo tempore, paullatim omissis imperatorum annis, suos substituèrent pontifices. »

(3) Éléments de paléographie, t.,l, pp. 319ct339.

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Marino Marini cite plusieurs fois la bulle de Jean V ; c’est d’après elle qu’il soutient l’antiquité de la formule salutem et apostolicam benedictionem (1).

Jaffé a condamné les deux anciennes bulles de Saint- Bénigne : il les a classées parmi les Literæ spuriæ{^). C’est la meilleure place qu’on puisse leur assigner. En effet, dans l’une et dans l’autre, l’indiction ou l’année du pontificat est fautive ; toutes les deux sont expédiées par un bibliothécaire et datées de l’année du pontificat ; toutes les deux renferment la formule salutem et apostolicam benedictionem. Comment supposer que tant d’irrégularités et d’anomalies puissent se rencontrer à la fois dans deux bulles émanées de deux pontifes différents ? Comment n’y pas voir la main d’un faussaire qui ne se doutait pas que les usages du ix*’ ou du x® siècle n’avaient rien de commun avec ceux du vil® ?

Telle était l’opinion que j’émettais en 1867, dans lu Bibliothèque de l'École des chartes (3). Je n’avais alors vu aucun des papyrus soumis par les religieux de Saint- Bénigne à la critique de Philibert de La Mare. Je savais seulement que lord Ashburnham avait recueilli de Libri un fragment du premier de ces papyrus; mon confrère et ami M. Paul Meyer avait bien voulu m’en donner une copie, à l’aide de laquelle j’avais reconnu les premières lignes de la bulle de Jean V. Je croyais que le reste de ces papyrus avait disparu.

J’éprouvai donc une agréable surprise l’an dernier, quand le savant et consciencieux conservateur de la bibliothèque de Dijon, M. Guignard, me montra, encadrés sous verre, deux morceaux de papyrus dont il avait depuis longtemps déchiffré le contenu et qu’il avait rapprochés du

(1) Diplomatica pontificia, p. 51.

(2) Regesta pontificum Romanorum, p. 941; n. ccxciii et ccxciv.

(3) 6e série, t. III, pp. 455-466.

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fragment découvert en 1865 par M. Meyer chez lord Ashbûrnham. C’est à lui qu’il appartenait de produire en public l’un des plus curieux documents de la bibliothèque confiée à ses soins.

Mais il a décliné cet honneur, et il a voulu me laisser le plaisir de compléter la note insérée en 1867 dans la Bibliothèque de VËcole des chartes. J’ai dû déférer à une aussi aimable invitation ; mais la justice m’oblige h déclarer que mon rôle s’est à peu près borné à coordonner les notes de mon savant confrère et à profiter des reproductions photographiques dont il a bien voulu diriger l’exécution.

A Faide du procès-verbal de 1663, il est facile d’établir le rapport qui existe entre le fragment d’Ashburnham- Place et les deux fragments de Dijon.

Sur le fragment de lord Ashburnham, déchiffré par M. Meyer, sont les premières lignes de la bulle de Jean V.

Johannes episcopus servus servorum Dei di-

lecto filio Vulfecranno abbati Divionensis

monasterii ejusque successoribus sal’t et apsl ben.

di . . . Officii nostri auctoritate monemur viros honestos in suis

petitionibus . . audire eisque congruum impertiri. Qua-

[propter

fili Vulfecranne abbas postulationes tuas dignas judicantesim-

[pleri cymeteri -

um vrm in quo venerandus martyr Benignus corpore requiescit

[vobis .et

clericis onensis castri unu const

idem cymiterium alibi transfer

excommunicatione prohibemus

La suite de cette bulle couvre le premier des fragments de Dijon, où nous lisons :

miterium in temeretur sed pro gloriosi . .

ris reverentia qui locum ipsum et patriam adjacen-

[tem sui sanguinis aspersione

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sacravit inviolabili gaudeat libertate et semper sub istius sacro-

[sancte et

apostolice sedis protectione servetur. Si qua sane persona illud

[yiolare aut quo-

curique modo temerare presumpserit anathematis sen-

[tentia

pape arino primo mense nono . . . sacratissima beati Pétri apos-

[toli

sede indictione VI.

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