PSAUTIER DE SAINT LOUIS
X Kal. Julii.
IX Kal. Julii.
VI Nouas Julii.
VIII Mus Julii.
XVI Kal. Augusli.
Nonis Augusü
II Kal. Sept.
Nonis Sept.
V Mus Oct.
IIII Mus Oct.
XVI Kal. Nov.
XII Kal. Dec.
III Nouas Dec.
IIII Kal. Jan.
Sancti Albani martyris.
Sancte Edeldride virginis.
Sancti Swithuni episcopi.
Sancti Grimbaldi confessons.
Sancti Kenelmi, regis et martyris.
Sancti Oswaldi, regis et martyris.
Sancti Aidani, episcopi et confessons.
Translatio sancti Guthberti episcopi.
Translatio sancti Augustini episcopi.
Sancti Wilfridi, episcopi et confessons.
Translatio sancte Etheldride virginis.
Sancti Ædmundi, regis et martyris.
Sancti Birini episcopi.
Sancti Thome, archiepiscopi Cantuariensis.
La liste des martyrs, des confesseurs et des vierges invoqués dans les litanies ne dénote pas moins évidemment une origine anglaise :
Oswalde, Albane, Ædmunde, Ædwarde, Thoma, Ælfege...
(Fol. 180.)
Augustine, Guthlace, Wilfride, Swithune, Dunstane, Johannes,
Botulphe, Aidane... (Fol. 180 v“.)
Ætheldrida, Æthelburga, Sexburga, Wereburga... (Fol. 181.)
Une note inscrite dans le calendrier, en regard du 7 juillet, peut faire supposer que le psautier a été fait, soit pour Geoffroi Planlagenêt, archevêque d’York (de 1191 à 1212), soit pour un ami de ce prélat. Elle est ainsi conçue : « Obitus Henrici, regis Angl[orum], patris domini G. Eboracensis archiepiscopi. »
Ainsi le psautier est d’origine anglaise. Je suppose que, peu de temps après la mort de Geoffroi Plantagenêt, il tomba entre les mains de Louis, fils de Philippe-Auguste, quand ce prince se rendit en Angleterre à l’appel des barons révoltés contre Jean sans Terre. Le prince Louis offrit ce psautier à sa femme Blanche de Castille. Ainsi s’explique la mention de la mort d’Alfonse, roi de Castille, père de
MANUSCRITS DE LEYDE
Blanche, qni a été ajoutée dans le calendrier en regard du 6 octobre: « Obiit Aldefonsus, rex Gastelle et Toleti (1).» Il n’y a dans le volume aucune autre note du même genre.
Il eût été difficile de trouver un plus beau livre écrit en gros caractères ; l’éclat des peintures et la netteté de l’écriture, semblaient le recommander pour en faire le premier livre de lecture d’un jeune prince. Aussi Blanche de Castille l’employa-t-elle pour apprendre à lire à Louis, son fils aîné. Le souvenir de cette intéressante particularité est rappelé par une double inscription, qui a été tracée vers le commencement du xiv® siècle et qui se lit d’abord sur le fol. 30 v°, puis sur le fol. 185 :
ClST PSAULTIERS FUT MONSEIGNEUR (2) SAINT LOOYS, QUI FU
ROYS DE France, ouquel il aprist en s’enfance (3).
Autant il est légitime d’accepter la tradition attestée par cette note, autant il serait dangereux de voir des notes autographes de saint Louis dans les extraits du psautier qui ont été ajoutés sur les marges d’un assez grand nombre de feuillets. Il est facile de trouver dans ces extraits des allusions aux sentiments que saint Louis a dû éprouver, soit en partant pour la croisade, soit pendant sa captivité, soit après sa délivrance. Mais, pour que les rapprochements eussent quelque valeur, il faudrait que les annotations fussent bien du temps de saint Louis. Or elles sont au moins postérieures de deux cents ans.
Nous ne demanderons donc pas au Psautier de Leyde un exemple (encore à trouver) de l’écriture de saint Louis : mais nous continuerons à le vénérer comme le livre dans lequel le saint roi puisa les premiers éléments de son ins-
(1) La mort d’Alphonse est rapportée au 5 octobre 1214, par la chronique de Bernard Ttier, dans les Chroniques de Samt-MartiaU éd. Duplès-Agier, p. 92.
(2) U y a au fol. 185 : fu monseignor.
(3) S'anfance, au fol. 185.
psautier de saint louis 171
truction. C’est à ce titre qu’il fut longtemps conservé dans la maison royale.
A la mort de Charles V, il se trouva au Louvre, non pas dans la tour de la Librairie, mais dans la grande chambre du roi. L’inventaire général, dont notre savant confrère M. Labarte vient de donner une édition, le désigne en ces termes :
Item ung gros psaultier nommé le Psaultier saint Loys, très richement enlumyné d’or, et ystorié d’anciens ymages ; et se commance le second fueillet (1) cum exarcerit ; et est le dit psaultier fermant à deux fermouers d’or, neellez à fleurs de liz pendans à deux laz de soye et à deux gros boutons de perles et une pippe d’or (2).
Il faisait encore partie du mobilier de la couronne, au mois de septembre 1418, lors de l’inventaire de Dreux le Maréchal et Pierre de Canteîeu (3); mais il fut noté comme absent, quand Michel de Lailleret Audry de Courtevache firent un récolement de ce même mobilier, à la fin de l’année 1420(4).
Dans la période comprise entre l’inventaire de 1418 et le récolement de 1420, le Psautier de saint Louis était passé chez Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Un état des joyaux et autres ornements conservés à Dijon, en
(1) Le rédacteur de l’inventaire n’a point compté le feuillet sur lequel il n’y a que le mot Beatus (foi. 30 v»); il a considéré comme second feuillet celui qui est aujourd’hui coté 32 et au haut duquel les mots Cum exarsenl se détachent de façon à frapper l’œil, en éclipsant un bout de ligne qui précède : tur Dominus et pereatis de via justa.
(2) Inventaire du mobilier de Charles F,p. 340, article 3303. (Collection des documents inédits.)
(3) L’inventaire de 1418 indique le psautier de saint Louis à peu près dans les mêmes termes que l’inventaire de 1380 ; voyez l’édition qu’en a donnée M. Douet d’Arcq, Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles Fi, t. Il, p. 324, article 299.
(4) Le récolement de 1420 est marqué sur les marges de l’inventaire de 1418 ; il a été compris dans la publication de M Douet d’Arcq.
:\ÎANÜSCRITS DE LEYDE
date du 12 juillet 1420, le décrit avec beaucoup de précision :
Ung ancien psaultier de grosse lettre, et y est escript que c’est le psaultier monseigneur saint Loys, ouquel il aprint en son enfance, garni de deux fermaulx d’argent doré, armoyez aux armes de France et une pipe d’argent doré (1).
De Dijon le psautier fut porté à Bruges, oîi l’existence nous en est révélée, vers l’année 1467, par un article d’inventaire ainsi conçu :
üng autre livre en parchemin, qui est saultier, couvert de baudequin à fleurs de lis, et est intitulé : Cest saultier fut à monseigneur saint Loys, à cloant d’argent doré, ’comançant au second feuillet, après le kalendriel et plusieurs ystoires, qui non habent (2), et au dernier 7nundemur in mente (3).
J’ignore quand le Psautier de saint Louis sortit de la librairie des ducs de Bourgogne. Il fut donné, en 1 741 , à la bibliothèque de TUniversité de Leyde par LVan den Bergh.
Le second manuscrit dont je veux entretenir FAcadémie est le n° 20 de l’ancien fonds de la bibliothèque de Leyde, volume écrit sur deux colonnes, dans la première moitié du XII® siècle, et composé de 106 feuillets, qui sont hauts de 322 millimètres et larges de 224.
La description que J. Zacher a publiée de ce manuscrit
(1) Les Ducs de Bourgogne, par L. de Laborde, II, 266, n° 4233. J’ai collationné ce texte sur l’inventaire original, qui est à la Bibliothèque nationale, V^de Colbert, vol. 127.
(2) Habent e&l une faute de copie dans l’inventaire; il faut lire abat. — Dans le Psautier de Leyde les fol. 31 et 183, qui sont le second et le dernier du texte, commencent bien par les mots qui non abiü et mimdemurin mente.
(3) Barrois, Bibliothèque protypographique, p. 171, n” 1)30.
GUILLAUME DE .TUMIÈGES
en 1843, dans le Serapeuw (]), m’en avait fait entrevoir l’importance. Je lui consacrai donc la meilleure partie des deux journées que je passai à Leyde, et je n’eus pas à le regretter, puisque cet examen m’a conduit à y reconnaître un débris de la bibliothèque de l’abbaye du Bec et un manuscrit original de Robert de Torigni, le célèbre historien normand du xii' siècle.
Les manuscrits du Bec sont faciles à distinguer, lors même que, pour en dissimuler l’origine, les possesseurs modernes ont fait disparaître le nom de l’abbaye, qui devait se trouver en tête. Il y a, en effet, au verso d’un des premiers feuillets de garde, des tables écrites avec beaucoup de netteté et de régularité par un bibliothécaire du xii® siècle, et la teneur même de ces tables est scrupuleusement reproduite dans le catalogue que Robert de Torigni nous a conservé et que M. Ravaisson (2) a eu l’heureuse idée de publier en 1841. k proprement parler, ce catalogue n’est guère que la copie et la réunion méthodique des lables ou titres placés en tête de chaque manuscrit, et Robert de Torigni a très justement intitulé son catalogue : Tituli LiBRORUM Beccensis almarii. Relevé (les titres des livres de la bibliothèque du Bec. A l’appui de cette observation, je citerai le manuscrit latin 12211 de la Bibliothèque nationale, que les bénédictins de Saint-Germain des Prés avaient tiré de l’abbaye du Bec. Voici ce qu’on lit, d’une part, sur la garde du ms. 12211, et, d’autre part, sur le catalogue à nous transmis par Robert de Torigni.
Garde du ms, 12211.
In hoc volumine continentur iibri beati Augustini :
De pastoribus liber unus.
De ovibus liber unus.
Calai, de Robert de Torigni (3).
In alio :
Sermo de pastoribus.
Sermo de ovibus.