‹ Mélanges de paléographie et de bibliographieChapitre 50 sur 76 · CONSERVÉ A BRUXELLES · texte numérisé non relu

CONSERVÉ A BRUXELLES

L’un des plus remarquables manuscrits de la Bibliothèque royale de Bruxelles est un livre d’heures, qu’on a longtemps attribué à Venceslas, duc de Brabant (1), mais qui est maintenant restitué par tous les connaisseurs à Jean, duc de Berry.

Après l’avoir sommairement décrit, j’essayerai de déterminer quels artistes en ont exécuté les peintures.

Le ms. 11060 de Bruxellesest un volume sur parchemin, de 124 feuillets, hauts de 275 millimètres et larges de 196. Les pages de ces 124 feuillets et des feuillets préliminaires qu’on y a joints ont reçu les cotes 1-266; mais l’auteur de la pagination a par erreur sauté de la cote 170 à la

(1) Celle fausse atlribulion se trouve consignée dans les observations paléographiques qu’une main moderne a tracées sur les feuillets préliminaires; elle est de là passée dans le Catalogue de la Bibliothèque royale des ducs de Bourgogne, t. I, p. lxxxix et 222. Ce qui a fait imaginer cette attribution, c’est le chiffre VE qui se trouve sur un grand nombre de feuillets ; on y a vu les deux initiales du nom Venceslas; mais il est surabondamment démontré que ces deux lettres constituent un chiffre, encore inexpliqué, du duc de Berry.

296 LIVRE d’heures

cote 18i , sans qu’il y ait lacune entre les pages qui portent ces deux numéros.

Le texte se réduit aux morceaux suivants :

Page 19. Les heures de Notre-Dame.

Page 131. Les sept psaumes.

Page 148. Les Litanies des saints, dans lesquelles on remarque plusieurs invocations propres au Berry et au Poitou : « Sancte Ursine, sancte Guillerme, sancte Austregisille, sancte Sulpici... sancte Fortunate... sancte Reverenti, sancte Germeri, sancte Roberte, sancte Maxenti, sancte Viviane, sancte Jovine. . . »

Page 165. Les heures de la Croix.

Page 203. L’office des morts.

Les insignes de Jean, duc de Berry, ont été semés à profusion sur les marges de ce beau livre : les armes de ce prince, le chiffre VE, les cignes et les ours se voient aux pages 10, 11, 14, 18, 55, 72, 82, 90, 98, 106, 118, 130, 165, etc.

Les grandes peintures sont an nombre de vingt, sans y comprendre l’image de la sainte face, qui a été appliquée contre la page 8. Elles représentent :

1“ (p. 10). Le duc Jean à genoux entre saint André et saint Jean. 2® (p. 11). La Vierge et l’Enfant Jésus (1).

3® (p. 14). Le duc Jean, accompagné de saint André et de saint Jean, en prières devant la Vierge.

4®(p. 18). L’Annonciation.

5® (p. 54). La Visitation.

6° (p. 72), La Nativité.

7® (p. 82). L’apparition des Anges aux bergers.

8® (p. 90). L’adoration des Mages.

9® (p. 98). La présentation au Temple.

10® (p, 106). La fuite en Égypte.

(1) Ce tableau est gravé dans pe Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale des ducs de Bourgogne t. I, en regard de la

p. LXXXIX.

DU DUC DE BERRY

H® (p. 118). Le couronnement de la Yierge.

12® (p. 130). Jésus-Christ au milieu des Séraphins, avec les symboles des quatre évangélistes.

13® (p. 164). La Trahison de Judas.

14® (p. 168). Jésus devant Gaïphe.

15^* (p. 182). La flagellation.

16® (p. 186). Jésus portant la croix.

17® (p. 190). Jésus en croix.

18® (p. 194). La descente de croix.

19® (p. 198). La mise au tombeau.

20® (p. 202). Un enterrement.

Ces vingt tableaux sont l’œuvre de deux peintres d’un grand talent, mais dont chacun se recommande par des qualités particulières et se distingue aisément par la façon dont il entend le dessin et la couleur.

A un premier artiste sont dues les peintures des pages 10 et 11, c’est-à-dire les images du duc Jean et de la sainte Vierge. Ces deux images sont, à n’en pas douter, je le crois du moins, de la main qui a tracé les vingt-quatre tableaux du commencement d’un autre manuscrit du duc de Berry, le psautier latin-français qui forme le n® 13091 du fonds français à la Bibliothèque nationale. Or, c’est à ce psautier n® 13091 qu’il faut sans la moindre hésitation appliquer Tarticle suivant d un inventaire dressé en 1401 :

Un psautier escript en latin et françois, très richement enluminé, où il a pluseurs histoires, au commencement, de la main maistre André Beaunepveu (1).

André Beauneveu, au compte duquel nous portons les vingt-quatrepremières peintures de notre ms. françaisl3091 et les deux premières du ms. 11060 de Bruxelles, a eu Tinsigne honneur d’être cité par Froissart comme le plus

fl) Voyez Le Cabinet des manuscrits de la Biblioth. nat., t. I,

Page 1