LIVRE d’heures
habile des artistes qu'entretenait le duc de Berry dans son château de Mehun-sur-Yèvre, en 1390 :
« Encores, dit le chroniqueur (1), se tenoit le duc à Meunsur-Yevre, et s’y tint plus de trois sepmaines, et devisoit au maistre de ses oeuvres de taille et de peinture, maistre Andrieu Beauneveu, k faire nouvelles ymages et peintures : car en telles choses avoit il grandement sa fantasie de tousjours faire ouvrer de taille et de peinture; et il estoit bien adressié : car dessus ce maistre Andrieu, dont je parolle, n’avoit pour lors meilleur ne le pareil en nulles terres, ne de qui tant de bons ouvraiges feust demouré^ en France ou en Haynnau, dont il estoit de nacion, et ou royaume d’Angleterre. »
André était aussi habile à manier le ciseau que le pinceau. Ce fut lui que Charles V chargea de diriger, en 1364, les ouvriers qui travaillaient aux tombes royales de l’abbaye de Saint-Denis, et nous avons encore à la Bibliothèque nationale plusieurs documents relatifs aux sommes qui lui furent payées pour l’accomplissement de cette mission (2).
J’ai attribué à André Beauneveu les deux premières peintures du manuscrit de Bruxelles, en raison de la parfaite analogie qu’elles offrent avec les vingt-quatre premières peintures de notre ms. 13091, lesquelles sont authentiquement l'œuvre de cet artiste. Un argument d’un tout autre genre et dont la valeur peut être appréciée sans avoir le manuscrit lui-même sous les yeux, me servira à découvrir l’auteur des dix-huit autres tableaux du livre d'heures de Bruxelles. Cet argument je le demanderai à l’histoire des vicissitudes par lesquelles a passé le manuscrit.
Le document le plus précieux k consulter pour les origines de la librairie des ducs de Bourgogne est un inventaire
(1) Livre IV, chap. xiv; éd. du Panthéon^ t. III, p. 74.
(2) Le Cabinet des manuscrits^ t. I, p. 62. — Mandements de Charles V, p. 5S et 72, n»® 109 et 144.
DU DUC DE BERRY
dressé à Dijon, en i420, qui n’a point encore été publié et dont le texte original est conservé à la Bibliothèque nationale (1). Nous y voyons portés les deux livres d’heures dont suit la désignation :
Item unes heures de Nostre Dame, fermans à deux fermouers d’or, armoyées des armes de feu monseigneur de Berry en deux lieux, et sont les tissuz semez de triffeille d’or, et ou milieu de l’un des fermouers a un balay à jour, acompaigné de deux grosses perles, et en l’autre fermouer un saphir à jour et une grosse perle et une perle perdue ; et y sert une pipe d’or armoyée des dictes armes esmaillées, et a ou milieu ung ruby acompaigné de deux perles rondes ; couvertes de salin azuré.
Item unes autres heures de Nostre Dame, historiées, que madame de Berry donna à feu Monseigneur, et y sont les armes de ma dicte dame en plusieurs lieux, et les armes de maistre Gontier Col, à deux fermouers d’or tous plains, couvertes d’un baudequin à ouvraige de fueillages vers sur champ noir (2).
Une annotation marginale nous apprend que Marguerite de Bavière, veuve de Jean sans Peur, s’était fait remettre ces deux livres par le garde des joyaux de son fils :
Madame mère de Monseigneur a demandé à Bouloiiigne ces deux paires de heures de Nostre Dame, et les a par devers elle.
En effet, Fun de ces livres se retrouva en janvier 1424 (N. St.) dans le mobilier de la duchesse Marguerite, et l’inventaire qui fut alors rédigé le mentionne en ces termes :
Les belles heures de ma dicte dame, à deux fermaulx d’or
(1) Vc de Colbert, vol. 127. M. le marquis de Laborde, dans le tome II des Ducs de Bourgogne, a publié des extraits de cet inventaire, mais en laissant de côté le chapitre relatif à la librairie.
(2) Ms. 127 des yc de Colbert, fol. 32 v®.