‹ Mélanges de paléographie et de bibliographieChapitre 54 sur 76 · A ANGOULÊME · texte numérisé non relu

A ANGOULÊME

Le mois dernier, M. Labitle mettait en vente (2) une collection de 36 manuscrits, sur lesquels il suffisait de jeter les yeux pour y reconnaître les débris de la librairie d’Anne de Polignac, femme de François II, comte de La Rochefoucauld : le frontispice de plusieurs volumes était orné des armes de La Rochefoucauld et de Polignac ; deux avaient conservé des fermoirs émaillés aux mêmes armes, et l’un était expressément dédié à a très haulte, très puissante et très illustre dame, Anne de Polignac, contesse douerièredes contés de La Rochefoucault et de Senserre, dame d’Onzain, de Rendans et du Luguet.»

Anne de Polignac avait épousé en 1518 François II, comte de La Rochefoucauld, qui, par son testament daté de

(1) Notice lue à l’Académie des inscriptions, le 18 avril 1879.

(2) Cataloguede manuscrits précieux des XV^ et XVI^ siècles.,. dont la vente aura lieu le mardi 18 mars 1879. Paris, Ad. Labitte, 1879. Grand in-8 de 31 pp.

ANNE DE POLIGNAC

l’année 1533, demanda à être enterré dans l’église des Cordeliers de Verteuil. Anne dePolignac, pendant son veuvage, donna ses soins à la construction du château d’Onzain et à l’achèvement de la magnifique chapelle du château de La Rochefoucauld (1). Sa principale résidence paraît avoir été Verteuil en Angoumois (2). Elle y reçut en 1539 l’empereur Charles-Quint, accompagné des deux fils de François PL La réception d’Anne de Polignac fut assez somptueuse pour que le souvenir en ait été consigné au quatrième livre de l’Histoire de Guillaume Paradin. « Les dits princes et seigneurs, dit-il (3), vindrent à Vertueil, chasteau appartenant au conte de La Rochefoucauld, auquel lieu furent receuz royallement par madame la contesse, mère du dit seigneur conte, et en si grand contentement de l’empereur qu’il dit n’avoir jamais entré en maison qui mieux sentist sa grande vertu, honnesteté et seignorie que celle là. » Repassage de Charles-Quint à Verteuil est fixé au 6 décembre 1539 dans le Journal de Jean de Vandenesse (4).

C’est à Verteuil que devait se trouver la librairie d’Anne de Polignac. C’est là qu’elle se trouvait encore auxviiiLsiècle, comme on le voit par l’inventaire dressé en 1728 après la mort de François VIII, duc de La Rochefoucauld (5).

(1) Généalogie de la très grande, très ancienne et très îtlustre maison.de La Rochefoucaut. Imprimé aux despens de M. de Roissae, (1654. In-4), p. 20. — P. Anselme, VI, 426 et 427. — Voyez surtout VHistoire de la maison de Polignac, par Gaspard Chabron, dont un extrait, dû à l’amitié de M. Chassaing, sera imprimé à la suite de celte notice, p. 324.

(2) Sur le château de Verteuil, voyez Mémoire sur VAngoumois, par Jean Gervais, publié par Babinet de Rencogne (Paris, 1864. In-8), p. 77.

(3) Histoire de nostre temps (Lyon, J. de Tournes, 1550, in-fol.),

(4) Gachard, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, t. II, p. 155 (Bruxelles. 1874. In-4).

(5) Un extrait de cet inventaire, qu’a bien voulu me communiquer M. Paul de Fleury, se trouve à la lin de la présente notice, p. 329.

l’imprimerie a angoulême

Voilà pourquoi nous y rencontrons une jolie petite bible du XIII® siècle, qui avait appartenu aux cordeliers de Verteuil. Une note tracée à la fin de cette bible, dont M. le marquis de Lambertye est aujourd’hui propriétaire, nous apprend qu’elle avait été offerte à un cordelier nommé Martin Huard, puis attribuée au couvent des cordeliers de Verteuil. Dans une seconde note, signée par le célèbre Olivier Maillard, vicaire provincial des Cordeliers, nous voyons que la même bible fut concédée, à titre viager, à frère Jean Lavaud, religieux du même couvent (1).

A l’époque où la maison d’Anne de Polignac à Verteuil méritait les louanges de Charles-Quint, l’imprimerie s’était déjà répandue dans toutes les provinces de la France ; mais les grands personnages, sans dédaigner les livres imprimés, recherchaient encore les livres écrits à la main ; fidèles aux traditions des époques antérieures, ils s’adressaient aux calligraphes et aux enlumineurs pour garnir leurs librairies de manuscrits qui parfois soutenaient la comparaison avec les manuscrits du xv® siècle. Tel était le goût d’Anne de Polignac. Non contente de posséder d’anciens manuscrits, qu’elle avait sans doute trouvés dans la famille de son mari, et dont le plus précieux est sans doute le beau livre d’heures acquis par le duc de La Rochefoucauld Bisao

(1) « Ista biblia oblata fuit fratri Martino Huardi in civitale Engolismensi, quam gratis ipse suscepit, tamen sub forma tali quod, si in poslerum conventus Fralrum Minorum edificaretur in^ eadem regione, ad ipsum pertineret; cujus modi est iste conventus de Vertoillio; ideo a devotis fratribus ejusdem conventus oralio fiat coram Domino Jhesu et matre ipsius, tam pro dicto fralre quam pro legantibus.

« Hanc autem bibliam fratres prefati conventus de Vertollio in suo capitule conventuali capitulariter congregaiis (sic) concessere usui fratris Johannis Lavaudi, conventualis ejusdem conventus ac filius immeritus; post cujus decessum prefato conventui reddatur.

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