‹ Mélanges de paléographie et de bibliographieChapitre 55 sur 76 · F. J. DE MANSO · texte numérisé non relu

F. J. DE MANSO

F. J. C. ROLINI, vicarius generalis.

Fr. OLIVERIUS MAILLARDI, vicarius prôvincialis. »

ANNE DE POLIGNAC

cia (n° 5 du catalogue de veine), elle se fit copier sur parchemin, avec des frontispices enluminés, différents ouvrages de dévotion, de morale, d’histoire et de littérature. Selon toute vraisemblance, elle s’adressa à un libraire de la ville d’Angoulême. Un libraire était alors un entrepreneur d’ouvrages d’imprimerie, de copie, d’enluminure et de reliure. Celui qui reçut les commandes d’Anne de Polignac devait avoir dans son fond les résidus de l’atelier typographique installé à Angoulême à la fin du xv‘’ siècle. C’est ce qui paraît résulter d’un ensemble de circonstances qu’il faut exposer avec quelques détails.

Avant la vente du 18 mars, j’avais remarqué que plusieurs des manuscrits d’Anne de Polignac, ceux qui sur le catalogue de vente portaient les n° 11, 12, 13, 18, 22, 24, 25, 27, 28 et 32, renfermaient dans leurs couvertures des débris d'anciennes impressions gothiques dont l’apparence était assez séduisante. Les mss. 12, 22 et 27 ayant été adjugés à la Bibliothèque nationale, je m’empressai de substituer de nouveaux cartons aux doubles de papier imprimé qui avaient formé les plats primitifs de ces trois volumes. L’opération, confiée à M. Bradel, chef de notre atelier de reliure, eut un plein succès ; elle me procura des morceaux de livres, jusqu’à présent inconnus, dont il était facile d’entrevoir l’importance. Encouragé par ce premier résultat, je résolus de faire appel aux acquéreurs des manuscrits que j’avais notés comme renfermant des débris imprimés du même genre que les mss. 12, 22 et 27. Le n® 18 avait été adjugé à M. Bachelin, le n° lia M. le marquis de Lambertye, le n° 25 àM. le comte Armand, et les 13, 24, 28 et 32 à M. le duc de La Rochefoucauld Bisaccia. Ces manuscrits me furent communiqués sans aucun retard, et les couvertures de tous ceux qui pouvaient subir l’expérience sans courir la moindre chance de détérioration, furent traitées comme celles de la Bibliothèque nationale. On y découvrit des fragments absolument sem-

l’imprimerie a angoulême

blables à ceux qui avaient déjà été mis de côté. Du premier coup je reconnus que nous avions mis la main sur on lot des rebuts ou des déchets d’un ancien imprimeur. En effet, on y rencontrait juxtaposés quatre ou cinq exemplaires du même fragment ; déplus, sur les feuilles intactes, on constatait des traces de pliure, mais jamais aucune trace de piqûre.

11 est toujours curieux d’analyser et d’étudier les éléments qui sont entrés dans la composition des reliures formées avec des déchets d’imprimerie. De même que le numismaliste tient compte de la façon dont sont groupées les pièces d’un trésor, et qu’il en tire souvent d’ingénieuses déductions pour déterminerdes monnaies dont la date et Forigine sont incertaines, de même le bibliographe doit minutieusement examiner la juxtaposition des déchets d’imprimerie qu’on a utilisés pour former les cartons d’un même train de reliure. Quand ces déchets remontent au xv® siècle, et qu’ils viennent d’un atelier peu connu, on peut être sûr qu’ils fourniront des notions neuves et importantes pour Fhistoire de l’imprimerie et de la librairie. La reliure des livres d’Ànne de Polignac nous a donné l’occasion de vérifier la justesse de cette observation. Je crois avoir réussi à en faire sortir Fhistoire, jusqu’à présent ignorée, d’un de ces ateliers typographiques français du xv® siècle, qui, pour n’avoir pas produit des livres de premier ordre, ne méritent pas Foubli dans lequel ils sont tombés : le fait seul d’avoir fabriqué et mis en circulation, à des prix très réduits, beaucoup de livres liturgiques et pédagogiques, n’est“il pas un service rendu à la cause de la civilisation, auquel nous ne saurions rester indifférents ? Aussi, la Bibliothèque nationale recueille-t-elle depuis longtemps avec un soin jaloux des fragments qui, sous un aspect informe et sordide, témoignent éloquemment d’efforts souvent heureux pour introduire et acclimater sur tous les points de la France la merveilleuse invention de l’imprimerie. Elle met

ANNE DE POLIGNAC

au nombre de ses bienfaiteurs les amateurs, qui, comme M. le duc de La Rochefoucauld Bisaccia, comme M. le marquis de Lambertye et comme M. le comte Armand, veulent bien nous livrer des débris de reliure , qui , combinés entre eux et rapprochés d’autres monuments, prennent une réelle valeur et préparent la solution de petits problèmes bibliographiques. C’est ce qui vient de nous arriver avec les couvertures des livres d’Anne de Polignac.

Parmi les morceaux qui avaient servi à relier les Dits des philosophes (n° 18 du catalogue de la vente), se trouvaient deux exemplaires d’un feuillet portant une souscription datée d’Angoulême, le 16 avril 1492. Dès lors n’étionsnous pas autorisés à supposer que le relieur employé par^ la noble châtelaine de Verteuil en Angoumois s’était servi, pour former ses cartons, des rebuts ou défets d’une imprimerie d’Angoulême? J’essayerai de justifier cette conjecture par une série de rapprochements, dont l’Académie voudra bien excuser la longueur et la minutie.

L’atelier typographique qui fut établi à Angoulème au xv“ siècle n’est guère connu que par un petit volume dont un magnifique exemplaire est exposé à la Bibliothèque nationale dans la galerie Mazarine. Il elst intitulé :

Auctores octo continen teslibros. videlicet.

Cathonem.

Facetum.

* Theodolum.

De contemptu mundi.

Floretum.

Alanum de parabolis.

Fabulas Esopi.

Thobiam .

La dernière page se termine par une souscription ainsi conçue :

l’imprimerie a angoulême

Félix libellorum finis quos auctores vulgo appellant correctorum impres sorumque Engolisme die xvii mensis Maii. Anno Domini M.CCGG.LXXXXI.

Le volume comprend 18 cahiers (a-s), dont les 17 premiers ont chacun huit feuillets, le dernier n’en ayant que six. Le premier feuillet de chaque cahier est signé I, et le troisième II, particularité déjà remarquée par M. Desbarreaux-Bernard, et qui tenait à l’usage d’encarter l’une dans l’autre, pour en former un cahier, deux feuilles d’impression renfermant chacune huit pages. — Le filigrane du papier est un B majuscule, d’assez petites proportions (1).

Le recueil intitulé Auctores octo avait une grande vogue dans les écoles du xv® siècle, comme le prouve le nombre des anciennes éditions qui en subsistent (2). L’édition publiée à Angoulême en 1491 se fait remarquer par plusieurs préfaces en vers, qui toutes ont pour auteur un certain Foucaud Monier. Pour faire apprécier le style de ce latiniste, je reproduis ici les cinq distiques qu’on lit au verso du titre des Auctores octo de 1491.

Focaudi Monieri in Gatho nis libellum epigramma.

Qui cupis almiflue latices haurire Sophie :

Dogma Gathonis habet larga ftuenta tibi :

Non varias canit hic musas Heliconave sacrum :

Sed musam pandit : qua sine vita ruit.

Gomoda nature nunquam tibi deesse videbis :

(Grede michi) si terexerit iste Gatho.

Si dives : si pauper eris : si dux : cornes : aut rex :

Si sapis : e corde non cadat ille tuo.

Utilis est : brevis est : duo sunt gratissima cuique.

Sit licet exiguus : est tamen al mus ager.

(1) A un endroit, le B est accompagné d’un trèfle qui part du milieu du côté droit de la lettre.

(2) Voyez les notes complémentaires ajoutées à la fin de cette notice, p. 330.

ANNE DE POLIGNAC

Un second livre imprimé à Angoulême m’a été indiqué par M. Claudin, à qui nos antiquités typographiques sont si familières. C’est le Grécisme d’Evrard de Béthune, avec le commentaire de Foucaud Monier. La bibliothèque Mazarine (n° 10077. A) en possède un exemplaire, venu de l’abbaye de Saint-Germain-des-Près, à laquelle il avait été donné en 1651 par Jean Partis. Il est intitulé :

Grecismus cum commente magistri Focaudi,

Il se compose de 18 cahiers (a-s), les 17 premiers formés de 8 feuillets, le dernier n’en ayant que quatre. Sur tous les cahiers, à l’exception du premier et du dernier, les signatures sont disposées comme dans les Auctores octo de 1491. — Deux corps de caractères ont été employés pour l’impression du Grécisme : le plus fort, réservé au texte, est identique à celui qui a servi pour V impression des Auctor es octo ; le commentaire est composé en lettres plus petites, avec un certain nombre dn capitales de l’autre corps. Ces ressemblances sont déjà significatives ; mais ce qui met hors de doute l’attribution du Grécisme à l’atelier d’Angoulême, c’est une préface de Foucaud Monier, qui occupe le verso du titre et qui nous fait connaître les noms de Pierre Alain et d’André Cau~ vin, imprimeurs associés à Angoulême.

Focaudus Monierus Petro Alano et Andree Calvino librorum impressoribus Engolisme cooperantibus S. P. D.

Non sufficio mirari cur in grammaticis Francorum ludis tam frequens sit Ebrardinum opus cui nomen est Grecismo , Pelre et Andrea amicissimi. Quanquam enim multa scitu annolatuque utilia continet, tam crebris tamen erroribus squallet ut pueris obesse magis quam prodesse peritissimi (juique judicent. Neque enim parvi referl quibus in libris a leneris insuescant, nam qualem sectaberis (ail. quidam) talis fias necesse est. Hoc auteni (ut pleriquc aslrucre nituntur) accidit, quia auctori morte prevenlo non vacavit

l’imprîmerie a angoulême

congestum opus digerere, quod crédita quidem dignum salis, vel hoc persuaderi potest, quod constat Ebrardum et Îegîsse multa et in pluribus fuisse eruditum, ut ex ipsa operis compilatione apparet, que non paucis probatissimorum auctorum exemplis intertexta est. Yerum imperiti quidam (quos glosatores vocant), errores erroribus accumulantes, horrida quedam agrestia ac penitus barbara adeo indigeste, scabrose confuseque superinculcant, ut si quis bec legere tentaverit, alterum sibi cahos offendisse videatur, scilicet partam sibi laudem ac gloriam non parvam putant si libellum nescio quibus inextricabilibus divisionibus disciderint, si disseptationibus que argumenta vocant, si sine ratione ratiunculis perstrepuerint, si demum ea que penitus ignorant, vera sint an falsa, exulcerationibus, ne dicam expositionibus, pro arbitrio turpiter lacerarint. Sufficit grande modo sit ac prolixum quod scribitur. Quamrem, scholasticis adeo perniciosam, egre ferons, paucis ante diebus (dum forte ociosus pene vacarem) animum induxi ut commentariolos super Grecismum ederem, quibus (quantum michi pro facultacula liceret) breviter edocerem, quid in eo emulandum quidve cavendum fugiendumque sit. Hos ipse hodie tantum exegi. Modus autem interpretandi (ne quis forte lector fallatur) hic est. Nam litteram prius (utimaqueque sententiadeposcit)juxta mentem auctoris intôrpretamur; poslmodum quid sentiamus continuo subjungimus, interposita syliaba Fo.; quod 'si quando inter exponendum forte (quod raro) quicquam e nostro interserimus, id his figuris ( ), quibus parenthèses signari soient, concingimus. Ubi vero neutrum horum invenitur, nos auctoris sententiamprobamus, nisi forte in aliquo precedentium locorum contrarium prenotaverimus, quod nonnunquam fecimus, ne idem nobis foret sepius repetendum. Verum quia prolixiora quequé tedio esse consuevere, et rudium magis intelligentias confundere quam instituere, iccirco exemplorum multitudine, quibus dicta noslra probasse fulcisseque potuissemus, consulta omissa, rem breviter tractavimus . Quod si nos errasse forte contigerit, doctum iectorem (quisquis ille erit) humiles deprecamur ut bene dicta bene accipiat, et errata studio

ANNE DE POLIGNAC

charitatis corrigat. Deum enim testamur quod hoc opusculum non emulo sed officioso animo confecimus, scilicet ut multis foret aliquantum adjumento . Hanc vobis lucubratiunculam meam vestris (si dignum duxerilis) operis imprimendam trado, Andrea et Petre, peritissimi litterarum impressores. Vos autem obsecro curate imprimis ne mendosa vestris e manibus excedat. Valete. Datum Engolisme, pridie kalendas januarias, anno salutis tercio et nonagesimo supra millesimum et quadringentesimum.

Notons en passant que Foucaud Monier devait enseigner la grammaire à Angoulême ou dans une ville de rOuest de la France. Les imprimeurs d’Angoulême n’étaient pas seuls à mettre sous son patronage les éditions qu’ils publiaient. M. Glaudin a bien voulu me communiquer une petite édition de Stace (1) , à la marque des imprimeurs de Poitiers Guillaume Bouchet et Jean Bouyer, en tête de laquelle se trouve : « Focaudi Monieri tetrasticbon in Achilleiden Statii. »

Ainsi, les Auctores octo de 1491 et le Grécisme de 1493 sont deux livres authentiquement imprimés à Angoulême par Pierre Alain et André Cauvin, avec le concours de Foucaud Monier. Ils vont nous servir à vérifier l’origine des fragments retirés des livres d’Anne de Polignac. Ces fragments appartenaient à sept ouvrages différents, que nous allons examiner successivement.

Le premier fragment se réduit à un feuillet coupé en deux morceaux. L’identification n’en présente pas la moindre difficulté. C’est le 5® feuillet du cahier P des Auctores octo de 1491.

En deuxième ligne, je mets un groupe de fragments fort considérable, puisqu’il ne s’élève pas à moins de 140.

(1) Celle édition de Slace est décrite dans le Manuel de Brunei, V, 517.

l’imprimerie a angoulême

Tous appartiennent à un livret dont j’ai pu constituer un exemplaire complet pour la Bibliothèque nationale. Ce livret est intitulé à la première page :

Questiones super minorem Donatum.

Il est de format petit in-quarto, et consiste en quatre cahiers (a-d), chacun de huit feuillets, avec les signatures I, II, III, IIII, au bas de la première page de chaque cahier. Même système d’encartage que celui des Auctores octo de 1491. Papier à la marque B, comme celui des Auctores octo de 1491. Mélange des deux corps de caractères signalés dans le Grécisme de 1493. Il n’en faudrait pas davantage pour justifier l’attribution de nos Question nés super minorem Donatum aux imprimeurs d’Angoulême. S’il était d’ailleurs resté des doutes, ils auraient été levés par la souscription finale :

Expliciunt questiuncule grammaticales super Donatum mi- I norem Engolisme impresse bene vise et correcte anno salutis I Christiane M GGCG XGII, XVI die mensis aprilis.

Voilà donc un troisième type des impressions d’ Angoulême, non moins authentique que les deux premiers. — Quant à la nature des Questiones super minorem Donatum^ il suffit de faire observer que c’est un petit traité de grammaire fort suivi dans nos écoles à la fin du xv® siècle. Hain en a décrit, sous les n°^ 13634-13637, quatre éditions, auxquelles il faut ajouter non seulement celle d’ Angoulême que je viens de signaler, mais encore deux autres que la Bibliothèque nationale possède d’ancien temps.

L’une de ces éditions est intitulée « Questiuncule super Donatum minorem, » et se termine par la souscription : « Expliciunt questiuncule grammaticales super Donatum minorem, | impresse Parisii per Petrum Levet, anno Domini millesimo qua | dringentesimo octuagesimo nono,

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ultima die mensis Januarii. | » In-quarto. Cahiers a-e. Gothique. 35 lignes à la page.

L’autre est intitulée sur le premier feuillet : «Questiones super Donatum, » et en tête du deuxième : « Incipiunt questiones perutiles super Donatum minorem. » — A la fin : « Expliciunt questiiincule gramma | ticales super Donatum minorem. » In quarto. Cahiers a~e. Gothique. 34 lignes à la page.

Le troisième groupe de nos fragments consiste en deux demi cahiers mutilés, chacun de quatre feuillets. Le caractère du texte et celui des notes, la justification, l’encartage et la marque du papier sont absolument les mêmes que dans les Questiones super minorem Donatum de 1491. Le livret auquel ont appartenu ces deux demi-cahiers est donc, lui aussi, une impression d’Angoulême. Le texte contenu dans ce livret est l’ouvrage de Jean Josse de Marville, que M. Thurot a fait counaitre d’après deux mss. de la Bibliothèque nationale et dont il existe trois éditions :

1° Celle d’Angoulême, représenté^ par les fragments récemment découverts ;

2® Une édition de Rouen, dont la Bibliothèque nationale possède un bel exemplaire , donné en 1852 par M. Montanus de Haan Hettema ; livret de 44 feuillets inquarto, formant sept cahiers, les six premiers (A-F) de six feuillets, et le dernier (G) de huit feuillets.

Titre : « Expositiones modorum | significandi, in preclara Ro | thomagi civitate, impensa 1 Roberti Mace, aime univer | sitatis Cadomi bibliopole, | vigilanter impresse, incipiunt \ féliciter. » — Marque de Robert Macé.

Souscription finale : « Expliciunt questiones modorum significandi, impresse | Rothomagi per magistrum Petrum Olivier et Johannem Mauditier.

(1) Polices et extraits des manuscrits, XXII, ii, 47.

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3° Une autre édition de Rouen, dont l’existence à la bibliothèque Bodléienne a été signalée par une note manuscrite de M. Montanus de Haan Hettema. Cette autre édition se termine par les mots : « Impresse Rothomagi pro Roberto Mace, Gadomi commorante, ejusdem universitatis librario. »

Le quatrième groupe de nos fragments est de beaucoup le plus considérable. Il comprend 216 feuillets, sans compter au moins 120 feuillets, que j’ai reconnus et entrevus dans la reliure du Jouvencel de M. le duc de Bisaccia, mais que, par crainte de détériorer la couverture, je n’ai pas cru devoir demander l’autorisation de dégager et d’enlever. A l’aide de ces 216 feuillets, dont beaucoup sont mutilés, je suis parvenu à constituer pour la Bibliothèque nationale un exemplaire, encore bien incomplet, d’un livre tout à fait inconnu des bibliographes. Il est intitulé :

Aucthores octo continentes libros. videlicet

Cathonem.

Facetum.

Theodolum.

De contemptu mundi.

Floretum.

Alanum de parabolis.

Fabulas Esopi.

Thobiam.

C’est une autre édition du recueil imprimé à Angoulême en 1491 et dont il a été question plus haut. D’après un calcul rigoureux, cette autre édition devait avoir 16 cahiers, de 8 feuillets chacun, signés a-q, plus un petit cahier signé r, dont deux ou trois pages seulement devaient renfermer une portion de texte.

Cette seconde édition des Auctores octo^ renfermant les préfaces en vers de Foucaud Monier, est sortie; comme

ANNE DE POLIGNAC

celle de 1491, des presses d’Angoulême. Le corps des majuscules est celui que nous avons fait remarquer dans les Auciores octo de 1491, dans les Questiones super minorem Donatum de 1492, dans le Grécisme de 1493 et dans le fragment de Jean Josse de Marville, qui tous les quatre sont incontestablement des impressions d’Angoulême. Le système d’encartage et de signature des cahiers est le même que celui des deux livres de 1491 et 1493. Dans cette seconde édition des Auctores octo nous avons donc un cinquième produit de l’atelier typographique d’Angoulême. Il y faut remarquer deux particularités importantes : l’emploi d’un corps de minuscules en gothique carrée, dont les autres livres ne nous avaient pas fourni d’exemples, et la marque du papier, qui est, non plus au B, mais tantôt au sautoir, tantôt au serpent.

L’exemplaire de la seconde édition des Auctores octo que possède aujourd’hui la Bibliothèque s’arrête à la dernière page du cahier L, sur laquelle est le commencement du poème de Mathieu de Vendôme intitulé Thobias.

Le cinquième groupe de nos fragments est formé de 15 feuillets d’un ouvrage français en prose et en vers. Il a été facile d’y reconnaître le Verger d'honneur. Nos quinze feuillets, appartenant à des cahiers signés b et c, correspondent à la partie de l’ouvrage qui, dans l’édition attribuée àVérard(l), commence au fol. aiiiiv°, col. 2, ligne 10, et s’arrête au fol. b ii v®, col. 2, ligne 23. Il y a de très notables variantes entre les deux textes. Je ne crois pas qu’on ait encore signalé l’édition du Verger d'honneur que représentent nos fragments, et qui est probablement la plus ancienne. Elle est imprimée avec les mêmes caractères, majuscules et minuscules, que les Questiones super mi-

(1) Les deux exemplaires que la Bibl. nat. en possède porleiil la cote Lb*8 15. A. L’un d’eux, imprimé sur vélin, relié aux armes du comte de Hoym, forme le n® 2241 de la série des Vélins.

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norem Donatum de 1492. On y trouve aussi le même système d’encartage et de signature de cahiers. Eu égard à ces analogies, et surtout aux circonstances de la découverte, je considère comme parfaitement légitime l’attribution à Angoülême de la première édition du Verger d'honneur.

Par des raisons de même ordre, je crois qu’il faut faire honneur à l’imprimerie angoumoisine de notre sixième groupe de fragments : huit feuillets mutilés, ayant formé le cahier k d’un traité de morale religieuse, qui peut être intitulé ^omme c/es et des vices. Les majuscules et les mi-

nuscules sont celles des Auetores oclo de 1491, et le papier est à la marque du B. Le système d’encartage et de signature des cahiers est le même que dans les Questiones super minorem Donatum del’année 1492. Je copie les premières lignes du fol. k I, pour aider à retrouver, s’il existe, un exemplaire complet de cet ouvrage :

On appelle ce péché symonie pour ung enchan | teur, lequel avoit nom Symon Magus, qui une fois | voulut acheter de saint Pierre l’apostre la grâce de | faire miracle affm de la mieulx revendre, et pour | ce sont appellés symoniacles ceulx qui vendent ou a [ chetent les choses spirituelles, et est entre tous les 1 pechez mortelz le plus grant, car plus grant chose est ( la spiritualité que la temporalité

Reste un septième groupe de fragments, sur l’origine desquels le doute n’est guère plus permis que pour les précédents. Les douze feuillets mutilés dont il se compose sont imprimés avec les caractères dont nous avons constaté l’emploi dans les Questiones super minorem Donatum de 1492 et dans le Grécisme de 1493 ; la différence d’aspect tient à ce que les interlignes sont beaucoup moins larges dans ces deux dernières impressions. Les douze feuillets dont je m’occupe sont tout ce qui nous est parvenu d’un livre composé de trois cahiers in-quarto, chacun de 8 feuillets. Il nous manque le premier cahier et les feuillets 1, 2,

ANNE DE POLIGNAC

7 et 8 du deuxième. Le titre placé en tête devait être à peu près conçu en ces termes :

Dominici Mancini de passione Domini nostri Jesu Ghristi liber incipit.

La Bibliothèque nationale possédait déjà deux éditions de ce poème.

Livret intitulé snr la première page : ‘

Dominici Mancini de passione Demi | ni nostri Jesu Ghristi liber incipit.

Au-dessous de ce titre, image de la présentation de l’Enfant Jésus au Temple.

Garactères ronds. Quatre cahiers, chacun de 6 feuillets, signés a-d.

2" Livret intitulé au haut de la première page de texte : Dominici Mancini de passione | Domini nostri Jesu Ghristi liber incipit.

Sur la dernière page : « Tractatus de passio | ne Domini. » Caractères gothiques. Longues lignes.

In-quarto. Deux cahiers, signés a et b, chacun de 8 feuillets. Cette pièce doit avoir été imprimée en même temps qu’un autre poème de Dominique Mancini, avec lequel elle est reliée : « Libellus de quattu | or virtutibus et omni | bus officiis ad bene [ beateque vivendum. » Ce second poème se termine par la souscription : « Opéra industria arteque Georgii Mit | telhus’ Germani, in regia urbe Parisiorum, in edi | busqué Hacqueville, davis argentei intersigno | in vico Sancti Jacobi prope parvum pontem, régnante | Carolo sexto Francorum rege christianissimo | anno salutis M CCCG LXXXVIIL »

Même caractère et même justification que le poème sur la passion. Quatre cahiers, signés a-d, les deux premiers de 8 feuillets, les deux autres de 6. — N® 10632 de Hain (1).

(1) Pendant que cette notice était sous presse, la Bibliothèque nationale a acquis, en Allemagne, une autre édition du poème de Dominique Mancini. En voici la description sommaire. — Édition sans lieu

l’imprimerie a angoülème

Une circonstance peut expliquer la pensée qu’on a eue de publier dans une ville de l’ouest de la France le poème de Dominique Mancini sur la Passion : ce poète avait pour patron Frédéric de San-Severino, évêque de Maillezais, à qui est dédié le poème sur les quatre vertus.

L’exemplaire mutilé du poème sur la passion dont la Bibliothèque vient de s’enrichir contient : 1° sur les fol. b III-VI, la partie de l’opuscule qui, dans l’édition de 1488, se trouve depuis le fol. a VII verso ligne 11 jusqu’au fol. b II recto ligne 15 ; 2° sur le cahier c, la fin de l’ouvrage, depuis le \ersExtimuit rursum, que l’édition de 1488 nous offre à la ligne 4 du feuillet b III verso.

En résumé, la typographie angoumoisine du xv® siècle, qui jusqu’à présent n’était représentée que par deux livres, \es Auctores octo de 1491 et le Grécisme de 1493, peut aujourd’hui se faire honneur d’au moins huit produits, dont six nous ont été révélés par les reliures des livres d’Anne de Polignac. C’est un chapitre à peu près nouveau que nous avons à ajouter à l’histoire des origines de l’imprimerie en France. On ne saurait trop remercier les généreux amateurs M. le duc de Bisaccia, M. le marquis de Lambertye-Gerbéville, M. le comte Armand, et le libraire Bachelin-Deflorenne, dont les communications nous ont permis d’obtenir un si complet résultat, puisque, grâce à eux, nous avons réuni pour la ville d’Angoulême une série d’incunables plus nombreuse que celles de la plupart de nos villes de second ordre.

11 n’est pas d’ailleurs étonnant que les imprimeurs aient trouvé à Angoulême de grandes facilités pour exercer leur

ni date. 16 feuillets in-quarto. Le premier feuillet, signé par erreur a II (au lieu de a i) commence par ce titre : « Tractalus de Passione Domini. ] Dominici Mancini de Passione Demi | ni noslri Jesu Chrisii liber incipit. » — Caractère gothique. 33 lignes à la page. — La dernière page commence par les mots : « Lancea sint clavi... »

A>*>’E DE POLIGNAC

industrie. Ils avaient des protecteurs aussi éclairés que puissants dans la personne de leurs souverains immédiats, Charles, comte d’Angoulême, et Louise de Savoie, qui aimaient les livres et appréciaient le mérite des impressions. On sait quels rapports le comte Charles entretenait avec Antoine Vérard, et nous pouvons sans témérité supposer que des volumes sortis des presses angoumoisines de Pierre Alain et d’André Cauvin se trouvaient en 1496 à la librairie du château de Cognac dans ces deux lots de livres que les rédacteurs de l’inventaire mentionnent en bloc :

52. Item soixante-trois petis libvres et traictez de diverses choses, les aucuns en papier, les autres en parchemin, les aucuns en latin, les autres en françoys, les aucuns reliez à table, les autres couverts à simples couvertures, desquels n’a esté fait inventoire plus ample parce qu’ou les reppute de peu de valleur.

58. Item plus quarante -trois petits libvres, les aucuns reliez, les autres coulzus, les aucuns en papier, les autres en parchemin, contenant divers traictez, dont ne est fait plus ample inventoire, parce qu’ils sont repputez de petite valleur.

Une autre circonstance put aussi favoriser les développements de l'imprimerie à Angoulème : un prélat aussi lettré qu’Oclovien de Saint-Gelais, évêque d’Angoulême depuis 1494 jusqu’en 1502, ne devait pas être indifférent aux travaux de Pierre Alain et d’André Cauvin. Ce fut lui, n'en doutons pas, qui les chargea, eux ou leurs compagnons, de donner du Verger d'honneur une édition dont nous ne possédons plus qu’une quinzaine de feuillets, mais qui paraît antérieure aux autres éditions décrites par les bibliographes.

Les volumes de la librairie d’Anne de Polignac n’ont pas seulement le mérite de nous avoir accidentellement conservé de nombreux vestiges de la première imprimerie

l’imprimerie a angoulême 323

d’Angoulême. Il en est plusieurs qui présentent par euxmêmes un réel intérêt.

Comme plus particulièrement remarquables par les miniatures dont ils sont ornés, je citerai un livre d’heures acquis par M. le duc de La Rochefoucauld Bisaccia, un exemplaire de l’ouvrage de Jacques Le Grant, exécuté pour Antoine, bâtard de Bourgogne, une chronique en prose de Bertrand du Guesclin, et une copie de Gommynes, renfermant une très belle peinture de la bataille de Fornoue.

Pour les textes contenus dans les principaux manuscrits d’Anne de Polignac, je renvoie aux notes complémentaires qui sont imprimées un peu plus loin (p. 332). On devra accorder une attention particulière aux copies du Jouvencel de Jean de Bueil et des Mémoires de Philippe de Commynes. Les exemplaires qu’Anne de Polignac a possédés de ces deux ouvrages ont en effet un grand prix : car elle était la' nièce de l’historien de Louis XI (1) et elle avait épousé en premières noces Charles de Bueil, arrière-petit-fils de l’amiral Jean de Bueil.

Je ne m’arrêterai pas plus longtemps aux livres de la bibliothèque d’Anne de Polignac : ce que j’en ai dit suffira, je l’espère, pour conserver le souvenir de la collection qui vient d’être dispersée et pour assurer à la comtesse de La Rochefoucauld une place d’honneur sur la liste des grandes dames qui ont aimé et encouragé les lettres et les arts au temps de François PL

(1) Voyez la noie 2 de la page 324.

NOTES COMPLEMENTAIRES

(A.) Extrait du livre Xde l’Histoire delà maison de Polignac, composée entre les années 1620 et 1630 par Gaspard Chabron (1).

De Anne de Polignac^ mariée en premières nopces avec le comte de Sancerre^ et en secondes nopces avec François comte de La Roche foucaud^ et des descendants d'elle depuis Van 1520 jusques à présent,

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