CHAP. XX
Cette dame fut laissée bien jeune par son père (2) sous la tutelle et gouvernement de sa mère, soutenue de la faveur de la reine de France Anne de Bretagne, de laquelle elle portait le nom comme étant sa filleule, et qui l’eut en grande recommandation, car je trouve qu’en l’an 1503 étant ques-
(1) Communiqué par mon savant ami, M. Augustin Chassaing, juge au tribunal du Puy. — Un exemplaire de cette histoire appartient à la Société d’agriculture du Puy.
(2) Jean de Polignac, seigneur de Beaumont et de Randan, lieutenant général pour le roi en Italie, et gouverneur des villes et châteaux de Livourne, Pietra-Santa, etc., testa à Parme le 2 octobre 1300 et mourut peu après. Il avait épousé le 2i juin 1493 Jeanne de Jambes, fille de Jean, seigneur de Montsoreau, conseiller et premier maître d’hôtel de Charles Vil; par ce mariage il devint beau-frère de Philippe de Commynes, le célèbre historien, qui avait épousé Hélène, sœur aînée de Jeanne.
Jeanne de Jambes, lors de son mariage, était l’une des damoiselles d’Anne de Bretagne.
ANNE DE POLIGNAC
tion de liquider les droits que cette dame ou son père pouvoient prétendre dans la maison de Polignac, la reine l’assista tellement qu’elle envoya des gens de sa maison et du conseil du Roi dans la ville de Montbrison en Forez, où se devoit faire l’assemblée, pour y soutenir ses droits, savoir : nobles Jacques de Beaume seigneur de la Quarte, conseiller du roi et général de ses finances, le sieur de Menon conseiller et premier maistre d’hostel de la reine, le sieur de Lubières, aussi son maistre d’hostel, W Jean Bernard son contreroleur, et Messieurs Pierre de Saint-André, conseiller du roi en son grand conseil et juge-mage de Carcassonne, et Gervais de Beaumont, sénateur de Milan et lieutenant du bailly de Montferrand, tous envoyés par la Reine, porte l’original du contrat d’accord « pour entendre et vacquer « audit affaire, considéré que ladite fille est sa filleule O pupille, et que ladite dame lui veut garder et conserver « ses biens, droits et actions, tels qu’elle doit avoir à ladite « maison de Polignac, comme fille et héritière de son dit feu « père par raison. » Ceux qui assistèrent à ce traité de la part du vicomte de Polignac furent messire Jacques de Beaufort, marquis de Canillac et comte d’Alais, messire Antoine du Prat, conseiller et advocat du roi en sa cour de parlement de Toulouse, qui fut depuis chancelier de France sous le roi François P', et M“ Gabriel des Arcis, licencié ès droits. Par ce traité les terres et seigneuries de Randan et de Pradelles furent baillées, et depuis, au lieu de Pradelles évincé, fut baillée la seigneurie du Luguet en Auvergne. Cet accord est de l’an 1503.
Cette dame fut mariée deux fois. En premières nopces elle épousa Charles de Bueil, comte de Sancerre, issu des anciens comtes de Champagne, qui fut tué à la première journée de la bataille de Marignan, combattant vaillamment pour son prince contre les Suisses, duquel elle eut un fils Jean, comte de Sancerre, qui mourut au camp de Hesdin sans être marié.
Son second mari fut François II, comte de La Rochefoucaud, issu des anciens comtes de la maison de Lusignan, fils de François comte de La Rochefoucaud, qui eut l’honneur
ANNE DE POLIGNAC
d’être parrain de François P** de ce nom roi de France, et de Louise de Crussol, frère de Jean, évêque de Mende, et d’Antoine de La Rochefoucaud, seigneur de Barbezieux, gouverneur de Paris et Isle de France, grand sénéchal de Guyenne, général des galères et admirai du Levant. De ce second mariage elle eut trois fils et quatre filles. Les filles furent Françoise, mariée avec Frédéric de Foix, comte de Candale, 3^ de ce nom, fils de Gaston de Foix et de Marthe comtesse d'Astarac ; ce Gaston fils de Jean de Foix, comte de Candale, et de Catherine de Foix, 4“ fille de Gaston iv% comte de Foix, de Bigorre et seigneur de Béarn, et d’Eléonore, reine de Navarre, fille de Charles III du nom, roi de Navarre, issu de Louis de F rance, comte d’Evreux, d’Etampes et de Gien, 5® fils de Philippe le Hardi, roi de France. Du mariage de ce Frédéric de Foix et de Françoise de La Rochefoucaud, fille de. notre Anne de Polignac, issirent un fils et une fille. Le fils fut Henri de Foix, comte de Candale, qui de Marie de Montmorency eut Marguerite de Foix, comtesse de Candale, femme de Jean-Louis de la Valette, duc d’Epernon, pair et colonel de France. La fille fut Diane de Foix, femme de Louis de Foix, son cousin, vicomte de Meille et seigneur de Gurson, duquel elle a eu plusieurs enfants, entr’autres Frédéric de Foix, comte de Gurson, qui de Charlotte de Gaumont, fille de François de Gaumont, comte de Lauzun, a eu un fils Gaston de Foix et deux filles.
Les autres filles de Anne de Polignac furent Jeanne et- autre Françoise, toutes deux abbesses de Saintes ; et Marie, abbesse de Poissy. Les fils furent François, Charles et Jean. Celuici fut abbé de Marmoutiers et de Cormery et maistre de la chapelle du roi.
François l’aîné fut le 3® comte de La Rochefoucaud et eut deux femmes. De la première Silvia Pica de la Mirandole, il eut François 4® comte de La Rochefoucaud, qui deClauda d’Estissac eut deux fils, François V, à présent comte de La Rochefoucaud, marié avec Gabrielle du Plessis, fille du seigneur de Liancourt, premier écuyer, et de M™'^ la marquise de Guiercheville. Le second fils est Benjamin, baron d’Estibsac, maistre de camp d’un régiment françois. François
ANNE DE POLIGNAC
3® comte de La Rochefoucaud, de Charlotte de Roye, sa seconde femme, fille de Charles, sire de Roye, et de Magdelaine de Mailiy, dame de Conty, sœur d’Eléonore de Roye, femme de Louis de Bourbon, prince de Condé, qui fut tué à la bataille de Jarnac, eut quatre fils et deux filles. Les filles furent Magdelaine, femme de Just-Louis seigneur de Tournon, comte de Roussillon et sénéchal d’Auvergne, mère de feue M""® la vicomtesse de Polignac, et Isabeau, femme de Jean-Louis de La Rochefoucaud, comte deRandan. Les fils furent Henri, comte de Roucy, qui mourut jeune étudiant à Paris; Jean-Josué, comte de Roucy, qui fut tué à la bataille d’Arqnes; Benjamin mourut jeune à Vertueil, et Charles, comte de Roucy, qui de Clauda de Gontaud, sœur du feu maréchal de Biron, eut un fils unique Charles de Roye de La Rochefoucaud, à présent comte de Roucy, et une fille Charlotte de Roye de La Rochefoucaud, femme de Louis de Champaigne, comte de La Suze.
Charles II de La Rochefoucaud, fils de François II, comte de La Rochefoucaud, et de notre Anne de Polignac, fut le premier comte de Randan, colonel de l’infanterie françoise, fut blessé au siège de Bourges et mourut au siège de Rouen, ces villes détenues lors par les religionnaires. Il épousa FulviaPica de laMirandole, sœur de la susdite Silvià, femme de son frère, comte de La Rochefoucaud, toutes deux venues en France avec la feue reine mère Catherine de Médicis, et d’elle eut quatre fils et une fille. La fille fut Marie-Silvie, laquelle épousa Louis de Rochechouart, seigneur de Chandenier, et de lui eut Jean-Louis de Rochechouart, à présent seigneur de Chandenier. Les fils furent Jean-Louis de La Rochefoucaud, second comte de Randan, gouverneur dn haut et bas pays d’Auvergne, qui fut tué à la bataille d’Issoire l’an 1590, après avoir laissé d’Isabeau de La Rochefoucaud, sa femme, une fille unique Marie-Catherine de La Rochefoucaud, comtesse deRandan, femme d’Henri de Beauffremont, marquis de Senecey, ambassadeur pour le royœn Espagne, qui se fit admirer aux derniers Estats tenus à Paris, y présidant pour la noblesse. Que si la mort inexorable n’eût tranché le fil de ses meilleures années dans la ville de Lyon
ANNE DE POLIGNAC
par la blessure qu’il avoit reçue au siège de Royans, l’oii tenoit pour assuré qu’il s’en alloit, à cause de sa grande prud’homie et habileté, estre intendant des finances de France. Cette dame marquise de Senecey, devenue veufve d’un tel mari, a été aussi, pour ses grands mérites, choisie pour dame d’atours et après pour dame d’honneur de la reine de France. Le second fils fut Charles, baron du Luguet, qui mourut jeune sans estre marié. Le troisième, François,, cardinal de La Rochefoucaud, grand aumônier de France, évesque de Senlis, abbé de Sainte-Geneviève et de Tournus, qui s’est rendu et se rend tous les jours recommandable à la postérité par son grand mérite, singulière piété, charité et doctrine. Le quatrième fut Alexandre, prieur de Saint- Martin près Chartres, qui mourut à Milan.
Voilà en termes bien raccourcis la belle lignée issue de cette notre Anne de Polignac, le récit de laquelle mériteroit une œuvre toute entière pour la dignement représenter et exposer en détail toutes les belles actions guerrières de tous ces comtes de La Rochefoucaud et de Randan descendus de cette dame, actions parsemées dans toutes nos histoires en si grand nombre que de m’y arrêter davantage il faudroit me divertir tout à fait de mon principal sujet. Je dirai seulement, en ce qui concerne l’honneur et le mérite particulier de cette dame, qu’au passage que le roi François P' permit de faire dans son royaume à l’empereur Charles-Quint pour aller en Flandres en 1540, elle eut l’honneur de recevoir dans son chasteau de Vertueil l’Empereur, de dîner à sa tahle avec sa fille depuis comtesse de Candale, et quelle sut si bien faire les honneurs de sa maison que l’Empereur, au sortir du royaume, dit « n’avoir rencontré ni veu dans iceluy une plus « honorable et notable dame que la dame de La Rochefou- « caud », cette notre Anne de Polignac; et Paradin, au IV** livre, et Dupleix, en la vie du même roi François, disent que cet empereur fut accueilli et traité si magnifiquement, avec les enfants de France qui l’accompagnoient, par Anne de Polignac, comtesse de La Rochefoucaud, qu’ils en reçurent un singulier contentement, et l’Empermir dit tout haut « qu'il n’estoit jamais entré en maison qui sentît mieux
ANNE DE POLIGNAC
« la vèrtu, hohnesleté et seigneurie que celle-là. » Elle fit bastir le chasteau de Randan tel que nous le voyons aujourd’hui, le faisant prendre aux fondements, hors et séparé du vieux chasteau, etl’eust rendu à sa perfection sans ce qne le vicomte de Polignac son cousin la voulut troubler en la propriété de toute la terre de Randan, dont elle prit un si grand mécontentement que, craignaut l’événement du procès, elle quitta l’entreprise de ce beau bastiment à demi ouvré, lequel achevé eust esté l’un des plus beaux de tout le pays d’Auvergne, et changeant de dessein, s’en alla faire bastir le chasteau d’Unzain et le convent des Cordeliers du mesme lieu, où elle est enterrée.
(B.) Liste des Manuscrits existant dans la Ribliothèque du château de Verteuil en 1728 (1).
Manuscrit couvert de velours.
Bonnes mœurs; manuscrit couvert de velours. (19.)
Histoire de Louis XI ; manuscrit couvert de velours. (36.)
Vie de saint Hierosme; manuscrit couvert de velours. (9.) Psautier de la Vierge ; manuscrit couvert de velours.
Le triomphe de messire François Pétraque {sic) ; manuscrit couvert de velours. (26.)
Les dits de plusieurs sages philosophes ; manuscrit couvert de velours. (18.)
(1) Mon confrère, M. Paul de Fleury, archiviste de la Charente, m’a communiqué cet extrait d’un inventaire conservé aux archives de la Charente sous la cote E 662 et analysé dans l’inventaire sommaire de ladite série, p. 217. — A la suite de la plupart des articles, j’ajoute, entre parenthèses, des numéros qui renvoient aux articles correspondants du catalogue rédigé par M. Labitte, pour la vente du 18 mars 1879.
ANNE DE POLIGNAC
Méditations sur la Passion de Notre-Seigneur ; manuscrit couvert de velours « (11.)
Vers de François ; manuscrit. (29.)
Instruction de Tordre des chevaliers de saint Michel ; manuscrit. (34.)
Le Temple de Boccace ou Miroir des grands ; manuscrit. (21.) Épitre de saint Hiérosme à une dame romaine ; manuscrit. (10.) Vie de Thome crestien ; manuscrit. (17.)
Prières; manuscrit. (8.)
Psalterium Davidicon ; manuscrit. (2.)
Heures manuscrites ; deux tomes. (5 et 6.)
La sainte Bible, latin et français ; manuscrit; deux tomes. Contemplation de Tamour de Dieu; manuscrit. (15.)
Trois vieux manuscrits.
(C.) Anciennes éditions des Auctores octo.
De nombreuses éditions de ce recueil, qui était fort employé dans les écoles du xv® siècle, sont indiquées dans le Repertoriam de Hain (tome I, p. 240 et 241, n®® 1913- 1919) et dans le Manuel de Brunet (t. I, col. 549 et 550).
M. le docteur Desbarreaux-Bernard (1) a décrit une édition publiée à Lyon, en 1496, dont la bibliothèque de Toulouse possède un exemplaire.
Nous conservons à la Bibliothèque nationale, outre les deux impressions d’Angoulême, signalées plus haut, les trois éditions dont l’indication va suivre :
1. « Auctores octo opusculorum cum commenta | riis diligentissime emendati, videlicet | Cathonis { Theodoli | Faceti 1
{\) Catalogue des incunables de la bibliothèque de Toulouse (Toulouse, 1878, in-8), p. 38, n® 39.
ANNE DE POLIGNAC 331
Cartule, alias de contemptu mundi | Thobiadis | Parabolarum Alani | Fabularum Esopi | Floreti, \ »
Au-dessous de ce titre, marque de libraire, contenant dans un écusson les lettres : P. L.
A la fin : « Auctores octo opuscolorum cum commentariis diligentissime emendati, videli | cet Cathonis, Tbeodoli, Faceti, Cartule alias de contemptu mundi, Tbobia | dis, Parabolarum Alani, Fabularum Esopi , necnon Floreti finiunt feticiter {sic), | impressi Lugduni , anno Domini MGCCGLXXXXIIII, die XVI Februarii. | .
Caractères gothiques. Longues lignes.
In-quarto. Signatures a-D.
Commentaires développés sur le texte des huit auteurs. La préface mise en tête commence ainsi : « Probemium. Summi Deus largitor premii, via constans, fons refrigerii. . . »
Exemplaire provenu du grand couvent des Carmes à Paris.
IL « Auctores octo opusculorum cum commen | tariis diligentissime emendati, videlicet | Cathonis | Tbeodoli | Faceti \ Cartule, alias de contemptu mùiidi | Thobiadis | Parabolarum Alani | Fabularum Esopi | Floreti. »
Au-dessous de ce titre, la marque de « Jehan de Vingle. »
A la fin : « Auctores octo opusculorum, cum commentariis diligentissime emendati, videlicet Ca | thonis, Tbeodoli , Faceti , Cartule alias de contemptu mundi , Thobiadis, Parabo | larum Alani, Fabularum Epsopi {sic), necnon Floreti, finiunt féliciter, impressi Lugduni | anno Domini MCCCGLXXXXV, die XIIII Marcii. »
Caractères gothiques. Longues lignes.
In-quarto. Signatures a-A.
Mêmes commentaires que dans l’édition de Lyon, 1494.
Exemplaire provenu du couvent des Capucins de la rue Saint- Honoré à Paris. '