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Page 30 da texte espagnol

« Turpilius Philopatro ;

Miserum puto Si etiam istuc ad malam «taiem accessit mali.

« Pacuvius Peribœa :

Parum est quod te œtas maie habet, ni etiam heic ad malani iEtatem adjungas cruciatum reticenti(a).

(( Afranius Yopisco :

Si possent homînes delenimentis capi, Omnes haberent nunc amatores anus.

iEtas, et corpus tenerum, et morigeratio, Hsec sunt venena formosarum mulierum :

Mala œtas nuUa delenimenta invenit.

(( Bonam œtatem quoque dicimus adolescentiam vel juventutem. M. Tnllius de Senectute (c. 14) : Quod si ipsis voluptatibus bona œtas fruitur lubentius, etc. »

Ce n'est donc pas lo témoignage d'un grammairien que l'on récuse, mais celui de quatre poètes plus ou moins considérables.

On m'accordera, je pense, que deterior est synonyme de maluSj ou plus exactement, de pejor. Aussi Ovide a-t-il dit (POnt. I, 4, 1) :

Jam mihi deterior canis adspergitur œtas.

Il me faut ajouter un mot au sujet d'une dissertation encore plus récente, que nous devons également à l'Espagne. Un journal de Madrid, la Discusion (28 février 1864), après avoir rendu compte, avec les éloges mérités, du travail de MM. Raimundo Miguel et de Morante, n'adopte pas cependant leur conclusion ; et plus heureux en cela que nous tous, il explique lo passage sans rien changer au texte et sans altérer le sens d'une expression consacrée. L'article de M. Alfredo Adolfo Camus remplit six colonnes, et je n'ose pas dire que l'argumenlation en soit bien serrée, puisqu'il y est question du Coran, de Bernard Palissy, de Canova, du musée de Cluny, etc., et qu'il y a place pour un petit dialogue dans le genre comique. Je ne m'occuperai que de la fin de l'article, et du nouveau personnage introduit par M. Camus, c'est-à-dire une soubrette, à laquelle il me reproche de n'avoir pas songé. Voici la scène qu'il imagine :

« Le théâtre représente l'atrium d'une maison romaine* Au fond, une porte qui donne sur le boudoir, où se tiendra la vieille, posant comme une idole.

(( La soubrette sort avec vivacité, et montrant la porte :

tt Si les hommes pouvaient être séduits par les artifices, toutes les vieilles aujourd'hui auraient des amoureux.

(' [Riant, et se désignant elle-même.)

(( La jeunesse, les charmes du visage, les caresses, voilà les poisons des jeunes filles jolies.

« (Avec une compassion ironique, et montrant de nouveau la porte.)

(( Mais la vieillesse ne trouve pas d'artiûces qui lui aillent {que le cuadraîi), »

Après cette laborieuse interprétation, je crains que le lecteur n'hésite encore à accepter la lumière nouvelle.

{Revue de llnstruction publique , 7 avril 18640

Conclusion. — De tout ce qui précède, l'impression prédominante qui m'est restée, c'est d'avoir vu contester par plusieurs de mes contradicteurs le sens de mala œtas. Voilà où l'on en est lorsqu'on reste avec son bagage emporté de la rhétorique, et qu'au lieu d'approfondir, an moyen des auteurs et des interprètes anciens, les difficultés de la langue latine, on se croit apte à les résoudre par sa propre inspiration. J'ai pu donner, grâce à Nonius Marcellus, des preuves surabondantes du sens de l'ancienne expression mala œtas ; ce qui prouve, par parenthèse, que les grammairiens sont bons à quelque chose : ici ils nous donnent quatre exemples d'auteurs perdus pour établir un sens généralement ignoré.

Y a-t-il donc dans cette ^expression quelque chose d'obscur ou de forcé? Mala œtas n'est-il pas le pendant de bona œtas, qui n'embarrasse nullement quand on le voit dans Cicéron {Sen. 14)? « Istis ipsis voluptatibus bona œtas fruitur libentius. » Nonius, on l'a vu, avait déjà fait ce rapprochement. Et nous, ne disons-nous pas, «le bel âge? » Si mala œtas ne paraît plus au siècle d'Auguste, j'ai cité un mot employé par Ovide, qui a tout h fait le même sens, « deterior œtas. » L'exemple est dans les Pontiques (I, 4, 1); le même mot reparaît dans un autre passage du même poëte (Trist. lY, 8, 13j, où il dit que le malheur lui est venu dans un âge déjà avancé :

Jainque, decem lustris omni sine labe peraciis^

Parte premor vitae détériore meœ.

Nec procul a métis, quas pœne tenero videbar, ete.

Ce qu'il y a de plaisant, c'est que d'après les nouveaux réformateurs de la langue latine, mala œtas signifierait jeunesse î c'est-à-dire la même chose que bona œtast

Quant à la solution définitive du problème, je ne suis pas plus avancé qu'autrefois. J'ai même fait un pas en arrière. Mon édition de Nonius Marcellus * a exigé de ma part une décision. J'ai abandonné une conjecture qui soulevait beaucoup d'objections, et j'ai fait tout ce que j'ai pu pour conserver nulla. Plusieurs de ceux qui ont creusé ce passage rebelle,

1. Nonii Marcelli de Compendtosa doctrina, edidltLud* Quicherai. — Paniiis, Hachette, 1872. Iq-80 maj., xxxii-680 pag.

notamment les Espagnols, ont trouvé un expédient : ils ont attribué les cinq vers d'Afranius non à une vieille coquette, mais à une soubrette. Cette manière déplace la question sans la résoudre. Mais elle m*a suggéré ridée de partager le différend : j'ai fait dire les quatre premiers vers par la vieille, et le dernier par la soubrette. J'obtiens ainsi une solution tout à fait nouvelle :

Si possent homines delenimentis capi, Omnes haberent nunc amatores anus.

iEtas, et corpus tenerum, et morigcratio, Hœc sunt venena formosarum mulierum.

— Mala œtas nulla delenimenta invenit^

A. (( Si les hommes étaient sensibles aux séductions, tous les soupirants rechercheraient des vieilles. Leur âge, un corps délicat^ les tendres faiblesses, tels sont les enchantements au service des jeunes beautés.

B. (( Quand l'âge est venu, adieu les séductions t »

Dès lors plus de contradiction : la vieille énonce complaisamment mi paradoxe, dont la soubrette se moque lestement, mais dans un aparté. Je ne la suppose pas une de ces insolentes qui osent tout dire à leur maîtresse.

11 n'est pas bien rare que deux personnages figurent dans un fragment d'auteur comique. Nonlus en offre maint exemple. Les manuscrits ne distinguent jamais les interlocuteurs ; mais les éditeurs indiquent le changement pour la clarté. Us le font sans danger quand ils ont sous les yeux le texte de Plaute ou de Térence. Pour les auteurs dont les ouvrages sont perdus, il est des cas où le sens réclame le dialogue. Par exemple, dans ce vers de Novius, cité par Cicéron {de Oral, II, 69) :

Qttid ploras, pater ? — * Mirum ni cantem 1 Gondemnatu' sum >.

« Vous pleurez, mon père? — Paut-il que je chante! Je suis condamné. »

J'ai pris volontiers ce biais pour réunir le plus grand nombre de suffrages. Mais je n'abandonne pas pour cela ma première opinion, et Taffif* mation orgueilleuse de la vieille coquette me paraîtrait bien terminer le passage. Assez souvent de pareilles prétentions de la part d'une fine mouche se trouvent fondées.

1. M. Ribbeck n'a pas parlé de la conjecture de Scioppius. Dans sa deuxième édition, il mentionne mes deux (Propositions, sans exprimer ud ayis sur leur compte. Il dit qu'il y a dans le ms. Harléien morigeneratio ; c'est mori generatio, en deux mots.

2. M. Ribbeck (Comic, deuxième édition, p. 271) se conforme aux éditions de Cicéron, qui font une fin d'iambique sénaire avec quid ploras, paier? Il s'ensuit que le vers suivant ayant un pied de moins, il est obligé d'indiquer une lacune par deux points au milieu. Éf idemment o*Ml OB seul Yen t le irocluûqae ti fréquent. Ajoutes on mot, la pensée perd tout son tel.

QUATRE PASSAGES D'eKNIUS REUNIS.

M. Patin a déjà consacré dans le Journal des Savants^ deux articles à examiner le recueil des fragments des Tragiques latins, donné par M. Otto Ribbeck^, publication importante, qui éclaircit, rectifie, complète les recueils précédents', et, comme il doit arriver quand un travail est sérieux, est venu les remplacer. Ce n^est pas à dire que le nouveau texte soit définitif : il est difficile de toujours tirer bon parti d'éléments si rebelles. Les devanciers peuvent avoir quelquefois raison contre M. Ribbeck ; des philologues peuvent réussir à mieux expliquer tel passage, à mieux constituer certains vers» à trouver la juste attribution d'un fragment resté jusqu'ici sans maître ; enfin une bonne fortune peut faire encore trouver quelque lambeau inconnu de la tragédie latine. Ainsi c'est là une œuvre qui doit se perfectionner sans cesse.

Les savants et ingénieux articles de M. Patin, à qui ses profondes études sur le théâtre grec offrent le meilleur commentaire pour le théâtre latin, ont surtout un objet, c'est de reconstruire un corps avec ces membres épars, de retrouver la pensée, et, s'il est possible, une pensée un peu suivio dans ces phrases isolées, souvent courtes, qui généralement n'ont été ci* tées qu'à cause de l'étrangeté de quelque forme surannée, de quelque mot archaïque. Je ne suivrai pas Thabile professeur sur ce terrain, où il ne laisse rien à faire. Mais la vue synoptique des fragments d'une tragédie d'Ennius m'a suggéré quelques observations, qui rouleront presque exclusivement sur la métrique. La métrique a aussi le privilège d'éclaircir les textes.

Il nous est parvenu quelques passages d'une tragédie d'Ennius intitulée

i. Numéros de septembre et d'octobre 1863.

2. Tragicorum latinorum reliquiœ, Recensuit Otto Ribbeck. — Lipsiœ, 1862.

3. D'Henri Estienne, de Scriverius, de M. Botbe. A quelque perfection qu'une telle oolleo* tion arrive finalement, l'estime, l'admiration même restera surtout à celui qui drena le premier inTentaire^ Henri Etienne (1564). Robert Estienoe ayait fourni des matériaux.

Alexander^, c'est-à-dire Paris. Ce nom greo a été expliqué par le poëte lui-même, dans un vers rapporté par Varron (L. L. VII, 82) :

Quapropter Parim pastores nunc Alexandrum vocants.

Il s'est conservé dans Lucrèce (I, 475} :

Ignis Alexandri Phrygio sub pectore gliscens'.

Les fragments de cette tragédie ne sont pas nombreux, et il y a lieu de s'étonner qu'il ne s'en trouve pas un seul dans Priscien, ni dans Nonius Marcellus, les deux grands collecteurs de ces débris. Ceux qui nous restent, nous les devons àMacrobe et à Cicéron.

Dans une pièce dont un de ses frères était le béros, il était naturel que Gassandre donnât cours à son inspiration propbétîque, et déployât le tableau des malheurs qui devaient venger l'enlèvement d'Hélène. Cassandre est un personnage favori de la tragédie grecque. On se souvient qu'il figure d'une manière terrible dans VAgamemnon d'Eschyle. Sénèque a reproduit cette tragédie. Gassandre y rappelle ainsi le jugement de l'Ida (v. 730) :

Idœa cerno nemora ; fatalis sedet Inter potentes arbiter pastor deas.

Timetc, reges, moneo, furtivum genus.

Dans le même poète (Troad. 34), Hécube rappelle qu'avant sa flUe, elle a prédit les malheurs de Troie :

Quœcumque Phœbas ore lymphato furens, Gredi deo vêtante, prœdixit mala, Prior Hecuba vidi gravida, nec tacui metus, Et vana vates ante Gassandram fui.

Je veux dire d'abord un mot du vers anapestique dimètre, dont il va être souvent question. Ce mètre, qui, après Tiambique trimètre et le trochaïque septénaire, est le plus fréquent dans les tragiques grecs et latins, est particulièrement attribué au chœur; il sert aussi pour les monologues des principaux personnages. On le trouve dans VAgamemnon d'Eschyle (v. 61, sqq.), lorsqu'un garde déroule les suites fatales de la perfidie de Paris :

OvTtt S' *ATpéai; natSa; 6 xpeCaouv

*Eic' *A>e^8p<p 7cé{jLicsi (évioc

Zeù;^ icoXvdcvopoç à\ijcf\ y^vaixoc, x. t. X.

Les fragments des anciens tragiques latins offrent beaucoup d'exemples,

1. Scriyerias donne aussi le titre Alexandra, Gassandre, que Vossius, Hessel et M. Bothe préfèrent. Il est certain qu'Euripide, souvent imité par Ennius, avait composé une tragédie du nom d* Alexandra : il en reste beaucoup de fragments. M. Ribbeck maintient Alexander,

2. L'attribution de ce vers à la pièce d'Ennius e)»t faite par Gérard Vossius.

3. Voyez encore dans Cicéron {Ad Heren. W, 30) : « Nisi Alexandrum perculeront. »

mais d'exemples très-courts^ d'anapestiqnes. Pour miam faire sentir le rhythme de ce vers, je citerai un passage plus étcadU| emprunté h Se* nèque (^Agam. 57, sqq.) :

regnorum magnis fallaz Fortuna bonis, in prœcipiti Dubioque locas ezcelsa nimis ^ Nunquam placidam sceptra quietem Certumve sui tenaere diem.

Alla ex alia cura fatigat, Vexatque animes nova iempestas.

Dans une suite de chapitres très-intéressants, Macro^e sigpale un grand nombre d'emprunts faits par Virgile aux poëtes latins qui l'ont précédé. Ennius a la part la plus considérable dans le relevé des passages qui ont prêté & ces imitations.

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