‹ Melanges de philologieChapitre 103 sur 143 · Henri Estienne ayait di? isô ces vers de la môme manière · texte numérisé non relu

Henri Estienne ayait di? isô ces vers de la môme manière

à la place de cum tuOy et ce mot figure depuis lors dans les textes d'Ennius.

Reste à déterminer le mètre de ce passage. Le premier vers semble un anapestique inattaquable : aussi le maintient-on généralement dans sa solitude. Mais, comme la suite n'est qu'obscurité, M. Bothe (p. 34) Ta englobé dans un grand vers :

lux Trojœ, germane Hector ! Quid Ita contuo lacerato Corpore, miser, aut qui te sic respectantibus tractavere Nobis ?

Il voit dans ce grand vers un trooba!que tétramètre. Mais, si nous acceptons ce système, le second vers n'est pas régulier. De plus, le rejet de nobiê ne semble pas heureux.

M. Ribbeck admet au commencement la division ordineiire :

lux Trojœ, germane Hector I

Quid te ita contuo lacerato corpore,

Miser, aut qui te sic tractavere nobis respectantibus ?

Le dernier vers étant un iambique tétramètre, il est probable qu'il en était de même du précédent, que l'éditeur donne conmie incomplet par conjecture.

Mais une objection capitale se présente tout d'abord. Comment la phrase, commencée dans un mètre, se continuerait-elle dans un autre mètre ? Il se peut qu'on ne puisse réussir à constituer ce passage, mais le but qu'il s'agit d'atteindre est bien évident.

Gérard Vossius avait vu la vérité, et il est regrettable qu'on ait abandonné les traces de ce savant. Voici ce qu'il dit : « Locus corruptissimus. Anapsesticos fuisse, satis ex primo versu apparet. » Il établit de la sorte le passage :

lux Trojae, Germane Hector ! Quid te ita contuo Lacero corpore, miser? Aut qui sic Nec < spectantibu' tractavere Nobis ?

Je ne trouve que deux choses à redire dans cet arrangement : je n'aime pas le demi-vers : lux Trojœ, ni surtout le rejet nobis» Quant à l'adjectif lacerOj il s'était présenté tout de suite à mon esprit, avant que je connusse le texte de Vossius. Lacerato est le mot de la langue commune, substitué au mot ancien et poétique. Quid te ita est excellent : le pronom, f^ est nécessaire 2 ; l'éditeur l'a emprunté à la seconde phrase, où il peut être également conservé.

i. Conjecture gratuite et malheureuse^ au lieu de respectantibus.

2. Zeuoe dit qu'un manuscrit da S^riverias offrait à la marge : Quid ita te.

Je me suis rencontré avec Yossius pour fixer le système de ces vers : une pareille autorité est pour moi un grand encouragement. Du reste, ma restitution diffère de la sienne. Voici Tordre que je propose :

lux Trojœ, germane Hector I Quid te ita lacero ^ corpore contuo ?

Âut qui te sic tractavere Miserum, respectantibu* nobis^?

Chacun règle à sa façon l'ordre des derniers mots. Cela est permis jusqu'à un certain point: les vers sont traités comme de la prose par les copistes. Il m'a semblé que respectantibus nobU était bien placé à la fin de la phrase.

Je dois noter que Bothe a conjecturé mUerum \ dont cependant il n'a pas fait usage.

n. — Le même Macrobe {SaU YI, 2) indique une autre imitation faite par Virgile (ifinetrf. VI, 515) :

Quum fatalis equus saltu super ardua venit Pergama, et armatum peditem gravis attulit al?o.

Le poëte a eu devant les yeux un autre passage de la même tragédie, dans laquelle se trouvaient les vers suivants. Je les cite comme ils sont distribués dans l'édition de Zeune :

Nam maximo saltu superavit '

Gravidus armatis equus ^,

— — Qui suo partu ardua perdat

Pergama*.

Je ferai remarquer d'abord qu'avant Virgile, Lucrèce avait mi souvenir manifeste de ces vers lorsqu'il écrivait (I, 477) :

Ncc clam durateus Trojanis Pergama partu InÛammasset equus nocturne Grajugenarum.

Vossius établit des iambiques trimètres ^, en modifiant un peu la construction au dernier vers :

1. Il semble que j'aurais pu laisser : contuo lacero corpore, dans Tordre du texte. Mais je n'admets pas qu'à cette époque la finale de contuo puisse être abrégée.

2. « Sed legendum videtur miserum, » (Poetœ scenici Latinorum^ p. 34.) — J'aurais pu à la rigueur conserver miser, en terminant par le vers anapestique catalectîque dit parémiaque : Miser , autqui te, respectantibus Nobis, sic tractavere? Mais j'ai préféré l'autre manière.

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