‹ Melanges de philologieChapitre 104 sur 143 · On lit aussi superabit · texte numérisé non relu

On lit aussi superabit

4. Henri Estienne ne suppose pas de lacune, et introduit Per gaina à la un du dernier Ters. Hessel fait de même.

5. M. Ribbeck (p. viii) note que Macrobe {Sat, II, 9) a fait allusion à ce passage : « Ut iUe Trojanus equus gravidus armatis fuit. »

6. Il essaye aussi le trochaïqne septénaire^ mais sans y Insistar.

Nam maximo Saltu superabit gravîdus armatis equus, Suo qui partu perdat ardua Pergama ^

Bothe (p. 34) constitue ainsi ce passage :

Nam maximo saltu superabit gravidus armatis equus, Qui suo partu ardua perdat Pergama.

D'après l'éditeur, le premier vers est un iambique tétramètre; le second est sans doute une portion du même mètre.

M. Ribbeck (p. 19) cite et scande de la même manière le premier vers. Pour lui, le second est de même nature; mais comme il le trouve avec raison trop court, il suppose une lacune, expédient auquel ce savant a trop souvent recours :

qui suo partu ardua perdat Pergama.

L'analogie des idées a naturellement indiqué un rapprochement entre ce fragment et celui qui précède.

Je m'étonne qu'on n'ait pas été arrêté dès l'abord par l'épîthète maximo. Nous savons bien, ne fût-ce que par Virgile, que ce cheval était colossal : instar montis equum... molem equi.., hanc immensam molem. Il s'ensuit que sa marche devait être lente. Virgile n'a pas mis d'épithète à saltu. Mais il est bien légitime d'attribuer l'adjectif au cheval même, maximuSj qu'on peut écrire maximu' pour abréger la fmale. Ce changement, aussi simple que fondé en raison, nous donne la clef de ce passage; il ouvre la voie au mètre anapestique :

Nam maximu* saltu superabit Equus, armatis gravidus', qui suo Ardua partu Pergama perdat.

J'ai déplacé quelques mots. SuOy séparé àepartu^ semble plus poétique.

Il est probable que les vieux tragiques latins ont employé, à la fin d'une suite d'anapestiques, un adonique, comme le font les Grecs et souvent Sénèque. Le couplet me paraîtrait très-harmonieux s'il se terminait de la sorte :

Nam maximu' saltu Superabit equu*, qui partu ardua Pergama perdat.

m. — Un troisième fragment de la même tragédie se trouve dansCicéron

1. M. Bergk, cité par M. Ribbeck, adopte cet arrangement^ ayec une légère différence à la Gn : Suo qui partu perdat Pergama ardua. Il était juste de citer Vossius, d'autant plus que Pergama ardua est moins bon^ Tiambe étant très-rare au cinquième pied dans les vers des tragiques.

2. Je change la construction, pour éviter le iribnque, pied iaadimiMb\^GTQ»\âMA v^snnn.iù equus).

{Divin. I, 31). La pièce, il est ?rai, n'est pas nommée : dans ses citations, l'orateur n'a pas toute l'exactitude d'un grammairien; c'est ordinairement des pensées, et non des mots, qu'il s'occupe. Mais il s'agit d'une prédiction, il s'agit de Gassandre : M. Ribbeck, guidé par les notes d'Hessel, me pardt donc avoir toute raison pour rapporter ce passage à l'Alexandre d'Ennius.

Je transcris les paroles mêmes de Cicéron : a Dens inclusns corpore hamanoy jam non Gasi andra loquitur :

Jamque mari magno classis cita Texitur; exitiûm examen rapit :

Âdvenit, et fera velivolantibus Navibu* complevit manu' littora ^ »

Ici le texte est pur. Rien d'embarrassant dans l'interprétation, si ce n'est l'archaïsme exitiûm^ au génitif pluriel ; mais Cicéron lui-même vient à notre secours, en commentant ailleurs {Orat, 46) ce mot : u Texitur; exitium examen rapit^ pro exitiorum. » Quant au mètre, c'est le même anapestique que ci-dessusi quoiqu'il puisse appartenir en même temps au système dactylique '•

IV. — Un quatrième fragment n'est également rattaché à la tragédie d'Alexandre que dans le recueil de M. Ribbeck, En lisant avec plus d'attention Cicéron, qui le cite, ou a dû le joindre aux autres. 11 se trouve dans la Divination (I, 50) :

Eheu, videte I judicavit inclytum judicium Inter deas très aliquis ; que judicio Lacedsemonia Mulier, Furiarum una, adveniet.

Telle est la distribution ordinaire de ce passage ; meus Orelli, d'après DavieS| le divise différemment :

Eheu, videte I judicavit inclytum Judicium inter deas très aliquis :

Que judicio Lacedœmonia Mulier, Furiarum una, adveniet.

Ici la citation n'est pas entourée de beaucoup de lumières. Seulement Cicéron parle encore de prédictions ; d'où l'on a pu attribuer vraisemblablement ces vers à Cassandre.

Mais un passage du même traité (Divin, II, 55) est formel. C^est Cas-

i. CicéroQ allège encore les quatre premiers mots dans les lettres à Atticus (VIII, il).

S. Jl eiiste un yera dactylique de quatre pieds^ oommé iétramètre archihquien, et dont Horace a fait usage : Cras ingens iterabimus œquor. Mais de pareils yen se trou?ent fréquemment dans un système anapestique. Pour s'eu conyaincre, on n*a qu'à ouyrir Sénèque : Vere peracto poneret undas.., Piures fulgor concitat aulœ {Herc, (Et., 588 et 617). Bothe, qui range encore ce passage parmi les fragments anonymes (p« S76}j est parfaitement autorisé à en nommer les yen daetyUgues,

sandre qui parle, et ces paroles n'étaient pas éloignées des précédentes : At muiti sœpe vera vaticinati, ut GassaQdra ; Jamqw mari magnos eademque paulo post : Eheu, videtef »

Ces vers ont fait le désespoir des métricienS| dont les solutions 60nt aussi peu satisfaisantes que diverses.

Trunspriyons Henri Estienne :

Eheu, videte 1 Judlcavit judicîum indytom Inter deas très aliquis ! quo jiidicio Mulier, Furiarum una, adveniet.

Cet éditeur a omis Tadjectif Laeedœmonia. Scriverins le rétabliti au commencement du dernier yers, et il reproduit d'ailleurs le même arran* gement.

Si Ton admet, comme il parait naturel, que Eheu^ videtê^ commence le vers, on se trouve engagé dans le système iambique ; mais la suite est rebelle. Botbe (p, 276) a échoué en voulant le maintenir ;

Heu heu, videte ! judicavit inclytum Judicium très inter deas, quo judice l»acœna mulier, una Furiarum, advenit,

n a obtenu effectivement des iambiques trimètres ; mais à quel prix? Voilà un exemple de ces hardiesses^ de ces témérités tant reprochées à Bothe, qui n'en reste pas moins un homme d'un grand savoir et d'une singulière sagacité.

M. Ribbeck (p. 19) est plus sobre de changements; mais il est loin de résoudre le problème :

Eheu, videte !

Judicabit înclutum judicîum inter deas tris aliquis : Quo judicio Lacedffîmonia mulier, Furiarum una, adveniet.

Le premier vers est iambique, le second trochaïque, et le dernier ne procède guère que par anapestes, mais il peut être un grand trochaïque.

En poursuivant mon idée relativement aux vers anapestiques, je me suis rencontré avec Pavies. Comment les éditeurs qui ont pu lire l'édition d'Orelli n'ont-ils pas été frappés de cette solution lumineuse ? Puisque le passage dont il s'agit était voisin, au dire de Cicéron, paulo posty d'un passage dont le mètre est connu, la conséquence paraît facile à tirer. Effectivement, écartons pour le moment les difficultés des deux premiers vers, on ne peut s'empêcher de reconnaître l'allure anapestique des deux derniers :

Quo judicio Laeedœmonia Mulier, Furiarum una, advenict.

Reste le commencement, et c'est là que se trouve l'embarras inextricable. Or, c'est pour les passages désespérés qu'il faut o^^t ôa.^^2ûXa%^ %

s'il est permis d'essayer des cures très-énergiques, c'est lorsque tous les médecins ont abandonné un malade. Voyons : l'opération n'est peut-être pas aussi difficile qu'il semble d*abord.

Yidete est un mot de la prose. Je pense qu'ici les copistes l'ont substitué, peut-être très-anciennement, au verbe poétique cemite. Personne ne doute de l'emploi fréquent de cemere S de l'emploi possible de cemite dans les vers. Yoici quelques exemples de l'impératif :

Sed cemite fletus Liventesque gênas. {Stat. Silv. V, 5, 11.)

Gernite sim qualis, qui modo qualis eram. {Ovid. Fast, V, 460.)

En cemite urbes, cemite ex illo Hercule Quid jam supersit. {Sen. OEt., 1233.)

Je pourrais encore citer. On ne trouverait pas dans les poètes beaucoup d'exemples de videte.

Au lieu de judicabit^ je propose judicat^ non-seulement parce que ce présent donne à l'idée une forme plus vive, comme on voit, dans le fragment 111, rapit, advenitj mais encore et surtout parce qu'on a coutume de montrer à quelqu'un une chose présente, videte^ et non une chose absente, une chose qui n'existe pas encore.

Avec ces deux changements, qui ne me semblent pas très-considérables, auprès des fantaisies de Bothe et de la confusion des mètres dans l'arrangement de M. Ribbeck, tout marche de soi :

Heu heu, cemite I Judicat inclytum Judicium inter deas < très aliquis :

Quo judicio Lacedœmonia Mulier, Furiarum una, advenîet.

C'est probablement le futur adveniet qui a amené /tt(ftca(t(. De pareilles attractions sont fréquentes.

Ces quatre fragments font partie, selon moi, de la même prédiction do Gassandre après l'enlèvement d'Hélène. D'après la succession des événements, je crois pouvoir leur assigner l'ordre qui suit :

V Jugement de Paris et malheurs qui en découlent. 2° La flotte grecque prend la mer. 3"* Apostrophe à Hector immolé par Achille. 4^ Le cheval de bois sera introduit dans les murs d'ilion.

Heu heu, cernite ! Judicat inclytum Judicium inter deas très aliquis :

Quo judicio Lacedœmonia Mulier, Furiarum una, adveniet.

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