‹ Melanges de philologieChapitre 105 sur 143 · Ce Terbo se trouve très-souvent dans Lucrèce · texte numérisé non relu

Ce Terbo se trouve très-souvent dans Lucrèce

2. Deas, moooijllabe : ce qui est non-seulement permis, mais préférable dans le corps du vert.

iamque mari magno classis cita Texitur; exitiûm examen rapii :

Âdvenit, et fera velivolantibus Naviba' complevit manu' littora.

lux Trojœ, germane Hector I Quid te ita lacero corpore contuo?

Âut qui te sic tractavere Miserum, respectantibu' nobis?

Nam maximu' saitu superabit Equus, armatis gravidus, qui suo Ârdua partu Pergama perdat.

{Revue de l'Instruction publique^ 26 noTcmbre 1863.)

P. S. Je veux encore passer en revue ces quatre fragments, tant pour confirmer mon opinion que pour rendre compte, quand il y aura lieu, de leçons omises ou nouvelles. Je citerai d'abord quelques passages qui ont rapport aux fragments cités,

Cicéron, dans la Divinationy fournit un grand nombre de passages précieux sur les prédictions faites soit avant, soit pendant le siège de Troie. Voici un des fragments les plus étendus et les plus curieux {Divin. I, 31). L'inspiration commençait à s'emparer de Cassandre ; Hécube témoigne son effroi * :

Sed quid oculis rabere visa est derepente ardentibus ? Ubi paulo ante sapiens illa virginali' modestia?

Cassandre répond :

Mater, optumarum multo mulier melior muliernm, Missa sum superstitiosis hariolationibus ; Namque Apollo fatis fandis dementem invitam ciet. Virgines vero œquales, mei patris meum factum pudet, Optumi viri ; mea mater, tui me miseret, mei piget. Optumam progeniem Priamo peperisti extra me : boc dolet, Med obesse, illos prodesse ; me obstare, illos obsequi.

Ce sont là des trochaïques septénaires fort réguliers.

On lit encore dans le même traité {Divin. I, 39) : « Quid deinde causœ est cur Cassandra furens futura prospiciat, Priamus sapiens hoc idem facere non queat?»

Pour faciliter les références, je reprends les fragments dans Tordre où je les ai d'abord présentés, et non dans Tordre chronologique.

1. Je ferai aa texte de Cicéron quelques changements proposés par divers savants, auxquels j'iyouterai mes propres rectifications. .

— M4 — I. Il y a pour le premier fragment une grande divergence parmi les éditeurs. La distribution des vers faite par Vossius, que j*aî louée sous certains rapports, offre cependant un ordre peu naturel au troisième vers, aut qui «c, et au quatrième, Nec spectantibus *. Comme lui, j'ai reconnu ici Vanapestiqtiey mais cela ne peut être obtenu qu'avec quelques déplacements de mots. Certains éditeurs, Ribbeck, Vahlen (dans son Ennius), Eyssenhard (dans son Macrobe), donnent en un seul vers iambique octonaire :

Miser, aut qui te sic tractavere nobis respectantibus?

Mais l'on n'est arrivé là qu'en transposant des mots ; car le texte de Macrobe porte : respectantibus tractavere nobis. Et puis, il faut qu'on suppose une lacune à chacun des vers précédents, autrement ce ne sont pas des verSé

Au deuxième vers, M. Ribbeck a modifié sa première récension (p. 23). U le donne maintenant ainsi :

Quid ita ttiô cum lacerato corpore.

Ainsi il renonce à contuo^ et met tuo cum au lieu de cum tuOé II pro« pose pour remplir cette lacune :

Quid ita [jacentem te tuor] tuo cum

Restitution bien risquée I Je dirais que jacentem est extrêmement faible dans cette lugubre peinture, si je ne trouvais l'objection capitale dans la présence de ces grands iambiques.

II. Les philologues qui ont voulu établir ici de grands iambiqdes n'ont pas réussi. D'abord, ce mètre n'est guère celui des monologues, au lieu que le sénaire et l'anapestique dimètre y sont très-fréquents. M. Ribbeck, dans sa première éditiooi avait mis :

qui suo partu ardua perdat Pergama.

Il met dans la secondd :

Suo qui partu perdat Pergama ardua.

La première manière Cotiservait Tordre indiqué par les manuscrits. De plus, le sens est suivi, et il n'y a pas lieu de soupçonner une lacune. Et puis, toujours l'interminable iambique I

Le premier vers : Nam maximu' saltu superabit^ marchercût mieux s'il •y avait : Nam superabit maximu' saltu^ parce que Vanapestique dimètre a ordinairement un repos après chaque mètre. Cette règle, fidèlement observée par les Grecs, le fut par les Latins dès le septième siècle. Mais il paraît qu'Ennius ne s'y était pas rigoureusement astreint. Nous verrons

i. Cette coi\Jecture altère le seos.

plus loin : Navibu' cùmplevit manu* littora. Il dit ailleurs (ap. Ge. Aead.^ II, 28) : Intendit crinitus Apollo.

Je dois expliquer saltu plod exactement que je ne Tai fait, me contentant alors de repousser maximo qui lui est accolé, par cette raison que le transport d'une chose très-lourde ne pouvait être rapide. Mais êaltu signifie seulement que le chemin est montant, a action de gravir, » et ici ce mot ne doit pas prendre d'épithëte. J'ai cité, d'après Macrobe, l'imitation évidente faite par Virgile (^n. YI, 5i5) :

Quum fatalis equtts saltu super ardua venit Pergama.

Le même poëte, dans les Géorgiques (III, 141), parlant des précautions que demande la gestation des juments, dit qu'il faut éviter de les faire soit monter, soit courir :

Non saltu superare viam sit passas, et acri Garpere prata fuga.

Il faut remarquer ce mot si hardi et si poétiquei pareil, que Lucrèce a

emprunté (I, 477) :

Nec clam durateus Trojanîs Pergama partu Inflammasset equus noctumo Grajugenanmi.

et qui a inspiré à Virgile fêta armis [machina).

III. Ce fragment ne présente rien d'embarrassant. La seule difficulté, eûcitium^ génitif pluriel, est levée par Cicéron lui-même {Orat.^ 4G), qui signale l'archaïsme. Ennius, dans un fragment cité par le même Cicéron {Divin. I, 58), dit encore interpres somnium. Les grammairiens ont recueilli des exemples de ce génitif syncopé. Nonius Marcellus est surtout Curieux de pareils souvenirs : il cite, avec les autorités, omnium vitium, parentum incertumj major um «uiim, adversarium^ armum^ etc. La langue commune avait conservé liberum^ fabrum^ nummum^ modium^ medimnum^ etc.

IV. Je répète que ce fragment (Cicéron, Divin, I, 50) n'a été attribué à Ennius que par conjecture : on ne le trouvera donc pas dans les édi» tiens de ce poète. Mais l'attribution, comme je l'ai dit, est certaine, puis* que Cicéron {Divin. II, 55) donne comme du même poëte les deux frag" ments : Eheu videte^ et Jamque mari magno.

Je le transcris de nouveau, d'après la récension de Davies et d'Orelli r

Eheu, videte : judicavit inclatum Judicium inter deas tris aliquis :

Quo judicio Lacedœmonia Mulier, Furiarum una, adveniet.

Le premier vers est un bon iambique trimètre; les trois attires sont de&

anapestiques. Orelli indique en note une autre division, qu'il dit plus ordinaire :

Eheu, videte : judicavît inclutum judicîum Inter deas tris aliquis : quo judicio Lacedœmonîa Mulier, Furiarum una, advcniet.

Les deux premiers vers n'ont entre eux aucune ressemblance. La dernière ligne seulement est un vers.

Ce fragment a tellement embarrassé les éditeurs, qu'on le voit rapporté à quatre espèces de mètres : le sénairci Tanapestique dimètre, le grand trochaïque et le grand iambique.

M. Ribbeck, qui reproduit dans sa deuxième édition la leçon de la première, ne présente que des semblants de grands vers, probablement trochaïques, puisque le second commence par Judicabit :

Eheu, videte I Judicabit inclytum judicium inter deas iris aliquis : Quo judicio Lacedœmoiiia mulicr, Furiarum una, adveniet.

M. Yahlen, dans son recueil : Ennianœ poesis reliquicB^ a emprunté cette récension.

J'ai découvert récemment une autorité dont les philologues n'ont pas fait mention. Le grand Turnèbe, dans sa course rapide et lumineuse, a touché ce passage {Adv. Y, 23), Il le donne ainsi :

Eheu videte : judicavit inclytum

Judicium inter deas très aliquis, quo judicio

Lacedœmonia mulier Furiarum una adveniet.

Cette récension a été reproduite par Scriverius, et, à peu de chose près, quoique dans un autre mètre, par Bothe. Turnèbe dit que ce sont trois iambiques, mal divisés par les éditeurs (m editionibus conturbati). Il fait remarquer avec raison que deas est un monosyllabe. Il ajoute que judicio ne compte que pour trois syllabes, ce qu'il m'est impossible d'admettre : les anciennes licences ne vont pas jusque-là. Je n'admets pas davantage la synérèse adveniet. Mais ce savant consommé est d'avis qu*adveniet doit être écrit advenet^ conformément à un archaïsme noté par Nonius Marcellus, ce qui est parfaitement vrai : Nonius, enregistrant (p. 507) le mot evenat, cite à l'appui un exemple d'Ennius ^ Cette récension de Turnèbe méritait d'être rapportée, malgré les objections qu'elle suscite. J'en élèverai encore une autre : ccstrimètres ont le défaut d'être sans césure ^, ce qui est, au contraire, le caractère propre des anapestiques.

i. On disait de même advenat, convenat, pervenat Voyez ces mots dans mon Thésaurus poeticus linguœ latino!, deuxième édition^ 1875.

2. Ici^ selon l'usage, j'entends par césure la dernière lyllabe d'un moi passant dans le pied suivant, quand on scande un vers.

Du moment que Tm*nèbe scandait ces vers pris isolément et d'une manière absolue, il ne pouvait guère mieux réussir. On n'a tant varié sur la détermination du système que parce qu'on n'a pas rapproché les uns des autres les fragments de cette prédiction. Le mètre reconnu pour trois passages doit être celui du quatrième.

Après quinze ans, j'avais complètement oublié ma conjecture judicat^ que les mêmes raisons m'ont suggérée de nouveau. Les devins disent souvent qu'ils voient les faits qu'ils prédisent. Cette substitution nous débar* rasse du système iambique, introduit avec judieabit. Mais un argument péremptoire, c'est que la prophétesse ne peut pas dire aux Troyens de regarder une scène qui n'aurait lieu que plus tard. C'est un privilège qui lui est réservé.

Je suppose toujours que viielBy mot du langage habituel, a été substitué, nécessairement avant Cicéron, au terme poétique cernite :

Heu heu, ceiiiite ! Judicat inclytum Inter deas très aliquis : quo judicio Mulier, Furiarum una, adveniet.

La métrique exige que j'ajoute une observation. L*anapestique dimètre admet le dactyle au premier et au troisième pied, mais non au quatrième. Dans un exemple précité, de quatre vers, trois sont terminés par un dactyle. Le premier n'est pas bien concluant :

Jamque mari magno classis cita.

parce que l'ordre des deux derniers mots a pu être changé :

Jamque mari magno cita classb.

Mais deux antres ne laissent aucun doute :

Texitur, exitium examen rapit

Navibu' complevit manu* littora.

Et dans un autre fragment du même :

pater ! o patria ! o Priami domus 1

Ennius ne reconnaissait donc pas la règle qu'on a constatée dans les tragiques grecs. Il paraît que les tragiques latins qui vinrent après ne la respectaient pas davantage. Voici deux anapestiques d'Attius {Anttgona) terminés par des dactyles ; ils se suivent :

Heus, vigiles properatc, expergite Pectora tarda sopore, exsurgite I

Je vais transcrire de nouveau le texte que j'ai donné de ces quatre fragments, en commençant par indiquer la succession des faits.

i. Jugement de Paris; prédiction de l'arrivée d'Hélène à Troie. 3. Préparation et départ de la flotte des Grecs.

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