‹ Melanges de philologieChapitre 108 sur 143 · Proh I Furias et monstra colunt, impuraque turpis · texte numérisé non relu

Proh I Furias et monstra colunt, impuraque turpis

Fata vocant Titii mandata, et, quicquid Olympi est,

Transcripsere Erebo. Jamque impia pouere templa,

Sacrilegasque audent aras, cœloque repulsos

Quondam Terrigenas superis imponere regnis, 30. Qua licet, et stolido verbis illuditur orbi.

Ainsi que je Tai dit, cette petite supercherie, si faiblement armée, et qui ne produisait ni preuves ni inductions, fut sans conséquence pendant une centaine d'années. Mais Pierre Burmann second, ne mettant pas en doute la véracité de l'éditeur et la réalité de la trouvaille, inséra ce morceau, en 1759, dans son Anthologie latine (t. II, p. 645). Wernsdorf, trompé également par une facture habile et une couleur un peu exagérée, le reproduisit d'après son devancier ' : il ne crut pas devoir passer au crible ce texte nouveau, et en tirer, s'il y avait lieu, quelques objections. Wernsdorf eut un tort de plus : il attribua résolument, et assez légèrement, cette pièce à Turnus, par la seule raison que Turnus était un poète satirique, et qu'il vivait dans le siècle de Néron.

Lemaire, à qui les vérifications étaient plus faciles, suivit aveuglément ces guides ^ : il ne fit d'ailleurs que copier l'édition de Wernsdorf. M. Baehr lui-même, dans son Histoire de la Littérature romaine (1828), n'hésita pas à reconnaître Turnus pour l'auteur des vers rapportés par Balzac.

Il n'est pas tout à fait exact de dire que le savant et judicieux Boissonade a soutenu l'erreur accréditée. Il y a une cinquantaine d'années, il consacra, dans le Journal de l'Empire ^, un charmant article au poète Turnus. Il trouve, il est vrai, que les arguments de Wernsdorf ne manquent pas de vraisemblance; mais il a négligé une question qu'il ne pouvait pas traiter dans un cadre aussi restreint, et il a accepté, toutefois avec quelque réserve, l'opinion d'un savant d'une grande autorité. Boissonade ne se proposait qu'une chose, c'était d'établir l'existence de Turnus. Et ce travail avait son à propos. Le texte, récemment découvert, de Joannes Lydus, offrait parmi les satiriques latins le nom de Toupvoç, et l'éditeur, M. Fuss, avait prétendu que ce nom était corrompu (ToCpvoc, ni fallor^ corruptum). Sans doute il est regrettable que Boissonade n'ait pas discuté

1. Pot'fœ latini minores (Altenburgi, 1782), t. III, p. 17. II dit, p. Lvii : « Inde Tcro..,., eihibuit Petrus Burmannus, cui ipse dcbeo. »

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