Scaligeriana, p
2. Il rappelle que Muret avait failli périr sur le bûcher, à Toulouse, pour d'infâmes actions : « Qui rigids Hammas evaserat aute Toloss, Muretus, fumos veadidit ille mihi. » — Il ti sans dire que Scaliger supprima les Ters en question dans ses éditions postérieures.
3. « En attendant, je tous entoye un second chapitre de Mécénas. Employez là-dessus sa faculté divinatrice (de Ménage), autrement sa sagacité scaligériennc. Il se mesprit néantmoins une fois en sa vie l'illuminé Scaliger, celuy que Lipse appeloit un Aigle dans les nuées, et un Diable d'homme. Muret prit pour dupe cet Aigle, qui voloit si haut, et en fit accroire à ce Diable qui estoit si fin. Je tous conteray lavanture une autre fois, de peur d'estre trop Ibng. » {Entretien XM, p. 2C0.)
Le premier vers est ainsi paraphrasé par l'auteur lui-même ^ : Ergo famem miseram, aut epulis infusa venena.
« Voyez-le (Néron) qui fait mourir le peuple de faim et le sénat de poison. » Wernsdorf applique les mots famem miseram seulement aux condamnés que l'empereur faisait mourir d'inanition ^.
Dans la fin du vers 2 :
Et populum exsanguem, pinguesque in funus amicos.
Wernsdorf voit les assassins gorgés de richesses, quasi saginatos ad mactandum. Ce n'est pas le sentiment de Balzac, qui rapporte funus aux assassinés, a II (l'empereur) suce les uns jusques à la moelle, et engraisse les autres pour les manger ^. » L'expression latine, je l'avoue, est si vague, le singulier funus si impropre, que je serais tenté de donner raison à l'in* terprète.
Au vers 5 :
Marmoreœque canent lacrimosa incendia Romœ, Ut formosum aliquid, nigrœ et solatia noctis.
Voici la glose de Balzac : « Il veut faire le plaisant dans les larmes et dans la désolation universelle, parlant de l'embrasement de Rome comme de la réjouissance d'un feu d'artifice et de la consolation des ténèbres de la nuit ^. » Gela parait tout simple ; mais le commentateur pense que le dernier hémistiche désigne les condamnés qu'on brûlait alors, après avoir enduit leurs cheveux de poix ^.
Remarquons que c'eût été une grande gaucherie d'emprunter cette épithète fastueuse appliquée à Rome par Auguste pour rappeler ses magnificences en constructions {marmoream se relinquere); et quelle apparence qu'un satirique, un républicain se soit fait le plagiaire d'un despote?
J'en viens à l'examen du texte, qui est mon principal objet. Ce texte me parait révéler la fraude par bien des indices.
Quand nous nous exerçons dans la poésie latine, nous employons un procédé que les anciens n'ont pas connu, à moins de descendre aux derniers temps de l'Empire. Nous enchâssons le plus adroitement possible dans nos compositions des fragments de vers empruntés aux grands modèles. Ce n'est pas au siècle de Néron qu'un poète aurait osé se parer ainsi des dépouilles de ses devanciers. Ceci étant admis, le prétendu frag- * ment de Turnus trahit une main moderne.