‹ Melanges de philologieChapitre 120 sur 143 · Heyne a imprimé docendo, que M. Wagner a reproduit · texte numérisé non relu

Heyne a imprimé docendo, que M. Wagner a reproduit

Mais, à la sortie du théâtre, Julianus, un savant célèbre alors, demanda à un de ses amis : « Que dites-vous de quadrupes equuSj que noire Lecteur a prêté à Ennius ? » Tout ce qui suit est à citer :

« Tum Julianus egrediens c Iheatro : Quid vobis, inquit, de hoc anagnosta, et de quadrupède equo videtur? Sic enim profecto legit :

Denique vi magna quadrupcs equus, alque elephanli Projiciunt sese.

« Ecquid putatis, si niagistrum prœleciorcmque habuisset alicujus œris, quadrupes equus dicturum fuisse, ac non quadrupes eques? quod ab Ennio ita scriptum reliclumque esse nemo unus littcrarum vcterum diligens dubitavit. Quumque aliquot corum, qui aderant, quadrupes equus apud suum quisque grammaiicum legisse se dicerent, et mirarentur quidnam esset quadrupes eques : Vellem vos, inquit, optimi juvenes, tam accurate Q. Ennium legisse quam P. Virgilius Icgerat, qui hune ejus versum secutus in Georgicis suis, equitem pro equo posuit his in vcrsibus :

Frena Pelethronii Lapitha> gvrosque dcdore, Impositi dorso, atque equilem docuere sub armis Insultarc solo, et gressus glomerare superbos.

in quo loco, equitem, si quis modo non inscite inepteque argutior sit, nihil potest accipi aliud nisi equum, Pleraque enim veterum œtas et hominem equo insidentem, et equum qui insideretur, equitem dixerunt. Propterea equitare etiam, quod verbum e vocabulo equitis inclinatum est, et homo equo utens, et equus sub homine gradiens dicebatur. Lucilius adeo, vir adprime linguœ latinœ sciens, equum equitare dicit his versibus :

Quîs hune currere equum nos atque equitare videmus, His equitat curritque : oculis equitare videmus ; Ergo oculis equitat*. »

Julianus ne se borne pas à ces preuves : il va chercher un très-ancien munuscrit d'Ennius, summœ atque reverendœ vetustatis^ corrigé de la main de Lampadion, et qu'il avait acheté fort cher, et il fait voir que ce manuscrit portait eques^ non equus.

Un grammairien rapproché de Tâge d*Aulu-Gelle, Nonius Marcellus, n*a point été mentionné parmi ceux qui ont traité de celte difficulté. C'est que Nonius, perpétuellement feuilleté par ceux qui veulent approfondir la vieille langue latine, n'est pas dans le courant des études, comme Aulu- Celle, par exemple, dont l'ouvrage, à la vérité plus agréable, est moins instructif. Nonius (p. 106), dans un chapitre où il a réuni beaucoup de particularités de l'ancienne langue , confirme l'interprétation à'eques donnée par Aulu-Gelle, et certainement par d'autres critiques antérieurs;

1. Le poète se moquait d'un genre de syllogisme captieux. « La chose avec laquelle noua voyons galoper le cheval est celle avec laquelle il galope ; or nous le voyons avec les yeux, donc il galope avec les yeux, n Dousa nous apprend que Jos. Scaliger lui a suggéré qu'il y avait dans ces vers une critique des sophistes.

de plus, par un autre exemple d'Ennius, quadrupèdes équités, que seul il a cité, il corrobore Targument irréfutable de quadrupes eques» « Equitem, pro equo. Virg., Georg, lib. tertio :

Atque equitem docuere sub armis Insultare solo, et gressus glomerare superbos.

u Ennius, Annal, lib. VII :

At non quadrupèdes équités.

« Equitare quoque Lucilius equum dicit, quum sit hominis equum insidentis. »

Et il reproduit l'exemple cité par Aulu-Gelle.

Ce n'est pas tout : Nonius montre bien quelle importance les Latins attachaient à ce point d'érudition, puisqu'il y revient dans un autre chapitre, où il explique les différentes acceptions d'un grand nombre de mots (p. 295) :

(( Equités cum consuetudine aut a magistro equorum, aut a sessore appellamus. Virgilius, lib. VIIII :

Interea prœmissi équités ex urbe Latina.

« Et lib. X :

Eifusumque equitem super ipse secutus.

(c Equités Virgilius, Georg. lib. III, equos dici voluit :

Impositi dorsOy atque equitem docuere sub armis Insultare solo, et gressus glomerare superbos. »

Au commencement du cinquième siècle, Macrobe {Sat. VI, 9) soutenait avec de grands développements la même opinion, et déplorait aussi l'ignorance qui tendait à consacrer une erreur.

« Iterum quœrit Avienus in his versibus,

Frena Pelethronii Lapithœ gyrosque dedere Impositi dorso, atque equitem docuere sub armis Insultare solo, et gressus glomerare superbos :

cur Virgilius cqui officium equiti dederit? nara insultare solo et glomerare gressus equi constat esse, non equitis. Bene, inquit Servius, bœc tibi qusestio nata est ex incuria veteris lectionis. Nam, quia sœculum nostrum ab Ennio et omni bibliotheca vetere descivit, multa ignoramus, quaî non laterent si veterum lectio nobis esset familiaris. Omnes enim antiqui scriptores, ut bominem equo insidentem, ita et equum quum porlaret hominem, equitem vocaverunt, et equitare non hominem tantum, sed equum quoque dixerunt. Ennius libre AnnaUum septimo ait :

Denique vi magna quadrupes eques, atque elephanti Projiciunt sesc.

u Numquid dubium est quin equitem in hoc loco ipsum equum dixerit, quuiu addidisset epitheton quadrupes? Sic et equitare, quod verbum e vocabulo equitis inclinatum est, et homo utens equo et equus sub homine gradiens dicebatur. Lucilius namque, vir apprime linguœ latiuœ sciens *, equum equitare dicit hoc versu :

Nempe hune currere equum nos atque equitare videmus.

« Ergo et apud Maronem , qui antiquœ latinitatis diligens fuit, ita intelligendum est,

Atque equitem docuere sub armis,

id est, docuerunt equum portantcm hominem

Insultare solo, et gressus glomerare superbos. »

Voici les paroles de Servius dans le commentaire de Virgile : a Equitem^ equum ; pro equo rectorem posuit. »

Ajoutons JuniusPhilargyrius ou Philargyrus : a Hic equitem sine dubio equum dicit, maxime quum inférât : Insultare solo, n

Après tous les exemples que nous avons empruntés à l'ancienne langue, on peut bien dire qu'Ennius parle encore du cheval dans cet autre passage cité par Gharisius (p. 6i), equitum celerissimus^^ qui rappelle celui de Catulle (4, 2), phaselus navium celerrimus.

Je pourrais me borner à ce seul argument, que j'ai longuement développé parce qu'il était tenu dans l'ombre, et je trancherais par la seule autorité une question de fait. Cependant je veux dire quelques mots du dernier vers, et chercher à quelle interprétation du mot eques il se prête le mieux.

Sans doute, beaucoup d'expressions peuvent convenir à la fois au cacalier et au cheval qu'il monte, par exemple le mot courir, cité par La Cerda. Mais tout n'est pas aussi simple, et l'échange ne peut se faire que dans une certaine mesure. Insultare fait ici difficulté. Qu'on emploie absolument ce mot en parlant d'un cavalier, cela est admissible, et l'on n*est pas arrêté quand on lit dans Virgile (/Eneid.^ X, 20) :

Cemis ut insultent Rutuii, Turnusque feratur Per medios insignis equis.

Ici le sens est à moitié figuré. Mais dans l'autre phrase, solo précise trop, et fait penser de préférence au coursier^ comme Virgile dit ailleurs (XI, 599) :

Fi'cmit œquore tolo Insultans sonipes.

Page 1