‹ Melanges de philologieChapitre 124 sur 143 · IM · texte numérisé non relu

IM

Le même (fltirf., m, 4, 49) :

Mihi cum vostris legibus Nihil est commcrcii. Equidcm istas iam amabo educam foras.

Ce sont des trochaïques septénaires. Si Ton écrit commerci^ comme la plupart des éditeurs, il faut demander la permission de ne pas élider t, ou de Tabréger, Mais, en appliquant les règles généraJes, on élide la dernière de commerça, et Vi qui reste forme avec equi un tribraque : rien de plus légitime.

Ailleurs encore (Truc. y IV, 2, 35) :

Non licet de obsonii mna me participem fleri.

Avec cette leçon, que Griiter * a donnée d'après ses manuscrits, le vers marche parfaitement. Il est vrai que »?iwa est incertain ; mais obsoni ou obsonii ne sont pas contestables. Bothe, qui lit de obsonio meo me, modifie les anciennes éditions pour embarrasser le sens.

Sur cette question de quantité, Ennius ne s'est pas astreint non plus à une règle sans exception. Un exemple analogue à un exemple précité de Plante se trouve dans son épitaphe, rapportée par Cicéron {TusCj 1, 15) :

Adspicite, o cives, senis Ennii imagini' formam.

Qu'on écrive Enni ou Ennjy en abrégeant la finale, d'après de rares exemples, tels que Insulœ lonio, sub llio alto^ on est libre de le faire; mais je maintiendrai que cet abrègement d'une longue a toujours été regardé comme une licence, plutôt grecque que latine, et l'on ne saurait me refuser le droit de pratiquer l'élision ordinaire.

Un vers du môme poëte est cité par Servius (ad Mn.y VI, 219) :

Tarquinii corpus* bona fcmina lavit et unxit.

Voilà encore un exemple qui gênait Osano. 11 s'en est tiré en disant qu'Ennius ne savait pas bien la quantité, surtout des noms propres. M. Vahlen, forcé de donner ce vers dans ses fragments d'Ennius, l'a fait de mauvaise grâce, acceptant un biais qu'un philologue lui a fourni : Tarcuini corpus. Et il ne s'est pas trouvé arrêté lorsqu'il lui a fallu écrire à la même page :

Tarquinio dédit imperium simul et sola rcgni.

Enfin voici un exemple du môme auteur (cf. Apul. de Mag., c. 39), qu'on n'a pas essayé d'altérer :

Brundisii sargu' st; hune, magnu' si erit, tibi sume.

1. Latnbia a édité de obsonio saltem me, autorisé sans doute, et il n'ajoute pas de note: je Tois cette leçon dans Dousa. Mais le vers n'existe pas : il a une fyllabe de trop.

2. Demi (ad Ter, Hcc. I, 2, 69) cite autrement : Exin Tarquiniunu

On lit dans toutes les éditions de Lucrèce antérieures à ce siècle (V, 1004) :

Improba navigii ratio tum cœca jacebat.

Ce vers est encore cité par Osann comme exception à la règle. Quoiqu'il soit difficile d'en critiquer l'idée ou l'expression, il a été condamné par le système : Osann, Bothe, Lachmann l'ont signalé comme un intrus; celui-ci l'a supprimé.

Properce a manqué plusieurs fois à la règle nouvelle. Ainsi (III, 3, 9) :

Victricesque moras Fabii, pugnamque sinistram. Et un peu plus loin (v. 22) :

Non est ingenii cymba gravanda tul.

Ailleurs encore (III, 11, 31). Le poète parle de Gléopâtre :

Gonjugii obsceni pretium Romana poposcit Mœnia.

Cette leçon étant déclarée impossible a priori^ Lachmann s'est fait fort de la remplacer. Il veut qu'on lise :

Conjugi et obsceni.

Je ne m'arrête pas à discuter : je ne connais pas de conjecture plus malheureuse. J'ajoute que j'aurais voulu voir Lachmann aux prises avec les deux vers précédents.

On n'a pas encore cherché à ébranler l'autorité de ce vers de Virgile

(TX, 150) :

Tenebras et inertia furta Palladii *, cœsis summœ custodibus arcis.

Il est reconnu qu'Ovide se permet à chaque instant d'isoler dans la mesure les deux t du génitif.

Je reviens aux poètes de la République, et je vais montrer que l'exemple précité de Turpilius n'est pas unique au théâtre.

(( Titinius Yeliterna (ap. Non., 495) :

Omnium vitiûm expertem, consilii plénum probibui. »

Ce vers est excellent, à condition qu'on ne bannira pas de parti pria la leçon vulgaire consilii : autrement le vers deyient faux *.

!. Si Ton dit qu'il n'y a dans Virgile qu'un ou deax exemples de celle ^!*^]® St^mcS* qu'il y a également très-peu d'exemples de la synérèse ; et encore eUe a lieu ^^^^^^^^ ^^ comme oH, pecull, qui ne peuvent entrer dan» le vers heramèlre s^^* J.* '^ comme preM, persistance de l'archaïsme serait frappante si l'on trouvait dans ce poc^ "^* ^ vitl, fréquenU dans les Comiques. . . ^,^^^ manière Irès-

2. Bothe n'a pas consenti à faire un vers faux , mais il a aupp^v *^ '. \^<^\ •, U a aioulfc improbable^ un iambique trimètre. M. Ribbcck a trouvé un exp^** ^ j ^* u ne puis saisir un pronom, viiium [hune] expertem. Moyennant cela^ il obtient ^^^'^

Nous pouvons citer encore Cœcilîas (Plocio) :

Ibo ad forum, et pauperii lutelam gcram.

Nonius (p. 220) c'tablit qu'il existait anciennement un substantif neutre, évidemment Pauperium, équivalant à Pauperies *. Les mss. donnent patiperi. Bothe met pauperic pour faire le vers, mais en ne tenant pas compte de la condition d'avoir un neutre ; pauperio de Spengel s'éloigne des mss. Le génitif pauperii est si évidemment nécessaire que M. Ribbeck Ta mis dans son texte, sans l'accompagner d'aucune remarque *.

Le versd'Afranius, qui termine l'article de Nonius, devient un iambigue très-régulier par l'admission du mot obseqnentiœ^ substitué par Bothe et Neukirch à obsequelœ. Auparavant on ne donnait qu'un fragment de vers inappréciable.

Renoncera-t-on à une erreur signalée depuis deux siècles et demi ? J'espère qu'elle ne reparaîtra plus dans Nonius, ni dans les fragments des Comiques. Mais ce n'est pas assez : il faut que les Dictionnaires cessent de prêter de fausses autorités à un mot de mauvais aloi, qui usurpe la livrée de Plante, Térence et Salluste 3. Dès lors ce mot ne se trouverait plus justifié que par des glossaires, parmi lesquels il faut effacer celui de Festus, suivant une remarque précédente, mais reconnaître celui de Paul. Les glossaires de Philoxènc, de Cyrille, de Placide, de Pcipias, ne le donnent pas. Du Cange en offre un seul exemple. On lit dans l'Onomasticon : aObseqiiela, OepaTieiot, )) et dans un vieux glossaire du Vatican, publié par A. Maï (t. VII, p. 571) : Obseqnellat^ article non achevé, qui laisse douter si un verbe avait été formé du nom, ce qui n'est pas impossible.

Le mot Obseqvcla^ privé de ses appuis, doit-il donc être relégué dans le vil bagage de la langue la plus corrompue? Non, pas tout à fait, ainsi qu'on pourrait le croire d'après les documents fournis communément à la critique : suivant un témoignage que je retrouve dans mon Thésaurus poeticus, ce mot apparaît au moins dès la fin du vi* siècle. Prudence l'a employé deux fois : dans le Cathemerinon (7, 51) :

Ilanc ohscquclam prœparabat nuntius.

Et dans le Peristeplianon (6, 78) :

Ne nostram gravct obscquela mortem.

A l'aide de ces deux exemples, on peut le mettre à sa juste place.

la mesure. De plus, il mti perhibui. Dans quel sens? Avec prohibui la pensée est claire: le personnage se reproche d'avoir fait obstacle à un homme recommandable à tous égards.

1. U» peu avant (p. 119], Nonius constate le nom Pernicium, qui était un double de Pernicies, un neutre tout aussi inconnu que pauperium,

2. Pour en finir avec cette question, je ferai observer que ce qui était vrai pour les noms en ius, ium, ne l'était pas pour les adjectifs : Ixionii orbis, salis Ausonii dans Virgile, egregii trois fois dans Horace, et encore Mœonii; que la finale ii au pluriel avait généralement deux pyliabes, et qu'il en était de même pour le datif et l'ablatif Us,

3. M. Freund exprime des doutes sur la légitimité de cette attribution.

d'î ce dernier mot, ne jugeant pas à propos de discuter l'autre. Ajootex qu'il substitue sans motif et (rapinator) à est.

Si le mot impune est évidemment ici le mot autorisé et nécessaire, il n'y a plus de raison pour qu'il figure dans ce livre, consacré aux mots tombés en désuétude ou dont le sens a varié. Or, dans la phrase de Lucilius^ un seul mot est dans ce cas^ c'est impuratus K Je l'ai donc introduit sans hésiter comme titre de Tarticle.

Les mss. donnant rapister dans une citation, et rapinator dans l'autre, quel est le mot que Lucilius a <!^crit? Je réponds hardiment, rapister j parce qu'un mot rare ou inconnu n'est jamais substitué par les copistes à un mot de la langue commune : c'est le contraire qui a lieu. Impune et rapister étant autorisés par les manuscrits, on a tout naturellement une fin de vers. Mais, objecte-t-on, d'où vient ce mot rapister^ qui n'est dans aucun autre texte, ni dans l'analogie? On pourrait en laisser toute la responsabilité aux manuscrits; mais cette forme se justifie parfaitement. Sans doute, si l'on veut tirer rapister de rapio^ on éprouve quelque embarras; mais rapio forme l'adjectif ropajc, comme sMl était tout simplement en 0. Il donne aussi un autre adjectif bien moins connu, RapOyOnis^ qui nous est révélé par Nonius {Rapones, p. 26). Cet adjectif se trouve dans l'Onomasticon : » Rapax, Rapo, apTca;. » On ne peut nier que rapister est un diminutif tout naturel de l'adjectif rapo. Nous avons le vieux mot volereau^ encore enregistré par l'Académie.

Le mot impuratus se traduit passablement par impudens. J'avoue que fœdnSj spurcuSy seraient plus exacts ; mais des mots légèrement détournés peuvent rendre suffisamment une idée un peu différente. En français, une femme effrontée peut signifier une femme de mauvaises mœurs, imparata.

Telles sont les considérations qui m'ont conduit à donner comme il suit le vers de Lucilius :

... Homo impuratus, et est impune rapister.

11 manque un trochée au commencement, comme serait SpurcuSj Fœdus.

Un service absolument semblable avait déjà été rendu à Lucilius, dont un vers hexamètre se trouvait partout cité do la manière suivante (cf. EUdere, p. 291, éd. M.) :

Injuriatura hune in fauces invasse, animamque Elisisse illi.

C'est Impuratum qu'il faut lire. Muret {Var. Lect.y X, 18) et Mercier

1. Impuratus est un mot fréquent dans les auteurs ou les fragments d'auteurs de la République. 11 est expliqué dans le glossaire de Philoxène et dans celui de Papias. Impunis est devenu le mot unique. Toutefois Impuratus rcparaistfait dans les auteurs qui affectionnaient les archaïsmes. Ainsi Apulée écrivait (Met.^ II^ p. 37 Bip.) : « Quin abis, inquam, impurata beitia? » Et encore (Ib., IX, p. 183) : « Impuratissima ille capita confutari. •

l'ont conjecturé chacun de leur côté, et cette correction a été approuvée par Guy et.

Quand on aura rétabli dans Nonîus et dans les fragments de Lucilius le mot inattaquable Rapister^ il faudra Tintroduire dans les Lexiques, et supprimer la fausse attribution de Rapinator à Lucilius. Il restera à ce dernier mot rautorilé de Varron. L'on verra là un nouvel exemple d'un fait bien connu, c'est que beaucoup de néologismes latins étaient des archaïsmes.

Je reviendrai encore sur quelques citations faites dans l'article précédent, et sur quelques points de doctrine qui y sont touchés. Je reprendrai particulièrement la question des génitifs en i pour «, qui, traitée par des critiques éminents, mais avec une préoccupation exclusive, n'a pas reçu une solution qui puisse obtenir l'assentiment général.

Il est nécessaire que je reprenne l'article Obsequela. M. Ribbeck, ayant donné une nouvelle édition de ses fragments des Comiques latins, a le droit d'être jugé d'après sa dernière récension.

Nonius Marcellus (p. 215) a réuni cinq exemples du moi Obsequela ; l'éditeur des fragments n'en avait que trois à reproduire, les deux autres étant en prose. Mais il n'était pas sans savoir qu'un vers faux de Plaute {Asin.l, i, 50):

Qui mihi auscultabunt, facicnt obsequelam.

avait été restitué, et d'une manière si plausible qu'il devait éclairer pour les exemples suivants. Un savant (Colomiès) nous a appris que Jos. Scalîger avait écrit à la marge de son exemplaire obsequentiam. Gronovius avait conflrmé cette conjecture par la leçon de ses manuscrits, qu'il donne dans son texte, obsequelam iam, Bothe a édité obsequentiain;M. Fleckeisen a fait de même. Il était facile, en outre, de consulter les dictionnaires, pour éviter d'accepter un mot de fabrique moderne : les dictionnaires mettent Obsequentia sous le patronage de César, et avec raison (B. G. VII, 35). Or, si obsequela est un mot indigne d'un auteur classique, il doit disparaître de tous les exemples cités. C'est la remarque d'un philologue *. Le vers de Plaute étant un guide pour la suite de l'article du grammairien, Bothe a restitué obsequentia dans son édition de Plaute. M. Ribbeck, malgré l'affirmation de Taubmann relativement à la conjecture de Scaliger, n'a tenu aucun compte de tous ces conseils, et il a maintenu obsequela d'une manière bien malheureuse. Il donne ainsi (p. 197) le vers d'Afranius :

quam mihi sit grata ipsius obsequela.

Est-ce là une ligne de prose ? On le croirait ; mais ce peut être un frag-

1. Neukirch a dit fort ju^temeat (p. 237} : a Certe io omnibus eiemplis idem focabulum (obsequentia) est restilueDdum. <•

ment d'iambique septénaire. Avoir préféré cela à un vers si simple et si coulant, donné par Botheet Neukirch !

Quam mihi sit grata illius obsequentia.

Un autre exemple du même mot était dans VEpiclerus de Turpilios. Voici comment il est cité par Mercier (p. 215) : « Sed nequeo ferre hune diutius errare et conqueri, nec esse suœ parum * obsequelœ. »

Ce passage est bien malade. Les meilleurs manuscrits donnent : Sed neque offerre hune diutius errari. Plusieurs savants ont conjecturé nequeo ferre... errare; remèdes insuffisants. Bothe voit là des iambiques télramètres catalectiques :

Sed nequeo ferre Diu hune errare et conqueri, neque est tuœ obsequelœ.

Parum a été retranché.

J'ai cru reconnaître des iambiques tétramètres.

Sed nequeo ferre hune diutius Errare et conqueri, nec esse suœ parum obscqueniis \

M. Ribbeck (p. 92) construit avec le même mètre :

Et nequeo ferre hune diutius lamentari et conqueri, Nec esse tuœ parum obsequelœ.

Lamentari pour errari est une conjecture un peu violente, qui n'appartient pas à M. Ribbeck. On serait indulgent si le reste de la phrase était rendu clair. Je suis convaincu que obsequelœ a été conservé à tort. Puisque obsequentia avait déjà fourni deux bons vers, il fallait le conserver: ce que j'ai montré être fort possible. Nonius n'a introduit et comparé que deux mots.

Le dernier passage à examiner appartenait à la comédie Thrasyleone de Turpilius. Voici le texte tel que le donne Mercier : « Quum interea nihil quicquam a me est prœmii, neque erat benignitatis aut obsequelse. »

On lit dans le texte de Bothe :

Cum interea nil quidquam est a me neque erat tuœ Benignitatis prœmî atque obsequentiœ.

Ici encore M. Ribbeck n'a pas admis davantage ce mot qui termine si bien le vers. Il a fait une suite de faux pas, dont il ne peut se relever. Il avoue d'abord qu'il a substitué fructus à erat ! Mais cela n'est rien encore : après avoir exterminé toutes les diérèses du génitif qu'il a pu, il s'est vu obligé d'accepter (p. 110) cette quantité, déclarée impossible. Les vers

Page 1