Haupi a édile ainsi
2. « Properlius et Ovidius locuti sunt novo more, postque eos Phttdni8,ColumeUa,©tc.» Lachmann (ad Lucrel., p. 326). Loqui novo more est une expre»«on bien MnguUère quand il s'agit d*orth;»grapbe.
était un des familiers du prince, et jesonpçonne qu'il reçut ici ses conseils. Auguste, comme César, se piquait de purisme. Il n'était partisan de l'ancienne école ni pour l'orthographe, ni pour le langage. Il aimait pardessus tout la clarté. On ne saurait contester la confusion introduite par le retranchement de l't caractéristique du génitif. Voici ce que Suétone (c. 86) nous dit d'Auguste : « Orthographiam, id est formulam scribendi a grammaticis institutam non custodit... Prœcipuam curam dixit, sensus animi quam apertissime exprimere... Sed nec Tiberio parcit, et obsoletas interdum et reconditas voces aucupanti. »
G*était Lucilius qui avait rédigé et imposé la règle qu'Ovide venait combattre et détrôner :
Porro hoc sit, « filiu* Luci. » {Lucil, ap. Charis,, p. 60.)
Et encore CœH, Numeri, ComelU Cornifici.
Ce qui est confirmé par Béda (p. 373) : C'est Lucilius, dit-il, qui a formulé la règle de l'identité du génilif avec le vocatif : <( Regulam Lucilii secuti sunt, qui, nomina^ quse i ante u habent, non solum in vocativo^ sed in gcnitivo casu per unum i scribi posse existimant. »
Horace, de son côté, faisait une campagne contre Lucilius, mais sous le rapport de la composition et du style, peut-être d'après les mêmes suggestions. Or Ovide n'attaquait pas en paroles le maître qu'il contredisait, et il obtint un plein succès ; mais Horace, qui poursuivait de critiques acerbes un écrivain en vogue, avait contre lui une partie de la haute société.
En ajoutant la réflexion aux données de l'observation, j'en suis venu à douter que le retranchement d'un t au génitif ait jamais été une règle générale. Les exemples en sont incontestables, mais assez peu nombreux, et toujours à peu près les mêmes. Deux noms de trois syllabes brèves au nominatif font quelquefois la syrénèse au génitif, preti, viti, dit Lachmann (p. 326); mais il remarque qu'on ne trouve pas geni^ lani^ folU soU (de solium)^ spoliy gladi, studi; j'ajoute, ni cori (de corium), jluvi^ gremi^ labi (de labium), loli, odiy seni (de senium), strophi^ bivi^ trivL Le nom propre Latium n'a pas donné Lati,
Voyons les trisyllabes d'un dactyle au nominatif : oti est dans Térence, dans Virgile et dans Horace, prœmi dans Térence et Turpilius, gaudi dans Térence, Peli (le mont Pélion) dans Catulle : cela se réduit à trois noms communs ; mais l'on chercherait en vain atri (de atrium)^ brachi^ doit, 08ti, palli, prandi, prœli, scaphi^ scorpi, scrini, somni (de somnium), tœdù
Les noms de quatre syllabes au nominatif figurent particulièrement parmi ceux qui ont pris le génitif archaïque : remedi, tuguri^ auxili^ €ommerci^ compendU consili, convivi, flagiti, gymnasi, mendad^ perjuri^ prœsidi. Voilà certainement les exemples ordinaires; mais on ne rencontre pas armariy auspicij convicif consorti, dispendi^ divorti^ exordi^ faslidù
fastigij hospiti^ incendia indtci, initi, jejuni^ judict^ oblim, officia prœtagi^ repudij solatij supplici.
Parmi les noms qui ont cinq syllabes au nominatif^ on trouve comme fournissant le génitif abrégé : adultérin beneficij Capitoli^ parricidiy patrimont, mais Ton ne voit pas desiderij domicilia latrocinif malefici^ ministeri^ supercili, vadimoni, venefici.
Il ne paraît pas que les poètes fussent libres de prendre un substantif quelconque en ium, et de le soumettre à la loi ancienne. Plante a employé dix fois le mot marsupium, et deux fois marsupio. N'est-il pas étonnant que marsupi ne figure pas à côté de ces deux cas? La raison n'en est-elle pas que ce génitif n'était pas autorisé par des exemples? Plaute n'a pas osé en prendre la responsabilité. Le même poëte s'est servi vingt fois de pallium et neuf fois de pallio : n'est-ce pas à dessein qu'il a évité pa/H?
Je suis disposé à croire que la confusion introduite par un génitif identique avec un autre cas, comme il arrive aux mots m^ndaci, indidjudicij jejuni^ adulteri, a plus d'une fois arrêté les poëtes.
J'ai aussi remarqué que les noms grecs : Erothimj Glycerium^ Phronemm, Stephanium^ etc., fréquemment donnés par les Comiques à des courtisanes et à des servantes, ne sont jamais employés au génitif. Il est pourtant certain que l'emploi de ce cas aurait été utile dans le dialogue.
Après Auguste, on voit que le génitif légitime est rentré dans ses droits, et cela sans retour. Voici quelques preuves de cet accord : Phèdre, jurgii; Columelle (X, 576), marrubii; Gcrmanicus, spatii; Aulus Sabinus, exsilii; Lucain, imperii (huit fois) et conjugii, consilii^ hospUii^ servitii; Juvénal, servitii; Martial, ingenii^ et II, 57, 8 :
Oppigneravit Claudii modo ad mensam.
Ce qui est rare quand il s'agit d'un nom d'homme. Il dit encore Fabricii; mais il raccourcit il n^ont, Corneli, Juli, Properti. Il peut paraître singulier de voir encore dans le Prologue de Perse :
Magistcr artis ingeniquc largitor Venter.
Mais Perse, ayant toujours Horace devant les yeux, a cru pouvoir lui emprunter cet archaïsme. Au reste, on voit les poètes qui pratiquaient le nouveau système admettre encore, pour les noms d'hommes, quelques génitifs archaïques. On trouve dans Ovide : AntonijManli^ Properti; dans Manilius: Juli; dans Perse: Enni; dans Martial: Antonio Corneli, Ennij Juli; dans Ausone : Concordi, Uilari^ Leontiy Vitelli (quoiqu'il suive aussi la quantité régulière : Arborii^ Ausoniiy Eusebii, Livii et Herodoti) ; on voit même dans Sidonius Apollinaris : Cassi, Domiti^ Tiberi^ Tulli, Vitelli.
Les granmiairiens latins ne connaissent guère et u'eu!&e\%^^\2^ ^^ Ns^
déclinaison régulière. J'ai déjà cité Priscien. Voici ce que dit Claudios Sacerdos (Analecta grammatica, p. 50) : a Neutri generis plurima reperies quœ genitivo casu aut una t aut duabus terminabuntur. Tune una, si ante um syllabam nominativus t non habuerit, ut bellum^ regnum^ sceptrum; belliy regni^ sceptri. Si habuerit, genitivo duabus t terminabitur, ut hoc iacrificiumj hujus sacrificii; sicut etiam quœ ante us syllabam habeot t, genitivus duabus t terminabitur : Terentius, Terentii. Ex quibus una sjllaba sublata, fit vocativus singularis, ut o Terenti. »
Yalerius Probus {ibid., p. 215) : <( Quœcumque nomina nominative singularii t litteram habuerint ante ultimam syllabam, hœc genitivo singulari eamdem dupliccmt, ut hic Mercurius, hujus Mercurii; hic Virgilius, hujus Virgilii ; sic etiam in neutris, et hoc dolium, hoc folium, hujus do/iï, hujus foliiy lilii facit, et cetera, x)
Scaurus (ap. Putsch, p. 2257) n'est pas moins affirmatif :
u Per detractionem : hoc modo scribendi ratio corrupta est, quibnsdam uno t scribentibus genitivum eorum nominum quse ius nominative singulari fîniuntur, utAntonius, Anfont; Tremellius, Tremelli; exigente régula ut in horum genitivis i littera geminetur, quoniam genitivus singularis non debeat minorem numerum syllabarum habere quam nominativus. »
Charisius, qui nous a conservé les vers importants de Lucilius que j'ai cités plus haut, présente à cet endroit Cp. 59, 60) un passage très-curieux, en ce qu'il donne l'opinion de Varron et de Pline. Il maintient le doublement de l't ; Pline reconnaît l'autorité du droit : « Lticius, jErnilius, cetera nomina quœ ante u habent t, duplici H genitivos singulares fmire debent, ut necesse sit adversus observationem, nominative non minorem fieri genitivum ; idque Varro tradens, adjecit vocativum quoque singularem talium nominum per duplex tt scribi oportere ^, sed propter differentiam casuum corripi. Lucilius tamen et per unum t genitivo scribi posse existimat ; ait enim :
Servandi numeri et versus faciendi ; Nos Gœli, Numeri numerum et servamu' modumqae.
Nanquam enim hoc intulisset nisi et Cœlii et Numerii per tï, hujus iVtimerii^ faciendum crederet. Denique in lY sic ait :
Porro hoc sit « fîliu* Luci, »
Fecerit i solum, ut « Corneli, Comificique, Mendaci Furique ^. »
Plinius quoque, Dubii sermonis quinto, dicit esse quidem rationem per duo tt scribendi, sed jam multa consuetudine superari. » — « Il y a bien une certaine raison à écrire le génitif par deux t, mais la règle avait cédé à un long usage. »
I. Cette proposiUon n*a pas été acceptée^ et ne devait pas Tètre. S. Je cite d'après Lucien Mûller (LtictV. p. 46).
Le nombre assez restreint des génitifs archaïques de trois syllabes, cansiliy auxili^ etc., que j'ai recueillis presque entièrement, et qui en forment la classe principale, me persuade qu'il ne serait ni impossible, ni même bien long, de dresser un inventaire complet des génitifs abrégés qui ont été employés par les poètes jusqu'au règne d'Auguste ^ Cela confirmerait le résultat suivant : c'est précisément lorsque Lucilius, dont les tentatives grammaticales ont échoué plus d'une fois, venait de formuler la règle archaïque du génitif, qu'elle était rejetée peur tous les poètes, avec l'approbation unanime des grammairiens.
Pour confirmer la doctrine lucilienne, on invoque souvent le témoignage des inscriptions. Mais il est impossible d'en tirer une règle fixe. On y voit la variété la plus capricieuse : outre que tt se trouve concurremment avec i simple, le grand t^ qui devrait indiquer deux î, ne marque souvent qu'une voyelle longue.
Mes nouvelles recherches ne sauraient donc modifier mon opinion. Chez les vieux poètes latins, le génitif des noms en ttim, iuSj ne prenait le plus souvent qu'un seul t ; mais l'on trouve aussi quelques exemples dans lesquels le génitif a deux syllabes. Les règles absolues peuvent plaire davantage; mais elles sont trop souvent établies aux dépens de la vérité.
Cette dissertation paraîtra bien longue à ceux qui se soucient peu de la métrique; mais ceux pour qui la versification a de l'intérêt me sauront gré d'avoir traité sérieusement une question que les métriciens avaient à peine abordée, et que quelques savants avaient résolue sans impartialité.
1 . Une chose a pu faire illusion et conduire à une conclusion imprudente, c'est la quantité des noms d'hommes en itis, pour lesquels Ovide lui-môme se permet le génitif abrégé.