J'ai nolé dans le Virale Medlceus solacia
Et encore (Sat. II, 6, 45) :
Matutina parum cautos jam frigora mordent.
Tirgile (iffn. XI, 152} :
Non hœc, o Palla, dederas promissa parenti :
Cautius ut velles sœyo te crcdere Marti.
Ovide {Trist. II, 274) :
Et latrOy et ccuttus prœcingitur ense vlator.
Cicéron est impatient de faire un certain voyage par mer; il ne veut cependant négliger aucune des précautions qui peuvent le rendre heureux : « Valde enim festino, ita tamen ut, quantum homo possit^ quam eautissime navigem. » César (0. G. YIII, 23) : o Quem quia non arbitrabatur vocatum in castra venturum, ne tentando cautiorem faceret. »
Les exemples surabondent. C'est le mot dont Horace a dû se servir ici pour rester fidèle à sa puretés Ceux qui sont étrangers à la paléographie peuvent trouver considérable le changement odor et cautior. C'est le contraire qui est vrai.
Déjà sous la République, la diphthongue au et la voyelle o étaient confondues. Diomëde (p. 378) nous atteste l'ancienne prédominance de Vo : on avait d'abord écrit coda, clostra^ qui ne sont pas restés dans l'usage. Il cite encore ospicatur^ pour auspicatur^ de l'historien Claudius Quadrigarius. OUa est écrit aula dans Plante. On connaît l'emploi simultané de caudex et codex j codicis^ cos, cotis^ claudius et clodius, lautus et lotus; mais des nuances se sont établies entre caudex et codeXj cautes et cas. A la fin de la République, Vo était généralement préféré, témoin les noms de Clodius^ de Plotius. Il est à remarquer que, si les mots conservaient au dans le simple, ils le perdaient dans les composés et les diminutifs. Plaudere, complodere^ explodere^ illotuSy focale (de fauces)^ oricilla (de atim), plaustrumj plostellum. L'usage ancien et populaire a prévalu.
Bentley désapprouve octor, et le maintient néanmoins dans son texte. Mais c'est pour le proscrire immédiatement et le remplacer. Il note qu'un manuscrit de Leyde, remontant à huit cents ans, porte notior^ leçon que donnent également six autres manuscrits, dont quatre de Paris, sur lesquels deux du x"* siècle, ainsi que l'a fait connaître Pottier, philologue estimable, qui n'a pas été apprécié de son temps. Toutefois Bentley propose une autre conjecture : « Quid si rescripseris :
Jam Dœdaleo tutior Icaro, Yisam gementis litora Bospori ? i>
Bentley, pressé d'en finir, abandonne des conjectures qu'il ne discute pas. Je veux cependant dire mon avis sur notioff sur lequel il ne donne pas le sieDé Notior me parait une conjecture sans valeur, incapable de
rendre compte de l'u, que les anciens ne confondaient pas, comme nous, avec n. Elle est d'un homme qui scandait les vers, et qui, voyant un vers trop court, a trouvé un moyen quelconque pour sortir d'embarras. Il en est un autre que j*ai des raisons pour trouver préférable, c'est cautior^ attribué à Withof par Braunbardt, Orelli, et par MM. Keller et Holder. Je ne connaissais pas le nom de ce philologue. Il paraît qu'il a discuté des passages d'Horace. Je sais seulement qu'il a conjecturé aussi lœtior. C'est le moment de dire quels sont mes droits à la propriété de cette conjecture, sans prétendre qu'elle n'ait pas été proposée antérieurement à 1833. C'est en 1828 que j'ai donné mon édition classique d'Horace. J'avais Bentley sous les yeux. J'ai rapporté ainsi les variantes : « Aliquot manuscripti habent notior; Bentl. conj. tutior; malim cautior. » Cette conjecture comprenait les dififérentes façons d'écrire : cocior^ cotior, cautior. Huit ans plus tard, j'ai été plus hardi, et dans mon Thésaurus poeticus linguœ lalinœ (1836) j'ai mis cautior dans le texte, citant la vulgate, et rappelant la conjecture de Bentley. Cette publication est antérieure de quelques années à l'Horace d'Orelli. Cet éditeur ne m'a pas cité. Aurait-il ignoré le seul ouvrage qui contienne un inventaire complet de la langue poétique des Latins? Les Allemands ne nous citent guère : ils diront que nous leur faisons, de notre côté, bien des emprunts ; cela est vrai, mais il y a cette différence, qu'en les nommant nous leur laissons le mérite de leurs inventions, au lieu qu'eux, ils nous dévalisent dans l'ombre. Je compte Orelli conmie un Allemand : assez de titres les autorisent à le revendiquer.
L'objection de Bentley subsiste dans toute sa force : Horace n'a pas fait ce malheureux rapprochement; s'il en parle, c'est pour marquer la différence qu'il y a entre lui et le jeune imprudent qui est un type de témérité, car il n'est pas besoin de le nommer pour le faire connaître. Témoin ce vers de Martial (X, 4, 5) :
Exustusve puer pennis labentibus.
Et qu'on ne dise pas qu'Horace était d'un autre avis. Dans son ode à Pindare, il s'explique assez (Orf. IV, 1) :
Pindarum quisquis studet œmulari, Jule, ceratis ope Dœdalea Nititur pennis, vitreo daturus Nomina ponto.
La conjecture de Bentley a été généralement acceptée par les éditeurs modernes. C'est surtout la beauté du sens qui en a fait le succès : ce mot n'indique pas le mérite de l'agent, mais des circonstances heureuses, soit daus Tordre naturel, soit par la faveur des dieux. On n'a pas examiné autre chose, la représentation plus ou moins exacte de la vulgate. C'est en vain qu'on a fourni aux Allemands une leçon qui avait cet avantage, et
que Withof leur a fourni cautior. Ils paraissent n'en avoir fait aucun cas. On lit dans le Philologus de 1857 (t. XII, p. 198) un article de M. Wîlhelm Frôbner, dans lequel il dit : «Je corrige simplement : JamDœdaleo cotior Icaro. » L'auteur croit à sa découverte ^
La solution de la difficulté avec cautior me paraît trop évidente pour que je conteste à qui que ce soit Thonneur de Tavoir rencontrée. Encore faut-il qu'on me cite une date. Withof avait-il répandu la lumière? En 1838, il y avait près de vingt ans que j'avais publié ma conjecture.
Il me sera sans doute permis de m'étonner, sans paraître trop abonder dans mon sens, que des savants célèbres, qui ont publié Horace, ou laissé des notes sur ses ouvrages, tels qu'Aide Manuce, Lambin, Turnèbe, Muret, Fabricius, Torrentius, Daniel Heinsius, se soient montrés assez indifférents aux questions prosodiques pour n'avoir pas dit un mot sur certaines difficultés du texte, laissant soupçonner qu'ils les trouvaient toutes simples, tandis que je crois qu'ils en étaient choqués. Il eût été curieux de voir qu'une leçon qui a rallié tant d'éditeurs ne triomphât que grâce à leur silence.
Nos métriciens nous tirent-ils mieux d'affaire? Interrogeons Bothe : il approuve la vulgate et la correction : a TutioVy quod conjicit Bentleius, pulchrum et dignum poetœ. Sed ocior^ in quo consentiunt libri *, et ipsum pulchram sententiam ponit *'^. n Lucien Millier a dit son opinion sur cette licence exceptionnelle. Celui-là s'explique nettement. Cette leçon ne satisfait ni le sens ni la métrique : a Non a métro rectius quam a sensu stabit quod etiamnum plerique tribuunt Horatio : Jam Dœdaleo ocior Icaro. » {De Re metrica poetarnm lat., p. 307.) Orelli a prétendu trancher la question. Il a essaye d'établir en règle générale l'hiatus dont Horace offre une application, et dans une longue note, où il y a deux ou trois citations qui portent, il a cru réduire au silence les incrédules. Oubliant la poésie grecque et l'influence qu'Homère a exercée même sur la prosodie des poètes latins, il arrive à un résultat qui le satisfait; mais ce n'est pas assez. Homère présente beaucoup d'exemples d'un hiatus placé au milieu du cinquième pied, et suivi d'un mot commençant par une voyelle qui laisse sa quantité à la longue. Ce cas est nettement circonscrit :
nY)XeiaS£(o 'AyiXYJoç (plusieurs fois), Iv AuxCy) eùpsfy), IvAuxiy) eÛTciqxTcu, al*vàvTi- 6é&> '0$u9vï, iua-reïpQtvo) Ivi Srfiri, (rruY^pou 'AiSao, XP^^^T) ^^po^i^T)» ^^^ Kvcuacu tOpeiTj, xaatYviÎTYi 'Exoitoio, tcvoiy) Bopéo) àXe^sivr, , xaXXiTrXoxajjLw îiptaSvî), Uptjj Ivl xuxXo), etc.
Les exemples de Virgile sont calquéssur ceux-là : in Actœo Araq/nthOy
1. Ceci justilierait quelques doutes sur la conjecture de Withof. Un de mes amis, désirant •'assurer de ce fait, m'a dit avoir consulté deux fois avec attention trois volumes de conjec-
ures de Withof sur différents auteurs, qui se trouvent à notre Bibliothèque nationale. Il m'a assuré que cette dissertation spéciale manquait.