‹ Melanges de philologieChapitre 137 sur 143 · Cette traductioa est due à de Laogeac (Paria · texte numérisé non relu

Cette traductioa est due à de Laogeac (Paria

iuaveSf dulces. » C'est là une critique bien oscillante. Comment finir par accepter m ahir(9, après l'avoir condamné ? Comment tirer de molles le sens de doux au goût^ quand les choses auxquelles on le compare diffèrent totalement? Si la châtaigne ne s'amollit pas en mûrissant, elle ne se sucre pas davantage. Les châtaignes «molles», telle est la traduction à laquelle on nous empêche de penser avec toutes ces divagations.

Servius aurait bien dû s'abstenir d'interpréter les deux épithètes de ces vers. Af t^m signifie mûr, sucré parjla maturité, la cerise comme la poire, en poésie et même en prose. Virgile : Mitis vindemia^ miti Baccho; Ovide : iucds cum mitibus herbœ ; Pétrone : mitia sorba ; Columelle : pertnilia sorba; Pline : mitiores palmœ^ mitis succuê ex cotoneii; Martial : Mitia poma dabo. La glose est donc superflue ; celle de castaneœ ne fait qu'éloigner du sens. Sans doute, la maturité est nécessaire pour que les châtaignes soient mangeables, mais la maturité n'amollit pas le fruit, elle le durcit et finit par le pourrir. Le lecteur abandonné à lui-même aurait eu la chance de prendre le premier sens de mollis (non durum) : or la meilleure manière d'attendrir un fruit, un légume, c'est de le faire bouillir.

IL — Jusqu'ici il ne s'agit que d'une simple épithète mal traduite. Je vais signaler d'autres fautes qui allèrent le sens do la phrase. Reprenons au V. 70 et suivants :

En unquam palrios longo post temporo fines, Paupcris et tuguri congestum ccspite culmcn, Post aliquot, mca régna vidons, mirabor aristas ?

Heyne et Wagner suivent encore La Cerda. C'est lui qui a vu un adverbe dans post (aristas) et rejeté résolument le sens de annos. On ne doit accepter qu'à bon escient les commentaires anciens ou nouveaux. Heureux quaud on trouve un bon conseil d'un côté. Ici c'est le scholiaste qu'il fallait écouter. La Cerda trouve une contradiction entre aliquot aristas et longo post tempore : « Si c'est un long temps, dit-il, ce n'est pas quelques années. » Mais la périphrase ne porte pas sur le temps qu'il faut attendre, elle indique le temps déjà écoulé ; après un si long exil, il se résigne à patienter encore quelques années. Servius devait être entendu : uEn unquam^ aliquando, pos^ aliquot aristas^ postmulta tempora; et quasi rusticus per aristas numerat annos. . . Gradatim dictum ex tropo metalepsi, ut per aristas messes, per messes œstates, per œstates annos numeret. » Servius n'a pas écrit pour les Français : il s'adressait aux La* tins de manière à être compris. Ce n'est pas lui qui a imaginé cotte figure dite métalêpse* Il a transcrit un commentaire plus ancien et savant, tel que ceux qui se rapprochaient du temps de Virgile. S'il joint post à aris^ tasj c'est que la langue l'exigeait ainsi. Quand Virgile veut que post soit

un adverbe, il ne le met pas devant un accusatif. Nods avons vu dans la même églogue longo post tempore ; nous voyons ailleurs :

Neque post oculis est reddita noslris.

Post milii non simili pœna commissa luctis.

Post valide nitons sub pondère faginus axis.

Ilionea petit dextra, lœvaque Serestum, Post alios, fortcmque Gyan fortemquo Cloantbum.

Et pleno se proluit auro ; Post alii proceres.

Post, ubi conferti cursus.

Post acer Mnestbcus adducto constitit arcu.

Docuit post exitus ingens.

Post Helimus subit, et nunc tertia palma Diores. A quo post Itali fluvium cognominc Tbybrim.

Post iidem inter se posito ccrtamine regcs.

Post bellator cquus, positis insignibus, JEÛxon, Post ego nube cava miscrandœ corpus et arma.

Cedet lulus agris, nec post arma ulla rebelles iEneadœ réfèrent.

On remarquera quelles précautions Virgile prend pour qu'un accusatif ne produise pas d'obscuritô. Heyne cite un exemple pour montrer qu'il est indifférent de mettre un accusatif après la préposition post {jEu. II, 217) :

Post Ipsum auxilio subcuntem, ac tcla ferentom, Corripiunt.

Gela ne prouve pas grand'chose.

On ne contestera pas la synonymie indiquée par les grammairiens dans la définition de la métathèse.

Indication par les saisons :

Hanc sedem in qua ego novcm hiemes, saxo stratus, pertuli.

(Attius, ap. Non. p. 469.) Per mare, pcr terras (te) septima jactat biems. Ovide. Sexta rclcgatum bruma sub axe vidct. Id.

Post certas hiemes urot Acbaicus Ignis Iliacas domos. Hor.

Nam to jani septima portât Omnibus errantem terris et iluctibus œstas. Viro. Hic mibi Cimmerio bis tei1,ia ducitur œstas Littore. Ov.

Quattuor autumnos Pleias orta facit. Id.

La désignation de Tannée par le printemps u'c«l ^^% ^vsi^Wj4.^«

Indication par les produits des saisons :

Vere prius flores, leslu numcrabis aristas,

Poma per autuinnum. Ovide.

Ter centum messes, ter centum musta videre. Id.

Le mot messis est si fréquent pour désigner Tannée qu'il est à peine besoin d'en citer des exemples :

Smjrna mci Cinnie, nonani post denique messcm. Cat.

Bissenis modo messibus parentis. Mart.

Veniam dabis quod bella post hiemes decem

Totidemque messes (timet). Sen.

Tertia nudandas acceperat area messes. Ov.

Le dictionnaire de Forcellini est ici un mauvais guide. L'édition donnée en Allemagne de ce lexicographe par un philologue, probablement Furlanetto, a ramené la phrase au sens de Heyne, et soutenu que l'exemple cité de Glaudien (il ne connaissait pas les autres) était sans valeur : tout cela, dit-il, se réduisait à l'autorité de Virgile, que Glaudien n'avait pas compris. Freund n'est pas tombé dans cette erreur. II dit simplement : poétique pour été.

Le sens d'ahstas pour annos a été généralement admis par les éditeuîs et commentateurs. DéjÀ au xvi* siècle ce vers faisait difficulté. Le malheureux Ramus, professeur au Collège royal (de France), a laissé un commentaire sur Virgile, qu'il lisait à son cours. Il a un peu forcé la ponc^ tuation, pour qu'on joigne mieux aliquot et aristas. Il écrit ainsi :

Post aliquot, mea régna videns, mirabor, aristas.

au lieu que d'autres écrivent absolument sans ponctuation. Celle de Wagner est la plus autorisée :

Post aliquot, mea régna videns, mirabor aristas.

Le sens figuré de aristas a des analogues dans toute langue. Nous lisons dans La Fontaine :

Je vous paierai, lui dit-elle.

Avant Taoût, foi d'animal, Intért^t et principal.

Et encore :

Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'août.

« J'ai fait mon août, Messem absolvi. » (Nicot.)

Ancien proverbe : « En août et en vendanges, il n'y a fêtes ni dimanches. »

//ne faudrait pas nier cette locution parce qu'elle est tombée en désué-

iude. Nous avons également perdu le verbe aoûter^ sur lequel on peut consulter le dictionnaire de M. Littré.

Des exemples précédents ont déjà montré Tafflnité d'aristas avec Tété, et musta, le raisin, désignant pareillement l'automne.

Quand tous les grammairiens citaient le vers d'aristas absolument, et comme se suffisant à lui-même, ils ne connaissaient pas le procédé indiqué par les modernes pour trouver le verbe, bien caché, qui régit aristas. H y a un siècle et demi, on comprenait ce vers comme les anciens. Mais l'interprétation moderne, grâce à l'adoption allemande, est devenue européen)) e.

Voyons avec beaucoup d'attention combien elle nous rejette loin du sens. Que se propose le poète ? D'exprimer la joie de ceux qui, sortant de l'exil, auront le bonheur de revoir patrios fines^ tuguriumy etc. , et cette joie est exprimée fortement par tnirabor. D'après la nouvelle traduction, posty adverbe, devient un redoublement de longo post tempore. Alors aliquoty aristas doit aller chercher son verbe dans une phrase incidente, tnea régna videns^ pour arriver à un non-sens, Où est donc le bonheur de revoir le toit de ses pères? Mirabor se change en un sentiment douloureux : le berger verra, non sans avoir le cœur serré, ce champ si mal cultivé (cela dit en latin par aliquot aristas!)^ quelques épis à la place

c*e seanciennes cultures ! Ce n'était pas la peine de dire : En unquam mirabor ! L'ancienne interprétation nous délivre de la répétition de po$t el des regrets sur la gaucherie des envahisseurs.

Les grammairiens qui ont cité ce passage nous parlent presque tous de la métalepse : ce sont là des traditions d'école. Il y a apparence que cela était compris de tout le monde. Déjà Gharisius (p. 244) avait défini cette figure : « Dictio per gradus homonoiœ ad propriam significationem descendens. » Diomède (p. 45i) ladéfmit aussi, avec l'exemple de Virgile. £t Donat (p. 1775) : a Metathesis est dictio gradatim pergens ad id quod ostendit. » Et il cite toujours le même exemple. Pareillement Pompée, grammairien du iv* ou v* siècle, commentateur de Donat, définit verbeusement la même figure et s'autorise du même vers '.

Continuons à montrer le rapport intime de messis avec aristœ^ ce dernier mot au pluriel ne signifiant pas quelques épis, mais quelques gerbes, et arrivons aux exemples de la substitution du second au premier :

Ut me Pontus habet, quater arva coionus aristis Nudavit, quater est falce resecia Gères. Ovide. Needum décimas emensus aristas, Aggrederls metuenda viris K

(Claud. IV Corn. Honor., 372.)

i. Pompée, édition Liedemann, p. 47. Et voir Keil, t. Y. 2. Il ne s'agit pas ici d'un rustiais pour faire passer la m

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