Et voir Keil, t. V
pour faire passer la métaphore.
Bis denas hiemes, totidem transcendit aristas.
(Ennod. Epig. I, 15.)
Décimas secuit messor aristas.
(Senec, Troad. 76.)
Les exemples que j'ai cités prouvent que les poètes latins ont employé le mot ariêtas dans le sens d'années. La critique moderne n'a pas pour mission de mettre en doute de pareils faits. Qu'on trouve que cela n'est pas clair : soit ; alors il faut apprendre, et ne pas prétendre s'en tirer en donnant à une phrase un sens ridicule.
J'ai réuni différentes manières dont les Latins indiquaient flgurément les différentes époques de l'année. Toutes les langues procèdent de même, et il. n'est pas nécessaire que la locution soit dans un écrivain renonmié. Chacun peut employer une expression qui sera approuvée dès qu'elle sera intelUgible. Le Journal des Débats rappelait un jour les charmants paysages détruits autour de Belleville pour la construction des fortifications : (« Il était de coutume^ au temps où l'on voyait y fleurir en abondance les lilas, de désigner comme une époque la saison des lilas. — Je me marierai aux lilas, disait une jeune paysanne de Pantin, de Belleville, de Bagnolet, comme la fermière de Bourgogne disait : Je me marierai aux cerises *. »
Dans le langage poétique la saison des roses est une périphrase qui désigne le temps des roses, le printemps. (Noël, le Gradxis français.)
Bernardin de Saint-Pierre indique aussi, dans Paul et Virginie^ d'une manière détournée différentes époques de l'année, de la journée. On relira avec plaisir ce passage, dont on aura besoin tout à l'heure : « Paul et Virginie n'avaient ni horloges, ni almanachs, ni livres de chronologie, d'histoire et de philosophie. Les périodes de leur vie se réglaient sur celles de la nature. Ils connaissaient les heures du jour par l'ombre des arbres, les saisons par le temps où ils donnaient leurs fleurs et leurs fruits, et les années par le nombre de leurs récoltes. Ces douces images répandaient le plus grand charme dans leur conversation, a II est temps de dîner, » disait Virginie à la famille, « les ombres des bananiers sont à leurs pieds, » ou bien : « La nuit s'approche, les tamarins ferment leurs feuilles. — Quand « viendrez-vous nous voir? lui disaient quelques amies du voisinage. — Aux a cannes de sucre, répondait Virginie. — Votre visite nous sera encore plus (( douce et plus agréable. » Quand on l'interrogeait sur son âge et sur celui de Paul : « Mon frère, disait-elle, est de l'âge du grand cocotier de la fon- « taine, et moi de celui du plus petit. Les manguiers ont donné douze fois « leurs fruits et les orangers vingt-quatre fois leurs fleurs depuis que je « suis au monde, n
Berlioz a légué à son ami Reyer un exemplaire de cet ouvrage annoté
i« Le 5 mai 1877.
de sa main, et celui-ci, après avoir rendu compte d'un opéra de Paul et Virginiej a cru devoir faire confidence au public de quelques observations. Nous apprenons que les exclamations admiratives ne manquent pas, mais tout n*est pas dans ce style. « Un calembour peut-être involontaire, mis dans la bouche d'une des amies de Virginie, lui paraît une simple bêtise. )) On peut voir ci-dessus le passage '. Je ne crois pas que cette phrase suggère à quelque lecteur une critique aussi grossière. Sans doute la phrase en question ne mérite pas d'être mise dans un recueil de mots spirituels, mais si Ton tient compte de la culture intellectuelle de l'amie de Virginie, et surtout de la sincère bienveillance du sentiment exprimé, on aura beaucoup d'indulgence. J'ai toujours lu avec beaucoup d'intérêt les feuilletons de Berlioz. Il avait de l'esprit, mais il cherchait trop à le faire paraître : c'était assez souvent de l'esprit d'atelier. Je ne crois pas que Berlioz eût dans le cœur assez de simplicité, de naïveté, pour être un bon juge de ce petit pocme.
Revenons. J'essayerai de traduire les vers dont j'ai blâmé l'interprétation : (( Hélas I après un long exil, me sera-t-il donné de revoir dans quelques années le champ paternel, ma pauvre chaumière, et de contempler avec ravissement mon petit royaume I »
L'italien aurait bien pu ne pas conserver ce sens d*étés pour années. On le trouve néanmoins dans l'édition et le Virgile du Vatican, traduit par Âmbrogi :
Ne dopo alquante estati io con piaccre À mirar tornero, etc.
Je reviens encore sur castaneœ molles^ également choqué par la glose maturoBj qui n'explique pas molleSy et par la traduction qu'admettent généralement, en désespoir de cause, les philologues modernes^ dulces, « douces au goût, agréables. » Je voudrais attribuer Terreur plutôt au scribe qu'au commentateur. 11 arrive souvent que les copistes répètent deux fois le même mot, surtout lorsqu'ils ne comprennent pas le second qu'ils devraient transcrire, et qu'il y a quelque ressemblance entre le mot qu'ils choisissent et celui qu'ils abandonnent. J'ai dit que je désirais ici l'adjectif coc^ta, que j'ai trouvé dans un très- vieux conmientaire. Un autre mot plus rare, qui a le même sens, cuit à l'eau, c'est madidus^ qui commence également par ma. J'ai donné dans mon Thésaurus poeticus trois exemples de ce sens.Voyez encore Martial (I, 42, 6) :
Vendit qui madidum cicer corono;.
Plante {Men. I, 3, 29) :
Madida quœ mi apposita in mcnsam.
1. n s'agit de la phrase : « Votre tisite nous sera encore plus douce. »
III. — Uno faute plus grave encore se trouve au vs. 73, parce qu'on donne à un verbe composé un sens qu'il ne saurait avoir :
En unquam patrios, longo post lempore, fines, Paupcris et tuguri congcstuin cespite culnicn, Post aliquot, mea régna videiis, inirahor aristas? Impius haîc lam culta novalia miles habebit?
Barbarus bas segeles ! En quo discordia cives Perduxit misères!
Ce passage a été totalement défiguré dans le texte allemand, qui est devenu européen. Perduxit a été remplacé par prodnxit. C'est la leçon de Nicolas Heinsius. L'édition de Heinsius se recommande surtout par la reproduction des leçons du Mediceus. Pourquoi Ta-t-il abandonné ici? La conformité de ce texte avec l'opinion que je soutiens est, je l'avoue, mon plus fort argument. Mais j'ajoute qu'un ancien manuscrit ne me paraîtrait avoir le droit d'exclure la vulgate. Elle avait régné sans conteste dans les éditions depuis la Renaissance.
Perduxit a dans cet endroit la valeur qui lui est propre. L'infortune arrive aux derniers rangs. Non-seulement le soldat dont c'est le métier de se faire tuer, non-seulement les ricbes qui tentent l'avidité, sont victimes de la violence ; elle pénètre dans les cabanes. Des critiques ont trouvé que cet hémistiche était dur pour Auguste ; mais le cœur de Virgile n'a pu dissimuler la vérité. Son origine, ses goûts l'attachaient à la cause des paysans.
Sur quoi se fonde la préférence pour la leçon produxit f Elle ne se prévaut pas d'une autorité plus grave que le Mediceus. Et puis, les mots doivent porter avec eux leur sens, et non dépendre de la confusion qui en a été faite avec un mot dérivant de la même racine.
Ecoutons encore une fois notre bon conseil. Le savant et judicieux P. La Rue a donné perduxit y sans aucune observation. Le P. La Rue est un éditeur de Virgile qui n'a guère de rivaux, au jugement de Heyne luimême. Dans sa paraphrase il reproduit simplement l'explication de Servius : a Ecce quo calamitatis dissensio adegit cives infortunatos ! » Heinsius, Heyne, Wagner ont réussi à faire disparaître, presque à faire oublier le verbe consacré jusqu'au siècle dernier, et cela presque sans discussion.
Voici ce que Heyne oppose au jugement de dix-sept siècles ; a Pro^ duxit. Ita ex Pierii cpd. edidit Heinsius. Vulgo perduxit ^ quod gravis auctoritas Vaticani et Longobardici tuetur; alterum pro exquisitiore habcndum. » A quoi Wagner répond : « Produxit^ non quo sit exquisitîor lectio, sed verior. » Ce sont là des affirmations sans preuves.
On a voulu infirmer le témoignage du Mediceus, en récusant la transcription de Foggini. Mais deux siècles avant Heinsius, Aide, éd. 4536, araii transcrit, d'après le même manuscrit, perduxit. Aide est un des
premiers qui aient connu cet excellent texte, et qui en aient beaucoup profité. 11 ne cesse d'en faire le plus grand éloge.
Heinsîus, Heyne, Wagner, et la plupart des éditeurs de notre temps qui les suivent, pensent-ils que les prépositions sont indifférentes dans les verbes composés? Là repose toute la question. Cette prétention de donner à un mot un sens plus recherché^ plus distingué^ plus élégant, en dépit des éléments qui le composent, est vraiment insoutenable. Per, dans la composition, signifie la continuation d'une action, la durée d'un fait. FerrCy supporter, perferre^ supporter longtemps ou jusqu'au bout.
Sénèque (Thyest. 307) :
Levé est miscrias ferre, pcrferre est grave.
Ovide dit do Polyxène {Met. XUI, 428) :
Pertulit intrcpidos ad fala nuvissima vuilus. Le même (Tri5f. V, 11,7) :
Perfcr et obdura : multo graviora tulisti.
Virgile {jEn. VIII, 291) :
Ut duros mille laborcs Rege sub Eurystbeo, fatis Junouis iniquœ, Pertulerit (Hercules),
Cette modification du sens primitif des verbes avec per est constante. Voilà ce qu'on demande aux écoliers de savoir.
Je regarde partout comme les seules vraies les leçons qui respectent les règles de la latinité.
Servius n'a pas cru devoir faire de remarque sur perduxit. La langue, que non-seulement il connaissait, mais qu'il parlait encore, n'en avait pas besoin ; les lecteurs comprenaient également ; mais il a éclairé la phrase en expliquant l'adverbe quo, ad quam tniseriatn. Il fallait spécifier les cruautés et les malheurs qu'amenait le régime des guerres civiles, qu'Horace {Epod. 13, 1) caractérisait à son tour :
Altéra jam tcritur bellis civilibus œtas.
De pauvres cultivateurs étaient victimes comme les autres. Heyne paraît avoir compris quand il a traduit : « Qtiem ad exitum res suas ad" duxerint miseri cives. » Mais dans cette glose il se garde bien d'introduire le mot produxerintf il a choisi un synonyme, adduxerintj refusant pef" dtixerint, dont il ne sentait pas la valeur. Producere aliquem ad calamitatem I il n'a pas osé l'écrire ! Le malheur n'épargnait personne : voilà ce qui a été compris, avec les meilleurs manuscrits, par les commentateurs de premier ordre.
Voyons les titres do perduxit. H a pour lui le manuscrit Mediceus, les manuscrits de notre Bibliothèque nationale, moins deux, et les manuscrits sans nombre qu*on peut supposer, puisqu'ils ont fourni le tcxtAi de toutes les éditions princeps. Ajoutons que le manuscrit du Vatican ofTrc ce mot dans le texte donné par Ambrogi, qui a mis produxU en note. On s'y est trompé, et Ton a cru que ce manuscrit portait perduxit dans Torigiûal. Il n'en est rien. C'est l'éditeur qui a pris sur lui de reléguer prO' duxit dans les notes, ne voulant pas paraître l'attribuer à Virgile. Je no donne pas cela pour une bonne règle de critique, mais c'est un grand dédain pour un mot impropre.
Nous lisons dans Wagner : a Produxit firmatur optimis libris. » Pourquoi Wagner ne dit-il pas un mot du Mediceus^ qui est bien à la tête des opHmi f Et pourquoi ne cite-t-il pas le Romanuê et le PalaHnnSj qui lui sont favorables ?
Les novateurs n'ont pas jugé à propos de confirmer par des exemples les sens des deux verbes controversés. C'est un soin qu'ils m'ont laissé. Je l'accepte, bien convaincu que de simples affirmations ne peuvent résoudre le problème.
PERDUCERË, conduire avec continuité, jusqu'à un point désigné ou jusqu'à l'arrivée ; au figuré : amener à son opinion, conduire au succès, au malheur, à la gloire, au déshonneur, etc. Je commencerai par citer des exemples de poètes, puisqu'il s'agit d'un poète.
Lucrèce (II, 1116) :
JDenique ad exircmum crescendi perfica fincm Omnia perduxit rerum natura cicatrix.
Virgile (Bue. 6, 59) :
Aut herba captum viridi (bovcm) aui armenta secutum, Perducant aliquœ stabula ad Gortynia vaccœ.
Plaute {Cist II, 3, 24) :
lam perducebam ilium ad nie suadela mea.
Le même (Mosl . I, 3, 41) :
Si dictis naquis perduci, ut vera hsec crcdas.
Térence {And. 1, 1, 54) :
Ita ut m, fitium Perduxere iliuc, secum ut una essct) meum.
Catulle (109, 6) :
Tola perducere vitA Alternum hoc sanctœ fœdus amveiUoî.
Phèdre (Pro/. lU, 28) :
Ad regcm quum Dai'daniœ pcrductus foret.
Horace {Sat. II, 5, 76) :
Pcnelopcn facilis potiori trade. — Putasne, Perduci poterit tam frugi tamquc pudica ?
Ovide [Am. II, 18, i) :
Carmen ad iratum dum tu perducis Acliillem.
Lucain (III, 383) :
Scd prius, ut totam, qua terra ciugiiur, ur])eiu Giauderot, a summis pcrduxit ab œquorc castris Longum Gœsar opus.
Le môme (II, 690) :
Neu tuba prœmonitos perducat ad œquora nautas.
Varron (ap. iVoM., p. 233) :
Dum nos vcntus ilamine sudo Suavem ad patriam pcrducit.
Perducere est un mot qu'on trouve souvent dans César, au propre et au figuré.
César (fi. G. III, 43) : « Ex castello in castellum perducta munitione. » — Id. (YII, 4) : » Vercingetorix, quoscumque adit ex civitate, in suam sententiam perducit. » — Id» [B. G. YllI, 22) : « Neque ad sanitatem^ reliquorum deditione, esse perductos. d — Id. (B. 6. YIII, 38) : « Tamen celcriter, omnium cura quœsitus, in castra perducitur. » — Id. (B. G. 1, 8) : <f Ad montem Juram murum in altitudinem pedum xvi fossamque perducit. )> — Id. (UI, 6) : a Incolumem legionem in Allobrogas pcrduxit. »
Hirtius {B. C. III, 95) : « Nam ad meridiem res erat perducta. » — Id. (6. Hisp. 59) : « Quum videret neque Marcellum contra Gœsaris causam possc perduccre. » — Id. {B. C. III, 17) : « Aut acceptos (legatos) ad eum (Pompeium) perducerent. » — Id. (ib. II, 10) : « Musculum quem ad hostium turrem perducerent. d — Id. (C. A fric. ^ 4) : « Legatus petit a Gœsare ut sibi daret facultatem cum Considio agendi, si posset aliqua ratione perduci ad sanitatem. »
Cicéron {Plane. 41) : « Me in quœstorium perduxit. » — Id. {Ruil. I, 9) : aQuœ vilœ via viros bonos ad honorem dignitatemque perduxit. » — Id. ( Att. XYI, 8) : « Yeleranos perduxit ad suam sententiam. » ~* Id, {Tusc. lY, 23) : a Nam Ajacem quidem ira ad furorem morlemque
porJuxit. » — Id. {AU. V, 21) : « Scaptius rogat ut cos ad talenta ce perducam. » — W. {Sen. 17) : a Val. Corvum acccpimus vitam adcentcsimum annum pcrduxisse. » -* Id. {Amie, 20) : « Oranes tuos ad amplissimos honores perducere. » — Id. {FamiL XII, 19) : « Itaque opto ne se illa gens moveat hoc tompore, dum ad le legiones ex pcrducantur, quas audio duci. »
Un maître passé en fait de langage, Auguste, disait de son gendre {Suet. Aug.i 42) : « Satis provisum a genero suo Agrippa, perduclis pluribus aquis, ne homines sitirent. d
Suétone {Vesp, 16) : « Mechanico quoque grandes se columnas exigua impensa perducturum in Gapitolium pollîcenti, prœmium non médiocre obtulit. » — Id, {Aug, 101) : « Perduxit quœdam legata ad vicies sestertium. »
Velleius ^11, 112) : «Pars exercitus eorum (barbarorum), ad arbitrium atilitatemque nostram macerata, perductaque ad exitialem famem. » — Id, (II, 128) : (c Senatumque eo perducit ut, quod usu optimum intelligit, id in tutelam sanitatis suœ libenter advocet. » — Id, (II, 101, 3) : a Partem exercitus ab nrbe perduxi ad fllium ejus. » — Id. (II, 118, 1) : « Provocantes aller altcrum in summam socordiam pcrduxere Quîntilium. »
Vilruve (9, 7) : « Perducenda linea est. w
Quinte-Gurce (IX, 10) : « Exercitus tandem in Gedrosiœ fmes perducitur. » — Id. (III, 13, 2) : « Qui (captivus natione Mardus) ad Parmenionem porductus. »
Quintilien (IV, 2, 112) : « Multum confort adjccta veris credibilis rerum imago, quœ velut in rem prœsentem perducere audientcs videtur. » — Id. (XI, 1, 77) : (i Perducendus omni modo judex ad irœ pudorem. » — Id, (X, 7, 18) : (( lia facilitatem cxtemporalcm e parvis initiis paulatim perducemus ad summum. » — Id. (VI, 2, 3) : a Perducere aliquem in quem velis habitum animi. )> — Id. (II, 17, 27) : « Perduci ad œquitalem. »
Pline (VI, 33, 2) : (( Ex portu navigabilem alveum perducere in Nilum. n — Id. (XXX, 23, 4) : « Perducere ulcéra ad cicatricem. » — Id. (XXXV, 36, 2) : « Perducere artem ad magnam gloriam. »
Pline le Jeune [Epist. X, 92) : « Ex fonte aquam perducere. »
Pétrone {Sat. 24) : « Non timui ego lacrimas ; scd ad ultimam perduetus trislitiam, etc. » — Id, {Sat, 8) : « In hune locum me perduxit. »
Valère-Maxime (VII, 8, 6) : « Marins ab infime militiœ loco, bénéficie imperatoris, ad summos castrenses honores perductus. » — Id, (V, 9, 4) : « In locum desertum filio perducto. » — Id. (VI, 9, 6) : « L. SuUa vitam libidine, vino, ludicrœ artis amore, inquinatam perduxit. »
Je citerai seulement deux exemples d'une époque inférieure. J'en avais beaucoup d'autres du même auteur.
Apulée {Met. IX, p. 197 Bip.) :
f( Protinusque frumento etiam coempto aflatim onuslum... ad pistri-
num, quod excrccbat, perducit. » — Id, (Metam. I, p. 8) : a Quod me ad islam faciem, guam antc vidisti, bona uxor et mala fortuna perduxit. »
On a vu ce mot avec son sens propre et dans toutes ses nuances. On devra reconnaître qu'il n'est pas un mot particulier à un auteur ou à un temps, mais un mot de la meilleure langue et appartenant à toutes les époques.
Les grammairiens anciens ne nous laissent pas sans secours sur la question générale. Priscien dit tout ce qu'il faut dans une petite phrase (p. 987) : « Per est perfectivum plerumque in compositione, ut perficiOf percurroj percipio, peroro. »
Je mets au défi les nombreux partisans de produxit dans le vers de Virgile, d'essayer le même mot avec tous les exemples qui précèdent. Mais on ne l'essayera pas. On avouera môme qu'on n'a pas fait grande attention à ce mot. On s'en est reposé sur ceux qui s'en faisaient les répondants. Dans la seconde moitié du xviu* siècle, deux noms illustres ont accepté la nouveauté, Burmann et Brunck. Ces noms ne peuvent ciïacer La Rue, La Gerda, Ambrogi, et tous les savants antérieurs au xviii° siècle.
Perducere a quelques sens plus rares : Frotter, oindre; quelquefois boire entièrement, avaler.
J'ai dit que llcyne et Wagner, approuvant le verbe perdiixit dansle vers de Virgile, l'avaient abandonné pour un motif frivole. C'est sur cet exemple qu'ils se fondent pour dénoncer la confusion fréquente des deux verbes, opposant Virgile {Bue. I, 72) :
En que di<cordia cives Produxit miscros !
h Virgile {Bue. 6, o9) :
A ut armonta sociitum (bovem) Pcrducant aliquaî slal)ul{i ad Gortynia vaccœ.
Pourquoi invoquer une lecture très-douteuse, produxit, au lieu de la vulgatc perduxit^ pour créer une distinction ici sans fondement ? Les deux exemples offrent absolument le même sens. La discorde conduit les citoyens au malheur, comme d'autre part le voisinage des vaches conduit les bœufs à leurs étables. Le premier passage est au figuré, le second au propre, variété dont on a vu bien des exemples ci-dessus,
PRODUCEHE, mettre en avant, faire avancer, faire paraître, montrer; faire sortir dos troupes, mettre en ligne ; reconduire, accompagner.
La préposition pro, empruntée au grec ircSppo), en conserve le sens, « loin en avant. » Ce sens persiste dans tous les verbes composés. Projectus c'est longe projectus, Charisius (p. 200) et Diomède (p. 406) citent et traduisent ainsi l'exemple de Virgile : Projectaque «axa £*ac{vi^5(v.\.
Priscîen (p. 9%) trouve la môme valeur dans procurro, provenio^ prominetj prostratuê. Nonîus Marcêllus (p. 372) consacre un article de vingt lignes au verbe Producere. Il part de ce sens, longitis dueere. Aucun des sens énumérés ne se rapproche de perdncere. Nous pouvons expliquer chaque composé de la même manière : Proferre^ faire mouvoir en avant, faire avancer, faire sortir, produire au grand jour ; prodire, aller en avant, s'avancer, apparaître ; producere contient nécessairement la même idée.
Voyons d'abord comment nos adversaires accommodent le nouveau verbe et la phrase. Voici ce qu'en dit Wagner : le verbe producere signifie : (( Paulatim res magis magisque progrediendo adducere aliquo. » Paulatim est emprunté à Perducere : il est déplacé ici. Progrediendo n'est pas nécessaire : on peut producere sans se mettre en mouvement. Quand on met quelque chose en vente, ce que signifie aussi producere^ on peut rester immobile. Le juge qui produit des témoins non progreditur. Et puis res ne convient pas beaucoup : presque toujours produci se dit d'une personne.
Arrivons h l'exactitude, et laissons parler les anciens.
Producere fait partie du vocabulaire stratégique. Les exemples en sont nombreux dans César, surtout avec le premier sens, qui nous intéresse particulièrement.
César (B. G. VII, H) : « Arma proforri, jumenta produci, obsides dari jubet. » — Id. (i6. 20) : a Producit serves quos in pabulatione exceperat, » — Id, {ib, 89) : a Jubet arma transdi, principes produci. » — Id. (VIII, 48): « Quura fuga vehementi Volusenum longius produxisset. »
Hirtius (D, C. I, 70) : « Centurîatim producti milites idem jurant : cdicunt, pênes quem quisque sit miles Cœsaris, ut producatur. » — Id, (111, 71) : (( Captives omnes productos, ostcntationis causa, in omnium conspectu interficit, » — Id. (B. Afric, 58) : a Celeriter idem producit copias. » — Id. (B. C. II, 39) : « Multa prœterea spolia prœferebantur, capti homines equitesque producebantur. » — Id, {B. Afr. 76) : « Legiones productas cum elephantis in conspectu Cœsaris collocaverat. » — Id. (B. C. II, 33) : (( Postero die productos, loco eodem quo superioribus diebus constiterat, in acie collocat. »
Cicéron [FI. 45) : « Productus coram. » — Id. {Quint. G) : « Histrîo, qui se prœtori in hortis ostenderat, neque erat productus, » — Id. {Famil. X, 30) : « In aciem copias de vico produxit. » — Id. {Verr. II, 4, 47) : « Producere aliquem in conspectum popnli. » — Id. {Att, I, 14) : « Producere aliquem in conciones. » — Id. [Verr. II, 5, 50) : « Harum rerum auctores tcstesque produco. » — Id. {Dom. 9) : « Cato, quem non pro illius dignitate produxeras. » — Id. {AU, IV, 15) : a Is erat ante manujDJSsus Quam productus (in spcctaculum). »
Salluste {Jug. 33) : « Producto Jugurllia^ verba facit. »
Tite-].ive (X, 26) : « Gonsules producti ad populum interrogatique. » — /J. (YI, 26) : Primores patrum productos interrogaDdo. » — M. (XL, 56) : u Omni gcnere honoris producera eum non destitit. »
Pétrone (Sat, 126) : u Producere aliquem e latebris, »
Vellelus (H, 35) : « Dies quo Cacsar Antoniusque, productis olassibus, dimicavere. »
Suétone (Neroney 23) : a Quem Armeniœ regem, magnis pollicitationibus sollicitatum, produxit <. »
Pétrone {Sat. 126) : « Nec diu morata, dominam produoit e latebris. » — Id, (Sat, 25) : « Gontinuoque producta est puella satis bella, »
Justin (XI, 13) : (( Producere aciem. »
Ouinte-Gurce (VIII, 7) : « Gur enim non producitur (ex carcere), quum ctiam confessi audiuntur? »
Properce (IV, 1,3):
Quum gcminos producerct 2 Arrîa natos.
Plante {Bacch. V, 2, 27) :
Agnos conclusos istic esse aiunt duos ;
Qui nisi nobis producuntur jam atque emittuntur foras.
Le même {Epid. III, 4, 40) :
Quin tu hue producis fidicinam Acropolisiidem ?
Le môme {Capt. II, 2, 2) :
Ubi sunt isti quos an te a) des hue jussi produci foras ?
Et ailleurs (Amph. 1, 1, 61) :
Amphitruo castris illico Producit omnem excrcitum.
Ovide(3fef. VIII, 213):
Velut aies ab alto Quœ tcncram prolem produxit in aéra nido.
Sénèque {Troad. 516) :
Qucm (pucrum) ne tuus producat in mcdium tîmor. Térence {Ad. III, 3, 48) :
Sati' scis ihi esse ? — Oh qui cgomet produxi 3.
i. Dans rAmphithéâtre.