Mémoires de Saint-Simon, édition Chéruel, t. VHI^ p
3. Les Plaideurs, t. fl^ p. 217^ dans la collection : Les grands Écrivains de la France, librairie Hachette.
en offrant l'emploi dejwentn appliqué à une personne. Alexandre ayant mis sa Tie en danger poor s'être baigné, étant en sueur, dans le Gydmus, ses soldats, fort alarmés, déploraient que cette fleur de jeunesse fût près d'être sitôt moissonnée. « lllom florem juTent»... diveUi a se et abrumpi querebanturn . Pour traduire exactement les mots latins, Beauzée s'est tu obligé de mettre : « Ils se plaignaient que, dans cette fleur de jeunesse, il leur était arraché pour jamais. »
Les anciens (actionnaires français, ceux de Nicot, de Richelet, de Furetière, de Trévoux, ignorent également la troisième acception du mot jiimesse. J'ai constaté le silence de la première édition du Dictionnaire de l'Académie. NatureUement j'ai été curieux de m'assurer à quelle époque le barbarisme en question s'y ^ait introduit. Eh bien, la cinquième édition, qui est du commencement de ce siècle (an YII), n^oSre pas encore une malheureuse addition, qui ne se trouve que dans la sixième (1835) !
Les dictionnaires français postérieurs à cette dernière édition donnent le sens nouveau qu'elle contient. Mais M. Dochez ne les a pas imités. M. Bescherelle, après avoir fait acte d'obéissance envers l'Académie, ajoute : « Cette acception pouvant donner lieu à des équivoques, il vaut mieux s'abstenir d'employer le moi jeunesse dans ce sens détourné. »
Un pareil sens, dont l'existence, je l'espère, n'aura été que momentanée^ me choque tellement, qu'après mûre réflexion et quelques recherches, je suis arrivé à n'y pas croire. Je trouve là une création monstrueuse, dérivant d'une fausse prononciation. Que de mots ont été défigurés par le peuple! Combien d'autres, également corrompus, ont été autorisés par les savants ! L'Académie ne saurait faire admettre : un « péril éminenty » au lieu de « imminent. » Yaugelas a déclaré cette locution peu justifiable, et Littré la condamne absolument. L'édition de 1694 contient à cet égard une bien singulière remarque, que les éditions postérieures n'ont pas reproduite. « ÉMINENT... Il s'emploie pour imminent ^ qui ne se dit plus, et signifie : Qui menace, et qui est tout proche, et comme présent. Péril éminent. » Cela indique que Terreur était relativement nouvelle. Dochez a trouvé o péril imminent » dans Sully. Ajoutons que le barbarisme français implique un barbarisme latin.
Chevalet (t. II, 9) s'est bien gardé d'accepter la nouvelle acception de jeunesse. « Le peuple, dit-il, fait souvent subir à notre langue de nombreuses altérations de ce genre : on entend sans cesse dans les faubourgs ormairej colidor, brelue^ licher^ téted^oreiller,..j une jeunesse j pour, une jeune fille. > On en ajouterait bien d'autres : mairerie pour matne, ajambée pour enjambée^ etc. Quelques-unes ne sont pas simplement des erreurs du peuple.
Yoici où mes réflexions m'ont conduit. Je vois dans ce mot jeunesse la caricature d'un charmant adjectif au féminin, jeunette^ que La Fontaine a encore employé. A plus forte raison a-t-il plu à Marot :
Pourtant si je suis brunette, Ami, n'en prenez émoi :
Autant suis ferme et jeunette Qu'une plus blanche que moi.
L'adjectif pouvait devenir substantif, comme nous disons, une brune^ une blondej et (ici le rapport est encore plus frappant] une brunette. « Une jolie brunette. » (Acad.) :
Autant qu'une plus blanche il aime une brunette.
Régnier {ScU. VII).
Mais, jeunet étant tombé en désuétude, le féminin n'a pu lui survivre qu'en subissant une grossière métamorphose. Cependant je ne serais pas étonné si dans quelques campagnes, qui ne reçoivent la loi ni de Paris ni des dictionnaires, ou disait encore : une jeun^^^^ ^
On a dû remarquer dans l'interprétation des dictionnaires cette singulière restriction : «Il se dit... d'une personne jeune, eisurtout d'une jeune fille. )> J^ai fait remarquer ce mot de surtout^ au lieu de seulement. Or conçoit-on que les garçons soient exclus de la classe de la jeunesse ?
Tout nous décide à conclure que le troisième sens donné à jeunesse^ celui de a jeune fille, o doit être effacé : il provient probablement d'une méprise.
1. Voir ci-après, dans un article iatitulé : Une ancienne Chanson picarde (5 mars 1863], uae discassion analogue, à propos des mots fowcheUe et fourchette.
DU VERS PABSmAQUB.
Je crois devoir une réparation au vers parémiaque^ dont j'ai omis de parler dans les premières éditions de mon Traité de tmrsificatian latine» J'en rejette en partie la faute sur Sénèque le Tragique, qui est pour le reste un guide si sûr, mais qui, par une singularité înexpliquable, n'a pas fait usage du parémiaque, quoiciu'ii se soit servi bien souvent de Vmnapestique dimètre. Or l'emploi de l'un devait amener l'emploi de l'autre, si le tragique latin eût suivi, comme à l'ordinaire, l'exemple du théâtre grec Les anciens tragiques latins avaient à cet égard reproduit plus exactement leurs modèles : c'est dans leurs fragments qu'il faut rechercher des exemples du mètre négligé par Sénèque.
Le vers parémiaque (napotfuaocô;, parœmiacus) n'est autre chose qu'un anapestique dimètre privée d'une syllabe, ou catalectique *• Les Grecs le mélangent avec l'anapestique dimètre, et ils le placent généralement à la fin de la phrase, de manière à en faire une clausule. Je prendrai au hasard quelques exemples dans le théâtre grec.
Eschyle {Pen., 629) :
*A}jà, xO^>vtoc ^(Mvsc drfvol,
ni|v^Qix' ivcpAc ^^&v Iç fdcK * El T^ ^ Tuatmt &jiqç ol8c «Xiov M6voc ftv Ovqtwv ic^poc cdcot.
Sophocle (Philoct., 4464) :
Kal !&' tMjoUf. ic£|i4«v àyui]txntz,
IVufUi tt 9(XMfv, x^ icav6a{&détwp AaC|uw, 9c tauT* ixixpocvfv.
1. Le mètre te oomponni ici de deux pieds, le parémiaque est on tera de trou pieds et ' Marint Yiciorii»» (p. 2552) appelle fort justemeot ce Ten oiMfMrsfica hephihemùmereu
Euripide {Hecub.y 127) :
T6v *Axi^iov xu(i.6ov oteçavoûv Ât(iATt X^<*^P<P ' '^^ ^^ KouTffdvdpoc
' I]p6<T6ev OT)<reiv uorè XoyxtJC»
Aristophane (Equit,^ 496) :
*AXX' lOi x^^9*^^i ^^ Tcpd^eioc Korà voûv tàv £(i6v * xal os çuXarro.
ZeOc àyopaîoc ' xal vtxi^trac, AûOiç èxeïOev irdXiv d>: i^(Jiâç '£XOot; (rreçdlvoi; xaTanotrcoç.
Varron < désigne, sans le nommer, le vers parémiaque, quand il dédouble un certain vers archiloquien, et donne pour premier élément :
Ex littoribus properantes
Trojœ qui primus ab cris.
Il y a, ou il doit y avoir, un exemple de ce vers dans le Centimètre de Servius *. Putsch a omis cet exemple, après avoir rapporté exactement la description du parémiaque {constat dimetro catalecto). Je le rétablis d'après deux anciens manuscrits de la Bibliothèque royale :
Aditum Veneris fugc, virgo.
Terentianus Maurus ^ nous donne ce modèle :
Mea tibia dicero versus.
Enfin, Marins Victorinus * rapporte les vers suivants, qui sont peut-être une citation :
Sed lapygia [per] vada ponti Vecti, prope littoris actas.
Je transcrirai à peu près tous les passages des poètes latins dans lesquels flgure le parémiaque, omettant ceux qui proviennent d'un arrangement systématique et contestable ^.
On voit parmi les fragments de Pacuvius :
Tu quoque, Ulysses, Quanquam graviter cemimus ictum, Nimi* pœne animo et molli, qui agero ililvum consuetus in armis ^.