T. II, Préface, p. xnr
3"^ Que de fois a-t^on dit, et dira-t*on encore, que notre aleiandrin est monotone I On ne s'en aperçoit pas quand on lit de bons vers.
Ici encore la doctrine vient justifier Tinstinct, Oui, Talexandria serait monotone s'il n'était composé que d'iambcs, comme on Ta demandé, ou si les accents procédaient de trois en trois, représentant à peu près quatre anapestes latins. Mais les deux autres accents, que j'ai déclarés nécessaires, et que j'ai appelés accents mobiles , à cause de la place variée qu'ils occupent, donnent h chaque vers une physionomie particulière. Je reprends un exemple de Racine que j'ai déjà cité, parce qu'il présente les variétés qui sont utiles à ma démonstration. Quelle harmonie enchanteresse dans les premiers vers d'Athalie I
Oui, je viens dans son temple adorer rÉternel ; Je mens, selon l'usage antique et solennel, Céléôrer avec vous la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée
Le peuple saint en foule inondait les portiques.
Sans parler du choix des syllabes, qui est aussi un élément essentiel de l'harmonie, on voit ici l'un des accents du premier hémistiche porter successivement sur la première, la deuxième, la troisième ou la quatrième syllabe. On montrerait facilement qu'il en est de même pour le second hémistiche. C'est là ce qui produit la variété ; l'accent sur la sixième est constant.
J'ai suivi ce jeu des accents dans toutes ses diversités. Aujourd'hui la loi que j'ai proclamée et commentée est universellement reconnue, et tous les traités qui exposeront les règles de la versification française reposeront sur le môme fondement.
Eh bien, ce petit mérite de priorité m'a été contesté récemment par un répétiteur à VÉcole des hautes études^ M. A. Darmesteter, dans un article où il rendait compte d'un nouveau Traité de Versification. M. Darmesteter, professeur de morphologie à ladite École, passe pour être très-habile dans sa partie ; mais je crois qu'il s'est trop avancé en se faisant le prôneur et le répondant d'un auteur dont il était le compatriote et l'ami.
« Ceci, écrit- il, nous amène à cette question de l'accent tonique, ou {( temps fort, dont Tauteur met vivement en lumière le rôle jusqu'ici « assez méconnu. C'est Ackermann qui le premier, en 4839, montra que « le vers français repose sur l'accent autant que sur le nombre des syl- « labes. M. Quicherat admit les principes d'Ackermann, mais avec « quelque indécision, dans son Traité de Versification française *. » Grâce aux développements donnés au principe par l'auteur dont il vante l'ouvrage, M. Darmesteter espère que « ces vérités auront définitivement « conquis leur place au soleil, »
1. Revue critique d'Histoire et de Littérature, 3 juin 1876, p. 375.
Ma surprise a été grande en lisant mon histoire écrite de cette feçon. Piqué au vif par une accusation de plagiat clandestin, je m'empressai de réclamer contre une affirmation bien hardie. Une lettre que j'adressai à l'éditeur du journal ne fut pas insérée : elle aura sans doute paru désobligeante pour l'agresseur, lui qui se fait si peu de scrupule de blesser les autres en altérant la vérité. Toutefois une petite note fit droit à ma réclamation. « Dans son article..., M. A. Darmesteter disait qu'Acker- « mann le premier, en 4839, mit en lumière le rôle de l'accent dans les (( vers français, et que M. Quicherat admit ces principes dans son Traité « de Versification française. A ce propos, M. Quicherat nous fait observer (( que c'est lui qui a la priorité sur Ackermann, car son Traité de Verria fication française a paru en 1838. Dès 1826, d'ailleurs, M. Quicherat, (( dans une note de son Traité de Versification latine ^ p. 233-235, avait « établi cette théorie nouvelle des accents dans notre vers alexandrin. »
Cette note me donnait complète satisfaction. Mais elle n'était pas du goût de M. Darmesteter, qui dès lors pouvait paraître ou léger, ou pis que cela. Gomme on le voit, il n*y avait pas à équivoquer. Une date est impitoyable : il fallait contester les chiffres ou se taire. M. Darmesteter ne contcista pas les chiffres et ne sut pas se taire. Dans une prétendue défense, adressée au journal rinstruction publique (8 juillet 1876), il parla pour ne rien dire. Et afin de mieux se venger de la note malencontreuse insérée dans son propre journal, il jugea à propos de m'écrire une lettre dans laquelle il maintenait son assertion, reconnue fausse par ses collaborateurs. « Les études d' Ackermann, surtout dans la deuxième édic( tion (1843), me paraissent encore maintenant avoir exposé si systéma- (( tiquement et avec tant d'ensemble la théorie de la versification fran- (( çaise, qu'il reste pour moi le premier qui ait établi que toute notre « versification repose sur la combinaison de l'accent et du nombre des (f syllabes. » Cette citation n'était pas nécessaire à ma cause ; mais elle fait voir à quel homme j'avais affaire.
Ainsi, pour M. Darmesteter, mais pour lui seul, les rôles sont changés : l'emprunteur devient le prêteur ; l'auteur dépouillé devient le plagiaire. En effet, Ackermann]a fait évidemment son livre avec celui de M. Quicherat, car jamais aucun traité de métrique n'avait fondé la cadence de nos vers sur l'accent tonique. Il serait, d'ailleurs, bien extraordinaire qu^un professeur qui composait un petit volume de 70 pages, pour enseigner à la jeunesse de Berlin les règles de notre poésie, ne se fût pas enquis de ce qui existait à Paris dans ce genre.
M. Darmesteter, dans son article de fond, n'avait pas donné le titre du livre d'Ackermann ; il ne Ta fait connaître que dans sa lettre au journal rinstruction publique. Le voici : Traité de l'Accent appliqué à la théorie de la versification. Ce titre a beaucoup d'importance : il est fait pour affriander'^Ies lecteurs. Je cède la palme à mon rival : il a proclamé à son
de trompe, dans une simple ligne, la trouvaille révélée par son opuscule. Mon édition de 1850 a près de 600 pages, et le chapitre de r accent se trouve à sa place, sans réclame préalable. Je n^ai pas eu l'idée de mettre en saillie le résultat le plus important de mon travail. M. Darmesteter me reproche effectivement de n'avoir pas eu recours à cette petite charlatanerie. Son ami, avec un léger bagage, a su bien mieux s'y prendre.
Je n'ai pas lieu de me plaindre de la réponse adressée par M. Darmes* teter au journal l'Instruction publique. Au contraire, il y a commis une
'^'r^^telle maladresse, il s'est tellement enferré *"lui-même, qu'il a tranché malgré lui la question, au jugement de tout lecteur qui raisonne. Voici la révélation qu'il fait au public : a M. Paul Ackermann rend justice aux (( recherches de M, Quicherat^ etc. » Merci : la cause est entendue.
11 est fort indifférent que j'ajoute que, jusqu'à ces derniers temps, le livre d'Ackermann, publié en français à Berlin, et le nom même de l'auteur, m'étaient entièrement inconnus. En lisant le roman de M. Darmesteter, j'éprouvai naturellement le vif désir de connaître un ouvrage dans lequel j'avais beaucoup à apprendre. Mon critique avait sans doute espéré que je ne pourrais pas me le procurer. La deuxième édition, l'édition supérieure, qui parut en 1843 à Berlin et à Paris, n'avait pas fait plus de bruit que la première. On a réussi à déterrer cette merveille, et je vais dire ce que j'y aiirouvé.
Ackermann avait eu une inspiration double : il avait découvert deux accents» C'est un avantage que je lui accorde. Mais il annuUe en grande partie le profit qu'on devrait retirer de la reconnaissance de Vaccent tonique en poésie, du moment qu'il en partage les droits avec un autre accent, qu'il appelle accent d'appui (p. 12), et sur lequel, en réalité, on ne doit pas appuyer. C'est le titre de tout un chapitre. L'accent d'appui est synonyme d'accent étymologique (p. 19). Il « consiste en une prononcia- (( tion plus ferme de la syllabe, capable de devenir modulée dans les (c mouvements oratoires ; il porte autant sur la première consonne ou (c groupe de consonnes que sur la voyelle même. » Voilà qui est bien compris ! Mais une chose qui me paraît plus claire, et dont l'aveu se trouve une demi-page plus haut, c'est que l'auteur a voulu faire une gra-
fi^v^ cieuseté à ses lecteurs de Berlin, en imposant à la langue française un accent étymologique. Le latin a fourni les mots, l'allemand a fourni la musique : tout le monde doit être content. On devine quelle lumière cette invention doit apporter à renseignement. Mais pour les Français, syllabe d'appui est synonyme à' accent tonique. L'auteur d'un des meilleurs traités sur la matière {Traité de la Poésie françoise^ 1724), le P. Mourgues, a, pour abréger, demandé la permission, qui lui fut facilement accordée, de
1. Je sais maintenant qu'Ackermann m*a cité trois fois. \ la p. vu, il parie du ce très^ estimable Traité de M. Quicherat; » et à la p. viil, il écrit : « Tandis que son liyre paraissait, « j'étais occupé des mêmes recherches. »
nopimer appuy a cette voyelle ou diphthongue d'où se prend la rime, et sur laquelle elle est appuyée comme sur son fondement, » Dans tous les traités postérieurs, temps fort^ appui^ coup, ictus^ sont synonymes d'accent tonique.
Ackermann ne refuse pas d'enseigner la règle des deux hémistiches , puisqu'elle existe depuis l'origine de notre alexandrin. Mais cette règle lui déplaît ; il la sape autant qu'il le peut, a Les vers suivants (p. 68), a condamnés par nos grammairiens, sont excellents ;
Iris, dont la beauté charmante nous attire. Richelet. Et de jonc, qui le bord des rivières habite. Ronsard. lorsque plus d'un désir de liberté me presse. THÉoPHn^R. »
Je m'étais permis de ne pas approuver de pareilles césures, et c'est sur moi que le professeur décharge son mécontentement : « Le faux juge- « ment porté par cet estimable grammairien vient de la règle qu'il a a posée à la page il, à savoir que dans F alexandrin il y a toujours une « césure après lasiocième syllabe. » (P. 69.)
On peut se consoler de cette remontrance quand on voit qu'un peu auparavant, le critique avait houspillé l'auteur de laHenriadCy lequel, à ce qu'il parait, n'a rien compris à l'harmonie des vers.
Je chante le héros qui régna sur la France Et par droit de conquête et par droit de naissance, Qui par de longs malheurs apprit à gouverner, Calma les factions, sut vaincre et pardonner.
« Pour le début d'un poëme épique, on ne pouvait être plus maJbeu- (( reux dans le choix d'une cadence qui satisfît l'oreille. » (P. 62.)
Ackermann sait quelque chose de mieux en fait de théorie, et c'est pour débiter sa marchandise qu'il dit du mal de celle qu'on a le mauvais goût de préférer. Le comble de l'art, le triomphe de l'harmonie serait, selon lui, de placer la césure après la cinquième syllabe, conformément aux échantillons ci-joints (p. 64 et 65) :
toi, qui m'aimas, | reviens et dis-moi toujours
Ces chansons, ces lais, | ces refrains joyeux d* amour * .
Et il nous régale d'une octave de sa façon, pour nous faire sentir tout le charme de cette harmonie :
Muse, tes lauriers noblement ceindront ma tôte, Si mes fiers accents partout font chérir ton nom ; La couronne d'or à ceindre mon front s'apprête, etc.
Et ce n'est pas une simple proposition que fait l'auteur : il place cette césure sur le même rang que l'ancienne, et offre au choix les deux divisions suivantes : « A. Première forme (p. 60); B. Seconde forme (p. 64). »
1. On voit, de plus, rindépendance à Tégard des règles de la rime.
Voilù une hardiesse sur laquelle le grand admirateur d'Ackermann n'a rien dit I Voilà ce qu'il a couvert, comme le reste, de son patronage I
Puisque j'en suis à la partie égayante de mon sujet, je citerai encore ce vœu du réformateur, qui indique à nos jeunes poètes un moyen facile de se placer au-dessus de tous leurs devanciers : a S'il nous venait un fi Arioste ou un Milton, il trouverait de la matière à jeter dans le moule; a son œuvre, pourvu qu'elle ne fût pas en vers alexandrins, produiraif; un « enthousiasme universel. » (P. xvi.)
Pauvres enfants de Berlin, qui étaient mis à pareil régime |
Il ne faut pas se montrer trop exigeant pour la correction typographique d'un livre français imprimé à l'étranger, quoique pourtant l'auteur ait lu ses épreuves. Aussi ne signalerai-je que des fautes qui, par la récidive, indiquent un système. Ackermann n'admet pas le trait d'union dans les composés : il écrit peutêtre, sousordre^ et même, en prenant des licences un peu fortes, primabord (p. vu). En général, les fautes d'orthographe fourmillent : stile (très-souvent), lontems (p. 9 et 31), prent, reprent^ etc.; et surtout quand il s'agit de mots savants: exasyllabe^ êxasyllahique , eptasyllabique^ endécasyllabe ^ etc. Une fois l'auteur se lance à citer un vers d Horace (p. xix), et voici comme : bonus quando dormilat Homerns. Pour le coup, les Berlinois étaient bons juges.
Ce qui est choquant par-dessus tout, c'est la multitude des barbarismes, lesquels proviennent plus du pédantisme que de l'ignorance. Je n^e bornerai à offrir quelques échantillons : u La régulation , mésonauce (stc), « désharmonieux, méjustesse, pondération sonale, règle aocentale , a richesse voyélaire , position phraséurgique, règles versjficatives , atou nique ', courtesse, inconsciencieuse, huitsyllabique, la syllabe doit^d a pédier, etc. »
Il est regrettable qu'un homme qui affecte assez souvent la science transcendante ait souvent le malheur, quand il crée des mots calqués sur les langues anciennes, de ne pas faire preuve de Tinstruction qu'on reçoit dans nos écoles primaires. Voilà celui que M. Darmesteter appelle un éminent philologue français (dans le journal précité, Nnstruction publique) : c'est là un bien grand éloge, mal justifié par les fautes de toutes sortes que j'ai relevées.
On avouera qu'il est dur de voir un critique charger un tel maître de vous administrer la férule! Décidément M. Darmesteter a trop compté sur l'obscurité de l'opuscule de son protégé, et Ton peut croire qu'il voudrait bien aujourd'hui retirer sa garantie. Le patriotisme provincial et même l'amitié ont leurs bornes.
A peux qui trouveraient un peu longs les détails dans lesquels je suis
i. Ce mot, qui n'est {xaa grec, ne s'emploie que dans la langue médicale. C'est atone qu'il liant dire.
entré sur le livre d'Ackermann, je répondrai que M. Darmesteter les avait rendus nécessaires. J'aurais faiblement contre-balancé cette grave autorité en adressant à l'œuvre de mon rival des critiques générales, plus ou moins vagues^ plus ou moins acerbes, telles qu'eu trouve sans peine un auteur mécontent. Mais j'ai eu la prétention de prouver, et je crois avoir réussi.
Maintenant, qu'il me soit permis d'opposer aux attaques dont j'ai été l'objet le jugement d'hommes considérables.
M. Villemain, au bas d'une lettre administrative (22 mai 1838), ajoutait de sa main : cr Je dois. Monsieur, vous remercier pour ma part de votre « obligeant souvenir, et de votre précieux travail, que j'ai parcouru avec (( beaucoup d'intérêt, et dont je veux étudier soigneusement quelques « parties. Ce sont les excellents classiques comme vous, les humanistes (( pleins d'esprit et de goût, qui peuvent s'occuper utilement de la philoce logie française et élever cette étude. Je voudrais seulement que, dans « votre critique de l'abbé d'Olivet, vous n'eussiez pas oublié son excellent a style S si rare aujourd'hui, même chez les grammairiens. Ce que j'aime a au contraire. Monsieur, dans votre ouvrage, et ce qui doit vous rendre « favorable à l'abbé d'Olivet, c'est la pureté et le naturel de votre diction, et l'heureuse précision que vous portez vous-même dans les détails (f les plus techniques. » Et un an plus tard (16 juillet 1839), à propos d'un abrégé de mon Traité ^ il m'écrivait encore, toujours dans un pastscriptum : a Je vous ai personnellement écrit, il y a quelque temps, tout (c ce que je pensais de cet utile et ingénieux ouvrage. »
J'avais aussi envoyé mon édition de 1838 à l'illustre Boissonade, que sa qualité d'helléniste consommé ne doit pas empêcher d'être compté parmi les littérateurs les plus érudits et les plus judicieux. Après m'avoir accusé réception de cet envoi, il m'adressa, quelques mois après, une longue lettre remplie de remarques précieuses, dont j'ai fait mon profit. En voici le début : « Je vous ai fait mes remerciements. Monsieur, quand « je reçus votre Traité de versification française. Je les renouvelle et les '( fais bien plus grands à présent que je l'ai lu. C'est un excellent volume, (( plein d'observations utiles et neuves, et qui présente la rare union du « goût le plus sain et d'une grande érudition ^. »
Voici maintenant le témoignage de deux philologues qui , en matière de versification , font autorité : « Les langues romanes comptent les syla labes du vers, mais elles ne laissent pas de demander des syllabes a accentuées à la rime, à l'hémistiche et à d'autres places moins déter-
1. Voltaire a fait souvent le même éloge de l'abbé d'Olivet. Aussi est-ce un mérite que je n'ai jamais contesté à cet écnvain. Je ne me suis séparé de lui, je pourrais dire de tous les auteurs qui ont parlé alors de notre versification^ que sur un point, la confusion de V accent moderne avec la quantité ancienne.
2. Cette lettre, qui redressait plusieurs de ntes assertions, a été insérée, quelques années après la mort de Boissonade, dans la Revue de l'Instruction publique, 8 mai 1862.
(( minées. » {Théorie générale de F Accentuation latine^ par Henri Weil et Louis Benlœw, p. 66, 1855), avec ce renvoi : « Quicherat, Traité de Vera sification française^ p. 33 et suiv. »
Un des érudits qui ont le plus approfondi les origines de notre langue , un professeur du Collège de France dont l'enseignement est renonmié, M. Gaston Paris, a bien voulu faire plusieurs fois l'éloge d'un travail qui remonte à une époque où ces études étaient moins répandues, où les résultats obtenus étaient bien moins importants. Dans sa remarquable brochure intitulée : Etude sur le rôle de l'accent latin dam la langue française (1862), on trouve ces lignes : « Scoppa fut le premier qui, en 1807, (( dans son Traité de la poésie italienne rapportée à la poésie française, (( appliquant à notre versification la loi de la sienne, déclara qu'elle était « fondée sur l'accent. Plus tard, M. L. Quicherat reprit cette thèse, « abandonnée depuis son premier auteur, et en démontra la vérité dans « son excellent Traité de Versification française. On peut donc regarder « ce point comme acquis désormais à la science. » (P. 106.)
Le même savant écrivait, quelques années plus tard : « Je vous avoue c( qu'il me semble étrange qu'après le Traité de Versification française de « M. Louis Quicherat on se refuse encore à voir que nos vers sont fondés « sur l'accent. » {Bibliothèque de VÈcole des Chartes^ 1866, p. 381.)
Même en Allemagne, d'où m'est venue toute mon infortune, j'ai trouvé un patron. M. Gustave Weigand, auteur d'un Traité de Versification française {Bromhergj 1863), commence sa Préface par ces mots : a En étudiant « le Traité de Versification française par L. Quicherat (Paris, 1850), le 'f meilleur livre et en même temps le plus détaillé que je connaisse sur u cette matière, etc. »
Conclusion. — La doctrine de l'accent dans notre poésie, dont j'ai vulgarisé le principe et dont seul j'ai fait connaître en détail et exactement les applications , n'a trouvé aucun contradicteur. Le mot accent figure aujourd'hui dans tous les Traités de Versification française.
Les habiles (Ackermann n'est pas le seul) mettent le mot accent dans le titre même, ce qui peut paraître une trouvaille qu'ils ont faite. Pour moi, je me contente d'un succès loyal.
Permis à une partie du public de croire qu'un point de doctrine qu'il voit admis dans tous les ouvrages spéciaux est ancien. Mais ce qu'il y a de bien étonnant, c'est de voir des auteurs qui finissent par croire que ce qu'ils ont copié est de leur cru.
M. Darmesteter m'a forcé de citer les honorables suffrages que mon livre a obtenus. Il lui reste un refuge, c'est de nous dire quels éloges ont été décernés à l'opuscule d'Ackeimann, et quelle influence il a exercée sur l'enseignement de la versification française.
M. Darmesteter n'a pas l'air d'apprécier justement les torts des pla-
giaires, et il s'étonne de la susceptibilité des auteurs dépouillés *. Voltaire se trouva un jour dans le même cas que moi. Il vit une atteinte à son honneur dans une accusation de hircin littéraire fondée également sur un anachronisme. Il répondit vivement au journaliste qui l'attaquait : a Vous « voyez, Monsieur, que vous auriez quelque réparation à me faire aussi (( bien qu'au public et à la vérité , et que j'aurais quelque droit de me « plaindre d'un outrage que j'ai si peu mérité *. »
Voilà qui est admirablement dit. Il est permis à tous de partager le sentiment de Voltaire dans une question de probité.
1. <( C'est en considérant la part qui revient à que j'ai été amené à écrire cette phrase
(qu« voici : M, Quickerat admit les principes (fAckermami, mais avec quelque indécisiùri), où M. Quicberat, je ne sait comment, croit trouver une accusation de plagiat.» (Lettre du 8 juillet 1876, dan« f Instruction pufjiique, p. 441.)