‹ Melanges de philologieChapitre 25 sur 143 · DaoB une dissertation* imprimée à Leipsick · texte numérisé non relu

DaoB une dissertation* imprimée à Leipsick

2. J'ajoute, et de mon Thésaurus poeticus. Toutefois j'ai la satisfaction d'avoir dès lors proposé la même correction. C'est l'édition française de Lucrèce, publiée deux ans après mon Dictionnaire, qui m'a fait connaître la conjecture allemande. — Inutile de dire que CUaricito n'a reparu dans ma nouvelle édition du Thésaurus (1875) que pour être condamné. J'y ai fait connaître une monstruosité pins surprenante encore, due au célèbre Lachmann, clarigitaU

liste des sobstaatifs qui ont eu anciennement ou qui ont conservé deux genres : patatum n'y figure pas. D'ailleurs qui ignore que, dans l'extrême décadence, les copistes ne distinguaient plus les genres ? Les Glossaires fourmillent de pareils barbarismes.

Potulentus est un mot fort connu. On donnerait un pensum à l'écolier de huitième qui mettrait au datif pluriel potulentibas. Qui croira que Gicéron {NaL Deor.^ II, 56) ait pu commettre une pareille faute? Gette ancienne plaie a disparu des éditions modernes. La confusion des finales is et ibus est fréquente : ceux qui ont l'habitude des manuscrits savent que la seconde se représentait par une abréviation qui ressemble beaucoup à la finale U.

Nous lisons dans le même traité (I, 6) :

Proh deum popularium omnium, omnium adolescentiuni Clamo, posbilo, obsecro, oro, ploro atque imploro fidem !

Le second omttttim manquait autrefois : il est nécessaire pour la quantité du vers trochaîque.

IHd.f m, 30 : « Veniamus in forum, Sessum it prœtor. » G'est ainsi qu'on lit dans l'édition de Lambin ; mais les premières éditions portaient sessum ite precar. MM. Le Glerc et Orelli reproduisent la correction, et je ne pense pas qu'on soit tenté de reprendre le non-sens.

Je ne vois, et l'on ne verra, je pense, dans toutes ces rectifications, qu'un usage très-légitime du pouvoir donné à la critique. Mais je ne m'en tiens pas là : je trouve que souvent elle est restée en deçà de ce qu'elle pouvait se permettre, et que les textes se ressentent tristement encore de l'excessive tolérance des éditeurs. Ici ma tâche devient plus délicate : il faut avoir le courage d'être en dissentiment avec des noms justement révérés.

Il y a dans Yarron (A. Rust.^ Il, i, 5) un passage qui m'a beaucoup exercé : « Etiam nunc in locis multis gênera pecudum feraruin sunt aliquot, ut in Phrygia ex ovibus, ubi grèges videntur complures; ut in Samothrace caprarum quas latine rotas appellant. » Schneider, le meilleur éditeur de Yarron, conserve cette leçon, se réservant de dire dans sa note : leetio inepta. Il ajoute que Pellissier ', au rapport de Turnèbe, lisait ptatycerotas^ avec l'approbation de Scaliger. Il propose lui-même strepsicerotas. On ne peut douter qu'il y avait ici un mot rare, qui n'a pas été compris des copistes ; et comme il s'agit d'une bête à cornes^ la finale grecque cerotas devient inHniment probable. En méditant ce passage, et en cherchant à retrouver dans les lettres (ce que Schneider ne fait pas) l'ancienne leçon, j'étais tombé,demon côté, sur la conjecture de Pellissier : quas latycerotaSj par la perte du p, puis laticerotas^ d'où latine rotas. Le platyceros, notre dam, Tr^aTuxepotx; ^Xot^o; de PoUux (Y, 76), est aussi

I. Goillaame Pellissier, éyèque de Montpellier. Cf. Adriani Turnebi Adversariorum Ub. IV, 6.

mentioané par Pliue et par Dioscoride. Je ne vois pas quel avantage on peut trouver à laisser dans un texte des inepties avouées.

Je signalerai dans Cîcéron {Quint, fr.^ III, i) un endroit analogue : oEquiden^hoc, quod melius intelligo, afflrmo, mirîfica suavitate te villam habiturum, piscina et salientibus additis, palœsira, et silva f viridicata. B Je donne le texte tel qu'Orelli Ta imprimé. L'éditeur nous dit que le mot précédé d'une croix est verbum corruptum. Cela me rappelle un passage agréable de Cicéron {Brut.^ 74), qu'on relira sans doute avec plaisir : a Fuit (Rusius) accusator vêtus. Quo accusante C. Rutilium, Sisenna defendens dixit, quœdam ejus sputatilica * esse crimina. Tune G. Rusius : Gircumvenior, inquit, judices, nisî subvenitis. Sisenna, quid dicas, nescio; metuo insidias. Sputatilica, quid hoc est? Sputa^ quid sit, scio ; tilicaf nescio. Maximi risus. Sed ille tamen familiaris meus recte loqui putabat esse, inusitate loqui. » Je dis de même : Viridi quid sit, scio; cata, nescio. » Je regrette que M. Le Clerc n'ait pas manifesté, ne fAt-ce que par une croix, sa réprobation pour cette monstrueuse expression. Je sais que dans les passages qu'on appelle désespérés, c'est un parti assez sûr pour un éditeur de conserver la leçon vulgaire : Intra spem veniœ cautus. Mais cet expédient ne doit pas laisser sa conscience tout à fait en repos : il sauve son honneur, mais c'est pour compromettre gravement celui de l'auteur qu'il reproduit. S'il est certaines actions qu'on ne peut imputer à un honnête homme, on ne doit pas davantage imputer des sottises à un grand écrivain. Je reprends la note d'Orelli, et j'y lis : <( Vifidicante Ern. suspicatur. — Silvis et viridibus aucta Sch. suspicaiur. — Mihi legendum videtur : Silva ridicata, cujus singulse arbores suis ridicis fultœ sunt. » Cette dernière correction me paraît la moins heureuse. Viridicans est un mot peu cicéronien ; mais enfm Tertullien l'a employé. La conjecture de Schûtz me sourirait davantage, si je n'y voyais le changement considérable silviSy au lieu de'silva. Si j'avais à éditer ce texte, je prendrais le mot aucta^ qui me paraît excellent, et je le mettrais à l'accusatif, en conservant le reste : a Uirifica suavitate te villam habiturum... palœstra et silva viridi auctam. » Je donnerais cette restitution non comme une certitude, mais comme une probabilité. Si quelques gens regrettaient viridicata^ ils le trouveraient dans la note ; ils penseraient de moi ce qu'ils voudraient, et je croirais, en tout cas, avoir bien mérité de Cicéron, soit que j'eusse deviné ce qu'il a écrit, soit que je me fusse découverti comme on disait récemment, pour le couvrir.

On lit dans l'édition de M. Le Clerc {TusCy II, 5) : a Nam ut agri non omnes frugiferi sunt, qui coluntur, falsumque iilud, ac improbe,

Etsi in segetem sunt deteriorem datœ Fruges, tamen ipsœ suapte natura enitent :

1. Il ae serait pas étonnant ai^'ourd'hui que tel auteur se permit le mot conspuaàle*

EofiQ nous lisons dans un autre endroit {Nat, D. II, 55) : « Qui (pulmonés) tum se contrahunt aspirantes tum in respiritu dilatant. » Ce mot est condamné par l'analogie : elle demande respiratu^ qu'on trouve dans Apulée. Un autre composé, conspirattAS^ est dans Ânlu-Gelle. Orelli a adopté la correction,déjà imprimée dans l'édition de Lambin, qni, je crois, en est l'auteur, et les Lexiques ne reconnaissent plus aujourd'hui respiritus.

Les dictionnaires ont surtout à gagner à l'application de la rè^e de critique que je viens de développer. On ne saurait croire combien sont nombreux les mots barbares du genre de palatuSj daricitatj etc., qui déparent l'immortel travail de Forcellini. J'en réunirai quelques exemples.

PERVERSIBILIS. — Pourquoi mettre un instant sur le compte de Prudence {Péri Steph.^ 10, 136) un vers faux ^ ?

Cave, benignus esse perversibilis ; quand on justifie immédiatement ce poète :

Cave benignus esse perversç velis.

Confusion de 1'^ et de Tt, du b et du v, fautes très-fréquentes des manuscrits.

COEQUITARE. — « Sunul equitare. Adstruunt quidam ex Liv. 37, 18: Coequitaverunt autem sex millia equitum, etc. Sed plerique leg. cum equitatu, » {Forcellini.) Yoici ce passage rectifié : « Ibi peditum omnibus copiis relictis, cum equitatu (erant autem sex millia equitum) in campos... descendit. » C*est là une conjecture de Galenius, qui a tous les caractères de la vérité. Telle est l'opinion de Drakenborch, et je pense que tout le monde la partagera.

ADHAMARE. — « Hamo captare. Translate Cic, ap. Non.j p. 69 : Qui serius honores adhamaverunt, vix admittuntur ad eos. Ita Non. explicat, et ab hamo tractum esse docet ; alii aspirationem abjicîunt, et ab adan^i deducunt, quod verisimilius multo est. » {ForcelL) L'éditeur allemand ajoute : « Est hoc voc. omnino suspectum, v. J. G. Voss, de Vitiis serm.^ p. 667. » Le barbarisme adhamare est une pitoyable leçon des anciennes éditions de Nonius, et c'est bien à tort que Forcellini impute au grammairien la glose ab hamo tractum, qu'on lit en marge du manuscrit de Wolfenbûttel, et qui a passé dans les transcriptions postérieures et dans

Manatius; atque ita visum et Yalkenario^ Diatrib. in Euripid. fragmenta, p. 194. Ernest, uncis inclusit. Schùlz delevit omnino. » S'il eût opéré de même cette exécution, l'autorité de son nom aurait influé sur la décision des futurs éditeurs.

1. Quelques gens sMmaginent que Prudence est tellement coutumier du fait, qu*on peut sans remords lui attribuer une faute de quantité de plus. C'est une grande erreur : jamais ce poète ne manque aux règles essentielles de la versification; seulement son niècle avait introduit une altération dans la quantité de certains mots, peu nombreux du reste, et dont on pourrait donner

liste exacte.

pas être perpétuellement remis en question, et que, sur certains points, il est temps d'en finir avec la barbarie.

[Bévue de l'Instruction publique j 12 mai 1853.

La luite au n^ suivant

quelques-uns perpegaseum^ , un très-petit nombre perpegaseium^. Mais personne ne conteste ici la forme ionique Pegaséium (nvr^aoïftov), et cette rectification, exigée par la mesure, devrait être introduite, même contre l'autorité de tous les manuscrits.

Je mentionne seulement pour mémoire la transposition suivante :

Gantare Pegaselum melos credas 3.

Je ne pense pas que ce mauvais vers trouve beaucoup de défenseurs.

Les premiers commentateurs modernes, qui écrivaient à la fin du xv* siècle et au commencement du xvi*, tels que Joh. Britannicus, Murmelius, s'étaient déjà prononcés pour melos. Jean Scoppa avait consacré à la défense de cette leçon tout un chapitre^, dont on a souvent reproduit soit le texte, soit les conclusions. Elle est acceptée et patronnée dans l'édition de Foquelin (Paris, 1555). Casaubon a le premier (1604) donné une édition importante de Perse ^; c'est lui, plus que tout autre, qui a fait la fortune de melos. Il dit que melos est la leçon de tous les manuscrits ^; que plusieurs savants se sont préoccupés mal à propos de nectar j donné peur le scholiaste ; que rien n'est plus simple que la licence empruntée aux Grecs par le poète latin ; enfin il cite des exemples analogues qu'il croit trouver dans Homère, dans Antipater, etc. Tout cela est écrit avec beaucoup d'assurance et un grand dédain pour ceux qui oseraient être d'un avis contraire.

Les éditeurs suivants n'ont guère fait que répéter ce thème.

J'admets un instant comme incontestables les exemples qui ont été cités du grec : je dis qu'ils ne prouveraient absolument rien pour le latin. Vectase est une licence d'un emploi tellement circonscrit que, loin de pouvoir la conclure d'une langue à l'autre ^, on ne doit pas même l'étendre.

Bien quMl ait eu une collation des manuscrits de notre Bibliothèque impériale^ j'ai touIu les compulser, du moins les anciens, qui sont des X* et zi« siècles, et j'y ai trouvé quelques renseignements nouveaux.

1. Notre manuscrit u» 8055, du z« siècle, a Pegasettm; TabréTiation de|>er aété introduite ayant ce mot par une main moderne.

2. M. lahn n'a pas connu la leçon très-importante de notre manuscrit n» 8072 : Credas Pegaseyum melos. Cet excellent manuscrit est signé P. Pithou, et plus tard a fait partie de la bibliothèque de Golbert.

3. Elle se lit dans un manuscrit de Berne et dans une édition de BÀle (1551). Elle a été coigecturée par Antoine de Nébrissa, mentionnée par Tumèbe, admise dans le texte par notre traducteur Sélis, et approuvée par Santen, éditeur de Terentianus Maums.

Page 1