Inséré dans la Lampas de Grûter, t. I, p
5. Jos. Scaliger donne l'épithète de divin h son commentaire.
6. « Melos membranœ omnes : etsi dubitationem veterum criticorum produnt scholia tetusta, qu» nectar ab aliis scribi testantur. Puto mirum illis yisum esse, Persium in carmen latinum licentiam grscanicam invexisse; nam si griecis litteris Tel levissime tincti erant (corrigez essent)^ quam yim habeant liquide consonantes apud illorum poetas, non poterant ignorare. Uomerus, in duobus continuis yersibus hymni in Mercurium, et corripuit et produxit priorem yocis \U\oc, Antipater epigrammate in Ânacreontem : Xx(i^ ol Xvpétv luXCCexat à\tj^\ BocOOXXcp.ii
7. Sélis ayait déjà signalé le yice de cette argumentation : « Casaubon yeut que Perse ait fait la première de |UXoc longue à l'imitation des Grecs, chez qui, dit-il, une liquide peut allon-
dans une infime langue, à tons les mots d'une famille. Ainsi, quiconque 8*est occupé de métrique trouvera souverainement ridicule qu'on prétende justifier melos ou mellos par relliquias *. Il semblerait bien plus simple d'appuyer la ^quantité de l'infinitif reppellere sur celle du parfait reppulij et cependant l'allongement de la première dans repellere serait une véritable faute.
J'ai accordé que des poètes grecs avaient allongé la première dans lUkoç. Mais les exemples allégués en faveur de cette thèse n'ont plus aujourd'hui aucune valeur. Voici le vers d'Homère cité par Scoppa \ et auquel Casaubon fait allusion {Hymn. Merc.^ 502).
'I|up6cv xovd6n«<t 9c^ S' Oirà piXoç dUtotv.
C'est ainsi que Henri Estienne donne ce passage dans son Trésor; mais, depuis Bamès, tous les éditeurs ont abandonné cette leçon \ et lui préfèrent avec raison xoXèv dtciacv.
L'exemple d'Antipater, introduit dans la discussion par Casaubon, n'est pas plus exact. Il le cite ainsi :
Mais les éditions modernes et le Thésaurus (édit. Didot) le donnent plus correctement :
*Ai4Lifiv U ipiécvn laXCCcxat àfjifi BaOuXXc)).
Scoppa n'est pas plus heureux quand il cite du latin. Il attribue à Martianus Gapella (IX, p. 307) le vers suivant :
Et melicos cantus melica grata tulit.
Mais on lit dans l'excellente édition de Grotius :
Et melicos cantus bellua grata tulit.
Kopp, le dernier éditeur de Capella, offre cette leçon sans aucune variante.
Concluons que l'ectase de la première syllabe dans melos n'est autorisée par aucun exemple, ni latin ni grec, et que c'est bien et dûment une faute de quantité qu'il s'agit de soutenir.
fer WM tylUbe. 11 cite à celte occasion un vers qu'il croil d'Homère, où l'on trouTe (i^oç a^ec U première longue. Mais premièrement Perse, qui écrivait en latin, na pas dû saivreun» prosodie étrangère, sans autre motif que son caprice; secondement, quoique VHymne àMercwre, d'où ce vers est tiré, soit rangée communément parmi les œuvres d'Homère, d'Uabilet eritiqaet la regardent comme supposée. »
1. Comme le font Scoppa, Foquelin, Jean Bond, Famabe, etc. , , - v r ••
2. Cette ciution. reproduite si souvent, doit être restituée à Hermolao Barbaro, qua l a îaite dans tes notes sur Pline {Piinianœ casHgationes). r»«« « .««.
8. Elle est condamnée par Clarke, Ruhnken, Hgen, Matthi», Hennann, etc. L.r. Pwsow (éd. Per^, p. k32 ; Uipiig, 1809). Dans l'édiUon du Thésaurus grœcœ hnguœ, donnée par
M* Didol, l'erreur a été corrigée.
Pesons maintenant les titres de nectar.
Une des règles de critique les plus vulgaires et les plus sûres, c'est qu'étant données deux leçons, le mot le plus rare est précisément la leçon véritable, et le plus simple est une glose. Ainsi, en supposant Tunanimité des manuscrits, sur la seule mention faite par le scholiaste de la variante nectary on aurait dû saisir cette bonne fortune; car melos explique nectar j mais nectar ne saurait expliquer melos.
Voici la note de ce scholiaste, connu sous le nom de Gomutus : u Pegaseium^ nectar. In aliis est melos. » Non-seulement ce témoignage, mais cette rédaction est de la dernière importance. Le commentateur ne dit pas que la leçon vulgaire melos a pour variante nectar : il dit précisément le contraire. Il n'est pas sans exemple que des savants aient altéré les textes dans l'intérêt de leur opinion. Toutefois, je veux bien croire que Gasaubon n'a commis qu'une erreur; mais cette erreur est grave : transposant ces deux mots importants, il fait dire au scholiaste ce qu'il n'a point dit : t( Pegaseium melos. In aliis est nectar. » Ge texte inexact a été trop légèrement admis par les éditeurs de Perse, et a sans doute contribué à les égarer.
Je m'étonne et regrette que Gasaubon n'ait pas mentionné la dissertation d'Ange Politien, qui, ayant trouvé dans un très-ancien manuscrit en caractères lombards la note que njous venons de rapporter *, la montrait à ses auditeurs, et défendait dans ses cours la leçon nectar. Il ajoutait que Pomponius Lœtus possédait un manuscrit de Perse qui donnait précisément cette leçon. Giocondo, de Vérone, qui vivait dans la seconde moitié du XV* siècle, avait également trouvé nectar dans quelques manuscrits du satirique ^.
Ainsi, il ne s'agit en aucune façon, comme on a voulu l'insinuer, d'une conjecture d'Ange Politien : cet illustre critique rapporte simplement et gravement la leçon de différents manuscrits. Qui le croirait? on lui a fait un crime de sa préférence ; et, à ce propos, son Zoïle, MaruUe, lui a décoché un quatrain épigrammatique :
Fosse negas dicl melos, facunde poeta,
Atque adeo picas nectar ais cancre :
Sed neque divinus maie jiéXoc àewrcv Homerus,
i\ec, nisi quum laudas nectar, inepte, canis.
Je regrette que cette platitude ait été admirée par un éditeur français^.
1. Ce mot est douteas. Dans ces titres, on ne peut reconnaître sûrement la main de Tinterprète. Dans notre manuscrit n^ 8055^ déjà cité, on lit en marge à peu près la même glose : « Pegaseum nectar. In aliis legitur melos. »
2. « Pegaseium nectar, lu aliis, melos. o Ex quo exisiimamus veterem sinceramgue scripturam neclar habuisse, noviiiam vero et mendosam, melos.
3. « Jocoudus Yeronensis se in quibusdam Persil codicibus nectar legisse dicit. » (Murmel., edit. Basil., 4551.)
4. Dupré, Tun des collaborateurs de la collection ad usum Delphini. Cette édition donne
La leçon nectar a encore d'antres titres. Elle se tronye dans tons les manuscrits, moins un, collationnés par Elias Vinet*, et dans quatre bons manuscrits relatés par lahn, parmi lesquels il y en a un de Montpellier. E31e a été admise dans le texte par Reitz et Vinet (pour ne parler que des anciens éditeurs), et défendue par de célèbres philologues, tels que Barth, Saumaise, WakeOeld, Brunck, Kopp.
Néanmoins la fortune de melos s'est soutenue jusque dans notre siècle : on le Yoit dans l'édition savante de Plum' (4828) ; M. Perreau l'a admis, quoique avec hésitation, dans la collection Lemaire (1830).
Pour confirmer le mot nectar appliqué aux chants poétiques, on a cherché dans la littérature grecque des exemples analogues. Ici la comparaison est légitime : il s'agit de l'emploi d'une figure commune aux deux langues, et que le latin doit au grec, tandis que, sous le rapport de la versification, l'un et l'autre ont conservé leur indépendance.
On cite de Théocrite {Idyll. 7, 81) :
Oûvcxà ol yXvxù Moîaa xatà aréiiactoç x^ véxtof .
Et de Pindare {Olymp. 6, 12) :
Kal fffa) vjxtop X^'^) Moiodv Soaiv, àOXofôpoïc 'Av6pÂffiv fU^ntav,
Kopp, dans ses notes sur Martianus Capella (p. 705), rappelle fort à propos ces vers d'Antipater Sidonius, parlant d'Anacréon :
ECSet xal £(j;ip8i;, ta ic60tt>v lap, ^i a\j |uX(a8c0v, Bof^it*, dcvtxpovou véxTotp lvoip(iôvtov.
Voici maintenant des exemples latins. On lit dsius l'Anthologie latine (II, p. 323) le vers suivant :
Pierio liquidam perfundis nectare mentem 3.
Vossius a rapporté un passage de Martianus Capella * dans lequel on peut voir un reflet du vers de Perse : « Post hos honoratior fontigenarum virginum chorus Pegaseœ vociê nectare diffinebat. »
J'ajouterai quelques nouveaux exemples.
Nous lisons dans Ausone (Pro/. 21, 22) :
Et mellitœ nectare vocis Dulcia fatu verba canentem.
eomme il toit le dernier yers de Marulle : Nec nin qui îaudat nectar, inepte (sic) comY. J*ai pris ebaritablemeiit la leçon fournie par rédition de Lobin (HanoY., 1603). Ainsi il y a des variantes pour de pareilles pauvretés !
1 . « Unicum fuit ezemplar, ex multis antiquis quœ inspezimus^ quod bic mehi baberet, pro nectar. »
2. Voir dans Plum les notes des scboliastes sur ces passages. 8. Attribué soit à Varron de l'Ataz, soit à Fulgence.