‹ Melanges de philologieChapitre 51 sur 143 · Las Flors M gay Saber · texte numérisé non relu

Las Flors M gay Saber

cette césure paisse être admise sur le même pied qae Tautre, comme elle Test en italien.

Nous avons constaté la césure penthémimère dans sept mètres différents. Nous pouvons la trouver dans d'autres encore ; par exemple, dans le vers

scazon :

Miser Catulle, | desinas ineptire. Cat.

dans le ver^p^/am^^r^ >

Concèdent verbLs | lumina nostra tuis. Ov.

et souvent dans rAeoE^am^tr^ :

Ollisedato I respondit corde Latinus. ViRG. ^

Il est donc naturel que nos ancêtres aient vu dans l'accent sur la quatrième syllabe la condition essentielle du rhythme. poétique. Le vers alexandrin n'est venu que plus tard : il a été freffé sur le décai^^llabe, peut-être deux siècles plus tard, h une époque où Te travail des poètes multipliait les formes de la versification.

Je crois avoir suffisamment traité la question théorique. Il me reste à considé^er dans l'histoire la chute dd monde romain et la transformation de la langue latine. Cette étude fera mieux comprendre le passage de la versiGçation ancienne à la versification moderne. Ce sera l'objet d'un dernier article.

{Revue de V Instruction publique, .2i juin 1855.)

Troisième et dernier article.

Je crois avoir mis sufflsanunent en lumière la ressemblance, je dirai presque l'identité du décasyllabe moderne avec les hendécasyllabes latins. D'autres avant moi avaient aperçu ce rapport : j'ai essayé de le démontrer.

Il faut se demander maintenant si cette conformité est fortuite. Nos ancêtres, quelque temps après Charlemagne, se nourrissaient-ils de la littérature classique, et les premiers chants de la muse moderne sont-ils un écho des poésies de Catulle,' d'Horace,' dé Martial? Ou, si la chaîne de la.civilisation a été rompue, si la source de la beauté antique était fermée à ces esprits sans culture, ont-ils, par un prodige ^iea étonnant, rencontré 'précisénaent, du moins en partie, la cadence des principaux vers lyriques des Romains? Ou bien enfin ont-ils reçu, par un autre canalj la tradition de la versification latine ? C'est là ce que nous allons tâcher d'éclaicir. ' Les Romains avaient voulu et avaient.pu imposer leur langue aux vain^ eus '. Une pareille conquête atteste moins encore la force de leurs armes

1. a Ai enim opéra data est ut imperiosa civitas (Roma) non solum jugum, verum etiam lioguam suam, domitis geutibu8j>ur pacem societatis imponeret. » (August. Civ, D. XIX, 7.)

que la puissante organisation de lenr gouvernement. Les barbares, qni vinrent démolir un édifice péniblement construit depuis plus de dix siècles, n'avaient aucune des conditions nécessaires pour substituer leur langage à celui des nations qu'ils réduisaient ou dévastaient. Mais là, conmie dans tout le reste, ils pouvaient opérer des ruines. La vie ne circulant plus de la métropole aux membres éloignés de ce grand porps, Rome elle-même étant envahie, pillée, incendiée, la langue latine allait chaque jour s^altérant, tant par l'impossibilité de. donner une culture intellectuelle à des générations si cruellement éprouvées, que par le mélange d'éléments étrangers dus au commerce avec les vainqueurs.

C'est un spectacle affligeant, mais bien curieux, que cette dégradation* successive d'un idiome consacré par une si longue durée et par tant de chefs-d'œuvre. La lettre, il est vrai, persistait avec la nomenclature; mais l'esprit périssait rapidement avec la grammaire; ces grandes et belles lois, qui avaient attribué aux désinences l'expression des rapports entre les mots, devenaient de plus en plus ignorées. On violait à chaque instant les règles dd la déclinaison et de la conjugaison ; les prépositions n'étaient plus suivies de leurs cas légitimes; peu à peu les circonlocutions s'introduisaient pour suppléer aux flexions des noms et des adjectifs, ou pour réduire le nombre des temps des verbes. Des exemples nonibreux et intéressants de cette dissolution * de la langue latine, du v* au ix* siècle, se trouvent dans Muratori et dans le premier volume du recueil des' Poésies des troubadours^ publié par Ilaynouard. Il n'entre pas dans mon sujet d'insister sur ce point : il me suffira de dire qu'une pceuve de l'antiquité et de la valeur historique d'une charte est précisément le vice de là latinité.

Enfin un temps arriva où Tordre devait renaître de cette confusion ; chaque langue nouvelle, formée des mêmes éléments, combinés un peu diversement, et d'un alliage propre à chacune, sortit définitivement de ce chaos avec son individualité. Deux caractères frappants rattachent ensemble les langues néo-latines : elles ont conservé la nomenclature du latin et abandonné sa syntaxe.

Nul doute qu'à cette époque le latin eût entièrement péri s'il n'eût trouvé une haute protection. Mais, au milieu de ce bouleversement général, une seule chose restait debout, et devait servir de lien entre le régime ancien et le régime nouveau : c'est l'Eglise. L'Eglise fut comme l'arche . sainte, qui, sauvée de ce nouveau déluge, conserva à la société moderne le dépôt des lumières de l'antiquité. Cette langue, dont l'existence était de plus en plus menacée, elle l'adopta pour son culte, comme elle avait choisi Rome pour le siège de son empire universel. Grice à ce {fldssant patronage, la vieille langue du Latium vécut à côté de ses filles, familière

i. Elle est attestée et déplorée par Grégoire de Toun.

comme l'idiome national à toute la partie instruite de la population, et servant généralement à la rédaction des contrats civils.

Quand les langues nouvelles furent constituées, et que les sociétés, trouvant enfin un peu de calme, purent céder à cet instinct qui, dès Taurore des civilisations, porte l'homme vers la poésie, il se passa un phénomène analogue à celui que nous venons de constater. On n*avait pas créé la langue; on ne créa pas davantage la versification. Pour la première, on avait emprunté au latin la nomenclature^ et non la syntaxe; pour la seconde, on prit Yaccent^ et non la quantité.

n va sans dire qu'on ne fut pas conduit là par une sorte d'éclectisme savant, bien peu supposable dans ce temps d'ignorance. Alors la quantité latine avait cessé depuis longtemps d'être sensible aux oreilles du vulgaire; les hommes instruits même, qui prétendaient composer des vers sur le modèle des anciens, ne la respectaient pas toujours. On voit de nom* b'reuses fautes de quantité dans les épitaphes des siècles de décadence, recueillies dans V Anthologie. Dans une pièce intitulée Régula fidei^ un contemporain de Gharlemagne, un ami d'Alcuin, saint Paulin d'Aquilée, se permet des hexamètres dans le genre des suivants :

Naturami nullo patior dividere pacte.

In TVtnitote manet sed subsistentia triplez.

Carpere mille monet ruminanti fauce bidentes. Frigore quœ nunquam, radio nec solis arescunt, Quod nunquam foliis viduatum turpe vUescit, Sumere, quo nunquam spumanti fauce balantes, Ultricibus fomis flammis infertur obustus.

Corruit, œtema damnatus nocte tabescit.

Blasphemus ignivoma Cocyii gemet ustus ab unda Auferre o&ltvto, pactoque abolerierullo.

Infuse stUo^ post me monumenta relinquo.

Pectore de puro caritatis victus amore.

In jubUOf vultuque alacri, sub mente jocunda.

Le docte patriarche n*ignorait pas que ces vers étaient défectueux. 11 avoue qu'on pourra lui reprocher d'avoir confondu les brèves et les longues, etc., et il prévoit l'indignation de la déesse de la poésie ^ Cette violation volontaire des règles prouve que la généralité des lecteurs en faisait alors bon marché K

Le monument qui atteste de la manière la plus évidente l'oubli, devenu

1. « Te Tero, mi 6 caritiime frater, obsecro^ devotionis affectu, quicumque hos dignatus fàeiit Tersiculot leotitare ; qoum aot per iDCuriam breTem pro longa, aut longam pro brevi... ta^ si qvli hiyuscemodi reperiri potest^ia bis inspexeris exaratum, et videris ob id forte mèretricoUv isdignari Carmeutem, manumque ad ferulam mittere, qoq te ejosmodi formido pertarbet^ etc. »

S. Grégoire de Tours regardait comme inutile de s'occuper d*uD genre de littérature qu'on nt unrait plus ni traiter ni juger : a Nec in eo immorari quod paucis intelligentibus mensuram t|lUbânim lenrando canat. )>

universel, de la quantité latine, c'est l'ouvrage * de Gommodién, auteur qui vivait sous Constantin. Jl est composé en vers hexamètres dépourvus de quantité, du genre de ceux-ci : • t

Dicitis esse deos qui sunt manifeste cnienti,

Et dicitis fata genèses adscribere vobis.

Dicite nunc ergo quibus primum sacra ferantur.

Si tribuunt fata genèses, car Deum Gratis 1

Deciperis, vane, qui mânes quœris orare, ' '

Et, qui fabricantur, dominos tibi nuncupas esse.

Ce sont là des hexamètres rhythrâigues, c'est-à-dire qui n'ont retenu de l'ancien mètre que le rhythme ou l'acceituation. Des cinq accents du vers héroïque, les plus frappants sont les deux derniers, ceux qui commencent invariablement le cinquième et le sixième pied. Commodien les respecte, aussi bien que Virgile, et mieux qu'Horace ne le fait dans ses Satires et sesEpîtres. Voici comment se terminent les huit vers, en acrostiche, consacrés à la critique d'Eercuie {Hercules) : Montis elisit^ armenta furari^ quoque pro laude, absênli Tonanti, Deo orando, sibi fecerunt^ more colatury foftis in armis. Deux terminaisons sont régulières. Notons que, d'après cette poétique, l'élision ne se pratique pas : Deum oratiSy Deo orando.

A l'origine de la poésie moderne, l'Eglise avait depuis longtemps ses hymnes. Elle les avait calquées sur le modèle des vers lyriques ; c'était là une nécessité : le grand vers n'a rien de musical. Elle avait pris les mètres que les Latins employaient pour le chant, comme nous le montre le Carmen sœculare d'Horace.

Le mètre le plus fréquent dans les hymnes chrétiennes est^Hambique dimètrCf qu'Horace a employé, mais non pas seul :

Ut prisca.gens mortalium.

Quatre de ces vers forment une strophe, qui n'a pas été connue des poètes classiques. Ainsi dans Prudence : ' ,

Aies diei nuntius Lucem propinquam prœcinit ; Nos, excitator mentium, Jam Christus ad vitkm vocat.

Pendant un certain temps, la versification dos chants chrétiens présenta toute la sévérité de la poésie anciennfî; mais l'altération devait atteindre le genre lyrique comme les iautres, et plus encore que les autres, parce qu'il était plus populaire. Ce n'est pas à dire qu'à dater d.'une certaine époque on ne trouve plus d'hymnes d'une facture fégiilière. Grâce à quelques esprits d'élite, la saine tradition de la po^e classique a pu se conserver au milieu de ces temps d'ignorance; maisles friiîts

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