Instructionèt adversus Gentium deos
ezqnis d'une érudition solitaire n'étaient pas plus goûtés que ceux d'une muse barbare : la quantité était un ornement de luxe ; raccentuation aurait suffi.
Le relâchement des règles se manifeste d'abord dans quelques pièces, d'ailleurs irréprochables, où Ton trouve quelques mots introduits sous l'autorité du*nouveau système, c'est-à-dire quelques brèves accentuées équivalant à des longues. Ainsi, dans l'hymne célèbre de la Passion ' : Vexilla régis prodeunt^ on lit les deux vers suivants :
Suspensus est patihulo..,.
Sœdi pependit pretium,
La régularité de la versification de saint Ambroise ne permet pas de lai imputer une hymne insérée dans ses œuvres, et qui contient d'assez nombreux exemples de brèves allongées par la force de Taccent, puis encore d'autres fautes :
Sit nobis in te requies, Nec hostis nos subripiat.
Gubema tuos famulos.
Cor ad te semper vigilet.
Qui es'defensor animae.
Nos tibi reos statuât s.
On lit plus certainement dans Ennodius, poète du vi" siècle, de rares exemples de cette licence; il ne l'applique guère qu'aux noms propres :
In tempore tristitiœ, Quid Stephano potentius ?
Cœlo ferunt Ambrosium,
Vîrgilius Maro, ce curieux grammairien publié par Angelo Maï, assistait à cette transformation de la poésie : le savant éditeur le place dans le VI* siècle. A l'appui de ses théories poétiques, souvent monstrueuses, il cite une foule d'auteurs dont le nom est déguisé, comme le sien. Parmi les vers de huit syllabes qu'il rapporte, on trouve les suivants :
Phœbus surgit, cœlum scandit, Polo claret, cunctis paret 3.
i. Attribuée à saint Ambroise, à Fortunat, à Théodulfe. Les auteurs de V Histoire littéraire (t. IVy p. 474) regardent comme certain que Fortunat en est l'auteur.
2. Saint Ambroise a-t-il fait des hymnes rhythmiques ? J'en doute, en dépit du témoignage de Béda : « Ad instar iambici metri pulcherrime factus est hymnus ille prsclarus... et alii Ambrosiani non pauci. » (Bed, ap. Putsch., p. 2380.) Je :;>uis confirmé dans cette opinion par eelle du judicieux auteur des Traités de poésie latine, française j etc., de Port-Royal : « La plupart des hymnes de l'Eglise sont dans cette sorte de vers. Mais, lorsque la quantité n'est pas gardée, comme dans celle de l'Ascension, qui est si belle poui le sens : Jesu, nostrn redemptiOy Amor et desiderium, etc., c'est une marque indubitable qu'elles sont faussement attribuéee à saint Ambroise, qui faisoit fort bien de ces vers, etc. »
3. Auctorum classicorum ftrtgmenta, t. VI, p. 109. Cette terminaison par un spondée ou trochée eKt plus rare : on en Toit postérieurement un exemple dans la prose Dies irœ, diuiUa.
Et plus loin :
Festa deum solennia Publica per canam compila, Quorum fistulœ modulo Poli persultant sidéra ^
Au commencement du vu* siècle, Tiambique de saint Grégoire est encore assez régulier. On y trouve néanmoins l'omission de quelques élisions et rallongement de hrèveâ accentuées :
Prim o dierum omnium
IJnxit bcatos Domini
quam stupenda pistas !
L'altération n'est pas encore radicale. Le système ancien aura disparu lorsque l'élision sera généralement négligée, et surtout lorsque, dans le vers iambique, le trochée remplacera Viambe^ comme nous le voyons dans nn exemple précité :
Festa deum solennia.
On trouvera ces caractères dans les vers suivants, composés par Hartmann, abbé de Saint-nall, qui vivait au ix* siècle :
Vultu declini pariter Glausa tenemus stomata ; Stamus intentis auribus, Ut decct ante Dominum.
Nos vos ludentes pueros Semper j uvale precibus, Vobiscum uti jugiter Possimus lœti psallere '.
Ou voit les mêmes fautes, ou, si l'on veut, la même transformation dans une hymne du jour de Pâques, qui fait partie d'un Pialterium du X* siècle • :
Aurora lucis rutilât, Gœlum laudibus intonat, Mundus exultans jubilai, Gemens infernus ululai.
Ghristus exivii*....
Mortis confractis viribus ; Pede conculcans iariara, Solvii a pœna miseros.
1 . L'anteur dit qtie ces vc rs, faits pour le chaDt, ne respectent pas les règles : Quod ma^ pro cantuum moduUitu quam rationis retpectu consuetum est»