‹ Melanges de philologieChapitre 55 sur 143 · Ap. Canis., t. II, part. Il, p · texte numérisé non relu

Ap. Canis., t. II, part. Il, p

5. Le saphique est, après riambiqjiie dimètre, le vers qu'on trouve le plus fréquemment dans les hymnes. Presque tous les hymnographes en ont fait usage ^ Je le trouve deux fois dans Prudence, la première dans une hymne Post Jejunium :

Christe, servorum regimen tuorum, Mollibus qui nos moderans habenis, Leniter frenas, facilique septos Lege coerces.

Je me contente de mentionner Paulin de Noie, Ennodius, saint Grégoire, Eugenius, Alcuin, Théodulfe, Jonas, évêque d'Orléans, pour transcrire une strophe bien connue de l'hymne à saint Jean, par Paul Diacre :

Ut queant Iaxis resonare fibris Mira gestorum famuli tuorum, Solve polluti labii reatum, Sancte Jobannes.

Une hymne de Walfrid Strabon, sur la Nativité, commence ainsi :

Gloriam nato cecinere Cbristo.

Angeli famam retulere, clara Voce pastores nova concrepabant Gaudia mundo'.

Une autre h3rmne, en l'honneur de sainte Geneviève, se trouve dans un manuscrit du ix* siècle. En voici le début :

En dies splendet veneranda nobis, Qua poli celsam penetravit arcem, Munda delictis, Genovefa virgo, Corpore spreto.

Une hymne différente de celle-là faisait partie de l'office de sainte Geneviève. Elle est également en vers saphiques, et conunence ainsi :

Gœlitum consors patrisequo vindex, Prosperum Francis jubar, o tuorum Vota supremi, Genovefa, perfer Régis ad aurem.

Jusqu'ici nous avons vu le saphique conserver la régularité antique; mais ce mètre, comme les autres, en vint à pordre la quantité, et il ne lui resta que ses onze syllabes, parmi lesquelles plusieurs étaient nécessairement et symétriquement accentuées.

Une hymne en saphiques rhythraiques est insérée, témérairement, je

i. Cependant il ne parait pas que saint Âmbroise Tait employé. 2. Ap. Canis,, t. II, part. 11, p. 223.

pense, dans les œuvres de saint Ambroise. I3Ie n'en est pas moins précieuse pour notre objet.'En voici le début :

Christe, cunctonim dominator aime, Patris œteml genitus ab ore, Supplicnm vota panier ac hymnnm, Cerne benignus.

Cerne quod poro, Deus, in honore, Plebs tua supplex resonet in aola, Annno ciyus redeunt colenda Tempore festa^

En voici une autre, du même genre, insérée sans nom d'auteur dans le recueil de Cassander * :

Pater sancte, miiis atque pie, Jesu Christe, fili venerande, Paracleieque Spiritus, et aime Deus œteme,

Trinitas sancia unitasque firma, Deltas yera, bonitas immensa.

Lux angelorum, salus orphanorom, Spesque cunctorum :

Senriunt tibi cuncta quœ creasti, Te tuœ cunctœ laudant créature ; Nos quoque tibi psallimus deyoti :

Tu nos exaudi.

M. Edélestand du Méril, cet infatigable érudit, qui ne cesse de reproduire ou d'exhumer des textes rares ou inconnus, me fournira deux strophes analogues, d'une hymne de saint Isidore, en l'honneur de sainte Agathe :

Judex iniquus ipse Quintianus, Virginem sanctam Agatham quum ndit, Decem malignis feminis obscenis Tradi prœcepit....

Additur poena crudelis et sœva :

Virginis sacrœ torquetur mamilla, Diuque torta abscindi prœcepit Uberasacra^.

i. Cf. Canis.f t. II, part. II, p. 227.

2. P. 84. On peut lire dans le même recueil (p. 140} une autre pièce commençant par et Ten : dures ad nostras Deitatis preces,

3. Poésies populaires latines antérieures au xii« siècl-, p. 119, note.

On a vu que le vers iambique, qaand il se termine par un dactyle :

Beatus ille qui procul negotiis,

n*est autre chose qu'un hendécasyliabe sdrucciolo^ et que ce vers existe encore en italien ^ Nous trouvons de même des saphiques terminés par un dactyle, c'est-à-dire ayant dauie syllabes, dont les deux dernières sont muettes :

Gloriam Dco in cïcelsis hodie Cœlestis primum cecinit exercitus ; Fax angelorum et in terra vocibus Vera descendit 3.

Un chant alphabétique sur la destruction d*Aquilée, ayant la même mesure, fait partie d'un manuscrit du x* siècle ^ :

Âd flendos tuos, Aquileia, cineres Non mihi ullœ sufficiunt lacrimœ ; Desunt serai ones, dolor sensum abstuiit Cordis amarl.

Nous citerons encore un autre rhythme, également alphabétique^ dont on ne connaissait que quelques strophes, et que M. Edélestand du Méril a publié en entier *. En voici les quatre premiers vers :

Âd cœli Clara non sum dignus sidéra Levare raeos infelices oculos, Gravi depressus peccatorum pondère.

Parce, RedemptorI

Je voudrais pouvoir ajouter à ces monuments de la poésie religieuse quelques restes de la poésie profane. Bien des témoignages nous apprennent que les grands événements avaient inspiré à ces siècles grossiers des chants populaires; la chanson même, plus ou moins légère, n'avait point cessé d'être cultivée. Mais tout cela a péri, et nous ne savons pas même en quelle langue ces pièces de genres différents étaient composées. Quoi qu'il en soit, j'ai la conviction qu'elles ne pouvaient être qu'en rhythmes de 10 ou de 8 syllabes. Comment supposer qu'une époque aussi barbare ait trouvé un système de versiflcation différent de celui qu'on avait connu jusqu'alors, que l'Eglise enseignait, pour ne pas dire imposait, et qu'on voit reparaître à la première lueur de nos littératures nationales? Non, il n'y a pas eu

1. Pori-Royal constate que les vers sdruccioles ou glissans ou coulons se trouyent égalemeoi dans Tespagnol : SU vont mib, unn aficion rarissima,

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