‹ Melanges de philologieChapitre 56 sur 143 · Cassaader, p. 101. Attribué à Paulin d*Aquilée · texte numérisé non relu

Cassaader, p. 101. Attribué à Paulin d*Aquilée

3. Publié pour la première fois en entier par M. Eadlicher, dans sa Notice des manuscrits de la bibliothèque de Vienne, et reproduit par M. du Méril, t. I, p. 234. On a attribué ce rhytbme à saint Paulin.

4. T. Il, p. 297. S*il est douteux que cette pièc*» soit de saint Hilaire, on peut du moins affirmer qu'elle est antérieure à Charlemagne.

solution de continuité entre les Latins et les modernes. La Chanson de Bolandj quoique postérieure de plusieurs siècles à ce temps de complet silence, conserve encore certaines formes latines qui rendent plus sensible encore l'identité du décasyllabe avec Thendécasyliabe rhythmiqae. Ainsi, je puis mouler sur le vers suivant :

Pris et liez serez par poested '.

une ligne latine ayant le même nombre de syllabes et d'accents, un hendécasyllabe sans quantité :

Captas eris, ligatus potestate.

J*ai précédemment assez fait de ces réductions d'une langue à l'autre pour être autorisé à n'y plus revenir.

De cette discussion il doit ressortir, ce me semble, qu^il n'y a pas une différence radicale entre les systèmes de versification ancien et moderne, mais que nos poésies n'ont fait que continuer le procédé latin, en le prenant à répoque d'une sensible altération. L'hendécasyilabe nous est arrivé sans interruption depuis Catulle et Horace, en perdant en chemin un de ses éléments, la quatUité^ qui avait péri quand la poésie a commencé de revivre chez les nations néo-latines. Le décasyllabe, il faut bien le remarquer, est le vers par excellence des peuples modernes. Si le vers alexandrin a chez nous pris le pas sur son aîné, il ne faut pas que cela nous fasse illusion. L'italien ^, l'espagnol, ont conservé l'hendécasyilabe ^ pour les genres nobles, et même chez nous il y a peu de temps que cette mesure a été détrônée. Sans parler des chansons de gestes, imposante autorité pour les poëtes de la Renaissance, Marot employait le vers de dix syllabes pour traduire Virgile, comme aussi Amyot pour traduire des passages d'Homère, et Ronsard pour écrire un poème épique. Toutefois, le même Ronsard et les poëtes de la Pléiade cultivèrent beaucoup le grand vers, dont Malherbe et Corneille firent définitivement la fortune. C'est par exception qu'on voit encore au xvii* siècle le décasyllabe se prévaloir de son ancienne noblesse. En 1610, un poète employait ce mètre pour traduire divers fragments de Virgile. Voici comment il reproduisait un passage célèbre do IV» livre de VÉnéide (vs. 252) :

U avoit dit, et le dieu messager Soudainement fut prompt à desloger.

11 noue aux pieds ses riches talonnières, Qui, par le vent de leurs plumes légères, Le vont portant, d'un pas viste et léger, Tantost sur terre et tantost sur la mer.

i. Vous serei pria de force et garrotté. (Chanson de Hoiand, ch. iV, t. 434^ éd. de II. GéniD.) S. c Poeeit iulica e rhythmica poeti luiU. » (Muratori, Antiq, liai, III, 70â.) 3. De même l'allemaad et PaDglait^ mais qui l'ont fait par imitatioii.

Il prend sa verge, et celte verge est celle Dont ici haut les ombres il appelle Des tristes lieux, ou bien les y convoyé.

Avecqucs elle en nos yeux il envoyé Ores le somme, et ores le réveil, Ores les clost d'un éternel sommeil.

Par elle encore il chasse les orages, Et à son gré traverse les nuages *.

Voilà, poar le dire en passant, comment on écrivait après Malherbe et vingt ans avant Corneille !

Quelques personnes pourront s*étonner que, traitant des origines de notre poésie, je ne dise rien de la rime. Mais la rime offre un problème spécial, aussi épineux qu'intéressant, dont je n'avais pas à m'occuper. Le caractère essentiel de la poésie moderne n'est pas là, et c'est précisément puce qu'on lui attribue généralement trop de valeur, que j'ai tenu à la remettre en sous-ordre. Elle est tellement subordonnée à l'élément dont j'ai signalé rimportance, qu'elle en a tiré son nom, et la rime n'est autre chose que le rhytkme avec un solécisme. De même le mode et la mode forment dans notre langue un ménage on ne peut mieux assorti.

Je termine par un rapprochement qui frappe singulièrement mon esprit. Depuis qu^que temps, on s'évertue à retrouver un ancien idiome latin, qui aurait été antérieur à l'époque littéraire, et sur lequel la langue de Gicéron et de Virgile n'aurait obtenu qu'un triomphe passager. Je ne vois pas que ces efforts aient abouti à autre chose qu'à faire exhumer quelques mots populaires, qui, bien entendu, ne trouvaient pas leur place dans le style élevé. Effectivement, la langue latine, telle que nous la connaissons par les monuments qui en restent, n'est-elle pas sortie, de temps immémorial, comme des entrailles de la nation? N'y voit-on pas le développement individuel et original des mêmes éléments que l'Orient avait répandus dans la Grèce? Il n'en est [pas de même de la poésie : nous savons exactement à quelle époque le système grec a été, grâce à Ennius, importé dans le Latium; nous savons que ce système a été substitué à un autre, qui remontait aux temps mythologiques. Or, la chose est notoire, l'ancien procédé était fondé sur l'accentuation ; et, par une sorte de compromis, les mètres grecs, pour avoir droit de bourgeoisie, ont dû se soumettre à certaines exigences de l'oreille, à certaines nécessités rhythmiques que les Grecs n'avaient pas connues. Cette poésie nouvelle, comme greffée sur un sauvageon, porta d'admirables fruits. Toutefois, il est à croire que le peuple goûta toujours l'âpre saveur des produits de Fescennie. Quand le brillant rejeton fut tombé sous les coups des barbares, le vieux tronc reprit sa v^étation native. Le système des syllabes comptées et accentuées

i. Le$ Images des dieux, traduites de l'it&lien par Du Verdier, p. 415»

prévalut désormais sans partage. Ainsi, après une évolution savante, le vers italien est revenu à son principe; il ne s*est pas fait, comme le nôtre, une nécessité de la rime, en sorte que le rapport est complet entre les débuts de la muse italique et les chefs-d'œuvre de la poésie moderne. Je ne prétends pas que le vers satumim n'était autre chose que l'hendécasyllabe : je laisse à cette question toute son importance et sa difficulté; je constate seulement que le système primitif et le système moderne reposent sur la même règle fondamentale, ^à savoir un nombre fixe de syU labes et d'accents. N'est-il pas bien curieux que le Dante, l'Arioste, le Tasse aient écrit, à leur insu :

Versibu' quos olim Faunî vatesque canebant ?

{Revue de l'Instruction publique^ 13 décembre 1855.)

P. S. MM. Henri Weil et Louis Benlœw ont publié, en 1855, un volume ayant pour titre : Théorie de V accentuation latine, qui jouit juBtement d'une grande estime. Ils ont traité en quelques pages de Y Origine du vers de dix syllabes (p. 267 et suiv.). Leur solution diffère beaucoup de la mienne. Je vais mettre le lecteur en état de la juger.

« Nous dirons, au chapitre suivant, ce que les mots latins devinrent dans les langues romanes sous l'influence de Taccent tonique ; termmons celuici en montrant comment un mètre antique se transforma sous la même influence dans ce passage des temps anciens aux temps modernes. Le trimètre^ ou vers iambique de six pieds, donna naissance à l'un des vers les plus usuels chez presque tous les peuples de l'Europe ; mais le modèle latin a subi une métamorphose si complète, les copies modernes y ressemblent si peu, qu'il est nécessaire de démontrer la filiation à l'aide de la forme intermédiaire que le vers antique prit dans les rhythmes latins des premiers siècles du moyen âge. On le reconnaît encore dans cette complainte, qu'un moine de Bobbio fit sur la mort de Gharlemagne :

A solis ortu usquc ad occidua

Litlora maris planctus pulset pectora. »

Suivant les auteurs, voici le modèle ancien, avant sa déformation :

Phaselus ille quem videtis bospiles, Ait fuisse navium celerrimus.

A la fin du chapitre, les honorables professeurs, qui avaient lu dans la Revue de rinstruction publique mes deux * articles sur l'origine du vers décasyllabe, exprimèrent ainsi leur opinion sur mon travail : a Nous sommes charmés de nous rencontrer sur quelques points avec le savant auteur du Thésaurus poeticuSj que nous avons souvent consulté pour cet

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