En commençant par Thesaure, le yers est rétabli
Ailleurs, p. 48, c'est le second hémistiche qui cloche : « Querolus iste noster, sicut nostis, omnibus est molestus. j» Ce vers, mal rétabli à la page qui est en regard du texte, ne demande qu'un très-petit changement. Voici le second hémistiche : « Omnibus molestus est. n
Ailleurs nous trouvons des mots surabondants. A la page 453 : « Plus est hoc quam hominem perdidisse : damnum vere plangitur. w
Ce vers, donné par Klinkhamer, a un demi-pied de trop. Effacer Aoc, ou mettre Plu'st hoc.
A la p. iS6 : a Perlege, quœso, iterum titulum funeris, atque omnem scripturœ fidem. » Titulus signifie souvent épitaphe. Un glossateur n'aura pas trouvé la chose assez claire : il aura ajouté funeris, l'épitaphe du mort. Ce mot retranché, le vers est rétabli :
Iterum, quœso, pcrlcge titulum atquc omnem scripturœ fidem.
Il devient excellent pour le style comme pour le mètre.
A là p. 29, une semblable faute produit un vers démesurément long. Le texte porte : a ïibine rationem rerum humanarum licitum est nosse atque exponere?» Klinkhamer a reconnu que l'adjectif humanarum était une glose (qui même affaiblit l'idée), et il a édité :
Tibi rationem rerum nosse licitum est atque exponere ?
Dans cette restitution une chose est choquante, c'est que, suivant l'éditeur, rationem ne doit avoir que trois syllabes. Eu transposant un mot, on laisse au mot sa quantité :
Tibi rerum rationem nosse licitum est, etc.
Il y a peut-être dans le Querolus quelques fautes de quantité, mais je les crois très-rares. Quelque part Klinkhamer fait une seule longue des deux syllabes quia. Cela me paraît inadmissible.
A la p. 27, j'ai frémi d'horreur en voyant l'éditeur figurer une énorme brève sur la première syllabe du mot seminudus dans ce vers :
Quod seminudus es, rccognosco; unde albatus, nescio.
Supprimez quod, le vers est sur ses pieds, et la phrase y gagne. Même ellipse dans ce vers de Plante [Pseud., III, 2, 69) :
Si iste ibit, ito; stahit, âdstato simul.
Klinkhamer a fait connaître les habitudes de cette versification peu correcte : elle conserve la licence des anciens Comiques, particulièrement les synérèses des adjectifs pronominaux meum, tnam, suas, cujus; elle abrège la finale dans beaucoup d'impératifs, abi, mane; elle fait d'une seule syllabe les mots domi, senex, deos, dans le corps du vers; elle abrège, dit-on, la première dans ille^ ipse, iste^ et aux avittea c^\ xùalve» \^ ^x^însn
plutôt que ces mots, dans la bouche du peuple, ne faisaient qu'une seule syllabe. Joignez à cela une faute que la barbarie commençait à introduire dans les vers, l'omission de Télision. Je citerai encore un vers qui se trouve être un grand iambique; mais je n'attache ici d'importance qu'à la fin, où versum^ devant une voyelle, compte pour deux syllabes (p. 153).
L Quid (le thesauro agitis polentcs? Aurum in cincrem versum est.
J'ai dit que, si des savants ont prétendu que le Querolui était en prose, le plus grand nombre y reconnaît des vers. Yossius, qui l'appelle un poema prosaicum, dit pourtant fabulam scriptam sertnonepoetieo. D'autres y voient un mélange de prose et de vers. C'est aussi l'opinion de Saomaise, qui faisait beaucoup de cas de cette pièce : il l'a souvent citée. Barth dit qu'eUe est en prose et en vers, et qu'elle vaudrait mieux si elle n'offrait pas ces continuels fragments de trochaïques : a Fabulam non invenustam; modo auctor trochœis illis, omnes fere périodes contaminantibas, «beti* nuisset, et puros eos dedisset, vel comicos saltem iambos, poterat oj^mis, inter non plane bonos scriptoribns accenseri. »
Il n'est pas impossible de faire réformer ce jugement, si, en rétablissant la forme poétique le plus discrètement possible, on angmente le charme que Barth reconnaît à l'ouvrage. J'avoue que j'y trouve un esprit et une élégance de style bien remarquables pour cette époque.
H serait donc désirable que l'on révisât le travail de Klinkhamer, afin d'obtenir un résultat à peu près satisfaisant. J'espère qu'un littérateur trouvera que la pièce n'est pas indigne des efforts que réclame l'améliomtion du texte.
Uitschl, qui cite le Querolus dans ses Parerga (vol. 1, p. 31), ne Taltribue pas à Piaute.
INTERPRÉTATION D'uN PASSAGE D'HORACE.
{Sat. I, iv,H.)
M. Theil, professeur au lycée Saint-Louis, a fait insérer dans le Journal général de l'Instruction publique^ n° du 31 août dernier, une lettre dans laquelle il discute un passage d'Horace, et combat Texplication que j'ai donnée dans mon édition*. Si c'était une phrase d'un auteur peu connu et peu lu qui fût en cause, je n'aurais pas relevé le gant, et j'aurais laissé à M. Theil la petite satisfaction de croire son argumentation sans réplique. Mais comme il s'agit d'Horace, et par conséquent d'un vers que les professeurs sont tous les jours dans le cas d'expliquer à leurs élèves, je crois devoir confirmer mon opinion auprès de ceux qui l'auraient admise^ et concourir, suivant mes forces, à fixer le sens d'un passage fort controversé.
MM. Garsonnet, Pierron et moi, n'avons pas à nous louer beaucoup de la courtoisie de notre contradicteur. Suivant lui, si nous avons adopté une autre interprétation que la sienne, « c'est très- certainement sur la foi de Lambin, et sans y regarder. » Pour moi, je lui rendrai plus de justice : je trouve qu'il a beaucoup travaillé cette dissertation; ce n'est pas sa faute s'il n'a pas réussi à convaincre tous ses lecteurs.
Le passage en question se trouve dans la iv* Satire du P' livre, vs. 11. Horace dit, en parlant du poëte Lucilius :
Quum flueret lutulcntus, crat quod tollere velles.
Ce mot tollere peut avoir deux sens tout opposés. Nous l'interprétons par a prendre, recueillir; m M. Theil aime mieux entendre « retrancher, élaguer, supprimer. » Lambin, et beaucoup d'autres éditeurs, sont du premiers avis ; les autorités en faveur du second sens sont peut-être plus nombreuses, et M. Theil, en donnant «on s^ftmmf sur la question, aurait
1. Horatii Flacci opéra, recensuit L. Ou'cherat, ad uôutu scVvoWwm.. — Vwrvsîà^^Vi'^»
pu dire que c'est aussi celui de Turnèbe * et de Forcellini. Il a cité en sa faveur Topinion d'Orelli, et je ne me dissimule pas que ce nom peut avoir quelque poids dans la discussion.
Je me propose d'établir l'emploi de tollere dans le sens particulier qui est nécessaire à mon explication, ensuite d'interroger les Latins sur l'interprétation du passage en litige, enfm de tirer de la suite des idées le sens que le pofite a dû attacher à un mot bien vague par lui-même.
1® Tollere signifie-t-il « ramasser, recueillir, prendre, emporter,» enfin le contraire de « laisser là, négliger, abandonner, répudier? » Les nombreux exemples fournis par les Latins ne permettent pas d'en douter. J'indiquerai d'abord l'expression si fréquente tollere puerum, qui primitivement ne signiGait pas autre chose que ramasser un enfant (le contraire de projicere), et par suite, V élever. Il suffira de rappeler deux ou trois passages.
Plante (Cistel., II, m, 74) :
Eam postquam pepcril, jussit parvam projici.
Ego eam projeci, alla mulier sustulit.
Le même {Amphxt.y I, m, 3) :
Quod erit natum, tollito.
Térence {Andr.^ I, m, 14) :
Quidquid peperisset, decreverunt tollere.
J'arrive à des exemples d'une analogie plus directe.
Cicéron (Ferr., II, m, 14) : « Ne quis frumentum de area tolleret antequam cum decumano pactus esset. » C'est-à-dire « prendre, emporter, enlever. »
Phèdre (II, i, 8) :
Et, quae 8ebctur pars tuœ modestia», Audacter toile.
Martial (VI, xxx, 1) :
Sex sestertia si statim dédisses, Quum dixti mibi : Sume, toile, dono.
Sume^ toile : le poëte ne fait-il pas ici, pour nous, l'office d'un commentateur?
Pétrone [Sat. lxxix) : <c Res tuas ocius toile. » Formule consacrée du divorce.
Juvénal(S(i^vi, 321):
Provocat, et tollit pendenlis prsemia coxap.