Voir aussi ces mots dans mon Addenda iexicis latinis
été constamment l'interprétation française. Or, si le génie français l'a maintenue à toutes les époques, c'est parce qu'elle était simple et naturelle. Nos philologues n'en savaient pas plus que les Allemands et les Anglais sur la légitimité des verbes lectare et scriptare. Mais ils affirmaient deux mots incertains, qui étaient peut-être barbares, pour ne pas imputer à Horace une construction tant soit peu barbare. Si, en effet, le pronom et le verbe placés à la suite, ego lecto^ ne sont pas en relation de dépendance et d'accord, le poète a, conmie de gaieté de cœur, tendu un piège à Tintelligence du lecteur.
J'ai trouvé récemment un nouvel auxiliaire. Il est du seizième siècle, et antérieur de cinquante ans à Théodore Marcile, ce Hollandais qui enseigna dans une chaire française que lecto et scripto étaient des ablatifs absolus, doctrine qui a fait fortune. Je veux parler de Michel de l'Hospital, nom glorieux à la France et à l'humanité. L'Hospital n'a pas commenté Horace, mais il l'a imité. On sait qu'au milieu de temps bien orageux, l'illustre chancelier cultivait avec un rare succès les muses latines. Il trouvait dans leur commerce une sérénité que les tempêtes publiques ne laissaient qu'à un petit nombre d'âmes honnêtes et énergiques. C'est pour de pareils hommes que Lucrèce a dit, dans sa langue magnifique :
Sed nil dulcius est, bene quam munita tenere Edita doctrina sapientum templa serena.
L'Hospital, voulant rendre compte de l'emploi de ses journées, retrouva deux fois dans sa mémoire le passage d'Horace. C'est qu'Horace était le modèle qu'il avait sans cesse sous les yeux.
La première réminiscence se trouve dans une Epître < à Guy du Faur (Ad Vidum Fabrum) :
Hic aliquid scribove legove, aut cogiio semper '.
Dans le second passage l'imitation est encore plus frappante. La pièce est adressée à Marguerite de France, duchesse de Savoie, fille de François P', princesse distinguée, que sa forte instruction permettait de louer dans la langue de Virgile :
Est bona librorum mihi copia, scribe legoque, Aut aliquid semper meditor^.
Michel de l'Hospital est un homme avec lequel on aime à se rencontrer.
{Revue de l'Instruction publique ^ 23 octobre 1862.)
i. Michaelis Hospitalii, Galliarum cancellarii, Epistolarum seu Sertnonum Hbri sex, Luteti», apud Mamertum Patissoniumj 1585. In-fol.
IL Un homme d'ane étonnante érudition, un amateur passionné d'Horace, que j'ai déjà cité et que je citerai encore, Rostain, ne laissait jamais passer un de mes articles sur quelque passage de ce poète sans m'écrire, de Lyon, une lettre instructive. Ici il m'apprit que L'Hospital n'était pas le seul qui, par une imitation, eût déposé en faveur de l'interprétation si simple que je soutenais. Regnier-Desmarais, dans un recueil de poésies latines, italiennes et espagnoles (1708, in-i2), a donné une pièce de vers intitulée : Iter Pictavicum. J'en extrais le passage qui m'intéresse :
Dum coquitur cœna, et lecius dum sternitur, omni Mundiiia curaque (mihi namque esse fatebor Hoc vitium), lecto et scripto; precibusque diurnis, Si quid adhuc superest, me absolvo ; nec bene cœna Gustata, servis nam iniactam sœpe relinquo, Me lecto compono.
P. S. Quand je méditais et quand je rédigeais l'article précédent, je croyais qu'il s'agissait d'un problème épineux, dont je cherchais, comme les autres, la solution. Je voyais deux routes, entre lesquelles des philologues également recommandables avaient choisi, et je pesais les raisons qui devaient me faire suivre Tune ou l'autre. Aujourd'hui il n'en est plus de même. Depuis une vingtaine d'années, mes réflexions se sont portées bien des fois sur les verbes fréquentatifs^ sujet traité parles grammairiens modernes d'une manière bien insufQsante. L'impression de mon Nonius Marcellus m'a révélé beaucoup de choses, et pour moi se résout aujourd'hui d'une manière rigoureuse une question qui semblait plus ou moins abandonnée au hasard. J'ai recueilli un très-grand nombre d'exemples que je transcrirai à la fin de cet article, quand je réduirai la question en un corps de doctrine.
J'ai dit qu'Orelli, s'inclinant devant la sentence prononcée par Bentley, n'a pas cru qu'il y eût rien à objecter. Je trouve aujourd'hui cette façon singulièrement dégagée : une édition qui vise à remplacer les précédentes doit aborder toutes les difficultés. Les paroles du célèbre éditeur de Zurich sont tellement tranchantes qu'il est à propos de les citer : « Mire hœc verba {lecto^ scripto] alii exposuerunt lectito et scriptitOj quum sint ablativi absoluti, ut sœpe apud Tacitum audito^ compertOj cet Vid. ad Sat. 1, 4, 94. » Ce renvoi (à un ablatif absolu, aparto quod avebas» ) est pertinent *.
1 . Je m'étais an peu trop pressé d'en attribuer le mérite à Orelli : il appartient au satani Torrentius, dont l'édition fut imprimée par Plantin, 1608, in-4*. Comme les très-nombreux articles de nos anciens trésors philologiques ne sont pas inTontoriés, chacun s'en adjuge sans Ikçon ce qui lui eouTient : on est tranquille , parce qu'on est à peu près sûr de n'être pas découvert.
Je suis bien aise de constater que rinterprétalion que j'ai défendue est en général celle des philologues français. J'excepte Sanadon, qui subissait l'influence de Bentley, avec qui il était lié. J'ai cité la protestation énergique de Louis Desprez, éditeur de l'Horace de l'édition ad usum Delphini : « Yaleat Theod. Marcilius, etc. » J'ai reproduit la glose de Lemaire, bon latiniste, nourri des études du siècle précédent, qui a sa échapper à l'interprétation anglo-allemande, recommandée par le suffrage de Dœring : « Aut lecto aut scriptOj formœ sunt frequentativœ verborum lego et scribo. »
C'est aussi le sentiment de nos traducteurs les plus connus. Je citerai d*abord Batteux : « Après quoi je me promène, je lis, j'écris, si cela me fait plaisir. Je me frotte d'huile, etc. » Binet est du commencement de ce siècle. Il traduit de même : o Alors je me promène, ou bien je lis et j'écris pour m'amuser. » Nous voyons la même chose dans la traduction trèsestimée de Gampenon et Després : « Ensuite je Aors, je lis ou j'écris. Je me fais frotter d'huile, o
Néanmoins, de notre temps, on abandonne volontiers les traces f^nçaises. Voyez oii cela nous conduit. Tandis que nos traductions aoté* rieures mettent tout simplement : n Je lis ouj'écriSy » un homme aussi instruit, aussi bon écrivain^ aussi judicieux que Patin, fait sa soumission, accepte les entraves, et expie tristement sa défection par la phrase enche^ vètrée que voici : « Ensuite je me promène, ou bien encore, après avoir occupé mon esprit de quelque lecture, m'être amusé à écrire, je me fais frotter d'huile. » Cette phrase fait ressortir le grand défaut de l'interw prétation bentléienne : elle met dans l'ombre de nobles occupations, comme la lecture et la composition, en sorte que l'idée porte principalement sur un détail mesquin de toilette I
J'ai dit que Dœring s'était résolument rangé à l'opinion de Bentley; mais cette autorité est au moins balancée par celle de Braunhard, qui reconnaît deux verbes à l'indicatif, en transcrivant Porphyrion. C'était là du courage, lorsque l'édition de Dœring, publiée six ans aupcuravant, avait jeté tant d'éclat.
Je vais insister sur la construction, qui, si les verbes n'étaient pas aussi bien autorisés, devrait sufRre pour trancher la question. Avec deux ablatifs absolus, soit qu'on rapporte ego aux verbes précédents jaceo, vagor^ ou au suivant, ungor, la chose est également contraire à la lucidité horatienne. Consultons les habitudes du poëte : nous voyons un passage analogue dans VArt poétique (vs. 42) :
Ordinis hœc virtus erit, et venus, aut ego fallor.
C'est ainsi qu'Horace procède presque toujours, rapprochant le plus poa^ sible le pronom du verbe :
Hœc ego ludo. {Sat I, 1 , vs. 37.) Sive ego prave, Seu recte, hœc volui. (Sat. H, 3, 87.)
Non ego paucis Offendar maculis. (A. P., 3o2.)
Si quis deus, en ego, dicat, Jam faciam quod vultis. (Sat. I, i, 15.) Semper ego optarim pauperrimus esse bonorum. (16., 79.)
Non ego avarum Quum veto te fieri, vappam jubeo aut nebulonem. (15., i03.)
His ego mecum Compressis agito labris. (J6., 137.) Ut sis tu similis Cœli Byrrhique latronum.
Non ego sim Gaprii, neque Sulci. (Sat, l, 4, 69.)
Ego si risi quod ineptus Pastillos Rufillus olet, Gargonius hircum. (J6., 91.)
Tout cela se comprend sans commentaire. La construction de Mardle et de Bentley fournira toujours contre eux un argument écrasant.
Conclusion doctrinale. — Je me suis séparé de plus en plus de l'opinion de Bentley, et aujourd'hui je lui reproche plus vivement que jamais d'avoir torturé une phrase bien simple d'Horace, faute d'écouter ceux qui loi disaient et avaient le droit de lui dire que des verbes qu'il refusait de reconnaître étaient bien latins. Porphyrion, Charîsius, Diomëde, Prîscien, Mar. Victorinus, sont d'autres autorités que Théodore Marcile, et il semble que l'illustre critique ait rejeté la vérité par la seule raison qu'elle était ù'op éclatante.
Si Bentley et beaucoup d'autres ont rejeté des verbes inattaquables, il faut s'en prendre aussi aux grammairiens modernes. Je n'ai vu dans aucune grammaire la question des verbes fréquentatifs traitée d'une manière sérieuse. Les anciens avaient cependant fourni la base de la théorie, et ils m'ont suggéré presque tout ce que je vais dire : j'ajouterai seulement quelques déductions.
Les Latins appelaient fréquentatifs ou itératifs des verbes en are qui indiquaient la répétition d'une action, la fréquence d'un fait. Ils se formaient du supin de verbes ordinairement de la troisième conjugaison ', et quelquefois d'autres conjugaisons. Ainsi aptare (de apio^ aptum), auetare de auclunij cantare de cantumj captare, cursare^ dictare^ ductare, factarej jactare, lactare (de lado) et pareillement ses composés delecto^ oblecto; mactare^ motare, nutare^ quassare, saltare (et ses composés assultare^ resultare)^ spectare^ tentare et ses composés, tractare et composés,
i. Priscien, p. 825 ; « A mersUf meno, a fcriptu, sciipto. o
ventare et composés, versare^ vexare^ sectari^ et beaucoup d'autres. Ces verbes remontent aux origines de la langue. Quelques-uns, tels que ductare^ facture, ventare^ ont été contestés à tort : ils sont maintenus dans Plante par les savants les plus considérés. Festus, ou plutôt Yerrius Flaccus, atteste l'existence de prœceptare^ qu'on lisait dans les chants Soliens. Le même auteur mentionne futare^ que Gaton avait employé dans le sens de « sœpius fuisse. » C'est le verbe /tio, dont nous avons fuat, foret ^fuvi^ qui conduit à futum^ inusité. La chose est simple jusqu'ici; mais uue difficulté se présente quand le verbe est actif : on ne s'explique pas le conmiencement de l'article. « Futare, augere {ou arguere) est. o Mais ce dernier sens convient aux composés con futare^ refutare. On trouvera des fréquentatifs un peu singuliers, provenant de la permutation fréquente de s et I, tensus et tentuSj extensus et extentus, tels que mantare ^ {maneOf mdim, mansum ou mantum)^ d'où le composé ommentans^ noté par Festus conmie étant de Livius Andronicus.
Il y a des dérivés de la seconde conjugaison, ce que nous avons déjà vu pour augere et manere. Ajoutons movere (motum), motare.
Les verbes de la quatrième conjugaison passent très-facilement à l'était de fréquentatifs : Dormitum, dormitare; hirrio ou irrio, irritum, irritare, et un autre plus rare, mais qui est dans Cicéron {Rose. Am. 48), munitare^ de munio. Le supin largitum donne également largitarû De la seconde : Tueor, tutum, tutari.
En général les nombreux fréquentatifs que j'ai cités n'ont pas laissé trace de leur apparition dans la langue. Je vais encore en transcrire un beilain nombre, qu'on trouve depuis les origines de la littérature jusqu'au siècle de César. Je ne prétends pas que ces verbes soient plus modernes, mais je trouve l'avantage de leur attacher une date.
Nous voyons dans Livius Andronicus : nexare ; dans Caton : flexare ; dans Plaute : apertare, depulsare, edictare, edissertare, extentore, inceptare, offensare^ obreptare, promptare. subversare, nixari ; dans Ennius : operlare; dans Pomponius (le Comique) : tortare; dans Lucrèce : auctare^ coactare^ cœptare, extentare, offensare, reventare, nixari; dans Lucilius : succussare; dans Salluste : defensare; dans Cicéron : desponsare^ devotare, inceptare.
Je recueillerai aussi les exemples d'auteurs qui vivaient sous Auguste et sous les premiers empereurs. Je citerai dans Virgile : convectare^ ejectare^ lapsare, mersare, motare, nexare^ pressare, raptare ; dans Ovide : defensare, ejectare; dans Tite-Live : coarctare; dans Stace : excursare; dans Martial, expulsare; dans Suétone : adaptare; dans Tacite : assuUare^ redemptare ; dans Hygin : sponsare ; dans Apulée : exaptare.
1. Maniât, mot de Csciliut, dans Nonius, p. 505. Cf. Quintil. I, 4, U : « Ntm mertare atque pultar* dieebant »
Les siècles de décadence ne répudient pas entièrement les anciens fréquentatifs ; ils fournissent même quelques échantillons nouveaux :
Sepultare, de Fortunat; votare^ de Jornandès, du Glossaire de Philoxène et de l'Onomasticon (nous avons vu que le composé devotare était connu).
Sous les Mérovingiens on trouve fossare [fodio^ fossum^ creuser) : ce mot étfiùt très-fréquent au moyen âge, surtout le nom fossatum, fossé. Si je parle d'époques si modernes, c'est pour confirmer une observation importante : les écrivains de la décadence ont souvent repris aux temps anciens des mots qui peut-être aussi s'étaient conservés dans la langue populaire. Ennius avait dit :
Decretum est fossari corpora teiis.
Il faut citer une exception à cette première règle de formation. Le verbe ago aurait dû faire aetare. Mais il avait tiré dès le principe son fréquentatif du présent de l'indicatif : de ago^ agito ; de même cogo avait donné cogito. Ainsi encore quœro^ quœrito^ nosco^ noscito. Il est remarquable que le mot actare^ dont nous n'avons aucun exemple, ait produit le fréquentatif très- régulier actitare (dans Cicéron, aclitare causas).
Des fréquentatifs du premier degré ont disparu; témoin faciare^ qui a laissé une nombreuse famille, calefactare, frigefactare^ labefactare^ maiefactare, olfactarey etc.
Passons à la seconde classe dos fréquentatifs j la plus nombreuse et la plus connue. Plusieurs grammairiens distinguent avec raison deux degrés de fréquentatifs <• Pour abréger, je diviserai les fréquentatifs en simples et en doubles.
Les fréquentatifs doubles se forment des simples en changeant o en ito : dicto^ dictito. Forcellini a tort de dériver souvent le fréquentatif double de son thème : factito de fado ^. Gomment tirer victitare de vivo ? Mais en calquant le second fréquentatif sur le premier, on trouve la figurative du supin introduite, et il n'y a pas de conversion à faire. Lecto (en passant par tectum)^ lectito; accepte (acceptum), acceptito; lusum, lusito; missum, mmtïo; pransum, pransito.
Sumptitare est une fois dans Pline. Ge verbe, très-régulièrement formé, a une physionomie un peu étrange.
Comment se fait-il qu'un certain nombre de verbes présentent deux degrés de fréquentatifs, quand l'idée à exprimer est la même ? Je vois & ce fait l'une des deux raisons suivantes :
i* Des fréquentatifs archaïques ont perdu dans l'usage l'idée de répéti-
1. 9 Hojut fonns (fréquenta tiv») Terba nonnunquam uno gradu, Donounquam duobus deri- Taotur, ut scribo, scripto, scriptito, » (Incerti Frag. de Verôo, AncUect. Gramm. Eichenfeld, p. 172. Voir aussi Pompée, p. 279; Macrobe, de Verbo.)
2. G*est pis encore lorsqu'il dérive facto de factito : c*est mettre la charrue devant les bœufs : « Dttcto per syncopen a ductito factum. »
tion. Alors on a touIu la rendre sensible par une réduplication dans la désinence.
Cantare est aussi fréquent que canere, et a le même sens. La nuance primitive s'était effacée. Cantitare indique une habitude. VicMare ne signifie pas plus que vivo^ quand il est question de la nourriture ; mais il n'a pas d'autre sens : voilà la différence.
Potare exprime la satisfaction fréquente d'un besoin : c'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue pour se rendre compte de ce verbe. Varron n'est pas très-exact lorsqu'il dit : o Ab eadem lingua (grœca) quod ic^ou, potio ; unde poculum, potatio^ Repotia. » Il est certain que la racine de ces mots est la même, mais ce n'est pas à ic6toc, Tcoaiç, qu'il faut se référer. Il y a dans tous les mots latins de cette famille une syllabe longue, qui présuppose un verbe dont potum est le supin ^ Le verbe tcou est inusité en grec comme en latin, mais la langue latine n'a pas échappé ici à l'influence de la langue grecque, qui donne Ttiittaxai^ Ttcofjia.
La valeur fréquentative est revenue avec potito^ qui signifie : n boire souvent, boire avec excès, )> et surtout u faire un usage inmiodéré du vin. »
2^ Certains fréquentatifs du premier degré ont pris un sens particulier : dès lors un verbe était devenu nécessaire qui exprimât la fréquence. Ainsi dictare ne signifiait plus « dire : » dictitare est venu signifier nettement « dire souvent. »
Quelquefois aussi cela peut être une simple raison de date : le premier fréquentatif n'existait pas, ou était tombé en désuétude ; on a créé le second avec la plus grande facilité. Hœrere était dans ce cas. Le supin hœsum est démontré par le participe hœsurus :
Titulique cupido Heesuri saxis cinerum custodibus. (Juveu. 10, 143.)
et par le substantif adhœsus. Lucrèce (III, 382) :
Nam neque pulveris inierdum sentimus adhaîsum.
D'où le besoin et l'origine de hœsito.
Pareillement actilo^ lusito, missito^ pransitOj n'avaient pas le fréquen-^ tatif du premier degré.
11 faut faire attention à un cas unique : visitare vient de visere^ fréquen-^ tatif simple qui est de la troisième conjugaison ; visere et visitare se déduisent de visum^ suivant la règle.
Les verbes qui possèdent les deux degrés de fréquentatifs ne sont pas très-nombreux : Aucto, auctito; curso, cursito; ducto, ductito ; facto, factito ; jacto^ jactito; lacto, lactito; lecto, lectito ^ ; merso, mersito;
i. <f Potus, priore porrecta, est a tcoco, quod antiquam, pro icCvco. n (Vossius, Stymo^O" gicon,) 2. Ces deux mots se trouvent dans le scholiaste de Gruquius, le second expliquaot le premier.
musso, mussito; penso, peDsîto; salto, saltito ; scripto, scriptito ; vecto, vectito ; vento, ventito.
Le fréquentatif du premier degré manque plus souvent que l'autre. On n'ajoutait rien à ceux qu*un emploi capricieux avait consacrés. Nous sommes bien loin d'avoir l'inventaire complet de ces vieux verbes. Il est permis d'en deviner quelques-uns par une conjecture légitime. D'oii vient uritari^ usitatus f Certainement d'un fréquentatif simple qui ne s'est pas conservé : Utor, usas, usare^ duquel l'italien moderne et notre propre langue attestent l'existence. Quant aux fréquentatifs du second degré, il me semble qu'ils pouvaient être créés à volonté. Je le conclus quand je vois dans des compositions de basse époque des verbes qu'on ne trouve pas ailleurs, par exemple le verbe plautitare dans la pièce intitulée : De Philomela S vs. 21.
Plausitat arborèft redonans de fronde palumbud.
Le verbe pransitare se trouve dans plusieurs auteurs de la décadence ; mais ses titres de noblesse sont dans Plante {Asin, I, 1, 21) :
Ubi fient nequam homines, qui polentam pransitant.
Prefuito est dans saint Jérôme et dans Sidoine ; obreptare dans Juvencus, sohtare (de soleo) dans Aulu-Gelle. On ne peut savoir l'âge de ces mots.
Je suis porté à croire que Phèdre a créé un fréquentatif double qu'on ne trouve pas ailleurs (c'est dans la fable : les Deux Mulets et les Voleurs^ ", 7, 7) :
Subito lairones ex insidiis adyolani, Interque ceedem ferro muium trucidant.
Ce dernier mot, donné par les deux seuls bons manuscrits, est de toute impossibilité : trucidant offre deux fautes de quantité, et le vers dit ce qui n'est pas : le mulet n'a pas été tué, mais il a reçu beaucoup de blessures. C'est ce que nous apprend son compagnon, se félicitant de son propre sort :
Nam nihii amisi, nec sum lœsus vulnere.
Une ancienne conjecture, trusitant^ a paru si heureuse, qu'on l'a généralement acceptée. Tunsitant a enfin été proposé ; ce mot a le tort de ne pas tenir compte de l'r, lettre d'une figure bien caractéristique dans les anciens manuscrits. Quelques mauvais exemplaires portent sauciant^ glose évidente, qu'on est fort étonné de voir admise da?is l'édition de Bentley.
Les verbes de la première conjugaison ne peuvent avoir de fréquentatiâ du premier degré; pour eux le double fréquentatif se forme très-facilement : Clamo, da/ntto; cœno, cœnito;\m^eTo^imperito;nommo^nominito