‹ Melanges de philologieChapitre 90 sur 143 · Lemaire, Poet. min., t. Vll^ p · texte numérisé non relu

Lemaire, Poet. min., t. Vll^ p

palpo^ palpita. Mais gestito n'est pas dans ce cas : s'il vient de gesto, gesto vient lui-même de geroygestum.

La part des seconds fréquentatifs est bien assez grande pour qu'on ne l'augmente pas contrôle droit. Nous devons signaler une erreur assez fréquente : on rapporte à la seconde classe nombre de fréquentatifs qui sont de la première. Il exista un ancien verbe itare (aller). Ce n'est ici qu'une terminaison ; le verbe itare n'aurait donc pas ici de radical ? C'est une illusion. Voici la filiation : Eo, tfum, itare. Il n'y a pas ici la désinence tïar^, mais simplement are : it-are. C'est un fréquentatif du premier degré. De même que son composé peritare. Ajoutez habitare.

Cette remarque est applicable à deo^ eies^ citumj dtare {cit-are^ appartenant au radical), et ses composés : concitarey excitare^ recitare. Pareillement : Cubitum, cubitare; domitum, domitare; fugitum, fugittre; latitare {tatitum inusité, mais supin régulier) ; increpitarey monitarej pavitare^ strepitare, vomitare; restare, restitum, restitare; venditare; largior, largitum, largitari; pollicitari; tous fréquentatifs du premier degré. Remarquez bien que je ne prive pas ces verbes de la qualité de fréquentatifs : seulement je les change de classe.

Le verbe dare^ quoique de la première conjugaison, a beaucoup d'analogie avec la troisième ^ : le supin est datum {a bref), qui fournit immédiatement l'ancien fréquentatif datare {dat-are)^ du premier degré. On lit dans Plante {Most. III, i, 69) :

Tu solus, credo, fœnore argentum datas.

Un article des Gloses de Placide explique sans doute un passage d'un vieil auteur : « Datantur^ fréquenter dantur. » Je corrige l'abominable écriture du premier mot, Dadantur,

Ajoutons que l'on prête quelquefois aux écrivains l'emploi du fréquentatif double, quand ils ont écrit le simple. Les meilleurs critiques rétablissent dans plusieurs endroits de Plante infelicent^ exigé par la mesure, au lieu de infelicitent. La même faute est attribuée par Nonius (p. 426) au ponte Cœcilius :

Ut te di omnes infelicent cum maie monita memoria !

Le verbe infelicitent rend le vers faux : c'est un excellent trechaïque.

Perpetuare est un verbe connu. Perpetuitare n'existe pas, quoique les manuscrits de Nonius (Merc. p. 150) l'attribuent à Ennius. La fausseté de cette leçon est démontrée par l'attribution au poème épique d'Enniusd'un mot, perpetuitassint^ qui ne peut entrer dans un vers hexamètre. C'est perpetuassirU qu'il faut lire : ce mot doit finir le vers, qui est du reste assez medade :

Libertatemque ut [di nobis] perpetuassint, Maxime.

1 . Ses coroposét addere, condere, perdere, sont de la troiiième.

C'est le nom de Fabius, qu'on a pris pour un adverbe, inadmissible dans un vers hexamètre.

n faut encore retrancher de la liste des fréquentatifs doubles les verbes qui dérivent d'un nom ou d'un adjectif:

Aries, ariei-o; dives, divit-o (et non div-ito); eques, equit-o; guvges^ ingurgit'O; hospes, hospit-or; miles, milit-o; locuples, locuplet-o; sospes, sospit'O; superstes, superstit-o. Impedio (imped-itus] donne sans intermédiaire impedit-are, verbe de Stace un peu risqué.

J'ai dit que quelques fréquentatifs du premier degré avaient été formés exceptionnellement du présent de l'indicatif, comme agito ; une semblable dérivation a L'eu pour certains fréquentatifs du second degré ; mais rien n'empêche de considérer agito comme étant du second degré et formé du radical avec la terminaison ito. Il est certain qu'il y a des fréquentatifs du second degré lires du présent du primitif : fundere, funditare ; quœrere, qwBfitare (t bref), fréquent dans les Comiques ; quœso^ quœsito. Un passage curieux de Festus confirme ce fait : « Coquitare t)ro coctitarej id est fréquenter coquere, Plautus posuit. »

Funditare^ que je viens de citer, signifie, au propre, lancer (des traits) souvent ou en grand nombre ; on trouve encore dans Amraien Marcellin : « Crebra spicula funditantes. » Souvent et beaucoup se confondent dans la même idée. Cependant, dans certains cas il ne faut avoir égard qu'à la multiplicité. Ainsi dans ce vers de Plaute {Pœn. I, 2, 486):

liaque jam quasi ostreatum tergum ulcerLbus gestito.

(( Mon pauvre dos est tout écaillé de croûtes. »

On sentira bien la valeur de gestito^ en le comparante gesto^ qui, dans ce vers de Virgile, exprime la durée, l'habitude :

Non obtusa adeo gestamus pectora Pœni.

En terminant, j'invite le lecteur à revoir la liste riche, mais incomplète, des fréquentatifs du premier degré que j'ai donnée. On en trouve de bien étranges ; et s'il y avait à voter des exclusions, elles ne tomberaient pas sur lecto et scripto. Quand Priscien a écrit (p. 880) : « Micium^micturio et mictito, » il ne viendra à l'esprit de personne de contester mictito^ verbe si bien fait : mingOj mictum, mictito. Ce fréquentatif du second degré n'est pourtant justifié par aucun exemple. Serait-ce parce que lecto et scripto n'auraient que l'autorité d'Horace qu'on les rejetterait? Osons reconnaître la légèreté des modernes interprètes du poète qui, dans le cas présent, abandonnant la route unie, en ont suivi une si âpre, sous la conduite de guides téméraires, mais en renom.

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