UNE INSCRIPTION DU MUSEE GAMPANA
Eq parcourant rapidement les inscriptions réunies dans le Musée Campana, il en est une qui a fixé mon attention, parce qu'elle est en vers. C'est une épitaphe en iambiques sénaires, consacrée par un mari à la mémoire de son épouse. Cette épitaphe a peu de mérite ; elle ne respecte ni la métrique ni la grammaire ; mais elle en vaut bien d'autres du même genre qu'on lit dans les collections. Quoiqu'elle ne me semble pas être antérieure au sixième ou septième siècle, l'emploi de la forme métrique, la recherche d'une difficulté, celle de l'acrostiche, ces deux raisons jointes à la beauté du caractère, ne permettent pas, je crois, de la placer au delà de l'époque que j'ai indiquée.
Je ne sais ni à quelle époque ni dans quel endroit ce marbre a été trouvé. Je ne puis même affirmer que l'inscription qu'il porte n'ait pas été publiée. J'ai du moins commencé par constater qu'elle ne figure pas dans les recueils de Griiter, de Fabretti, de Muratori. Quoi qu'il en soit, je la commenterai avec plus de détail qu'on ne peut le faire dans les grandes collections.
VEL NONC MORANDO RESTA QUI PERGES TTER ETUM DOLENTIS CASUS ADVEKSOS LEGE TREBIUS BASILEOS CONJUNX QUAE 3CRIPSI DOLENS UT SaRE POSSIS INFRA SCRIPTA PECTORIS 5 RERUM BONARUM FUIT HAEC ORNATA SUIS
INNOCUA SIUPl.EX QUAE NUMQUAU SERBABIT DOLUM ANNOS QUAE VIXIT XII ET MENSIBUS VII GEMUITQUB EX ME TRES NATOS QUOS RELIQUIT PARBULOS REFLETA QUARTUM UTERO MENSE OCTAVO OBIT 10 ATTONITUS CAPITA NUNC VERSORUM INSPlCfi TITULUSl MERENTIS ORO PERLEGAS UBENS AGNOSCES NOMEN CONJUGIS GRATAE MEAE.
Comme on le voit, ce sont là des iambiques sénaires libres^ comme ceux
des Comiques et de Phèdre. Après les hexamètres et les distiques, ce mètre est le plus fréquemment employé pour les épitaphes ^
I. Vel est assez singulier au commencement d'une pièce. Il faut le prendre dans le sens de etiam. a Pcissant, arrête-toi ati^^i' devant ce tombeau. » Forcellini note le sens de décadence vel pour et.
Ibid. Il y a une faute de conjugaison dans perges tj^out pergis. La confusion de r^ et de Vi est un des caractères particuliers de la barbarie introduite dans la langue latine à partir du sixième siècle. Raynouarden a parlé dans son Choix des poésies originales des Troubadours \ Passant sous silence les exemples qui ont trait aux noms, je transcris de cet ouvrage trois verbes : possedire, debirint {deberent)y respondis. Un auteur dont je me suis particulièrement occupé, le grammairien Nonius Marcellus, nous est parvenu, grâce à une transcription faite vers le sixième ou septième siècle. La permutation de Vi et de 1'^ y est très-fréquente ^. Je me contenterai de citer deux exemples, où des verbes sont altérés. Plaute a écrit {Men., I, I, 43) :
Apud mensam plenam hominis rostrum deliges.
Tous les vieux manuscrits de Nonius, qui citent ce vers (p. 455 de Tédition de Mercier), portent deligis^ qui ne saurait être un temps de deligare, Hadrianus Junius et après lui Mercier ont fait disparaître cette erreur.
Le même grammairien cite le vers suivant, du poète tragique Attius (p. 262, Mercier) :
Iram infrenis, obstes anûnis, reprimas conûdentiam.
Infrenis^ au lieu de infrenes. Junius et Mercier ont encore ici rectifié le texte*.
La faute qu'on voit dans le premier vers de notre inscription doit donc être imputée à l'auteur, et non à Touvrier. Elle est nécessaire pour la mesure du vers.
Ys. 3. Je ne vois ^os^Basileus dans l'Index des noms propres de Grûter, ni dans celui de Muratori. Si c'est le mot grec, le vers est faux, puisque Basileus a la seconde syllabe brève. Mais peut-être est-ce Basile-us^ écrit par une simplification fréquente de la diphthongue ce. Grûtèr présente une fois (p. 734, n. 9) le nom Basilœus. Ou plus simplement encore on peut
1. Cf. Ànthol. lot., t. II, p. 26, 47, 50, 74, 103, 148, 175, etc.