Poetœ scenici Lnfinorum, t. V, p
la placer entre des vers. Annos à l'accusatif et mensihus à l'ablatif sont aussi d'une grande négligence. La place moins naturelle de quœj qui semble avoir été déterminée par l'intention de commencer un vers, et cette variété même de cas, annos, mensibus^ pourrait faire croire que l'auteur n'a pas >ouIu ici introduire une ligne de prose. Mais il faudrait faire violence au texte, et probablement altérer la vérité, pour soumettre ce passage aux exigences du mètre, par exemple de cette façon :
Annos quee vixit viginti et sex mensibus.
On retrancherait ainsi à la défunte une année et un mois. Il est plus prudent de mettre le grief sur le compte de son mari.
8. Je n'ai pas haute idée de la science de notre versificateur ; cependant il m'en coûte de lui imputer un vers de sept pieds. J*aime mieux croire que natos a été ajouté par le graveur :
Genuitque ex me très quos reliquit parvulos.
11 faut joindre très parvulos.
9. Repleta est un mot choquant, dont je doute qu'on trouve un exemple en latin. Dans quartum la dernière compte pour une brève. A la fin du vers, obit est au parfait, pour obiity comme dans ce vers de Lucain (IX, 490) :
Civis obitf inquii, multo majoribus impar, etc.
De plus, mense n'est pas élidé.
40. Versorum^ pour versuum^ est non pas une invention des siècles barbares, mais une réminiscence de l'ancienne langue. Priscien produite cet égard plusieurs autorités dans un passage curieux (p. 712) ; « Versi quoque pro versus. Laberius in Lacu Averno :
Versorum non numerum numéro studuimiTs.
(Je crois qu'il y a dans ce vers un mot omis :
Versorum nos non numerum numéro studuimus.)
Valerius in Phormione :
Quid hic cum tragicis versts et syrma facis?
Lœvius in Polymetris : Omnes sunt dénis syllabis versi. » La quatrième déclinaison latine a péri assez tôt, apparemment par un retour à la langue populaire. On en trouve des preuves dans les écrits de basse latinité, et dans l'italien, qui termine en o les noms terminés en us^ de la quatrième déclinaison dans la langue classique : Fruit, frutto, au pi. frutti, 11 y a, à l'embouchure du Tibre, une ville appelée PortOj nom qui vient irrégulièrement de portus.
On remarquera que la finale de versorum n'est pas élidée.
Je dois prévenir que, pour faciliter la lecture de l'acrostiche, l'inscription a ménagé, à chaque vers, un petit espace entre la première et la seconde lettre.
12. Le mot gratœ est à double entente. Il doit rester un adjectif tant qu'on n'a pas appris par l'acrostiche que c'est un nom propre.
On lira plus facilement cette épitaphe avec la ponctuation et sous sa forme d'acrostiche :
-^el nunc morando resta, qui perges iter :
ntiam dolentis casus adverses lege, Hrebius Basileus conjunx quee scripsi dolens, et scire possis infra scripta pectoris. Verum bonarum fuit hœc ornata suis; •-Nnnocua, simplex, [quœ] numquam servavit dolum. ^-nnos qu8B vixit xxi et mensibus vu; cnenuitque ex me très [natos] quos reliquit parvulos. Vepleta quartum utero, mense octavo obit.
^-ttonitus capita nunc versorum inspice ; Hitulum merentis, oro, perlegas libens, ^gnosces nomen conjugis Gratœ meœ.
{Revue de rinstruction publiquej 29 mai 1862.)
ÉTUDB SUR LE ROLE DE l'AGCENT LATIN DANS LA LANGUE FRANÇAISE,
Par Gaston PARIS K
Voici un ordre d'idées qui a échappé à nos ancêtres. Le dix-septième et le dix-huitième siècle ont bien su que le français dérivait en grande partie du latin, mais ils ont ignoré par quelles métamorphoses cela avait eu lieu ; ils ne se sont pas doutés que cette dérivation eût des lois. Ni les grands auteurs qui ont illustré notre littérature, ni les critiques qui ont donné les règles du goût, ni les grammairiens qui ont étudié les mots, ni la classe nombreuse des gens instruits, ne se sont posé alors le problème grammatical qui, avec tant d'autres problèmes nouveaux, occupe notre siècle.
La persistance deTaccent latin dans les langues néo-latines, tel est le sujet de la thèse que M. Gaston Paris, élève distingué de TÉcole des Chartes, a présentée et soutenue pour obtenir le grade d'archiviste-paléographe. Ce travail, retouché avant d'être livré à l'impression, et amélioré grâce à de précieux conseils, m^a paru tout à fait digne d'être recommandé à l'intérêt des lecteurs de la Revue de r Instruction publique.
Gomme je l'ai dit, la question est familière à notre époque. La publication de tant de textes de l'ancienne langue française a fourni surabondamment, depuis un demi-siècle^ les éléments de doctrines grammaticales dont nos pères n'ont pu s'aviser. En France, en Allemagne, on s'occupe de formuler les enseignements contenus dans tous ces monuments des anciens âges. L'accent a particulièrement fixé l'attention des érudits. MM. Diez, Burguy, les regrettables Génin et Ghevallet, bien d'autres encore, ont traité ou touché cette matière. M. Littré ne laisse échapper aucune occasion d'éclairer notre vieille langue en signalant l'accent latin, cette lumière de l'étymologie. Il est juste de mentionner aussi l'estimable
i. Chez Franck^ rue Richelieu.
ouvrage de MM. Henri Weîl et Louis Benloew *, qui ont répété que « l'accent moderne des idiomes néo-latins est le continuateur de l'ancien accent latin ^. n Ils ont donné les principales règles de cette transformation, mais ils n'ont pu le faire que sommairement, parce que ce chapitre ne devait occuper que peu de place dans un grand cadre.
Le mérite de M. Gaston Paris est d'avoir réuni dans une centaine de pages le résumé d'une science dont les éléments sont épars et ne se trouvent pas à la portée du commun des gens instruits. Tout en reproduisant les idées de ses maîtres (M. Gaston Paris, élève du savant M. Guessard, a suivi aussi les leçons de M. Diez, l'éminent professeur de Bonn), il les confirme par des observations nouvelles, il les discute et quelquefois les combat, en sorte que son livre atteste à la fois le travail, le savoir et la sagacité.
En voici les divisions : V Règles de l'accentuation française ; 2^ Persistance de l'accent latin en français ; 3® Du rôle de l'accent dans la composition ; 4'' Du rôle de l'accent dans la dérivation ; S"" De l'influence de l'accent sur la nature des voyelles ; 6® Du rôle de l'accent dans la versification française.
Il se présente une première question, que M. G. Paris n'a fait qu'indiquer, et qu'il n'a pas traitée : en quoi il a eu raison. Avant de rechercher dans la langue latine la trace, la raison de l'accent français, il y a lieu de se demander si l'accent tonique existe dans notre langue. Cette question paraîtrait aujourd'hui singulière, presque niaise, mais l'afQrmation ne date que de ce siècle. Si depuis bientôt quarante ans je suis revenu bien des fois à la charge, je répète que j'étais redevable de cette notion à deux Italiens, à Scoppa ^ et à M. Mablin, notre savant et excellent midtre de conférences à l'Ecole normale *. C'est une chose bien étonnante qu'on n'ait point constaté plus tôt une vérité si frappante, qu'une fois énoncée, elle ne trouve pas de contradicteurs! Eh bien, demandez aux critiques du dix-huitième siècle si la langue française a un accent tonique : c'est pitié de les entendre répondre. La Prosodie françoUe de l'abbé d'Olivet devrait nous apprendre quelque chose sur ce problème. Ecoutez ce qu'elle enseigne : (( La prosodie renferme les accents, l'aspiration et la quantité. A l'égard des accents, il n'est pas possible de savoir quels ils étoient autre-
1. Théorie générale de l'accentuation latine, etc., par Henri Weil et Louis Benloew, professeurs de Faculté. Paris^ chez Durand. 1855.