Ouvrage cité, p. 275 et
3. Traité de la poésie italienne rapportée à la poésie française, etc., par Tltalien Antonio Scoppa. Paris, 1803.
4. C'est surtout pour nous donner une idée des enclitiques grecques que Mablm prenait dei termes de comparaison dans notre langue. Portez perd son accent dans portex-lui, poor le donner à la dernière syllabe. De môme prenez-le est accentué sur Ve muet. Vous les verrez, accent sur la dernière; vous les verrez tous, accent encore sur la dernière, tous, aux dépens du yerbe verrez.
fois, puisque Veiccent imprimé n*estfomtVacceni prosodique^. » Pins loin, il se trouble encore en face de l'accent prosodique. Il n'en vient pas à Taffirmer, et avoue son ignorance de cette façon : a Tout détail plus ample sur notre accent se montre à moi comme un labyrinthe où je craindrois de me perdre. » (P. 37.)
Marmontel en est au même point, o On nous assure que dans le grec et le latin l'accent marquait l'intonation delà voix sur telle et telle syllabe, et c'est ce qu'on appelle accent prosodique y distinct de V accent oratoire.,. II est pourtant bien difficile de concevoir cet accent prosodique adhérant aux syllabes, à moins que, dans la prononciation animée par les mouvements de l'éloquence, il ne cédât la place à l'accent oratoire; et voici la difBcuIté... Le choix de ces intonations (dans la déclamation) fait partie de l'art de la prononciation théâtrale et oratoire, et l'on sent bien que, s'il y avait dans la langue un accent prosodique déterminé et invariable^ le choix des intonations n'aurait plus lieu, ou serait sans cesse contrarié par l'accent. »
Et l'homme qui rédigeait cette rhétorique faisait des opéras-comiques I Mais il en savait sur ce chapitre plus qu'il ne disait et ne pensait ^.
Tant que nos critiques sont restés dans l'ornière des prosodies anciennes, tant qu'ils ont fait de fausses assimilations, appelant quantité ce qui est accent dans notre langue, il se trouvaient effectivement. dans un dédale inextricable. Voici un exemple frappant des résultats de cette confusion, a Dans le mot comptant il y a cette différence, qu'employé comme gérondif, il est long : Je me suis trompé en comptant de Pargent, et il est bref quand on l'emploie substantivement ou adverbialement :11a du comptant^ J'aime à payer comptant. » (D'Olivet, Prosodie françoise^ p. 83.)
H. Gaston Paris est donc parti d'un fait qui aujourd'hui n'a plus besoin de démonstration, et il a pris le plus ancien français pour y chercher les vestiges de l'accentuation latine. Il en a trouvé qui aujourd'hui sont complètement effacés.
Ainsi notre langue a proscrit absolument l'accent sur l'antépénultième, que de très- vieux textes français conservent encore : virgene^ imagine^ angele^ ordene^ ydele, glorie^ istorie, etc. M. Paris a réuni fort à propos un très-grand nombre d'exemples de ce genre, empruntés, bien entendu, à des poètes, afin qu'il fût bien établi que virgene (plus tard virge^ vierge) ne compte que pour une syllabe, plus une muette '. Angle, au lieu de ange^ est une forme plus exacte, qui s'est conservée dans quelques noms pro-
i. Protodie française, p. 10. (Édition de 1810.)
2. Si j'en avais le loisir^ je montrerais que Grétrj, malgré un langage inexact, a parfaitement compris la question de Taccent. Et quand il fournissait à Marmontel un chant tout fait, le priant d'y adapter des paroles, le premier soin du poëte était d'avoir égard à l'accent tonique, d^jà marqué par le musicien.
3. Le spirituel et laborieux Génin n'a pas manqué d'indiquer ce reste d'une accentuation dactylique dans son Précis sur la Tersification de Roland^ p. xxxvii et cvfiu
près ^ Ydele (prononcez idle^ qu'on trouve aussi dans les vieux textes) est la transcription analogique du mot idole ; car il faut remarquer que Taccent grec, sur l'antépénultième, a de bonne heure prédominé chez les Latins, dont il violait la règle. Les poètes chrétiens font généralement, msJs incorrectement, un dactyle de idola. Le mot moderne idole accentue suivant la règle latine, puisque la pénultième était originairement longue. Gloriey avec la première accentuée, se rapproche beaucoup de la prononciation actuelle gloire.
Ce sont là des mots pour ainsi dire retardataires, qu'on doit enregistrer, mais dont il ne faut pas augmenter beaucoup le nombre par Fimagination. En général, c'était plutôt une question d'orthographe que de prononciation.
On trouve assez anciennement le mot nobile , transcrit savamment du latin, et faisant concurrence à la forme populaire noble :
Et Baduin, le nobile baron.
{Gitard de Viane, p. 73. Cf. p. 2 et 13 i.)
Je ne pense pas qu'au treizième siècle on fît la faute d'accentuer ici la pénultième. L'accent restait sur la première, et l'on prononçait^ avec deux muettes, à peu près comme s'il y avait no-be-le.
M. Gaston Paris passe en revue les déclinsûsons latines, et déduit de chacune la formation moderne. Nous avons quelques réserves à faire relativement à la première déclinaison : nous y reviendrons plus loin. La déclinaison imparisyllabique est de beaucoup la plus curieuse, en ce qu'elle offre dans Torigine une double formation de mots, et qu'elle a opéré dans le passage de l'état ancien à l'état moderne des altérations plus fortes. La double dérivation des substantifs, calqués tantôt sur le nominatif latin, tantôt et bien plus souvent sur l'accusatif, est un principe lumineux et fécond que Raynouard a popularisé. Cantor-cantorem^ pastor-pattorem^ ont donné chantre-chanteur j pâtre-pasteur^ et les vieux textes ne confondent pas la forme du nominatif et celle des cas obliques. M. Gaston Paris poursuit dans tous ses détails la démonstration de cette importante vérité (p. 48 à 55).
Il traite ensuite de Vadjectif, du comparatif et du êUferlatif. Le latin altissimus donne le vieux français altisme ^. On eût pu igouter hautisme^ que l'aspiration de l'A place dans un cas différent relativement au mot qui précède :
Qui Deu ne croient lo roi de majesté Ne sa mère kantisme,
{Aimery de Narbonne.)
i. Angle j Angles, Les Angles, sont des noms de localités. Angles, ayeo Vs du nominatif, est aussi un nom d'homme. Angles me par&ll être le même moU
2, Cette forme, la plus ancienne, est aussi dans la Chanson de Roland (p. 227} : Puis ntnt muntez sus el paleis altisme. Le superlatif altissime est un mot nouveau.
Quoique pesme soit bien commun, j'aurais voulu voir produire l'autorité de la Chanson de Roland, puisque ce texte fort répandu rend les vérifications très-faciles :
Li rois est fiers e sis curages pesmes,
(P. 7, éd. Génin.)
Au chapitre de Y article et du pronom (p. 59), M. Gaston Paris dit, avec tout le monde, que a les comiques latins comptent la première syllabe de ille^ illa, tlliim, comme brève. » Je crois l'avoir dit moi-même : cependant aujourd'hui j'expliquerais plutôt ces deux brèves par une longue, et cela au moyen d'une syncope, puisque les syncopes sont si fréquentes dans le langage familier. Ainsi ille vadit donnerait pour le premier pied d'un iambique un spondée, au lieu d'un créttque. Ille vadit, Illa vadit, équivalent, suivant moi, à // va, EU* va.
Je passe à la conjugaison, partie fort intéressante dans le travail de M. Gaston Paris.
Je me séparerai de lui et de M. Diez à propos d'une classification des verbes, a J'adopte, dit-il, la division des formes latines et romanes en fortes et faibles... parce qu'elle est commode et claire. Les formes fortes sont celles qui accentuent le radical, les formes faibles celles qui accentuent la terminaison : créscere, dicitis^ ténui^ sont des formes fortes ; dortnire^ debétis, amâvi, sont des formes faibles ^ » Je sais qu'on est libre de créer une classification quand elle présente de l'avantage ; mais ici cette nécessité ne me frappe pas^ et je trouve de l'inconvénient à être amené par un système à écrire une phrase comme celle-ci : a La deuxième conjugaison a l'infinitif faible ^ en latin, debére, tenére. » (P. 67.) Si l'on n'est pas initié an système, on croira que cette phrase dit le contraire de la vérité. Dans la réalité, il n'y a pas de différence essentielle entre debére et créscêre an point de vue de la transcription du latin en français {devoir, croître)^ mais il y a de la différence entre réduire et fuir. Je vois d'un côté des ▼erbes français à formation régulière, de l'autre des verbes à formation îrrégulière.
La première conjugaison offre peu d'anomalies. Je lis dans l'étude de M. Gaston Paris : «M. Diez, et, d'après lui, MM. Weil etBenloew, disent que l'accent placé sur l'antépénultième à l'indicatif présent avance d'une syllabe; ils citent des verbes comme imagine, répute, récite. Ces verbes sont modernes, et l'ancienne langue ne déplaçait nullement laccent dans ce cas ; elle disait couche^ comble, forge, de côlloco, cûmulo, fâbrico. » Cette opinion ne me paraît pas soutenable. M. Paris ne s'aperçoit pas qu'il cite des verbes tout à fait en dehors de la question : comble n'est pas réduit à deux syllabes pour représenter exactement l'accent de cûmulatt