‹ Melanges de philologieChapitre 98 sur 143 · Jules Quicherat, Histoire du Costume en France, p · texte numérisé non relu

Jules Quicherat, Histoire du Costume en France, p

3. Voici la définition du Dictionnaire de la Crusca : a Forcella, la bocca dello stomacho, àore iSDJscono le costole. »

Fùurcelle^ on l'a vu déjà, est un mot très-ancien. Il s© trouve aussi dans le roman d'Athis (treizième siècle) :

Si la retrait (la lance) de la bouclle, Lui espandant sur la fourcelle

La bonne brogne desclavelc, Un cop li fiert soubs la fourcelle.

Et même dans la Chanson de Roland (éd. Génin, p. 100) :

L'osberc lui fausse de dessus la gonelle, Si Tfiert el piz entre les dous furceles.

Fourcelle était encore usité au commencement du xvi* siècle, comme l'atteste l'indication du mot fourcelle donné par Palsgrave comme traduction à un mot anglais : « Brest of a man. Fourcelle, s. f. » (P. 201, éd. de Génin.)

{Revue de rinstruction publiquCy 5 mars 4863.)

i" P. S. Le mot fourchette est un autre dérivé du latin furca, fourche, mais c'est un diminutif formé par les Italiens, forchetta, d'après un système de leur langue. Je ne vois pas dans les dictionnaires italiens que forchetta soit pris comme synonyme de forcella. Ils l'entendent dans le sens ordinaire, l'instrument de ménage auquel nous donnons aussi ce nom. Le Dictionnaire de l'Académie de 1694, qui n'a pas le mot fourcelle, ne donne pas à fourchettele sens de l'os du sternum. On peut, ce me semble, attribuer la confusion de ces deux mots à l'influence des cours italiennes, qui ont laissé plus d'une trace dans notre langage. Le dictionnaire de Nicot nous en donne le premier exemple : « L'office des fourcelles ou fourchettes est assez déclaré par les noms susdits. » Le mot impropre, une fois essayé, devait triompher, car il remplaçait un mot vieilli et devenu obscur.

Je regrette que M. Littré n'ait pas consigné, à sa place légitime, un mot qui s'imprimait encore au xvii* siècle. Il l'a mentionné à la fin de fourchette, à une place où personne ne le verra, et il s'est privé du plaisir d^indiquer la précieuse étymologie : Fourcelle, du latin furcilla. Cette petite addition n'est pas dans son Supplément.

Pour moi, je range fourchette, avec son sens détourné, parmi les erreurs populaires.

J'ai déjà plaidé précédemment une cause analogue, opposant l'ancien moi jeunette à l'emploi abusif de jeunesse. Voyez le N" IV.

L'Académie, dans son édition récente, n'enregistre pas fourcelle, mot si bien patronné par Richelet, et adopte le mot populaire, la fourchette de l'estomac.

2* P. S, Qu'on me permette une petite digression à propos d'an mot qui a le même sens que fourcelle^ et qui se trouve dans Furetière : c'est bréchet ou brichet. Le premier a prévalu dans les dictionnaires, et ils ont égaré M. Littré. C'est brichet qui doit avoir la préférence.

Le Dictionnaire de TAcadémie dans sa dernière édition n'enregistre, comme par le passé, que bréchet^ en notant que le mot est familier. Mais brichet n'est pas mentionné. M. Littré ne reconnaît que le même mot; mais dans les deux exemples qu'il rapporte, l'un du Ménagier^ l'autre d'Ambroise Paré, il y a brichet. L'étymologie anglaise qu'il donne, brisket^ paraît évidente. J'ai vu avec plaisir que dans son Supplément il a mis un exemple très-important, de Molière (Festin de Pierre^ ii, 1), qui m'avait frappé, et dont j'avais pris note. Il est utile de le transcrire : « En glieu de pourpoint, de petites brassières, qui ne leu venont pas jusqu'au 6rî* chet. » Mon édition porte cette note : « Le creux qui est en haut de l'estomac. Ce mot dérive de Tallemand brechen, rompre, couper. Mén. » Pauvre Ménage I voilà une de ses trouvailles ordinaires. Du moins, d'après lui, on prononçait brichet à Paris,

Voilà donc une nouvelle autorité en faveur de brichet. Pour éclaircîr un mot archaïque, il faut remonter aux sources les plus reculées. L'Académie française de 1694 a plus droit d'être entendue que celle de 1835 et de 1878, Je copie son article. « Brichet ou Bréchet, partie de la poitrine où aboutissent les côtes. // a mal au brichet. Cet enfant a le brichet chu. Ce dernier ne se dit que parmy le peuple. » Puisque, d'après Ménage, on prononçait brichet à Paris, et que l'Académie écrit brichet dans ses exemples, en donnant une mauvaise note à bréchet, la balance doit pencher du côté du premier.

Mais remontons plus haut. Le Thrésor de la langue française de Nicot (1606) donne : « Brichet, pectus, sternum. » Bréchet ne s'y trouve pas. Le Petit Thrésor des mots français par Morel (1604) donne la même orthographe et la même rédaction. Même silence sur brecliet.

Il paraît résulter de toutes ces citations que brichet est le vrai mot, dont bréchet est une altération.

Et pourquoi ne pas écrire bréchet? Est-ce que le groupe che peut être précédé d'un e muet? c'est à peine si cola peut se prononcer *. Mais la confusion entre brichet et bréchet est toute simple. L'autorité de la dernière édition de l'Académie est nulle ici, et il appartenait à M. Littré, sinon de corriger la faute, puisqu'on principe il ne se le permet pas, mais de la signaler. En 1835 l'Académie a cru bien faire de reproduire fidèlement l'édition de i694, oubliant que cette édition omet le plus souvent, comme on faisait alors, l'accent sur les ^ : on y lit tout à côté, brèche tans accent.

1 . Aussi disons-nons mèche, flèche, éhréché, éméché, déchef.

Nous voyons dans la même édition brevet ^ bréviaire *, singularité inexplicable puisque Tétymologie est la même. Vé fermé de bréchet est confirmé par les noms propres Béchard, Béchet^ Béchu, Breschet, Mais cela n'a pas d'importance, puisque le vrai mot est brichet.

En finissant, je trouve une nouvelle autorité en faveur de fourcelle. C'est le Dictionnaire français-anglais (A French and English Dictionary) ^ -^ de Cotgrave, 1660 : o Forcele^ Fourcelley brichet, the bruket orbreast- ;^^r pièce. »

!. Celle de 1878 écrit de même bréviaire. Les exemples sont Bréviaire romain. Bréviaire de Paris, Ce qui paraîtrait aujourd'hui une petite malice.

UN PASSAGE D'aFRANIUS EXPLIQUE ET CORRIGÉ.

Nonius Marcellus nous a conservé (p. 2, éd. Merc.) une pensée d'Âfranîus * exprimée en cinq jolis vers. C'est là une bonne fortune; car d'ordinaire les fragments recueillis par les grammairiens sont très-courts.

Si possent homines delenimentis capi, Omnes haberent nunc amatores anus.

iCtas et corpus tenerum et morigeratio, Hsec sunt venena formosarum mulierum :

Mala œtas nulla delenimenta inrenit^.

L'observation do Nonius porte sur l'expression du dernier vers mala œtaSj qu'il explique par senectiÂS.

Ce passage n'est pas un de ceux qui ont embarrassé et par suite exercé la critique. Il est coulant, et offre une apparence vraiment trompeuse de correction. Mais, quand on a, conmie moi, passé au crible presque tous les mots du grammairien, on est arrivé à découvrir des altérations qui échappent à un coup d'œil rapide. Je vais tâcher de montrer que le passage précédent cache un écucil inaperçu.

11 s'agit d'une vieille, qui, ravalant les charmes du jeune ftge, prétend que les hommes sont bien sots d'en devenir épris ; que les vrais connaisseurs en plaisirs préfèrent les femmes sur le retour, maîtresses passées en fait de séductions.

Donc les vers d'Afranius contiennent l'éloge des vieilles. Or le dernier vers est contradictoire : il présente la censure de la vieillesse, et détruit par conséquent ce qui a été établi dans les quatre autres. « La vieille, y est-il dit, ne trouve pas de séductions, » et au premier vers, elle se flattait de posséder de puissantes séductions. La répétition du même mot, deleni^ menta, rend l'incohérence encore plus frappante.

!. De sa comédie nommée Vopi$cus,

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