CONCLUSION
Tel est le système de hiérarchie sociale que je voudrais voir appliquera mon pays. Il est philosophique, car il repose sur le sentiment humain le plus puissant ; l’amour et l’estime de soi-même. Il est moral, car il ne s’éloigne pas de la justice. Il est politique, car il rattache la partie la plus virile de la nation au chef de l’État et il éloigne les révolutions. Il est praticable, car il respecte toutes les lois existantes, sauf la loi d’élection, qui serait modifiée dans un sens favorable. Il n’est donc pas déplacé, comme exemple, dans un recueil philosophique.
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Ce n’est pas sans beaucoup d’hésitation que je me suis décidé à livrer la notice suivante à l’impression. Nul plus que moi n’est convaincu de l’utilité, de la nécessité même de la religion, dont le sentiment a été gravé dans le cœur humain par l’auteur de la création. L’idée d’en atténuer l’empire est donc bien éloignée de ma pensée; cependant, lorsque je critique quelques-unes des croyances imposées par celle de mon pays, n’est-il pas à craindre qu’en cherchant à l’épurer, je ne fournisse des armes à ses ennemis déclarés? En y réfléchissant cependant, il m’a été facile de reconnaître que mes craintes étaient exagérées.
On remarquera d’abord que les objections que j’élève, non contre la religion elle-même, mais seulement contre quelques-unes de ses croyances, n’ont rien de nouveau, rien qui ne soit connu de tous les opposants, et que, par conséquent, je ne leur fournis aucune arme nouvelle; que j’affaiblis même celles dont ils se servent, en ne rejetant pas la plupart des faits, mais en me bornant à les expliquer, sans vouloir en exclure l’intervention divine, dont j’interprète seulement l’action autrement que ne le fait l’Église catholique. Ces objections, d’ailleurs, ont été déjà l’objet de nombreuses discussions, dans lesquelles les grands écrivains chrétiens croient les avoir réfutées sans réplique possible. L’opinion que j’énonce ne change donc rien à l’état actuel des choses, ou plutôt, elle tend
à rapprocher un peu les dissidents, en leur montrant que la négation absolue des miracles est peu philosophique, et que la plupart des faits qu’ils rejettent, uniquement parce qu’ils ont une apparence miraculeuse, peuvent s’expliquer par des lois encore peu connues de la nature, et ne sont qu’une action normale et seulement extraordinaire de Dieu par l’intermédiaire de l’âme humaine.
Peut-être, si en étendant un peu ma courte notice, ce qui eût été bien facile, je l’eusse publiée isolément, en cherchant à la faire prôner par quelque célébrité de la presse, eût-elle trouvé un certain nombre de lecteurs dont elle eût flatté la passion, bien que dans une faible mesure ; mais, cachée dans un recueil philosophique d’un auteur à peu près inconnu et repoussé même par le cénacle de la philosophie officielle, elle ne rencontrera que bien peu de lecteurs, dont la plupart, quoique sérieux, seront plutôt hostiles que sympathiques.
Pourquoi donc alors, me dira-t-on sans doute, vous faire imprimer, si vous avez la certitude d’être si peu lu, et surtout si peu approuvé? Je répondrai d’abord en répétant le motif qui m’a fait publier une notice précédente : mon grand ouvrage de philosophie contient un chapitre sur la religion, et l’un des objets de la publication que je fais aujourd’hui est de rappeler, sous une forme différente, les diverses opinions que j’y ai exposées. Je n’ambitionne pas l’éclat d’un grand succès, qui pourrait n’être pas sans quelque danger, en surexcitant trop les esprits; mais, fermement convaincu de marcher dans la voie de la vérité, je ne veux pas laisser périr avec moi mon système philosophique, et ne dût-il rencontrer que dans bien des années un approbateur sérieux et capable de le
reproduire avec plus de succès que moi, je veux mourir avec l’espoir qu’il pourra triompher un jour et contribuer, ne fût-ce que dans une faible part, au bien-être de mes successeurs. Si c’est là une illusion, elle est douce, elle est inoffensive, et je ne veux rien faire pour la détruire.
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