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connus de nom tout au [Ans. Ainsi dorénavant ils pourront joindre aux études toujours plus approfondies des deux plus grands poètes de Rome, Virgile et Horace , une connaissance moins supertjcielle d'Ovide, de Lucrèce, de Properce , deTibuUe, di? Catulle, de Lucain, de Claudien , de Stace, de Sénèque, de Silius Italiens, d'Ausone et de plusieurs autres, qu'ils connailront du moins par l<;urs plus beaux endroits. Ainsi , ne se bornant pas à trois ou quatre auteurs en prose, ils auront du moins une idée de la manière et du style de Pline l'ancien , de Pline le jeune, de Columelle, de Valère Maxime, d'Aulu-Gelle et d'un grand nombre d'autres. Dans les écrivains même qui leur éiaient les plus familiers, combien de morceaux, combien d'ouvrages entiers qui leur étaient absolument inconnus! Que de belles sentences, que de beaux principes de morale admirablement développés , que d'agréables histoires dans les ouvrages philosophiques de Cicéron qu'on n'expliquait point dans les classes! Cest aussi, et cela devait être, ce grand, homme qui remplit le plus grand nombre de pages dans le volume de prose des Leçons de littérature et de morale. C'est lui qu'on retrouve, et toujours avec un nouveau plaisir, soit (ju'on otlre le modèle d'un récit enjoué cl badin, et d'un agréable conteur, ou celui d'un grand orateur faisant le plus noble usage du plus beau talent : éloquent ami de sa patrie, des lois et de la vertu*, ou enfin celui d'un philosophe remontant aux premiers principes de la morale et aux fondemens de la société, prescrivant aux hommes les austères devoirs delà justice; panégyriste de l'amitié, consolateur de
la vieillesse, juste appréciateur des biens , des maux, delà gloire, des richesses, des honneurs, delà protection des grands, delà faveur populaire : caraclère toujours aimable, citoyen toujours vertueux , génie toujours admirable.
Au but incontestablement utile de faire connaître une foule d'auteurs jusque-là entièrement ignorés dans les classes, se joint un autie avantage qui découle nécessairement du premier, et qui ne doit pas moins recommander ce nouveau fruit du zèle, du goût et de Térudiiion de MM. INoél et de La Place : c'est cette variété infinie d'objets , de tons et de couleurs , variété qui plait à tous les âges 5 mais qu il est indispensable d'offrir à la jeunesse, dont le naturel inconstant et léger a besoin de cet attrait, et dont l'esprit, plus curieux que studieux , ne peut être fixé à l'étude que par l'intérêt même de sa curiosité , à qui il faut présenter sans cesse une pâture toujours nouvelle. Enfin, un troisième avantage non moins précieux que les autres , et qu'on trouve pareillement dans les leçons latines de liuérature et de morale , c'est celui des comparaisons qu'elles mettent à même d'instituer entre tant d'auteurs différens, qui ont souvent traité des mômes sujets. De toutes les manières de juger, c'est celle qui plait le plus, c'est celle qui est le plus à la portée de notre esprit. L'homme ne juge guère que par comparaison; il n'y a pour ainsi dire rien d'absolu pour lui ; ce n'est que d'après ccitains modèles , auxquels il compare les objets de même nature, qu'il juge ce qui est bon, ce qui est mauvais , et cela est encore plus vrai dans la liitér.iture que dans les autres genres. Presque toutes les
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pngos des leçons latines offriront cet ingénieux et agréable moyen d'exercer l'esprit et le jugement des jeunes élèves. Ici, c'est le même auteur qui traite deux fois le même sujet , en employant des idées et des couleurs différentes, et fait ainsi son thème de deux façons. Le plus souvent ce sont deux ou trois écrivains célèbres qui développent le même point de philosophie ou de morale , qui décrivent le même objet d'histoire naturelle 5 qu'une même indignation , mais différemment exprimée, soulève contre le vice-, qu'un même sentiment enflamme pour la vertu. Souvent encore les mêmes sujets ont été traités par d'illustres écrivains français qui ont imité leurs devanciers , qui les ont quelquefois égalés , quelquefois surpassés 5 et les imitations, indiquées au bas des pages des Leçons latines , renvoient fréquemment aux Zeçon s françaises recueillies par les mêmes auteurs. Delà, combien de comparaisons que les jeunes élèies feront d'eux-mêmes, ou dans lesquelles ils seront aidés par leurs professeurs! quelle source d'instructions morales et liitérairesî que de classes agréablement et utilement employées !
Par exemple, j'ouvre le volume de prose, et je trouve le récit du meurtre de Clitus, fait par Justin et par Quinte-Curce, deux écrivains célèbres, quoiqu'ils n'appartiennent ni 1 un ni l'autre au premier ordre des historiens. Je vois dans le premier une narration facile et claire-, je vois un écrivain poli et élégant , c[ui décrit avec plus d'esprit que d'àme la douleur d'Alexandre après son crime; mais je n'y vois pas un peintre comme dans Quinte-Curce : tout est en tableau dans le récit de celui-ci ; il semble au
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lecteur qu'il devient spectateur, qu'il voit roriyiiie de la dispute, les progrès de la colère et de la fureur ; Tinsolence de Clitus, (jui provoque la vengeance d Alexandre j la résistance qu'il oppose aux efforts de ses amis, qui, pour le sauver, veulent le pousser hors delà salle du festin 5 Alexandre, qui s'élance lépée à la main : Lysiniaque etLéonatus, qui lui arrachent son épée; Perdiccas et Ptolomée, qui se jettent à ses genoux et s'eflbrcent de le rappeler à la raison ; les lumières éteintes, et le désordre croissant dans les ténèbres; Clitus, qui, loin de s'échapper à la faveur de ces ténèbres, continue à braver Alexandre furieux, et tombe percé d'une pique arrachée à un soldat; enfin le sang qui inonde la salle du festin; le frémissement des convives qui s'éloignent ; la solitude profonde et terrible où se trouve tout à coup Alexandre ; l'horreur de ses réflexions augmentée par celte solitude : Liherioreinque pœniteniiani solitudo ejccipie^ bal... omnium amicorum anîmos mdehat attonitos ^ vivenduin esse in solitudine veliU fcrœ hesliœ , terreiiti alias , alias tiinenti; en un mot, tout jusqu'à la détestable flatterie des Macédoniens , qui déclarent que Clitus a été tué justement, et qui l'auraient privé des honneurs de la sépulture, si Alexandre, plus généreux , ne les eût accordés : tout en est peint avec les couleurs les plus vives et les traits les plus énergiques.
Je trouve dans un autre endroit le même sujet philosophique, traité par deux génies d'une trempe bien difîerente, Cicéronet Sénèque : l'un, grand orateur et véritable philosophe; l'autre, le plus souvent pur sophiste et simple rhéteur; mais plus leur es-
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prit, leur caractère , leurs Ifilens soiil dii3érens , plus je suis curieux de les voir disserter îous les deux sur le même sujet , le bonheur et le malheur. Ils sont tous doux d'accord sur les principes-, tous deux placent le bonheur dans la vertu , le malheur dans le vice. Cicéron, après avoir fait lenuméralion de ce qui rend l'innocent heureux, conclut ainsi : et, si hœc virtute ejfiduutur , quid est cur virtus ipsa pcr se non efficiat beatos? Sénèque donne aussi la vertu comme moyeu de bonheur : Si auiinum virtuti cousecrnvit, et quâcumque vocat illa , planum putat. Ils adoptent donc tous deux la même philosophie, et une excellente philosophie^ mais l'un développe sa thèse avec cette élégance et cette sagesse, compagnes inséparables de son style et de ses pensées 5 l'autre, quoiqu en général sage aussi , et élégant dans ce morceau, ne peut s'empêcher d'y être au moins une fois déclamateur. Aussi, voulant prouver qu'un épicurien est plus malheureux dans les délices qu'un homme de bien dans les loiirmens, il s'écrie : « Voyez-vous ce « sibarite! en vain il lâche de tromper les inquié- « tudes de son esprit par mille voluptés ; de provo- « quer le sommeil par les vapeurs des vins les plus « délicieux , ou pnr la chute des cascades et le mur- « mure des eaux : Il veille aussi long-temps sur soji « lit de plume ^ que Ré^ulus sur sa croix. » Quelle misérable antithèse! Le sibarite sera-t-il bien convaincu par un pareil raisonnementPet lui persuaderal-on que, dès qu'on veille, il est indiffé-ent que ce soit sur un bon lit ou sur un poteau? L'agrément, l'utilité et l'intérêt de ces comparaisons augmente, lorsque, ne se bornant pas aux auteurs contemporains, ou
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qui ont écrit dans la même langue, elles s'étendent à ceux qui ont écrit à des époques très-éloignées et dans des langues très-diiFérentes. On aime à voir les diverses modifications qu'apporte, à l'expression des mêmes idées et des mêmes sentimeus, la différence des temps , des moeurs , des usages et du langage. Je ferai, dans un second article, quelques-uns de ces rapprochemens entre les écrivains , qui ont illustré les deux littératures latine et française, et je les choisirai de préférence dans le second volume, celui des poètes, dont je n'ai pas encore parlé.
Dès les premièies pages du volume de poésie, je trouve un morceau célèbre traité par deux poètes latins, et le plus grand de nos poètes français 5 je veux parler de la mort d'Hippolyte , racontée par Sénèque dans unç tragédie à laquelle ce fils infortuné de Thésée donne son nom ; par Ovide, dans ses Métamorphoses, et par Racine , dans sa tragédie de Phèdre. Mais ici la distance est tellement grande, qu'elle interdit même toute comparaison. Le récit de Sénèque est d'une longueur démesurée, extrêmement froid , sans àme , sans chaleur , sans poésie; la longue description du monstre est plus bizarre qu'énergique -, celle de la catastrophe d'Hippolyte est semée de traits de mauvais goût. Il semble que le personnage qui raconte ce malheureux événement ne soit sensible qu'à la perte de la beauté du jeune héros : c'était une circonstance qu'il pouvait remarquer , sans doute , parce que la beauté recommande la ver-
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tu, et peut rendre les regrets plus vifs encore; mais il ne fallait pas y revenir si souvent :
.... Ora durus pulchra populatur lapis , Peritque niulto vulnere infelix décor.
Hoccine estformœ decus !
Il peint les lambeaux du corps d'Hippolyle suspendus aux arbres, aux haies, aux buissons, et les mains de son esclave errantes et occupées à ramasser dans les champs ces tristes restes.
Errant per agrosfunebris famull manus.
Enfin les chiens affligés d'Hippolyte sont aussi à la recherche de ses membres dispersés : mais ni les soins de l'esclave, ni ceux des chiens, ne peuvent compléter ce corps misérablement déchiré :
JVecdùm dolentdm sedulus potuit lahor Explere corpus.
Toutes ces images sont encore plus dégoûtantes que terribles et tragiques.
Ovide a bien plus de goût sans doute. Sa narration est celle d'un poêle élégant et poli; mais elle est un peu froide aussi , et même contre le génie du poète, qui pèche ordinairement par trop d'abondance; elle a delà sécheresse et trop de concision. Ce n'est point avec des modèles aussi imparfaits qu'il faut comparer le plus parfait de nos poêles, le divin Racine, qui, si l'on en excepte Virgile, avec lequel il a tant de rapport par le caractère touchant et harmonieux de sa poésie , et Homère, à qui il le cède pour la force
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et l'étendue des conceptions, l'emporte sur tous les autres poêles grecs et latins, et nous donne le droit de dire , sans qu'on puisse nous accuser d'un trop grand orgueil national :
Cecliie, romain scviplores ; ce<hle, Gruii.
Ovide, vaincu par Racine, prend peut-être sa revancîie avec un de nos plus aimables et de nos plus grands poêles, avec La Fontaine ; ou du moins il soutient la comparaison avec lui dans la fable charmante dePhilé/noii et Baitcis. Je ne parle point du prologue si connu de La Fontaine : Ni l'or , jti la grandeur iie nous rendent heureux , etc. Sur quatorze vers dont il est composé, il y en a douze d'excellens , et les quatre derniers sont des plus beaux de la langue française : il n'y a rien sans doute de ce ton et de celte élévation dans la fable du poêle latin , comme il n'y a rien d'aussi faible et d'aussi commun que l'épilogue qui termine le récit du poëte français ~ mais ce n'est que ce récit lui- même que je prétcjids comparer \ et si celui de La Foniaine est plein de grâce et d'abandon , celui d'Ovide en a beaucoup aussi, et il a en outre une pureté, une correction et une élégance plus soutenues. Ajoutez qu'Ovide est l'inventeur, et que La Fontaine n'a que le mérite d'une traduction , charmante à la vérité, mais cependant un peu délacée. Est-il un tableau plus touchant et mieux fait, que celui de ces deux époux qui, unis dès leurs jeunes années , avaient vieilli dans la même cabane, sous le même toit de chaume, allégeant par un commun support, et le fardeau de la vie et les maux de la pauvreté?