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ARTICLE PREMIER

Dans un accès de modestie (car qui n'est pas modeste quelquefois ?) Beaumarchais écrivait à un artiste

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qui lui destinait une sorte de giavure triomphale : M Ma prétendue célébrité, monsieur, n'est que du « tapage autour de moi, beaucoup d'ennemis, en- « core plus de courage, et des succès trop disputés, « pour que la belle gravure qui me représenterait ne u parût pas déplacée, m II y a beaucoup de vérité dans ce jugement qu'il portait de lui-même, et il ne faut en rabattre qu'un peu de celle exagération d'une humilité vraie ou affeclée , dont les convenances imposent la loi à tout écrivain, à tout homme qui parle de lui. Sans doute sa célébrité était très-réelle, et n'était pas seulement du tapage^ puisqu'elle subsiste et subsistera long-temps encore après ce tapage 5 mais elle fut excessivement bruyante 5 et de tout ce grand bruit, si une partie doit êire attribuée à la gloire littéraire de Beaumarchais, à son esprit et à ses talens , une autre part , et la plus considérable peut-être, doit être imputée à l'usage singulier qu'il lit de ces talens , aux circonstances peu communes et même quelquefois bizarres où il se trouva, aux rôles divers et presque incompatibles qu'il joua. Doué du génie des affaires, de l'intrigue, des calculs et du commerce, plus encore que de celui des lettres , et associant ces goûts si opposés; tout à la fois écrivain, spéculateur, politique, négociateur, se mêlaut des querelles des rois, et publiant même en son nom des réponses à leurs manifestes 5 auteur de tristes drames , de comédies très-gaies, de plaidoyers plus gais encore; arrivant ainsi , par tant de routes dillérenies et semées d'écueils, à une immense fortune, et à des succès inouïs; armant coutre lui la haine, la faveur, la puissance, et luttant contre tant d'obstacles avec une

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opiniâtre persévérance cl un cournge en apparence audacieux, mais toujours parfaitement calculé jusqu'an moment de la révolution , qui devait tromper tous les calculs, et pendant laquelle, après s'être agité encore quelque temps , mais sans succès et sans gloire, il mourut assez obscurément, parce que tout bruit, tout tapage devait être étouffé par l'épouvantable fracas de ce grand et terrible événement.

De tant de rôles divers, de tant de causes de célébrité, de tant de motifs d'un bruyant éclat, il n'en est qu'un qui puisse être le sujet de notre examen , de notre critique, de nos éloges 5 et nous ne considérerons M. de Beaumarchais que comme homme de lettres , comme écrivain : ses titres à cet égard viennent d'être déposés dans sept gros volumes in-8'. Il y a bien là suffisamment de quoi nous occuper.

C'est à une circonstance ordinairement fort étrangère à la littérature, à un procès , que Beaumarchais dut ses premiers et ses plus beaux succès littéraires. Jusque - là il ne s'était guère mêlé que de musique , de plaisirs et d'affaires -, et s'il avait fait quelques excursions dans la république des lettres, elles avaient été peu heureuses. Deux drames noirs, mal conçus, encore plus mal écrits, étaient loin de révéler cette gaîté vive et piquante , originale , intarissable , souvent même excessive, folle sans mesure et sans frein, qu'il prodigua dans quelques autres ouvrages, et particulièrement dans ses Mémoires. Rien n'est en général plus fugitif que la réputation attachée à ce dernier genre de productions. Comment en effet sauver de I indifférence et do l'oubli une discussion contenlieuse d'affaires particulières, et même quelques sar-

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casmes lancés contre une partie adverse obscure et ignorée? Un événement pul)lic, l'exil du parlement, jetait, il est vrai , à cette époque , quelque intérêt sur cette cause particulière, en la rattachant, en quelque sorte , aux regrets qu'avaient laissés les anciens magistrats, et à la honte dont on se plaisait à couvrir les nouveaux. Mais aujourd'hui ces affaires publiques ne nous intéressent guère plus que l'affaire particulière qui fait le fond du procès : les querelles de l'ancien et du nouveau parlement sont, à peu de chose près, aussi indifférentes pour nous , que les quinze louis avidement retenus par madame Goëzman, et âprement réclamés par Beaumarchais 5 et c'est le triomphe du talent, de nous faire lire encore avec plaisir, sinon la totalité de ces Mémoires, du moins une foule de pages, ou extrêmement amusantes, ou même quelquefois éloquentes, qui arrêtent nos regards sur les misérables ressorts et les misérables agens de cette misérable cause.

C'est de ces Mémoires que nous nous occuperons d'abord , quoique l'éditeur n'ait pas jugé à propos de les placer à la tête de la collection , et qu'il les ait relégués dans les troisième et quatrième volumes. Il était bien le maître, au reste, de ranger dans la disposition qui lui convenait le mieux, des ouvrages absolument indépendans les uns des autres ^ mais il conviendra que je le suis aussi de renverser l'ordre qu'il a choisi , dans le compte que je rends de ces ouvrages : tout cela est en effet purement arbitraire. Ce n'est cependant point par un pur caprice que je ne me suis pas conformé au sien ; c'est par le désir de m'occuper d'abord de l'éditeur lui-même, et de faire cou-

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naissance avec lui : or, comme il ne m'ea donnait aucune occasion , ni dans le premier ni dans le second volume , où il ne dit pas un mot , j'ai eu recours au troisième , où il met enfin une préface de sa façon ; ce qui m'a fait plaisir, car j'aime les préfaces : mais, je Tavoue, je ne les aime pas lorsqu'elles sont écrites du ton et du style de celle qu'on lit au commencement de ce troisième volume. Je ne puis deviner ce qui donne tant d'humeur à M. l'éditeur, ni concevoir pourquoi il a placé une préface si chagrine, si vioîeniCj si colérique, à la tête de ces Mémoires si plaisans , si gais, si légers; ils auraient dû le dérider un peu , et le disposer à rire plutôt qu'à se courroucer si fort. Je ne sais si c'est la colère qui , dès la première ligne, lui ôte l'intelligence des mots français les plus connus, et lui fait dire absolument le contraire de sa pensée, a Ces Mémoires , dit-il, si célè- « hres , si recherchés , s\ justificatifs des inculpations <( faites à leur auteur, etc. » Je pense que M. l'éditeur a voulu dire que ces Mémoires justifiaient M. de Beaumarchais des inculpations qu'on lui avait faites; mais il dit précisément le contraire. Des Mémoires justificatifs des inculpations , seraient des Mémoires qui justifieraient les inculpations, comme des pièces justificatives d'un fait sont des pièces qui justifient, qui prouvent, qui attestent la vérité d'un t'ait. Fiezvous, après cela, pour votre apologie, à des amis qui entendent si bien le français! M. l'éditeur aurait pu apprendre de ces Mémoires même, dont il publie une nouvelle édition , le sens du moi justificatif ; il n'avait qu'à lire attentivement la page i 76 , où Beaumarchais se moque plaisamment de certaines pièces

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justificatives produites par madame Goëzman : pièces, dit-il , qui ne sont justificatives que défaits inutiles à la question , ou vienie contraires aux choses quelle veut prouver.

L'humeur de M. l'éditeur croissant à mesure qu'il Texhalc , au désordre des expressions succède bientôt le désordre des idées; puis viennent les injures : « Il « semble, dit-il, il semble qu'il faille toujours à « certains journalistes une victime à dévorer : vaua tojirf' des vivans et vampires des morts , les croas- « semens qu'ils jettent, etc. » En voilà bien assez, je pense : ces honnêtes qualifications m'ont engagé à relire un peu d'histoire naturelle, pour savoir au juste ce que nous étions et à quoi nous ressemblions *, et j'ai vu que M. l'éditeur aurait bien fait de la relire aussi avant de nous les donner : il aurait appris que les vampires sucent le sang , et ne s'attachent pas par conséquent aux morts*, que les vautours, au contraire , trop lâches pour attaquer les vivans , se jettent sur les cadavres , et alors il nous aurait appelés l'ampires des vivans et vautours des morts; ce qui n'eût pas été plus poli 5 mais, comme classification d'histoire naturelle , eût été plus exact. Il y a un malheur qui fait toujours dire à M. l'éditeur le contraire de ce qu'il devrait dire-, petite observation que je pourrais confirmer par une foule de pièces justificatives. Mais en voilà bien assez, et peut-être même trop sur celle belle préface : je passerai donc sous silence tant d'autres beaux raisonnemens tout aussi cohérens , et cette belle déclamation contre la calom- Jiie, qui fit cependant tant de bien à Beaumarchais, à qui elle fil néanmoins tant de mal, puisque, entre

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autres inconvéïiicns , elle eut celui de lui f.iire courir le risque d'être assassiné , et ensuite celui d'ctrc massacré (p. i4 deV^i'ej-tissement). Mais c'est surtout au public que cette calomnie fut fatale, puisqu'en distrayant Beaumarchais, cet homme ejctraordinaire , de ses travaux dramatiques, elle a privé /a comédie de vingt pièces originales quelle compterait de plus dans son répeitoire , etc. , etc.

Rien ne serait plus capable de nuire à la mémoire d'un auleur, que ce zèle maladroit d'un ami éditeur: vaeujc vaudrait un sage ennemi. Pourquoi prodiguer à un homme de beaucoup d'esprit sans doute, ces expressions emphatiques d'homme ejctraordinaire, qui ne doivent s'appliquer qu'aux génies les plus éminens, tels que les Bossuel , les Corneille, les Racine ? Le critique , qui les trouve peu justes , les reprend , les souligne tout au moins -, et sa remarque , qui ne tombe que sur l'éditeur, peut cependant, contre son gré, et par limprudence de celui-ci, blesser la mémoire de Fauteur, et ceux qui s'y intéressent. Pourquoi aussi supposer gratuitement que l'ouvrage qu'on publie sera si mal accueilli par les critiques ? Pourquoi surtout exprimer celle supposition en termes si déplacés, en injures si violentes? Je l'avoue : tant de courroux m'a fait soupçonner que ce n'était pas seulement le zèle d ami et d'éditeur qui inspirait une si vive émotion et tant d'aigreur contre les journalistes; j'ai cru y démêler un sentiment personnel, et toute l'animosilé d'un auteur qui veut venger sa propre querelle. Je me suis rappelé certaine prose qui n'était ni plus correcte, ni plus ingénieuse que celle de cette préface ; certains vers 3. o,i

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(}ui i)c valaient pas mieux quo celle prose, et j'ai deviné monsieur rédileur : alors je n'ai plus été surpris. C'est tout simple, il ne doit pas être content de nous 5 et moi, pour mon compte, j'ai été son vautour ou son vampire, comme il voudra : vampire, si Ton s'en tient à sa définition et à ses notions^ vautour, si l'on adopte celles des naturalistes; car, en parlant de ses ouvrages, je me suis attaché à des productions bien mortes assurément.

Monsieur l'édileur m'a un peu écarté de l'auteur dont il publie les oeuvres, et dont il n'a ni l'esprit, ni la gaîté , ni la légèreté. J'y reviens; et, après avoir fait encore quelques observations sur ses Mémoires , je parlerai rapidement de ses œuvres dramatiques, et successivement des autres ouvrages contenus dans cette volumineuse et trop volumineuse collection.

Le Français né malin, et dont la malignité vive et gaie s'accroît encore par l'oisiveté, accueillit avec transport les Mémoires de Beaumarchais, pleins de malice et de sel, et qui parurent à une époque de tranquillité et de paix, où, à défaut de grands événeraens publics , les esprits s'occupaient avec chaleur de petits événeraens particuliers. M. de La Harpe écrivait au grand-duc de Russie, que les ennemis de Beaumarchais^ en voulant le jeter dans un précipice , l'avaient forcé de se sauver sur un piédestal. Cela est bien emphatique! Voltaire écrivait à d'Alembert . « De tous les ouvrages dont on régale le K public , le seul qui m'ait plu , c'est le quaterne « de Beaumarchais (ses quatre Mémoires). Quel « homme! Il réunit tout : la plaisanterie, le sérieux, « la raison , la gaîté , la force . le touchant , tous

« les genres (réloquence , cl il n'en recherche au- « cun ; sa naïveté m'enchante, etc. » Il est vrai que, choqué de tant et de si magnifiques éloges, un éditeur de Voltaire (i) (et on sent que ce n'est pas Beaumarchais ) s'écrie en note, avec un accent chagrin : « Ah, bravo , caro Calpigi! A cet éloge pom- « peux , ne croirait-on pas qu'il est question des « Catilinaires ou des Provinciales.'' » L'annotateur eût pu mieux choisir l'un de ces deux exemples ; car la plupart des traits de cet éloge ne conviendraient nullement aux Catilinaires, qui n'offrent assurément rien de gai ni de plaisant.

Une foule d'autres passages de la Correspondance de Voltaire prouvent l'élonnement et le plaisir que lui avaient causés ces Mémoires. « Si le Barbier de « Sêville ne réussit pas , écrivait-ii à l'un de ses cor- « respondans (à M. d'Argental, je crois), dites à a Beaumarchais de faire jouer ses Mémoires. » Et ce n'était point de ces admirations simulées que Voltaire prodiguait trop souvent à de petits poètes, à d'insipides écrivains qui lui prodiguaient la leur : commerce d'adulation qui honorait peu le caractère de ceux qui en faisaient un si ridicule échange. Ici, indépendamment de la franchise des expressions dont il se sert pour louer ces Mémoires , ce qui prouve la sincérité de ses éloges, c'est que ce n'est point à l'auteur qu'il les adressait : il avait la faiblesse de ne pas lui écrire directement, par ménagement pour un de ses adversaires. Enfin , par une autre faiblesse, il finit, dit-on, par être importuné

(i) Palissot.

<]u bruit que faisaient ces Mêmoiies , de l'éclat qu'ils jelaient sur leur auteur • il semble voir avec quelque huriieur que le public et la renommée s'occupassent d'une autre gloire que de la sienne : et on croit démêler quelques traces de cette singulière jalousie, dans le retour qu'il fait sur lui-même, lors- <ju'après s'être, à son ordinaire, répandu en éloges sur ces Mémoires, et sur l'esprit qu'ils supposaient dans leur auteur , il ajoutait : Je crois pourtani qu'il enfant encore davantage pour faire Zaïre et Mérope.

Je le crois aussi ; mais s'il n'y a aucun point de comparaison entre de belles tragédies et des Mémoires plaisans, il yen aurait peut-être entre quelques pages de ces Mémoires, et quelques scènes de comédie 5 et ces comparaisons ne seraient pas à l'avantage de tous les poêles comiques , et de Voltaire entre autres. Il n'y a certainement aucune de ses comédies qu'on puisse lire avec autant de plaisir , et qui excite un rire aussi naturel et aussi franc , qu'une foule de morceaux gais . plaisans et vraiment dramatiques que Beaumarchais a su jeter dans ses Mémoires. Telle est sa confrontation avec madame Goëzman : le dialogue est d'une vivacité et d'une gaîté charmante ; et à travers ce ton léger et ces saillies piquantes, Beaumarchais ne perd point de vue l'objet principal : sa dialectique n'en est pas moins pressante. Il rapproche avec beaucoup d'art, et toutes les circonstances et toutes les réponses de sa partie adverse, pour en faire ressortir une foule de contradictions. Il met tout à profit , jusqu'à cette science d'emprunt, étrangère à une femme, que madame Goêzman employait sou-

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vent assez maladroitement, et qui lui avait été évidemment suggérée : « L n corps de délit, grands dieux ! u s'écrie-t-il \ et tant d'autres belles choses qu'on n'ap- « prend point au couvent, est-ce bien vous, ma- « dame, qui les avez dictées ? n'est-il pas clair que je « suis trahi ? On m'annonce une femme ingénue, et « l'on m'oppose un publiciste allemand ! » Celte confrontation très-longue offre une suite de pages toutes extrêmement gaies , quelquefois même un peu trop gaies \ et Beaumarchais, qui le sentait lui-même, s'en excuse avec grâce, avant de se les permettre : k Je « demande pardon au lecteur, dit-il, si mon ton « est ici moins grave qu'un pareil procès ne semble « le comporter. Je ne sais comment il arrive qu'aus- « sitôt qu'une femme est mêlée dans une affaire , « l'àme la plus farouche s'amollit et devient moins « austère ; un vernis d'égards et de procédés se ré- « pand sur les discussions les plus épineuses ; et tel « est l'attrait de ce sexe, qu'il semblerait qu'on dis- (( pute moins avec lui pour éclaircir des faits, que « pour avoir occasion de s'en rapprocher. Eh ! quel « homme assez dur se défendrait de la douce com- « passion qu'inspire un trop faible ennemi, poussé <( dans l'arène par la cruauté de ceux qui n'ont pas « le courage de s y présenter eux-mêmes ! Qui peut « voir, sans s'adoucir , une jeune femme jetée entre « des hommes, et forcée par la faiblesse des uns, « de se mettre aux prises avec la fermeté des autres^ « s'égarer dans ses fuites , s'embarrasser dans ses « réponses, sentir qu'elle rougit , et rougir encore « plus de ne pouvoir s'en empêcher ! Ces greffes , ces « confrontations, tous ces débats virils ne sont point

i( faits pour les femmes : ou sent qu'elles y sont dé- « placées : le terrain anguleux et dur de la chicane « blesse leurs pieds délicats , etc. » Ici Beaumarchais devient recherché , précieux , et arrive jusqu'au mauvais goût 5 et c'est trop souvent par là qu'il termine ses meilleurs morceaux.

Rarement, en effet, il sait s'arrêter à propos^ et son esprit , doué de si brillantes qualités, manque de celle qui eût su régler l'emploi des autres , de ce goût pur et délicat qui donne à tout sa juste mesure, assigne les véritables bornes, indique les sages convenances, et étend son heureuse influence sur le style et les pensées. Le goût eût appris à Beaumarchais qu'il faut en tout de la modération , et que même? pour être bien plaisant , il ne faut pas être trop plaisant- qu'il est des momensoù il ne faut pas l'être du tout , et que le ton sérieux , élevé , noble , éloquent , qu'il sait prendre quelquefois très-à-propos et avec beaucoup de talent, ne s'allie point avec le ton goguenard auquel il veut aussi quelquefois l'associer -, que la plaisanterie, lors même qu'elle est placée à propos, ne doit jamais dégénérer en bx)uffonneries , en trivialités , en imaginations bizarres et grotesques ; qu'elle doit être plus dans la pensée que dans des jeux de mots, dans de vieux mots rajeunis, dans quelques autres bizarrement inventés ou bizarrement assortis, et dans des sortes de calembours d'où il la tire trop souvent ; enfin que, plaisant ou sérieux , il faut toujours être pur et correct, éviter les constructions de phrases pénibles, loqches, embarrassées, et constamment écrire d'un style clair, élégant, harmonieux.

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Trop souvenl Beaumarchais a niécoiiiiu ces règles sévères et ces préceptes invariables du goiU. Je pourrais eu donner une foule de preuves ; je rne con tenterai d'en indiquer quelques-unes. Accusé des plus noires horreurs, de crimes même inouïs, l'auteur des Mémoires quitte un moment le ton léger et plaisant , et prend le style sérieux et élevé, qui convient à Ihomme indignement calomnié. Il avoue noblement que son caracière akier, que sa fierté naturelle, que quelques airs avantageux ont dû lui faire des ennemis-, mais, ajoiUe-t-il, si j" étais un fat , seusiiilil que j'étais un ogre? Et ces expressions, quoique très-familières, sont ici très-bien placées, parce qu'elles rappellent heureusement le genre d'accusations intentées contre lui, et les relèguent, comme l'observe M. de La Harpe , parmi les fictions de la Barbe-Bleue et autres contes de fccs. Mais ce que M. de La Harpe , qui ne voulait que louer , n'observe pas, Beaumarchais ne sait point s'arrêter à cette juste mesure -, et des expressions familières et convenables, il descend aux expressions burlesques et déplacées : « Et quand je me serais eurubaué , ft ajoute-t-il, de la tète aux pieds, quand je me se- « Via?, affublé , bardé de ridicules, etc. » Quelle singulière bigarrure de style et de couleurs ! Et il est peu de ces morceaux brilla ns d'éloquence noble et sérieuse, qu'il a jetés en plusieurs endroits de ses Mémoires, qui soient à l'abri de cette bizarre association. Il est plus parfait dans la plaisanterie 5 et il a dans ce genre des pages très-heureuses , et à peu près irréprochables. Tel est ce morceau où, adoptant presque aussi rigoureuscmculque INL Azaïs le système

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