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airs avec les ormeaux qu'elle embrasse, ni la vigueur de celte répétition : Tùm striiige comas , tùm hrachia tonde ^ tùm deniquè dura exerce imperia; el il nous dit, dans le style d'un Dictionnaire d'agriculture : « Dans le temps qu'elle (la vigne) pousse ses preu niières feuilles, ménagez un bois si tendre-, el u même, lorsqu'il est devenu plus fort, cl qu'il s'est « élevé plus haut , abstenez-vous d'y touclier avec le « fer , arrachez la feuille adroitement avec la main. « Mais quand le bois est devenu ferme et solide , et « que les branches de votre vigne commencent à « embrasser l'orme , alors ne craignez, point de la « tailler, n'épargnez ni son bois , ni son feuillage; « elle ne redoute plus le fer. » Plus fidèle , nonseulemenl à l'expression matérielle de l'original , mais, ce qvii n'est pas moins essentiel, à sa couleur poétique, M. Binet traduit ainsi : u Durant les pre- « mières pousses d'un feuillage naissant , épargne le « bois encore tendre; laisse-le s'élever en liberté , « et s'élancer dans les airs par des jets heureux : ce « n'est pas le temps d'avoir recours au tranchant du u fer ; ôte seulement les feuilles superflues , en les « pinçant du bout des doigts : mais, dès que lu verras « les rameaux plus robustes embrasser fortement les « ormes, alors prends le fer sans ciainte, coupe, « taille , retranche l'excès des branches , et i^éprime « sévèrement un luxe inutile. »
Mais il faut le dire , contre le système de quel ques traducteurs en prose, trop intéressés dans cette cause pour n'être pas un peu suspects , ce n'est que par la poésie qu'on peut véritablement bien traduire la poésie ; et ni les Quatre Professeurs , ni l'abbé Des-
fontaines, ni M. Binet, très-supérieur à eux tous , ne sont, dans le morceau que je viens de citer, ni aussi agréables , ni aussi élégans , ni même aussi fidèles, que le véritable traducteur de Virgile, le \ irgile français :
Quand les premiers bourgeons s'empresseront d'e'clore, Que l'acier rigoureux n'y touche point encore : IVIême lorsque, dans l'air qu'il commence à brayer, Le rejeton moins frêle ose enfin s'élever. Pardonne à son audace en faveur de son âgej Seulement de ta main éclaircis son feuillage. Mais enfin , quand tu vois ses robustes rameaux Par des nœuds redoublés embrasser les ormeaux , Alors saisis le fer, alors sans indulgence De la sève égare'e arrête la licence ^ Borne des jets errans l'essor présomptueux , Et des pampres touffus le luxe infructueux.
Mais ne demandons à un traducteur en prose que ce que la prose peut lui permettre dans son langage plus timide: avouons, d'ailleurs, que les traductions de ce genre, quoique moins brillantes et moins agréables , sont cependant dune utilité plus classique, parce qu'elles sont dans leur ensemble plus littérales, et rendent plus scrupuleusement le sens des expressions et de la pensée, quele traducteur en vers ne rend le plus souvent que par des équivaleus plus ou moins justes, et des compensations plus ou moins rigoureuses. L'exactitude et la fidélité , tel est donc le premier mérite dune traduction en prose 5 et ce mérite distinguera toujours la traduction de M. Binet, de celles de tous ceux qui l'ont précédé dans la même carrière. On est étonné, en effet, de tous les contre-sens qui abondent, même dans les versions les plus estimées. N'esl-il pas étonnant , par exemple , que l'abbé Des-
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fontaines n'ait pas compris le commencement du discours que Didon adresse à Anne sa sœur, pour la conjurer de faire un dernier effort en sa faveur sur le cœur insensible d'Enée? « O ma sœur , lui dit-elle, « si j'ai pu prévoir un coup aussi funeste , j'aurai « sans doute le courage de le supporter! Cependant, « donne encore cette dernière preuve de zèle à une « infortunée , etc. »
Hune ego si potui tantum sperare dolorem ,
Et perferre , soror, potero : miserœ hoc tamen uniint
Exsequere , Anna mihi.
L'abbé Desfontaines traduit ainsi : « Hélas! j'au- « rais pu supporter ce coup terrible , si j'y eusse été « préparée. Il faut, ma sœur , que tu me rendes en- « core un service. » Comment le mot tamcii ne 1 at-il pas éclairé sur le sens, d'ailleurs si clair, de la première phrase.'' Aussi ce mot l'embarrassant d'après le sens qu'il avait adopté, il a pris le parti de le supprimer dans sa traduction.
A plus de fidélité M. Binet joint aussi plus de naturel , d'harmonie et d'élégance dans son style; et si , dans le travail long , fastidieux , d'une traduction , il lui est échappé quelques tours un peu trop familiers , il lui sera aisé de les faire disparaître. Me serat-il permis de lui indiquer une ou deux expressions qui m'ont paru n'avoir pas la noblesse convenable? M. Binet traduit ainsi ces beaux vers de Virgile , que tout le monde sait par cœur : O fortunatos iiùnium , etc. « O trop heureux les habitans de la campagne , « s'ils savent connaître leur bonheur , eux à qui la « terre libérale présente avec, profusion une nourri-
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« ture facile I » Je crois que ces mois, cur à qui, pourraient être remplacés par un tour plus heureux. Le même traducteur rend ainsi le début du IV" liv. des Géorgiques : Proiinùs aerii mellis cœleslia doua exsequar. v,Je viens à la céleste ambroisie que nous « donne Tinsecte habitant de l'air, m Cela vaut mieux sans doute que la traduction du P. Catrou : sans autre pi^êanihule \c vais parler , etc. 5 mais cela pourrait être mieux encore.
M. Binet a enrichi son ouvrage de l'analyse des plus beaux récits et des plus beaux discours de l'Enéide : ce sont d'excellentes dissertations littéraires. Rollin en avait donné, dans son Traité des Etudes , l'utile exemple et d'excelleus modèles , et 1 ou n'est point étonné de les voir imités et reproduits par un de ses plus dignes successeurs.
L'Enéide de Virs^ile, traduction nouvelle ; ouvrage posthume de M. de Guérie, professeur d'éloquence française à la Faculté des lettres. — \JEiiéide de J'irgile, traduction nouvelle ^ par M. Durand, inspecteur de l'Université dans l'académie d'Amiens.
Que de traducteurs! que de traductions de Virgile ! s'écrieront sans doute la plupart de ceux qui viennent de lire l'article précédent, et qui peut-être ont dans leur mémoire, ou dans leur bibliothèque, bien d'autres traductions encore de ce grand poëte ! J'obéis moi-même à celte prévention contre des travaux estimables et utiles, quoique je sois bien loin de la partager j et à ce dégoût des livres sérieux cl