‹ Mélanges de philosophie, d'histoire et de littératureChapitre 26 sur 40 · MÊLA ^GES · texte numérisé non relu

MÊLA ^GES

trouve trop sévère sur les parties sérieuses de Pou vrage^mais, je Tavoue, sur la plupart des objets qui y sont traités, je préférerais des idées, des expressions, des phrases plus simples, plus nettes, plus claires. Peut-être ai-je tort.

Les Nuits Romaines au tombeau des Scipious , ouvrage traduit deTitalicn, par L. F. Leslrade, avec notes et figures.

La première partie de cet ouvrage parut en Italie il y a environ vingt ans, et y fit une assez grande sensation. Elle fui traduite dans les principales langues de l'Europe \ en français, en allemand , en anglais. La seconde partie ne fut publiée que douze ans plus tard 5 et quoiqu'à mon gré inférieure à la première, elle en est cependant une suite ingénieuse et intéressante, et elle complète agréablement l'ouvrage. La matière en est grave et importante \ mais si souvent traitée et l'objet de tant d'écrits divers dans toutes les langues, qu'elle remplit à elle seule une grande partie des innombrables volumes qui existent. La forme en est vive et dramatique ^ mais cet avantage est acheté aux dépens du naturel et de la vraisemblance, telle même que l'exigent les lecteurs les moins rigoureux et les plus disposés à partager les illusions qu'on veut leur donner, et à se prêter aux fictions qu'imagine un auteur dans le dessein de leur plaire.

Ce sont des entretiens pleins de chaleur entre les plus fameux personnages de l'ancienne Rome; des discussions animées sur les grandes époques de son

histoire ^ des plaidoyers éloquens dans lesquels Rome et son gouvernement, et ses principes, sont tour à tour attaqués et défendus, et où sont débattus quelques points particuliers de son histoire, discutés par les principaux auteurs qui y prirent part souvent dans des factions opposées , et qui soutiennent leur parti , au milieu des ombres , avec la môme éloquence et la même vigueur qu'ils déployaient dans le Forum ou au Champ-de-Mars, entourés des comices. Là sont renouvelés ces violens débats qui retentirent pendant sept siècles au sein des assemblées publiques de ce peuple turbulent ; là sont discutées de nouveau ces grandes querelles entre des rivaux d'ambition , de gloire et de puissance, qui, en divisant Rome, divisaient l'univers entier j là, Brutus, César, Pompée, défendent, en présence de Cicérou , qui tantôt essaie de les concilier, tantôt les combat tour à tour, leur politique contraire et leurs principes opposés. Antoine, Octave, et ce Lépide qu'il faut bien compter un moment parmi les maîtres du monde , puisqu'il signa les proscriptions, lâchent ou d'atténuer leurs forfaits, ou de les justifier par le malheur des temps et la nécessité de leur défense personnelle , et d'en rejeter l'odieux les uns sur les autres, et sont tous à peu près l'exécration des ombres dont ils avaient tant contribué à peupler le séjour. Le cruel Sylla et le féroce Marins déroulent avec complaisance le tableau de leurs sanglantes fureurs , s'accusent l'un l'autre, et, très-forts dans ces accusations réciproques, sont très-faibles dans leur propre défense, qui ne consiste que dans des récriminations trop faciles et trop fondées. Les Gracques s'emportent encore vive-

ment contre les patriciens, sont combattus non moins vivement par lesScipions, et défendus parleur mère Cornélie , tille elle-même de Scipion l'Africain , avec cette hauteur de caractère qu'elle mêlait à ses grandes qualités,

Quœ cum virtutibus ndjert

Grande supevcilium.

Pomponius Atticus , ce Romain aimable et prudent, qui avait vécu tranquille au milieu des plus grandes agitations de sa patrie et du monde entier, favorisant dans son cœur et par ses vœux le parti le plus juste , mais ne se déclarant ouvertement pour aucun , moins circonspect dans le royaume des ombres , les attaque tous , leur dévoile à tous et leurs fautes et leurs crimes, se justifie de n'avoir pris aucun parti au milieu des fureurs qui les agitaient tous, par l'impossibilité de faire triompher celui de la justice et de la venu. Non content d'avoir fait le procès de la république, à l'époque fatale de sa ruine, des discordes civiles et des proscriptions sanglantes dont il fut le témoin , il le fait à Rome entière, depuis Romulus jusqu'à Auguste ; et, tantôt éloquent, tantôt déclamaleur , il parcourt toutes les périodes de l'histoire romaine , censure les personnages les plus illustres , ne fait grâce ni aux Paul Emile , ni aux Scipions , et avec une âpreté de caractère qui s'accorde peu avec celui qu'il avait montré sur la terre, il présente successivement aux yeux ce long tableau des crimes de l'orgueil de Rome , qui veut à tout prix dominer l'univers , et de l'aijibition des particuliers qui veulent commander à Rome, afin de commander

au reste du mondo. Les illuslrcs Romains présens à celte longue diatribe défendent chacun l'époque particulière de riiisloire à laquelle il est intéressé, et dont la censure peut être regardée comme une censure qui lui est personnelle : Romulus défend Rome tout entière. Le succès de ces armes pacitiques de la logique, du raisonnement et de l'éloquence, est souvent bien différent du succès des armes sanglantes qui décidèrent sur terre ces terribles querelles : César l'emporte sur Bruius, sous le fer de qui il avait succombé, et il est vaincu par Pompée, qu'il avait vaincu à Pharsale.

Ces gravesetimportantes discussions doivent plaire au lecteur, quoiqu il n'en approuve pas toujours et les principes et les conséquences, quoique le style lui en paraisse souvent déclamatoire et tendu, et que cette forme de plaidoiries éternelles soit à la longue un peu monotone 5 mais le langage de ces Romains est fier, élevé, éloquent, tel en un mot, et c'est en faire un grand éloge, qu'il n'est point déplacé dans la bouche d'interlocuteurs, telsque Cicéron , Brutus, César, Caïus et Tiberius Gracchus 5 leurs raisonnemens sont vigoureux ou subtils, suivant qu'ils défendent une bonne ou une mauvaise cause : leur doctrine , celle du moins qui est professée par ceux que l'auteur prend pour interprètes de la sienne , est ordinairement noble , patriotique, conforme aux lois de la morale et à l'amour de l'humanité. J'aime moins, je l'avoue, l'espèce de fiction dans laquelle l'auteur des Nuits Romaines a enveloppé ses vues politiques, historiques, philosophiques-, c'est une fantasmagorie tout entière. Beaucoup d'écrivains,

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