‹ Mélanges de philosophie, d'histoire et de littératureChapitre 36 sur 40 · CE L LES - L ET TU ES · texte numérisé non relu

CE L LES - L ET TU ES

blés. Cependant, ce n'est point encore à M. Cainpejiou qu'il faut allribiier cet cmpicsscnjent gcncial et cetie l'oulc qui remplissait la salle , ei celle qui , ne pouvant y trouver place, s'est tiislenient retirée avec ses vœux déçus et sa «uriosité trompée : c'est à M. le président qu'il faut en attribuer toute la gloire. M. le comte Regnaull a la réputation duu lionime disert, d'un orateur qui a de la faconde, et qui , soit par le prestige de son organe , soit par la redondance de ses périodes , l'accumulation d'expressions retentissantes et d'images plus brillantes que justes, fait quelquefois l'illusion d'un homme de lalenl, et séduit par les apparences d une sorte d'éloquence : et cependant , il faut encore le dire , ce n'est ni celte faconde , ni cet organe , ni ces illusions , ni ces apparences qui avaient attiré ce grand nombre de spectateurs : la curiosité avait un tout autre objet.

Cette foule pressée attendait avec impatience, lorsque enfin JM. le président a paru , a ouvert la séance et M. Campenon a prononcé un discours qui a été écoulé avec beaucoup d'attention et a eu beaucoup d<:, succès. Son exorde, lieu commun et obligé de modestie, a été heureusement très -court, et contenait quelques traits assez ingénieux. L'éloge de M. Delille, quia immédiatement succédé et a rempli tout le reste du discours , a commencé et s'est continué un peu trop long-lemps, sous la forme un peu sè{ he d'une biographie. Mais lorsque M. Campenon a abandonné celle forme trop historique, trop m<lhodique, il a peinl avec des couleurs agréables et dans dos tableaux gracieux, cl l'iiumnie et le poêle, et les dons ei les fiuils du génie, ol les nubli,') qualiiés du bon Fian-

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çais, el les grâces de l'homme de la sociélé le plus aimable et le plus spirituel. L'analyse rapide des piincipaux ouvrages du poêle le plus fécond dont s'iio- Dore la poésie française, a été faite avec beaucoup de goût \ et sur une niatière déjiï fort usée , a préscnfé quelques traits neufs et pîquans. Mais M. Campenon )ious a encore plus intéressés, en nous parlant des (jualités, des agrémens, du caractère de l'homme qu'on ne pouvait s'empôchcr d'aimer, qu'en nous entretenant du talent flexible et varié du poêle qu'on îie peut s'empêcher d'admirer. Admis dans la socii lé intime de M. Delille, M. Campenon a montré, par la manière dont il a su le peindre, combien il était digne de celte faveur. Quelques traits de ce tableau, plein de vérité et de charme, ont arraché de vifs ap- ])laudissemens : tel est celui-ci, dont ceux qui ont eu le bonheur de connaître M. Delille reconnaîtront avec plaisir et la jusiesse el la grâce : « Tantôt c'est « un ami qui vous écoute et qui sait écouter \ iî (i achève discrètement votre pensée, en lui prêtant le « charme de la sienne : tantôt c'est un enfant naïf « et gai qui vous amuse. Vous voit-il affligé, il ou- «i blie son enjouement aussi aisément que sa gloire, (( et vous recevez un conseil utile de celui dont vous « n'espériez qu'une agréable diversion. » Tel est encore ce mot qui appartient à M. Delille, mais que M. Campenon a heureusement rappelé. Lorsque, comme Homère el Milion , le traducteur de Milton et de Virgile eut perdu entièrement la vue , en pensant aux soins de ceux qui l'entouraient, et particulièrement de celle qu'il appela son Antigone, il dit avec la plus toucliaute sensibilité: Eh hum!

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je dépendrai un peu plus de ceux que j'aime. , « Mais cet homme si facile pour tout le monde, « s'est écrié l'orateur , a toujours gardé l'inflexibilité (( de riionneur. » Transition heureuse, qui a été couverte d'applaudi.-semens, et par laquelle M. Canipenon a passé au tableau des grandes vertus sociales dont M. Delille fut l'exemple et le modèle : la fidélité à son roi, l'amour, le respect et le dévouement pour les princes de la maison de Bourbon • le souvenir toujours présent des plus anciens bienfaits, les délicatesses de la reconnaissance, le courage de résister aux menaces, aux dangers, aux séductions, et de s'exposer à tout , plutôt que de souiller par un vil et coupable encens des accens si touchans et des hommages si purs ; « En vain , dit M. Campenon, le « pouvoir le plus redoutable employa tous les moyens u d'intimider et de séduire, pour obtenir quelques « vers du chantre de la Pitié : le chantre de la Pitié « est mort sans avoir interrompu un silence coura- « geux , plus dii;ne d'éloge que les plus beaux vers. » 11 fit plus ; sous la verge du despotisme et en présence du despote usurpateur, sa voix redisait encore les infortunes royales , et trouvait des accens dignes de sa douleur. Par un sentiment bien naturel, que tout le monde a partagé, et que j'exprimai moi-même (lès les premiers jours de notre bonheur, M. Campenon a vivement regretté que M. Delille n'ait pas vu cette époque fortunée: « Au milieu même u des transports , dit-il , que faisait naître un si (i beau jour (le jour de l'entrée du roi), les amis de « la patrie et des Mu-es se sont aperçus qu'il man- « quail un témoin de la félicité publique 5 témoin

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« qui, plus que personne, avait droit de la scnlir « ot de l'exprimer. Avec qu(^lle ardeur il se fùl porté, « an devant de son roi! Il eut regretté sans doute « que le voile qui couvrait ses yeux lui dérobât la « vue de ce vi'^age auguste , où la sagesse et la bonté « se confondent. » Les plus vifs applaudissemens ont couvert la voix de Toraleur; et les inar(|ues d'une approbation spontanée et unanime l'ont fréquemment interrompu dans toute cette j)arlie de son discours.

Les applaudissemens ont cessé lorsque M. le comte Ptegnault a pris la parole; oji s'est tu, et on l'a écouté avec beaucoup d'attention. Sa voix, ordinairement pleine et sonore, était d'abord aigre et sècbe : les complimens qu'il a adressés à M. Campenon , ont commencé par être assez secs aussi, cl même peu adroits : il a loué le récipiendaire de ce qu'un de ses poèmes {la Maison des Champs) étail incomplet et imparfait. « Cette imperfection , dit-il, « à laquelle vous-même Vavez condamné, est wie {( espèce de monument de votre respectueuse dcjc~ (c rcncr. » S'égarant ensuite dans je ne sais quelle dissertation sur la bonté et la sensibilité, M. le président revient à M. Campenon par une transition assez ])eu naturelle, dont voici le sens : « J'ai paru « faire une digression élrangèie à mon sujet, mais « je ne m'en suis point écarté; la bonté et la lensi- « bilité sont en elïet deux vertus qui animent pres- « que toutes les pages de votre poëme ( l'Enfant « prodigue), m M. le comte Regnault dit ensuite à M. Campenon que probablement son poëme a ramené plus d'uji enfant prodigue sous le toit paternel,

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et tari la source des larmes de plus d'une mère. J'avoue que je doute beaucoup de ce triomplie du poème, el je crois que le poète lui-même n'y prétend pas. L'orateur est plus heureux , dans le tour assez ingénieux de l'éloge cjuil fait du caractère de M. Campenon. « Lorsque j'aurai parlé, lui dit-il, de « ce qui fait « admirer M. Deliile, je parlerai de ce qui le fit ai- « mer, et la plupart des traits dont je le peindrai, s'aj)- « pliquei'ont pareillement à vous. » Jene rapporte que le sens de la pensée • l'orateur l'a chargée de plus d'ornemens et surtout de plus de mots. Elle a été applaudie : elle a pourtant cet inconvénient, qu'elle semble dire au récipiendaire que la première partie de l'éloge, celle qui a pour objet l'admiration qu'excita M. Deliile , ne s'applique nullement à lui , ce qui n'est pas poli.

Les applaudissemens , qui d'abord étaient bien rares, qui ne partaient que des derniers gradins situés à l'est et à l'ouest de la salle, et laissaient dans 1 immobilité et le silence , et les autres points cardinaux, et tout le centre , se sont un peu étendus, ont gagné insensiblement du terrain , et sont dévenus plus fréquens et plus universels , lorsque M, le président a parlé de jNL Deliile, soit que ce succès doive être attribué tout entier à l'influence de ce nom qu'on aime, soit qu'une partie en soit due au talent de l'orateur, dont quelques intentions n'ont pas été sans adresse, ni quelques pensées sans éclat. Son discours a toujouis néanmoins manqué d'ordre, de pian et de liaison. L'orateur s'est quelquefois, comme Simonîde , rejeté sur Castor ei Pollux , comme si son sujet avait été pauvre et sléiilc. Il a rattaché, je ne sais pour-

quoi, d';tiUrcs éloges à ceux déjà assez riches qu'il avail à faire. Je ne mets pas au nombre de ces éloges postiches celui qu'il a fait de M. le comte de Choiseul-Gouffier , constamment lié d'une étroite amitié avec M. Delille , son compagnon plutôt que son Mécène, dans un voyage où ils étaient également guidés par l'amour des lettres et de l'antiquité, et dont la célébrité et la gloire ont acquis une sorte de confralernitéavecccUedupoétequirasi bienchanlédans un des plus beaux chants d'un de ses plus beaux poèmes. Le public avait cru , et je suis persuadé que M. le comte Rognauit ne s'était pas dissimulé à lui-même, qu'il avait trois écueils à franchir dans son discours : celui de louer IM. Delille de sa fidélité aux Bourbons-, celui de lui faire un titre de gloire de n'avoir pas voulu prostituer et vendre son talent au despote et au despotisme ^ enfin celui de plier lui-même à un éloge franc cl sincère des Bourbons, son langage i^i souvent consacré à d'autres éloges. Eh bien , ces difficultés , qui paraissent si grandes, n'étaient vraiment rien ; et généralement M. le comte Regnault a franchi ces écueils sans paraître s'en apercevoir, ni le public non plus. Dans quelques endroits de son discours , il n'y a pas mis cependant toute la bonne grâce et tonte la franchise désirables : par exemple , lors- ({u'il a loué M. Delille de ses sentimens pour son roi et pour les princes de la maison de Bourbon, il a semblé voir dans cette fidélité , non les devoirs d'un bon Fiançais et d'un sujet plein de dévouement, mais la délicatesse d'une âme reconnaissante qui respecte le lien sacré que farinent les bienfaits entra le client et le patron , et qui veut êtrcjidèle à ses pro-

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tectcurs exilés. Je suis persuadé que M. Dclillo reconnaissait d'autres liens ; que ce nY'lait pas par les bienfaits seuls qu'il était attaché. Cette doctrine excuserait ceux qui , n'ayant pas été l'objet d'une bienfaisance particulière et immédiate, et n'éprouvant que le bienfait général du gouvernement des Bourbons, ont méconnu, abjuré, insulté celte dominalion paternelle. «Loin de s'abaisser, dit encore l'o- (( rateur, à la flatterie du pouvoir^ M. Delille osait « s'élever à la flatterie du malheur. » La flatterie du inalheur^ est ici une expression très -impropre : les éloges donnés par M. Delille aux Bourbons, aux Coudés, à tous les princes de cette race auguste, étaient mérités, et n'étaient point par conséquent une flatterie. Ils seraient même exagérés, qu'on ne pourrait pas les appeler ainsi. La flatterie suppose toujours un intérùt qui corrompt et avilit la louange. On ne peut donc jamais donner ce nom à un éloge nonseulement désintéressé, mais noble, mais courageux, et qui compromet celui qui le donne , sans qu'il puisse en attendre aucune récompense. Il faudrait, du moins à l'Académie, connaître la signification des mots et les employer dans leur véritable sens. J'ai éic fàcbé aussi devoir M. le comte Regnauh distinguer si souvent le prince, de la patrie , parler de ceux qui avaient été fidèles à l'un , et puis de ceux qui avaient été fidèles à l'autre: le mieux est de confondre ces deux idées grandes et sociales.

]M. le comte Regnauh a souvent parlé de l'oubli du passé : il est revenu sur cette recommadiilion comme sur une idée qui lui était clièie 5 il l'a invoquée par sa propre bouche et par celle de i\L Delille. Je î^uis

pcrsuatlé , en effet, que cet homme aimable et doux, qui ne se ressouvenait que du bien et des bienfaits, aurait mieux que personne prêché cette indulgente doctrine ; et , en la mettant dans sa bouclie , je prouve Teslime que j'en fais moi-même -, m;n's qu'on me permette une réflexion générale que je ne prétends point appliquer à M. Regnault, et dont il est seulement le prétexte , et le très-heureux prétexte. Il n'y a de grâce à invoquer l'oubli que quand on n'en a nul besoin. Laissons à ceux qui sont dans cette heureuse position le soin de prêcher cette douce doctrine 5 ils n'y manqueront sûrement pas: seulement ils désireraient que ceux à qui elle est si favorable , loin de la proclamer si hautement, de l'exiger si impérieusement , v^oiihliasse/itipus tout eux-mêmes si facilement^ qu'ils se ressouvinssent quelquefois , pour être un peu plus humbles. Je dirais, en effet, à quelquesuns de ceux qui invoquent tant cet oubli: Qui oublie trop et trop vile ^ n'est ni assez instruit, ni assez corrigé. C'est une sentence que j'ai trouvée je ne sais dans quel livre 5 mais elle est digne de quelque philosophe ancien, et je ne serais pas étonné de l'avoir lue dans Diogènc-Laërce.

Séance solennelle du 1^ af^'iil 1816 (1).

Celte mémorable séance était pour l'Acndémie- Française, fondée il y a près de deux cents ans, une

(1) La prcmicre de ces séances annuelles, qui ont lie 11 lea'j avril, cl où se réunissent les quatre classes de Ylnslilul.

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sorlc tic rénovaiiou séculaire qui , par deux circonstances liès-rcmarquables, lui rappelait son origine et sa gloiie : la piolcclion d'un roi , llls et successeur des rois qui la créèrent, la pcrfeclionnèrent , la protégèrent ; la présidence d'un ministre, liéritier du nom du grand minisire qui la fonda. Les autres académies, dont la réunion forme rinslitul, et dont les travaux embrassent toutes les parties des connaissances humaines, s'associaient eu ce jour à TAcadémie-Française : toutes prenaient part à la fête , toutes contribuaient au plaisir et à Tinstruclion des spectateurs, toutes avaient choisi des organes et des interprètes dignes délies 5 c'était pour la première fois que rinslitul se montrait véritablement en corps AU public, et qu'il lui donnait riiitéressant spectacle de cette union natuieîle et fraternelle des leUres, des sciences et des arts.

L'intérêt porté au corps entier se divisait sur chaque membre en particulier, à proportion qu'il entrait; soit qu'il y eût dans la salle plus d'étrangers, plus de provinciaux, ou même de P^uisiens peu familiarisés avec les vidages des académiciens 5 soit que les spectateurs fussent encore plus curieux qu'à l'ordinaire, jamais je n'ai entendu demander avec plus de soin et de sollicitude les noms de ceux que leur habit faisait reconnaître comme appartenant à l'illustre corps : on les désignait de loin par la place qu'ils occupaient, par leur taille, leur âge, leurs décoialions, leur perruque, enfin par tout signe extérieur; on les montrait même du doigt, pour les distinguer avec plus de certitude , et ne pas les confondre avec ceux qui les environnaient. Si c'est,

comme le dit un saiirique latin, un grand plaisir d'être ainsi montré du doigt , et d'entendre dire : Le voilà , c'est lui ! Digilo nionstrai i , et dicier hic est! MM. les académiciens ont eu hier ce plaisir-là. C'était une véritable fatigue pour ceux qui avaient l'honneur de connaître ces messieurs, de les nommer à ceux qui étaient privés de cet avantage, et ils avaient peine à y suffire. Heureusement celle fatigue a été abrégée. L'importance de la séance, le nombre des orateurs qui devaient s'y faire entendre, la variété des objets qui devaient la remplir, ont engagé à devancer un peu l'heure où elle s'ouvre ordinairement ; et celle considération me détermine aussi à abréger ce préambule, ei à m'empresser de mettre sous les yeux du lecteur quelques-unes des tiaces fugitives que celle séance mémorable a laissées dans ma mémoire, un peu accablée par la multitude des discours -, et où , tantôt la diversité des matières, tanlôl la ressemblance des sujets et des idées que chaque orateur a dû. ramener dans sa composition particulière, ont nécessairement produit quelque confusion.

M. le comte de Vaublanc a ouvert la séance. « Le Roi, a dit le ministre, m'a ordonné, Messieurs, d'installer les diverses ylcndéinicsi^m composent VIiistitiit , cl (|u'il vient de réorganiser. S. M. a voulu rattacher l'époque decelleinslailalion, et de la réunion annuelle des académies dans une séance solennelle , à celle où, après une longue et cruelle absence, il remit le pied sur le sol de cette France où le i^appelaienl enfin son amour pour ses peuples , les vœux et les espérances de ses sujets. » M. le courte de Vaublanc a fait sentir tout ce qu'il y avait de flatteur pour les

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académiciens dans un pareil rapprochement , et dans cet heureux anniversaire , ainsi rappelé chaque année par leurs séances publiques. Il a noblement exprimé tout ce que les lettres cl ceux qui les cultivent doivent attendre d'encouragement et de protection du monarque qui les a toujours aimées , qui y consacra les loisirs de sa jeunesse , en fit la consolation de son exil, et les regarde comme un des plus précieux ornemens du trône des lis , et une des gloires les j)lus brillantes de la France. D'un bel éloge des lettres , M. de Vaublanc a passé à un juste éloge de ceux qui embellissent et honorent leur culture par de nobles sentimens : « tel fut M. Ducis, que l'Académie vient de perdre 5 tel fut M. Delille, dont elle regrettera longtemps la perte, dont elle chérira toujours la mémoire, qui mérita d'être appelé le poëte de la légitimité, et qui , dans son poëme de la Pitié et dans tous ses ouvrages, exprima en beaux vers de touchans souvenirs et de généreux sentimens, et s'immortalisa, non-seulement comme grand poëte , mais comme sujet fidèle et citoyen courageux. » Ce discours , qui a eu une juste mesure de ton, de convenance et de durée, a été fort applaudi.

M. le duc de Richelieu a répondu, comme président de IWcadémie : « Messieurs , a-t-il dit , le roi , « en rappelant pour chacune des classes le nom d'Ace cadémie, et eu maintenant le nom d'Institut, a <' voulu rendre à ce corps illustre une ancienne « splendeur, et lui conserver en même temps l'éclat « que sous un nom nouveau il a jeté dans toute 1 Eu- « rope. n Passant ensuite à l'éloge des lettres et des sciences, M. le duc de Richelieu a rappelé avec beau-

coup de bonheur ce luoi du plus illustre el plus heureux capilaiue de ranliquité : a Les honneurs du « triomphe sonl bien plus légitimement dus à celui « qui étend le domaine des connaissances humaines, « qu'au vainqueur qui ne recule les bornes des emu pires que par la violence des armes. » Puen n'égale !a grâce el la modestie avec lesquelles M. le duc de Richelieu a parlé de lui-même, de l'honneur que lui avait fail le roi en l'associant à l'i^cadcmie , de l'honneur que lui faisait l'Académie, en le plaçant à sa tète. Ce discours, prononcé avec beaucoup d'âme et de chaleur, a eu beaucoup de succès, et a été couvert d'applaudissemens unanimes.

En parlant des bienfaits des Muses, M. le duc de llicheîieu s'était écrié avec une aimable politesse et une aimable modestie : u Que ne m'ont-elles favorisé « des dons précieux dont elles ont comblé celui que « vous allez entendre ! « L'illustre académicien à qui M. le duc de Richelieu rendait cet hommage public et celte noble justice, était M. deFonlanes, tjui , prenant aussitôt la parole, a prononcé un de ces discours en petit nombre, dont l'Académie et le public gardent la mémoire, l'une comme un de ses plus heureux titres, l'autre comme un de ses plus heuieux souvenirs littéraires. Remontant à l'origine de l'Académie, M. de Fontanes rend un juste hommage aux premiers académiciens, dont la réputation est peu biillanle, mais dont les services sont très-réels, puisqu'ils formèrent la langue française, jusqu'alors sans règles fixes, sans harmonie, sans noblesse, sans aucune de ces nuances qui marquent les divers tons, les divers styles et les convenances,

el rendue cl plus Apre ciieore et plus barbare, par les efforts malheureux d(î Ronsard el de ses imilaleur«, qui, voulant la perreclionner , l'avaient altérée, dénalurée, et rendue méconnaissable. Les travaux des premiers académiciens a rrêtèren lies progrès dn mal : ils firent plus, ils polirent el lîxèreut la langue, et préparèrent ainsi les matériaux et les instrumens qui servirent bienlôl à élever Timmortel édifice de notre gloire littéraire. « De graves philosophes, dit i\J. de « Fontanes, mais qui no le sont pas assez, n'ont u voulu voir ([u'une occupation frivole el un jeu pné- « ril dans les recherches sur l'usage et l'emploi des a mois; mais s'ils étaient plus philosophes encore, « ils verraient les relations étroites qu'il y a entre les « mots el les choses, entre les signes el les idées ; ils u verraient que régler la langue d'un peuple, c'est (i légler eu grande partie ses idées , et même ses sen- « limens. » Ici l'oraleur est entré dans une métaphysique savante , claire toutefois, et même é!oc[uente, sur tous ces rapports, qui lui ont paru aussi intimement liés entre eux, que l'àme l'est au corps, que les principes le sont aux conséquences. « C'est, dit -il , K aux avantages de noire langue, fixée par les travaux « de nos premiers académiciens, et n'ayant, depuis <( deux cents ans, éprouvé aucun changement esïcn- « tiel , ;.ucune altération sensible, comme la plu- « part djs autres langues de l'Europe, que nous de- « vous non - seulement les beaux ouvrages de noire « liiléralure, mais noire politesse , notre urbanité, (( et les glaces d'une conversation facile, aimable, « spirituelle, brillante, dont on ne se lassait ja- « mais. » Car, il faut l'avouer, M. de Fontanes parle 3. 35

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