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(luire. Peucontens, et avec beaucoup de raison, des traductions qui en ont été faites, ils les méprisent, les rejettent et y substituent les leurs 5 ils essaient de mieux faire que leurs devanciers, croient facilement y avoir réussi j et, contons de leurs traductions, ils veulent faire partager au public leur satisfaction : de là les traductions nouvelles.
En voilà deux de l'Enéide de Virgile qui ont paru en même temps. Celle de M. Durand est précédée d'un Discours préliminaire plein d'érudition, de considérations littéraires et philosophiques fort remarquables et très-élevées, sur le génie des langues et l'art de la traduction. Ce discours est très-bien écrit , quoiqu'il y soit un peu trop question d' évolutions de sljle , et même de gestes de stjle; et trèsbien pensé, hors un seul point, à mon avis, celui où l'auteur veut justifier son système de traduction.
Ce système consiste à prendre une sorte de moyen terme entre ceux qui veulent qu'on traduise les poètes en vers, et ceux qui prétendent qu'il faut les traduire en prose : c'est de les traduire en vers blancs , eu vers non rimes. Telle est, en effet, la traduction entière de t Enéide par M. Durand 5 elle est, à la vérité, imprimée comme si c'était de la prose ordinaire, mais c'est cependant une suite de vingt mille vers, plus ou moins, qui ne riment pas ; ou , si l'on veut, de vingt mille phrases ou divisions de phrases de douze syllabes chacune, et coupées en deux hémistiches égaux. Il ne tenait donc qu'au typographe d'imprimer cette traduction sous la forme de vers- et, pour le prouver^ je vais en citer un morceau, et l'écrire comme il eût pu l'imprimer. Je puis le prendre par-
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lout et au hasard, car le .système est invariable, et le traducteur y est toujours fidèle 5 mais comme il faut se drtermijier, je choisis le discours dans lequel Didon, n'ayant pu toucher l'inflexible Enée, exhale sa colère.
Non, tu n'as point, perCde, pour mère une de'esse;
Won, l'auteur de ta race , ce n'est point Dardanus :
Mais dans ces durs rochers t'engendra le Caucase ,
Et tu suças, barbare, aux champs de TAusonie ,
Le lait d'une tigresse.
Car, he'las ! à quoi bon dissimuler encore?
Et que puis- je espe'rer de nouvelles prières?
Mes pleurs l'ont-ils e'mu ? s'en est-il attendri ?
Vaincu de mes douleurs , a-t-il verse' des larmes ?
A-t-il plaint mon amour?
Non , non, ni Jupiter, ni la grande Junon ,
Des 3'eux de l'équité ne voient pas ces horreurs, etc.
Il y aurait peut-être quelque autre chose encore à reprendre dans cette traduction ; mais ne parlons que du système. On voit qu'à l'exception de quelque e muet, que M. Durand n'a pas toujours le soia d'élider par le concours d'une autre voyelle , la mesure du vers alexandrin y est toujours observée. Or, je le demande , quel est l'avantage de cette méthode? Une page de vers blancs est à peine lisible : comment lirait-on avec plaisir un volume de ces lignes de douze syllabes , coupées exactement en deux parties égales? Est-ce dans un style inusité, étrange même, qu'il faut traduire le style si naturel, si harmonieux, si admirable de Virgile? Est-ce par une monotonie insupportable qu'il faut rendre la variété de ses tours, représenter la flexibilité de son génie? C'est avec regret que je me permets de condamner un système cher à M. Durand, et qu'il défend avec