‹ Mélanges de philosophie, d'histoire et de littératureChapitre 5 sur 40 · M EL AIM CES · texte numérisé non relu

M EL AIM CES

beaucoup d'art dans sa prélace. Je n'ai point Thonneur de le connaître, mais je sais qu'il est un de mes collègues dans l'Universilé ; et c'est une confraternité dont je me félicite. Il m'a récemment adressé deux lettres pleines d'esprit et de grâce , pour m'engager à rendre compte de sa traduction. Toutefois , ne pouvant approuver sa méthode, j'ai long-temps balancé avant d'accéder à sa demande. Ce qui m'y a déterminé , c'est que dans la préface il annonce qu'il a une traduction de Slace, et une antre de Claudien , faites d'après le même système : j'oserai lui conseiller d'y renoncer. Qu'il détruise celte uniformité, qu'il rompe cette monotonie -, qu'il donne, ce qu'il est très-capable de faire, de la variété, du nombre, de l'harmonie, de l'élégance à son style, qualités presque incompatibles avec la contrainte qu'il s'est imposée, et nous aurons deux bonnes traductions de plus de deux poëies , qu'il n'est pas , à la vérité, très-nécessaire de traduire.

Les Métamorphoses d'Ovide, traduites par J. C. Dubois-Fontanelle.

S'il est vrai de dire que la nature fait les poètes, nascuntiir poetœ , c'est à Ovide surtout qu'il faut faire l'application de cet antique adage. Né avec l'imagination la plus vive et la plus brillante, doué de la plus étonnante fécondité d'idées , du talent le plus heureux pour les peindre 5 d'une facilité merveilleuse à les renfermer dans un rhythme harmonieux ^ tandis qu'une foule de prétendus poètes, s'elforçanl d'enfanter des vers , ne font que de la

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mauvaise prose, Uvitle faisait de très-bons vers lors même qu'il voulait écriic en prose :

Scribere conahar verha soluta modis :

Sponte sud carmen numéros veniehat adaptas ;

Et , quod tentaham dicere , versus erat.

C'est surtout dans les Métamorphoses que ce favori des muses a déployé la richesse de son ima^ination , et les heureux dons qu'il avait reçus de la nature. S'il est vrai qu'un poëte doive rarement raconter , et qu'il doive presque toujours peindre; si la poésie n'est elle-même qu'une sorte de peinture , ut pictura poesis , quel poëte peignit mieux qu'Ovide? quel poëme présenta des tableaux en plus grand nombre, et plus achevés que les Métamorphoses? C'est surtout à cet ouvrage immortel , un des plus beaux présens que nous ait faits l'antiquité, qu'on peut appliquer ce que Despréaux disait de la poésie en général :

Là, pour nous enchanter tout est mis en usa^e:

Tout prend uu corps, une âme , un esprit , un visage 5

Cbaque vertu devient unedivinite'j

Minerve est la prudence, et Venus la beauté.

Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre 5

C'est Jupiter arme pour eflVayer la terre.

Un orage terrible aux yeux des matelots,

C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots.

Echo n'est plus un son qui dans l'air retentisse •

C'est une njmphe en pleurs qui se plaint de Narcisse.

Telle est la beauté admirable de ces tableaux, qu'ils servent toujours de modèles à ceux dont le ciseau ou les pinceaux veulent représenter les objets que la nature offre à nos regards, ou qu'inventa une

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fiction ingénieuse. Nul poëte n'a autant animé la toile, nul autre n'a aussi souvent fait respirer le marbre et l'airain. Ovide peut être regardé, s'il est permis de s'exprimer ainsi , comme l'imagination toujours subsistante des peintres et des sculpteurs; et ceux-ci , pour faire des chefs-d'œuvre, n'ont eu qu'à transporter dans leurs ouvrages , et à bien exécuter les excellens tableaux que l'auteur des Métamorphoses a jetés avec profusion dans ce poëme. Ils ont appris, en les lisant , à mettre de la variété dans les sujets qui en paraissent le moins susceptibles, et qui se ressemblent le plus. C'était le talent que l'abbé Banier admirait le plus dans Ovide. Aglaure, métamorphosée en rocher , ne ressemble point à Axarèie , qui éprouve le même sort. Les sœurs de Phaéton , changées en peupliers , présentent un tableau très-différent de Dryope , de Daphné , de Myrrha , qui éprouvent à peu près le même changement. La riche imagination du poêle lui a fourni de nouveaux traits, de nouvelles couleurs, de nouvelles beautés.

Mais la lecture d'Ovide ne sera pas moins profitable à ceux qui cultivent les lettres , et surtout la poésie ; peintres des scntimens de l'âme, chantres des passions du cœur , ils trouveront en lui un modèle presque toujours excellent. De quels sentimens, en effet, de quelles passions n'a-t-il pas offert les tableaux animés et divers! Il célèbre l'amour dans les fables d'Echo et de Narcisse , de Vénus et d'Adonis , de Pyrame et Thisbé, et dans une foule d'autres -, Tamour maternel dans Niobé, l'amour fraternel dans Philomèle et Progné 5 il peint la jalousie dans

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Cépbale et Procris , l'envie dans Agiaure, les passions les plus désordonnées dans Biblis et Caunus , dans Myrrlia et Cynire ; la plus noble ambition et Tamour de la gloire, dans les discours éloquens d'Ulysse et d'Ajax, sedisputanlles armes d'Achille •, enfin tous les transports de la fureur dans les Ménades déchirant Penihée, dans Médée abandonnée par Jason. La fable entière de cette fameuse magicienne est un chefd'œuvre. Ovide semble l'avoir travaillée avec plus de soin que les autres. On sait qu'il avait fait sur le même sujet une tragédie qui n'est pas venue jusqu'à nous, dont les anciens faisaient le plus grand cas, et qui , au jugement de Quinlilien , était une preu\<^ du talent supéiieur d Ovide. 0\>idii Bledea videtur mild ostendere , quanliiin ille vir prœstare potuerit. Quelle éloquence, quelle connaissance du cœur humain, dans les combats qu'il décrit si souvent entre la pudeur , la raison et la passion 1 Veut-on un plus aimable tableau, celui des vertus simples et hospitalières? qu'on lise Philémon et Baucis. Qui est-ce qui n'en a pas fait ses délices ? Ceux qui n'ont pu lire cette charmante fiction dans Ovide, ont eu lui dédommagement unique en ce genre : Lafontaine leur en a oflért une copie qui n'atl'aiblit point les grâces de l'original. Peut - être même oserai-je préférer ce trait si coui t et si philosophique , fondu dans la narration ,

- . . . Paupertalemque ferendo

Effecere le^em

à cette tirade ambitieuse :

Ni Tor, ni la grandeur ne nous rendent heureux , etc.

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