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ne pas reprendre le défaut de toute noblesse, et même une excessive familiarité dans la traduction de celte phrase de Tacite : Ità coiijuucto orhe (incedunl) ut nemo poslerior sit. « Ils marchent en corps si serré, « dit M. de La Bastide , qu'ils ne laissent point de « queue derrière eu. X. )i) C'est In première fois qu'on a dit d'une armée qui n'avait point de traîneurs , qu'elle ne laissait pas de queue derrière elle.
Le Dialogue sur les orateurs est un ouvrage charmant-, Tacite y montre beaucoup d'esprit, et un agrément , une grâce même, qui n'entrent guère dans l'idée qu'on se fait de son génie et de son talent, et dans le nombre des qualités qu'on lui attribue communément ; son imagination se montre vive et brillante dans cet ouvrage 5 son goût est exquis et son style riche, nombreux , périodique, extrêmement varié. On peut diviser ce Dialogue en quatre parties :dans la première, Aper, l'un des interlocuteurs, voulant engager Maternus à préférer le barreau , dans lequel il s'était distingué autrefois, à l'art dramatique, vers lequel il se sentait actuellement entraîné, déclame éloquemment contre la poésie et les poêles, et dans ce plaidoyer en faveur de l'éloquence et des orateurs , il se montre éloquent et orateur lui-môme. Dans la seconde, IVIaternus répond , et il réhabilite l'honneur de la poésie et des poètes avec une verve, des couleurs et des images tout - à -fait poétiques. Un nouvel interlocuteur qui survient donne un autre tour à cette conversation brillante et spirituelle, et recherche les causes de la décadence et de la corruption dt; l'éloquence. Aper s'élève contre la supposition même de cette décadence^ il défend
vivement les orateurs ses contemporains, et attaque avec infiniment d'esprit les anciens orateurs, sans é[)argner, ni César, ni Brutus, ni Cicéron même : c'est la troisième partie du Dialogue. Messala lui répond, dans la (juatrième, avec une grande supériorité de raison 5 et, après avoir prouvé la réalité de la décadence , il en recherche les causes. Les autres interlocuteurs coupent quelquefois et varient le dialogue , et le lecteur voit avec peine que les ravages du temps n'aient pas plus épargné cet ouvrage que les autres productions de Tacite , et qu'une assez longue lacune nous ait dérobé une partie de cette intéressante discussion.
La traduction que i\L Gallon de La Bastide a donnée de ce Dialogue m'a paru très-bonne 5 ce n'est pas qu'il n'y ait encore quelques-unes de ces expressions vicieuses que je lui ai reprochées ; là , comme ailleurs^ il ne manque jamais de traduire quidam par certains; quidam ferunt , quidam seniiunt, certains disent , certains pensent, etc. Il fait dire à Messala , le détracteur du temps présent, qu'autrefois les enfans étaient nourris et élevés par des mères vertueuses, et non dans le bouge d'une nourrice, etc. Mais , en général , son style a du nombre , de l'harmonie, et surtout un naturel et une facilité qui laisseraient croire qu'on lit moins une traduction qu'un ouvrage original. Je reprocherai seulement à M. Gallon de La Bastide de n'avoir pas traduit sur un texte plus épuré , ou de n'avoir pas toujours heureusement choisi entre les variantes qu'offrent les diverses éditions de Tacite. Par exemple, Aper, dans sa diatribe contre les anciens, demande s'il est encore quelqu un