‹ Mélanges de philosophie, d'histoire et de littératureChapitre 8 sur 40 · C)0 MÉLANGES · texte numérisé non relu

C)0 MÉLANGES

qui lise les discours de César pour Dccius 5 de Brulus pour Dejolarus , et leurs autres harangues non moins froides et glacées ; Nisi forte quisquani aut Cœsaris pio Decio, (uit Bruti pro Dcjotaro, cœterosqiie ejiisdein leiititudiiiis ac leporis legil. Je ne rapporterai point ici la Iradnclion entière de celte phrase par M. de La Bastide; elle n'est pas très-bonne , pas même très-française. Je remarque seulement qu'il lit, au lieu de teporis ou torporis , que portent certaines éditions, tcinporis , qui est certainement une mauvaise leçon. Plus loin, le défenseur des orateurs anciens accuse les orateurs modernes d'avoir, pir une ridicule alfélerie , efféminé l'éloquence : ils retracent, dil-il, dans leurs harangues frivoles et chargées de vains ornemens , hi molle cadence des historiens-, ils se vantent qu'on pourrait chanter, danser même, leurs discours : de là vient, ajoute-t-il , qiie lelangage, suivantetexprimantcetteétrange coufusion d'idées, on ne rougit pas d'appeler tendre et voluptueuse Y é\o(\\xei\CQàc nos orateurs, cléloquente la danse de nos histrions : Undc oritur illafœda et prœpostera exclaniatio , ut oratores nostri tenerè dicere , histriones diserte saltare dicantur. M. Gallon de La Bastide traduit ; « De là cette expression riu dicule à contre-sens, et toutefois si fréquente dans « la \)o\xc\\ii (\e certains , que nos orateurs s'expriment « d'une manière hardie , et que nos acteurs dansent « d'une manière éloquente. » On voit qu'au lieu de tenerè, il a lu temerè , qu'il a traduit par les mots d\nic manière hardie; mais il faut avouer que le choix de celte version n'est pas heureux. Qu'y aurait-il de ridicule , en effet , à dire d'un orateur qu'il s'exprime

d'une manière hardie? Mais ce n'csl pas pour avoir suivi une mauvaise leçon, c'estpour n'avoir pas exac- Icnienl entendu le sens de Tacite, qu'il a donné à uti «'iidroit du Dialogue des orateurs une inlerpréJation j>eu juste. Messaia , après avoir prouvé que l'éloquence avait déchu chez les Romains, recherche les causes de cette décadence, et il la trouve eu partie dans la cessation de ces troubles el de ces agitations qu'entraînait une liberté tumuhueuse; mais il avoue ensuite que c'était acheter l'éloquence trop cher , el il ajoute : Sed iiec taiiti reipublicœ Gracchorum eloqueutiafuit, ut pateretur et liges ; iiec houœ formani eloquentiœ Cicero tali exitu peusavit. M. de La Bas- (f tide traduit: « Mais, ni l'éloquence des Gracqucs « ne fut d'un assez grand prix pour qu'on dût supporu ter leurs lois ; ni la mort funeste de Cicéron ne fut u une digne récompense de la belle forme qud avait « donnée à l'éloquence latine, m II ne s'agit point ici de récompense, mais de compensation. Tacite veut dire que l'éloquence des Gracques n'était pas un assez grand bien, pour devoir être achetée au prix de leurs lois; et que tous les lalens que Cicéron déploya à la tribune n'ont été, ni pour lui un dédommagement de sa mort funeste, ni pour la république une compensation d'un pareil malheur et d'un tel crime.

Pour me résumer sur cette nouvelle traduction de Tacite , je dirai que, malgré ses imperfections , il ne m'est pas prouvé qu'elle soit surpassée par quelques autres-, el il me parait démontré qu'il serait facile de la rendre supérieure à toutes les autres (i).

(i) Nous n'avions point alors celle de ÎM. Biirnouf.

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